La cicatrice est un souvenir, une trace de vie anciennement écrite sur la page de la peau.
Il faut en remonter le chemin jusqu’à son origine – une chute à vélo, un coup, un accident, une opération, une brûlure avec une casserole qui bout – pour mesurer combien elle est le signe d’un parcours, voire d’une métamorphose.
Il est aussi des cicatrices invisibles – celles de l’âme – qui provoquent une réaction encore douloureuse et souvent incomprise par l’entourage face à une situation, une image, une odeur, une voix précises.
De telles cicatrices constituent une mémoire gravée dans le corps subtil – qu’importe le nom qu’on lui donne ; astral, éthérique…
(J’imagine mes cicatrices émotionnelles, bordées de blanc ou de rose.)
Personne ne connaît leur existence, sauf celui ou celle qui la porte en soi. Et c’est bien comme cela car la résilience est d’abord intime.
A quoi bon essayer de réduire une cicatrice, de la gommer, de l’effacer, de l’oublier ?
Elle est à jamais destinée à combler une partie blessée de notre Être.
La cicatrice est le témoignage d’une guérison au fil des jours.
J’écris parce que je suis pleine de cicatrices.
Et j’aime, grâce au sang bleu de l’encre, voir s’inscrire les phrases sensibles
sur le grain de la page rencontrant le grain plus épais de ma peau,
là, à cet endroit de ma main qui fut malencontreusement brûlé lorsque j’avais deux ans par un fer à souder, alors que mon père bricolait.
J’ai toujours su qu’il y avait une conjonction entre le souvenir de cette brûlure et l’écriture : c’est la réminiscence de ce traumatisme qui me guide chaque jour vers le contact apaisant de la page du matin.
Géraldine Andrée
Cicatrice… Ecriture de notre vie sur la page de la peau.
Changer un mot ou deux Sauter plusieurs espaces Laisser un blanc que viendra plus tard combler la juste pensée
Et si l’histoire n’est pas belle pour soi effacer les phrases où s’essoufflent les rêves Gommer les lignes trop droites qu’il faut suivre contre son désir
Oublier si c’est nécessaire tout ce qui a été écrit les jours sans foi et puisque rien vraiment ne s’achève recommencer
à partir de la rature car c’est de la pierre grossière que rejaillit l’infini murmure de la lumière
Ce message de mon père ce soir obtenu par écriture automatique
Ne sois pas triste il y aura toujours des moments éclos comme des fleurs des champs Je marche parmi elles J’ai toujours aimé la nature et ses murmures J’ai retrouvé mes jambes d’enfant légères sans la douleur de leurs grosses artères bleues le chien noir le jardin d’antan et je t’envoie ces paroles dans le temps
Écris ici que je pense à toi Je veux que mon absence se fasse Joie
Un jour, je partirai. Je préparerai mes bagages avec ces menus gestes que seul le silence m’a appris. Je passerai devant chaque seuil sans réveiller personne. C’est à peine si mon ombre dérangera la lumière de l’aurore sur le carrelage. Je confierai à l’armoire mes journaux intimes – mon coeur s’étonnera d’être délivré de toutes ces vieilles histoires -, verserai de l’eau jusqu’au bord de la bouteille, entourerai de bleu ciel dans mon rêve le point de ma destinée puis, lorsque le carillon aura sonné son heure ultime, je disparaîtrai en ne vous laissant comme signe que le dessin de mon pas sur la terre fine de l’allée.
Parfois ton nom apparaît et je crois que c’est toi. Ton nom porte ton visage comme si je te rencontrais au détour d’une rue.
Il m’a semblé te croiser un jour, dans une rue de Londres. C’était en l’espace d’une seconde. J’avais alors quatorze ans. J’ai cru reconnaître ta frêle silhouette, ton manteau rouge, ta tête à moitié chauve déjà, la fine monture de tes lunettes. Une joyeuse certitude a éclairé mon coeur : n’importe où dans le monde, tu étais là. Je n’avais pas à me sentir seule. J’ai oublié que cette apparition ne pouvait être toi qui soudais sûrement deux fils électriques à ce moment précis sous la lampe de ton bureau. Le temps que j’admette cette logique, la silhouette avait disparu au milieu de la foule grise.
Il en est de même aujourd’hui. S’il m’arrive de croiser ton nom au détour d’une ligne, d’une page ou d’une feuille de journal, je crois te reconnaître immédiatement. Ton nom, Guy, porte nécessairement ton regard, ton visage, ton manteau rouge, tes lunettes. Il me fait face et je suis toute heureuse de cette rencontre. J’oublie que ce nom désigne tant d’hommes aux visages, aux yeux et aux vêtements différents. J’oublie que ce nom n’est pas le signe de ton apparition.
Bien sûr, il suffit d’une seule seconde pour que je me ravise. Et ta présence s’efface, telle une ombre svelte, parmi les phrases grises. Mais dans le bref instant qui sépare l’illusion de la prise de conscience, mon coeur s’éclaire comme jadis, dans cette rue d’Angleterre. Trois lettres me font oublier, le temps de ma surprise, que je suis seule au monde et qu’il me faut trouver ma route avec le souvenir de ton nom qui appartient aussi à d’autres.
Je franchis le pont qui sépare 2018 de 2019 en me laissant porter par le souffle de ce qui vient à moi, dans l’éclat d’un seul instant… Il est une respiration qui descend des étoiles. Elle seule m’importe.
Pour cette nouvelle année,
je fais moins de projets,
sinon celui, vaste, de me laisser porter par le temps qui passe.
Mon défi : ne pas m’emprisonner dans trop d’objectifs, qui, non tenus, font naître la culpabilité.
Ne pas m’efforcer de rentrer dans des cases toutes faites. Ne pas oublier aussi qu’on peut se maltraiter dans le développement personnel.
Je veux me laisser guider par mes envies, mes désirs, mes besoins – ma vérité, vraie pour moi et incomparable à nulle autre.
Choisir ce que je veux éprouver, expérimenter. Donner la priorité à mon âme.
Ecouter davantage mon corps, mon intuition.
Ecrire des textes selon mon coeur.
Continuer mon journal bien sûr.
Lire régulièrement des livres de littérature moderne. Relire les livres et revoir les films que j’adore depuis ma jeunesse.
Placer mon énergie dans ce qui me fait vibrer, dans ce qui me donne du plaisir.
Couper tout lien avec les gens toxiques, négatifs, méchants – en un mot, obscurs.
Ne pas me laisser tirer vers le bas.
M’enraciner pour mieux grandir vers le ciel.
Hiberner si cela m’est nécessaire.
Et au printemps, sortir, me promener, me recueillir dans la nature.
Remonter la pente du Crève-Coeur comme quand j’étais enfant, à pied, sans ma bicyclette rouge – car les temps ont changé – et admirer depuis le lavoir ma ville natale.
Ramasser des feuilles, des fleurs et les glisser entre les pages de mon carnet de notes.
Ecrire les textes que j’aime. Partir en vacances – Canaries, Réunion… -. Les étoiles, en effet, me demandent de faire ce grand voyage.
Me rassasier d’eau, de lumière, de vent.
Mon père est parti pour cette vie. Ce qui n’a pas été dit ne le sera plus jamais. Ce qui a été gagné l’est à jamais – j’ai su, par exemple, dans ces derniers jours, à l’occasion d’une promenade dans le jardin, qu’il savait dater l’âge d’un arbre.
Mon père a franchi la frontière mais je peux le faire revenir par l’écriture.
Le fil de l’encre inverse le cours du temps et me ramène mon père.
Ses pas sont devenus des mots.
Il faudra que j’écrive sur le voile de silence qui recouvrit mon visage quand j’appris sa disparition.
Aujourd’hui, le voile s’est levé. Je vais continuer à écrire sur lui, sur moi parallèlement au fait que je poursuive ma vie.
La preuve de cette vie : publier un recueil de poèmes qui lui seront dédiés – cette année ou plus tard. C’est mon seul projet qui prendra bien tout son temps car rien ne presse face à l’éternité.
Je souhaite une belle année à toutes celles et tous ceux qui passeront par hasard ici
et je vous dédie pour bien la commencer cette chanson intimiste de Sting
Peut-être que le grand passage ne se dit pas, mais se vit…
On a beau décrire le grand passage avec tous les mots possibles et imaginables rien ne dit le mystère de l’embouchure qui se franchit
Le grand passage est vécu dans un silence inéluctable pour ceux qui demeurent puisque nul ne revient d’un voyage qui se passe de toute histoire et de toute parole
Se contenter d’écrire avec le mouvement de son doigt dans le jour transparent un seul mot
Envol
peut-être même si ce mot diffère en son sens du frétillement d’un oiseau ou d’un papillon à la fenêtre car personne ne connaît les ailes qui emportent dans l’espace celui qui passe ou alors écrire tout simplement
Point
avec le frêle souffle d’une virgule qui le soutient juste en dessous afin que quelqu’un d’entre nous puisse rêver à des bras de mer ouverts de l’autre côté