Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Ecrire pour autrui, Le journal de mes autres vies, Toute petite je

Cinq faits majeurs de ma jeunesse

  • Un clair après-midi de juin où ma grand-mère est décédée. Je savais que je perdais une confidente, une âme soeur. Le week-end précédent, j’étais allée cueillir des cerises. Le matin de son décès, la prof de sciences physiques qui ne m’appréciait pas particulièrement m’a regardée partir lentement. J’ai senti son regard sur mon cartable. Le chagrin m’avait déjà enveloppée mais je l’ignorais encore. En rentrant pour le déjeuner, j’ai appris la nouvelle. J’ai su par ma mère que quelques jours avant son départ, ma grand-mère lui avait confié son inquiétude : je n’avais toujours pas mes règles !
  • Deux mois après son décès, au plein coeur de l’été, alors que je dansais follement avec ma corde à sauter, j’ai senti cette chaleur au creux de mes jambes. La surprise de découvrir plus tard qu’Elles étaient là ! Taches brunes comme des pétales de roses fanées sur le blanc sentier. Je n’imaginais pas que cela pouvait m’arriver à moi qui aimais tellement demeurer en enfance. Je n’éprouvai rien de spécial. Aucun bouleversement qui m’indiquait que j’étais une femme. J’avais toujours envie de jouer. Il n’y avait rien – sinon la pointe douloureuse de mes seins sous ma robe. Pourquoi faire autant d’histoires pour ça ? Ces chuchotements de femme, cette gêne, ces mouvements furtifs ? Pas de quoi fouetter un chat ! J’avais pourtant l’impression que mon corps m’échappait dans sa moiteur. Bien plus tard vint la douleur.
  • Le harcèlement scolaire que mena contre moi une certaine Ghislaine. J’allais en classe la peur au ventre. Elle jetait mon cartable dans la cour, le vidait, écrasait mon goûter, éparpillait les stylos de ma trousse. Je restais muette, par peur des représailles. Comme cette Ghislaine savait qu’elle me terrorisait, ses brimades allèrent crescendo. Elle monta tout un groupe de copines contre moi qui « m’attendaient à la sortie pour me buter ». Mes résultats scolaires baissaient. Je survivais malgré tout. Je voulais disparaître dans les profondeurs de la forêt derrière la maison. Un soir, je rentrai chez mes parents, les boutons de mon gilet complètement arrachés. Je ne pus admettre de me faire punir. Je dénonçai la coupable à mon père qui alla voir la Directrice. Cette fille fut exclue de l’école, je crois, ou en tout cas de ma vie. La clé de ma délivrance ne m’avait été tendue que dans le courage d’un seul nom, la force d’une seule phrase : « C’est Ghislaine qui m’a fait ça ! » J’entrevis le formidable pouvoir de libération des mots.
  • J’avais la poésie, heureusement. Je m’achetais des cahiers pour écrire de beaux poèmes. Je notais sur la première page à l’encre turquoise Anthologie ou Morceaux choisis. Mais très vite, je raturais mon cahier car je n’étais jamais satisfaite d’un vers, d’une rime, d’une image. Alors, je recommençais un autre cahier. J’aimais l’odeur de sa couverture et de ses pages neuves, signe de tous les commencements. Je me souviens des lampes jaunes de la Bibliothèque de ma ville natale où je feuilletais avec une envie mêlée de fascination les recueils d’Anna de Noailles, d’Emily Brontë. Je voulais écrire comme ces femmes. Je me consolais de ma solitude au rythme des Chansons et des Heures de Marie Noël. La lecture de Rimbaud fut une fulgurance. Avant de m’endormir, je m’en allais avec lui sur les sentiers bleus d’été. Le blond de sa chevelure rivalisait avec la couleur des foins roulés dans les prés que, dans mon rêve, nous traversions ensemble. J’ai moins aimé la deuxième partie de sa vie. Ce n’était pas romantique du tout, d’avoir une jambe coupée au retour d’Abyssinie. Un dimanche glacial de novembre, j’allai chercher mon prix littéraire pour mes premières Poésies. La photo du journal fut accrochée sur les murs de la salle de permanence de mon collège. Je figurais sur l’estrade où les prix avaient été remis, si petite, si frêle dans ma robe jersey ! Belle revanche !
  • Le jour où je pris l’avion toute seule pour me rendre chez ma tante dans les Alpes. La joie de survoler ce patchwork coloré qu’était le paysage ! Je ne savais pas alors que cette première fois annoncerait tant d’autres voyages inscrits dans ma destinée. Je crois que j’ai vraiment grandi ce jour-là. Je me souviens du chouchou bleu qui reliait mes cheveux et du doux frôlement des mèches dans mon cou, remuées par le vent lorsque je descendis sur le tarmac. J’étais fière d’avoir traversé le ciel. Je me sentais à mon tour pousser des ailes. J’étais l’amie de la légèreté.

Géraldine Andrée

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A chaque mot sur la page

A chaque mot sur la page
ma main prend de l’âge
mais ce que j’écris
J’aime le reflet de la lune dans la rosée du chemin
demeurera toujours jeune
comme si c’était la page du tout premier matin
qu’invite un signe de ma main

Géraldine Andrée

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Légère, si légère…

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je profite pleinement de la Vie.

Ecrite comme cela, cette phrase peut en choquer plus d’un.
Alors, je rectifie :

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais la Vie fragile alors je fais tout pour la rendre légère.

Quarante ans ou même quatre-vingts ans passent en un clin d’oeil. Et on se retrouve inéluctablement en deuil. Un jour, viendra mon tour.

Les visages, les voix, les regards s’effacent et il ne reste que les miroirs. On se demande même si on n’a pas rêvé tous ces gens avec qui on a vécu si longtemps.

Alors, je suis attentive au battement d’aile de chaque instant.

Une sortie à l’opéra imprévue avec un vieil ami ? Vite ! Je m’achète un sandwich pour l’entracte et j’y vais.

J’ouvre grand la fenêtre quand il fait soleil. Qu’importe que les insectes entrent.

Et je ne ferme pas les volets s’il pleut. J’aime entendre les notes des gouttes contre la vitre et tant pis si elles laissent ensuite des ronds de silence que mon chiffon devra enlever.

Je lis ou j’écris au coeur de la nuit. Avoir les yeux cernés le lendemain au travail n’est pas très grave.

Je suis libre pour le Grand Amour.

Je craque pour l’achat d’une belle robe, même si cela fait un trou dans mon budget.

Je projette un grand voyage après avoir rénové ma maison. Je n’ai pas oublié l’élan de la première vague de Méditerranée.

Je ne m’encombre plus de gens toxiques qui vous mangent l’âme par petit bout. Hop ! A la porte !

Je ris des bêtises de mes élèves.

Je suis attentive au papillon d’or qui précède ma sortie de l’école.

J’écoute l’Arpeggiata en boucle.

Bien sûr, je pleure encore souvent mais je m’amuse aussi comme quand j’avais dix-sept ans.

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais que la Vie peut s’envoler à tout instant.

Alors, je la rends légère, si légère,
comme un souffle de lumière.

Géraldine Andrée

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Je vis

Je vis, 
même en hiver,
des matins 
de printemps
en cheminant 
à travers 
les feuilles
de mon cahier blanc.

Géraldine Andrée

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Deux brins de violette

Tu es entrée en maison de retraite mercredi après-midi, pas loin de l’Hôpital Central.


La chambre est petite et claire. Pas de place pour les souvenirs et encore moins pour les fantômes.


Tu n’as pas tellement de bagages. Toi qui aimais t’entourer de choses matérielles, tu te fais désormais légère.


Je t’ai apporté un de mes pullovers et une paire de collants chauds.
Tu as voulu me les rendre, en me disant qu’ici il n’y avait pas de courant d’air.
Bien sûr, j’ai refusé.


Tu ne caches plus rien, entourée que tu es de magazines people, comme ta mère autrefois.


Tu m’as regardée longuement, te demandant à voix haute si je te ressemblais.


Autrefois, je me serais offusquée.
Aujourd’hui, j’ai ri.
Dans la maladie, les questions sensibles perdent toute leur gravité.


On a discuté d’une maison fictive qui m’appartient et que je serais censée rénover dans un lieu qui a le même nom qu’ici mais qui est bien différent.
J’ai fermé les yeux et j’ai visualisé la maison. Je la veux entourée d’un jardin. Peu importe où.


Au moment de se quitter, tu m’as montré de jeunes violettes qui étoilaient l’allée.
Le printemps est précoce, cette année.
Tu as remarqué qu’il faisait enfin jour à dix-sept heures.
J’ai dit C’est super.


Alors que je fermais mon manteau, tu t’es baissée comme une enfant malicieuse et tu as cueilli deux brins de violette que tu m’as offerts.
Je t’ai dit Merci et j’ai approché mon visage de leur parfum.
Ainsi, tous ces jours de folie, d’angoisse, d’hallucination se métamorphosaient en deux frêles violettes bleues, bien ouvertes.


J’ai respiré leur fraîche senteur de jeune fille sur tout le chemin du retour qui traverse la ville.


Je les ai laissées se baigner à mi collerette dans ma tasse à café. Quand j’allume la lampe, je vois leur ombre inclinée sur la feuille blanche de mon carnet sur lequel j’ai noté ton nouveau numéro de téléphone.


On dit que les violettes sont les fleurs du deuil.
Les veuves les accrochaient jadis à la dentelle noire de leur mantille.
Moi, je crois qu’elles sont celles du changement.


Depuis mercredi après-midi, tu as franchi un autre seuil.
Et je t’y laisse avec, entre mes doigts, les deux petites fleurs de ta cueillette…
jusqu’à la prochaine fois.

Géraldine

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La guérison est ma priorité

La guérison est ma priorité.
Le calme. Le repos. Le silence où coule une musique secrète.

Une table ronde sur laquelle m’attend mon cahier ouvert.
A côté, une tasse de thé chaud.

Chaque chose importante est là, en abondance. La sérénité entoure mes mots. L’encre reflète la lumière de ma lampe.

Prendre le temps de respirer, de réfléchir, de méditer, d’être consciente du souffle qui franchit mes lèvres.

Ecouter le frottement de ma plume sur la feuille pendant que bat mon sang.

Quand j’écris, mon coeur devient le choeur de toutes les harmonies.

Quand j’écris, je vis chaque instant à mon rythme.

Géraldine Andrée
Journal

Publié dans Le cahier de mon âme

La cicatrice

La cicatrice est un souvenir, une trace de vie anciennement écrite sur la page de la peau.

Il faut en remonter le chemin jusqu’à son origine – une chute à vélo, un coup, un accident, une opération, une brûlure avec une casserole qui bout – pour mesurer combien elle est le signe d’un parcours, voire d’une métamorphose.

Il est aussi des cicatrices invisibles – celles de l’âme – qui provoquent une réaction encore douloureuse et souvent incomprise par l’entourage face à une situation, une image, une odeur, une voix précises.

De telles cicatrices constituent une mémoire gravée dans le corps subtil – qu’importe le nom qu’on lui donne ; astral, éthérique…

(J’imagine mes cicatrices émotionnelles, bordées de blanc ou de rose.)

Personne ne connaît leur existence, sauf celui ou celle qui la porte en soi. Et c’est bien comme cela car la résilience est d’abord intime.

A quoi bon essayer de réduire une cicatrice, de la gommer, de l’effacer, de l’oublier ?

Elle est à jamais destinée à combler une partie blessée de notre Être.

La cicatrice est le témoignage d’une guérison au fil des jours.

J’écris parce que je suis pleine de cicatrices.

Et j’aime, grâce au sang bleu de l’encre, voir s’inscrire les phrases sensibles

sur le grain de la page rencontrant le grain plus épais de ma peau,

là, à cet endroit de ma main qui fut malencontreusement brûlé lorsque j’avais deux ans par un fer à souder, alors que mon père bricolait.

J’ai toujours su qu’il y avait une conjonction entre le souvenir de cette brûlure et l’écriture : c’est la réminiscence de ce traumatisme qui me guide chaque jour vers le contact apaisant de la page du matin.

Géraldine Andrée

Cicatrice… Ecriture de notre vie sur la page de la peau.
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L’encre t’attend

L’encre
– le sais-tu ?-
t’attend

J’aime
croire
qu’elle a été

uniquement
créée
pour toi

avec ses reflets
bleus
dans la lumière

qui se balance
entre deux
silences

comme la mer
a été inventée
bien avant

ta naissance
pour aller
à la rencontre

des rêves
et merveilles
de l’enfance

du monde
dont les desseins
dessinés

sous forme
de méandres
attendent

l’apparition
du premier
homme

Géraldine Andrée

L’encre de l’enfance te regarde… Attarde-toi !
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Changer un mot ou deux

Changer un mot ou deux
Sauter plusieurs espaces
Laisser un blanc
que viendra plus tard
combler 
la juste pensée

Et si l’histoire n’est pas belle pour soi
effacer les phrases
où s’essoufflent les rêves
Gommer les lignes
trop droites
qu’il faut suivre contre son désir

Oublier si c’est nécessaire
tout ce qui a été écrit
les jours sans foi
et puisque rien vraiment
ne s’achève
recommencer

à partir de la rature
car c’est de la pierre
grossière
que rejaillit
l’infini murmure
de la lumière

Géraldine Andrée

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Ce message de mon père obtenu ce soir par écriture automatique

Ce message de mon père ce soir
obtenu par écriture automatique

Ne sois pas triste
il y aura toujours des moments éclos comme des fleurs des champs
Je marche parmi elles
J’ai toujours aimé la nature et ses murmures
J’ai retrouvé mes jambes d’enfant légères sans la douleur de leurs grosses artères bleues
le chien noir
le jardin d’antan
et je t’envoie ces paroles dans le temps

Écris ici que je pense à toi
Je veux que mon absence se fasse Joie

G et G