Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Le poème est une femme, Poésie, Poésie-thérapie

Demain matin

Demain matin
je ferai grandir
la journée


comme une plante
avec ma première
goutte d’encre

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie

Ce chuchotement

Ce chuchotement
que tu connais
très bien
quand tu te confies
et dont la sincérité
ne s’est jamais
démentie
au cours
de ta vie
c’est celui
du papier
de ton cahier gris

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Sans titre

Je ne trouve
ni à la librairie
ni à la bibliothèque
le livre
que j’aimerais tant
lire !
Alors,
je vais l’écrire.

Géraldine

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie-thérapie

Rituel du début du jour

Je me penche
sur le silence
qui luit
tout entier
contenu

dans l’instant
comme l’eau
du matin
dans sa tasse
blanche

et j’écris

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Poésie-thérapie

Mon seul voeu

Mon seul voeu
Être éclairée
jusqu’à l’aurore
par un poème

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Poésie-thérapie

Sans titre

Je suis riche
de chaque poème
unique

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Poésie-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Graphothérapie pour le deuil

Un certain nombre de personnes perdent, en ce moment, leurs proches sans avoir pu leur parler, les embrasser.

Le deuil est d’autant plus difficile à vivre. Il arrive, lors de cette traversée de la douleur, que des hallucinations nous assaillent – qu’elles soient visuelles, auditives, olfactives, tactiles.

Ce peut être un foulard que l’être aimé portait autour de son cou et qui nous revient, avec ses couleurs vives, son morceau de musique préféré qui tourne comme s’il était joué près de nous, son parfum fétiche, un geste propre à sa personnalité, son grain de beauté qui s’agrandit sous la loupe de notre mémoire, l’inflexion particulière de sa voix.

Quand j’ai perdu mon père, je l’ai entendu tousser un matin, dans la pièce d’à côté.

Ecrivez ou dessinez ces hallucinations. Faites de la place sur la page pour la couleur du foulard, l’émotion de la musique, les senteurs de ce parfum proche de votre peau, l’ombre de son geste dans la lumière du jour d’aujourd’hui, les contours du grain de beauté, la présence des mots à l’invisible sillage. Coloriez, tracez, gribouillez dans tout l’espace que laisse le manque. Mettez des pointillés, accrochez des étoiles à l’absence. Découpez un carré du tissu que vous aimez et placez-le à côté du souvenir du vêtement qu’il/elle portait.

Ecrivez un poème sur ce qui vous obsède.

Quand j’ai entendu la toux de mon père, j’ai écrit ceci dans mon Cahier blanc pour mon deuil :

« Je t’entends tousser à l’aube dans la pièce d’à côté. Je me lève. Je consens à sortir de mes rêves qui me font oublier ton départ. J’ouvre la porte. Je franchis le seuil qui me sépare de toi. Tu n’es pas là. Mais il y a ce rayon de soleil qui touche mes épaules et dont la chaleur ressentie me prouve que je suis bel et bien là. Peut-être m’as-tu guidée vers ma propre présence sans laquelle tu n’existerais pas. »

Une fois que vous avez extériorisé ces hallucinations, vous avez déposé votre douleur et l’être perdu peut vraiment vivre en vous car vous êtes plus disponible, plus vivant, vous aussi.

Comme Elisabeth Kübler-Ross l’écrit :

« Il est courant, et normal, d’avoir des hallucinations de l’être cher disparu. Souvent, elles sont porteuses d’un message en provenance de notre psychisme endeuillé. Bien que parfois effrayantes, elles sont généralement inoffensives, et recèlent de précieux indices, des fils à remonter jusqu’à leur origine. Dans certains cas, elles nous pointent une affaire inachevée ; dans d’autres, elles nous apportent un grand réconfort. »1

Au lieu de penser que vous êtes malade ou que vous avez peur, rendez grâce à ces hallucinations : le temps d’un parfum, d’un mot, d’une couleur, vous retrouvez celui qui demande à exister là où vous êtes : votre coeur.

Géraldine Andrée

1 Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler ; Sur le chagrin et le deuil ; Pocket Spiritualité

Publié dans Le journal des confins, Poésie, Poésie-thérapie

Sans titre

Je lis beaucoup de poèmes pendant le confinement. Et ces jours m’ont menée à la redécouverte de la poésie de Nazim Hikmet.

J’ai rencontré son recueil Il neige dans la nuit 1- étrange coïncidence ! – un mois avant mon départ pour un pays proche de sa patrie : la Syrie.

Dix années plus tard, je l’ai relu pendant mon vol pour l’île de Majorque.

Qu’importe le temps ! Les vers de ce poète tintent comme le soleil au contact de l’éternité.

Aujourd’hui, je lis Nazim Hikmet chez moi, en partance pour mon pays intérieur.

C’est le poète emprisonné dans les geôles de Turquie.

Et j’aime être le témoin de ses mots qui effacent les barreaux.

Dans son poème Au cinquième jour d’une grève de la faim, il fait apparaître, dans l’ombre de son cachot, la main de sa mère, de sa bien-aimée, de son fils. Et face à la mort à venir – qui viendra en vérité bien plus tard car le poète survivra à la prison et à l’exil – , il affirme la pérennité de sa voix dans un vers d’Aragon, la colombe blanche de Picasso, les chansons de Robeson, le rire des dockers de Marseille. Cet adieu se fait liberté :

« Pour vous dire la vérité, mes frères,
je suis heureux, heureux à bride abattue.
« 2

Je me souviens de la solitude de mon adolescence et je songe combien j’ai eu de la chance, entre ma lampe de chevet et mon lit, d’être conviée à la table des poètes.

Venaient exclusivement pour moi des noms jusqu’alors inconnus, puis familiers devenus – René-Guy Cadou, Emile Verhaeren, Philippe Jaccottet, Marie Noël, Maurice Fombeure, Pierre Reverdy, Eugène Guillevic, Jean Tardieu…

Il y avait toujours un jardin qui m’était réservé, un épi de blé à maturité, un sentier qui me guidait là où il souhaitait aller. Et même lorsque la pluie de décembre battait rageusement les vitres, j’étais au coeur des senteurs de juin, dans le bleu de l’été rimbaldien.

Dans ma chambre d’adolescente mal comprise, le poème devenait une chambre dont j’étais la fenêtre ouverte, par laquelle entraient un air de fête foraine, une vague déhanchée dans sa robe de dentelle, une lune rose au centre de la nuit chaude, des cheveux dénoués par l’orage, l’odeur envoûtante du chèvrefeuille.

Tel est le miracle de la poésie de Nazim Hikmet et de tous les autres :

léguer le don de l’accueil.

Géraldine Andrée

1 Nazim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes, Poésie Gallimard, 2005
2 Ibid ; Au cinquième jour d’une grève de la faim p102

Publié dans Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Poésie

Le mot que j’aime

J’habite pleinement
le mot que j’aime
J’y repose
mon souffle

Je deviens
ce mot lui-même
Je suis
son dessein

tracé
sur la page
ou sur les lèvres
Et tout comme

il m’a accueillie
pendant les peines
je l’héberge
dans mes rêves

pour ne pas que le temps
l’emporte
Le mot et moi
nous sommes

par fidélité
réciproque
l’hôte
de l’autre

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal des confins, Poésie

En ce dimanche de Pâques

Je songe alors
que nous demeurons chez nous
à ce que la nature nous prépare
en secret

des fleurs sur des tapis d’herbe
des arbres gantés de vert
qui nous ouvrent
le chemin

un ciel qui étend
sa nappe bleue
rangée pendant
un trop long hiver

des éclats d’instant
dans l’eau de la fontaine
un air de cristal
qui tinte contre notre oreille

et surtout le miel du soleil
aux reflets roux
bien gardé au fond d’un rêve
quand nous demeurions chez nous

Géraldine Andrée