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Les danseuses

Les danseuses

Tu les trouves tôt le matin, après l’éloignement de la marée, déposées ça et là par les vagues sur la vaste marge du sable.

Vois comme elles ondulent, comme elles ondoient. Le souffle du vent allume de nouveaux reflets sur leur corps frémissant.

Elles tombent dans un bruit mou.

Tu portes leur poids léger et il te semble alors que ce sont elles, si frêles, qui te bercent au rythme de tes pas.

Le soir, sous la lampe, elles prennent une forme étrange.

Elles font la pirouette, se déhanchent, enjambent les espaces blancs, se donnent la main lorsque tu les disposes côte à côte.

Si dociles, elles obéissent à ton rêve de ballet, adoptent les postures, les courbes et les contours que tu veux bien dessiner.

Quelques gouttes d’eau suffisent pour rallumer dans leurs mouvements les couleurs de l’océan.

Les voici prêtes.

Tu les places près d’une fenêtre. Et c’est toute une chorégraphie silencieuse qui se déroule là, le lendemain, devant tes yeux ; qui se répète autant que tu le souhaites.

Algues de Bretagne, immobiles danseuses, destinées à la blanche scène rectangulaire d’une carte de vœux et qui brillaient de tous leurs bleus, de tous leurs verts à la pâle lumière d’une lampe de chevet

Bien des années ont passé depuis ces promenades le long de la plage de Douarnenez.

Aujourd’hui, les sylphides font leurs entrechats sur la neige jaunie d’un vieux papier, chez des amis que tu ne vois plus depuis longtemps.

Mais toi, souviens-toi, elles t’attendaient tôt pour danser éternellement sous la grâce de tes mains, les algues, fidèles à ce rendez-vous du matin après avoir roulé toute la nuit dans la houle.

Comme ces marées, désormais, sont loin !

Géraldine Andrée

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Les mains de ta grâce

Je me souviens
de la grâce
de tes mains :
lorsqu’elles passent

le chiffon
sur la glace
de la grande
armoire,

elles déposent
un voile
de noces
sur toute chose

dont on voit
battre
le coeur
en transparence

et elles déroulent
autour
des ailes
de leurs gestes

un tissu
de silence
aussi subtil
que la brume

des aurores
qui révèle
l’or
des collines.

Je me souviens
de tes mains
pleines
de grâce

et je voudrais
trouver
un mot
qui leur redonnerait,

tel un miroir,
fidèlement
vie
dans ma mémoire,

mais c’est la tige
vibrante
d’un chant
qui monte

de mon cœur
à ma gorge,
comme si tes mains
la faisaient éclore

à chaque instant
qui compose
ton immense
silence.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

 

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Ce cahier d’écolier

Ce cahier d’écolier
si sage
en apparence
avec ses lignes

qui vont droit
au bout
de la page
à partir

de la marge
contient
tant de détours
de méandres

de boucles
d’arabesques
de volutes
et d’envols

futurs
que tu te perds
parmi les dessins
à venir

Ce cahier d’écolier
est réservé
aujourd’hui
à un seul dessein

franchir
toutes
les lignes
disciplinées

auxquelles
tu te destines
depuis
ta naissance

en toute
Liberté

Géraldine Andrée

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On est presque au Nouvel An !

J’avais à peine six ans.

J’avais été comblée de cadeaux.

Je me souviens :

ma grand-mère assise près de la fenêtre, dans le rayon bleu gris d’une fin d’après-midi de Noël.

On n’avait pas encore allumé les lampes.

Ma grand-mère portait son pull fleuri avec lequel elle est partie dans un lointain pays.

Soudain, nos éclats de rire d’enfants se sont éteints, comme si nous savions…

Les mains de ma grand-mère, tout étoilées de fleurs de cimetière, se sont levées à la hauteur de son coeur et je l’ai entendue dire, en joignant à la parole ce même geste vif qu’elle faisait lorsqu’elle cueillait des herbes folles :

-Cela va si vite ! On est presque au Nouvel An !

Que de nouvelles années se sont écoulées depuis ces mots…

Aujourd’hui,

en cette fin d’après-midi de Noël,

il est un rayon bleu gris

qui ressemble à celui de jadis,

tout près de la fenêtre.

Le temps est presque prêt pour que ma grand-mère vienne s’asseoir à la fenêtre

et chuchote en silence ces deux paroles uniques qui enjambent tous les jours de ma vie

depuis le lointain Noël de mon enfance :

– Cela va si vite !

On est presque au Nouvel An !

 

Géraldine Andrée

 

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Tu as toujours aimé les orages

Toi, si calme, si discrète, tu as toujours aimé les orages.

Tu te réjouissais d’entendre cette cavalcade qui franchissait la colline.

Tu allais au-devant de l’éclair qu’annonçait ce solennel roulement de tambour.

Jeune fille, tu te précipitais à la fenêtre pour assister au vif concert de la grêle, à la violente symphonie des cordes de la pluie. Ton visage était là, juste derrière la vitre giflée par l’eau.

Tu as écrit dans ton carnet d’adolescence : « C’est le spectacle qui termine une journée morne. »

Après le passage de l’orage, tu contemplais le jardin bouleversé : les arbres échevelés, les pétales détachés des fleurs et qui jonchaient l’herbe, le carré de roses piétiné.

Mais cela ne t’inquiétait pas : tu savais que le jardin reprendrait de la vigueur dans la lumière du lendemain matin et que s’il s’ébrouait longuement dans le vent, c’était parce qu’il soignait l’ultime étape de sa toilette.

 

Toi, si pudique, tu aimas passionnément. Ton coup de foudre pour André marqua ta vie à jamais. Chaque nuit, dans la solitude de ta chambre, tu rêvais de ton union avec ce garçon doux qui jouait du violon à la perfection.

Hélas ! L’orage de la guerre brisa ton grand amour. L’éclair blanc d’une lettre t’annonçant un soir de printemps son décès au front de Verdun te fendit le coeur.

Tu appris à vivre avec ce deuil qui allait changer définitivement le cours de ta vie.

 

Toi, si aimante, tu te résignas à un mariage de raison avec un ingénieur qui te délaissa vite pour des filles au café. Tes jours étaient rythmés par les orages silencieux de l’adultère. Tu fermais les yeux. Il est impossible de détourner la course du Destin. Tu t’habituas avec ta douceur coutumière au ciel morne de ton existence.

Guère douée pour la révolte, tu ne déclenchas aucun orage.

 

Je suppose que certains soirs, devant ton miroir, tu te surpris à espérer un miracle qui pourrait te délivrer de cette vie non choisie, à  croire en l’apparition fulgurante d’un autre homme sur le cheval de la chance et qui t’emmènerait loin de ta propre image.

Tu égrenais souvent le chapelet. Tu savais que Dieu était capable de faire surgir de sa main bien des orages salvateurs.

Mais ce ne fut qu’une prière. Si cette dernière avait été exaucée grâce à l’ardeur de ta dévotion, aurais-tu vraiment suivi l’élan de ton coeur ?

Tu n’avais pas été éduquée pour prendre une semblable décision.

L’éventualité d’un tel orage t’attirait en même temps qu’elle te faisait peur.

Puis, les enfants te firent oublier ton désir de liberté.

 

La fougue de ton âme, tu l’as confiée à tes cahiers intimes.

Tu savais qu’ainsi, cela ne prêterait jamais à conséquence.

Toi, si docile, tu fus cette poétesse ardente qui m’offre aujourd’hui dans tes pages la sève du jardin perdu de Montmorency comme si c’était ton sang, le baume de la lumière mêlant les senteurs de la terre après l’averse, le regard qui luit une fois le chagrin passé, le souvenir du pétale de ce très ancien baiser sur ton visage.

Oui, à ta façon de me faire la louange de la Vie,

je vois

que tu as toujours aimé ses orages.

 

Géraldine Andrée,

Ta petite-fille

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Le jardin des fées

Chère page,

Je te présente le jardin de mon enfance.

Voici les grands arbres : le platane, le sapin, le chêne et, plus loin, le mirabellier près du cordeau où les draps fraîchement lavés dansent dans le vent comme de larges ailes blanches.

Et voici, au centre de la pelouse, le petit marronnier qui fleurit tant au printemps. Il prépare pour mes poèmes la corolle de son ombre dorée.

Je connais de nombreuses cachettes : dans ce buisson, je me loverai quand je ferai de fausses fugues pour fuir l’autorité de ma famille.

Dans le jardin de mon enfance, l’herbe est odorante après la pluie. Les soirs d’orage, lorsque l’air s’apaise une fois les tambours passés, je la vois luire sous la lune.

Voici aussi, chère page, le muret couvert de mousse sous laquelle courent des fourmis rouges qui piquent quand elles montent aux mollets, la porte verte des dépendances qui s’ouvre en grinçant sur les bicyclettes couchées dans l’odeur du salpêtre.

Des raisins aigres pendent de la vigne. Leurs grains minimes tombent sur le petit banc de bois destiné à la chatte sauvage et à la jeune fille songeuse que je deviendrai.

Là-bas, le plant de tomates déjà roses.

Plus loin, le forsythia avec sa belle neige de fleurs d’or qui attire les papillons mouchetés. A l’orée de l’automne, ses flocons jonchent les flaques de l’allée. On en coupe des rameaux pour Noël, que ma mère dispose en bouquet dans un long vase.

Tu connais maintenant la cour grise encerclée par une haie de rosiers où je ferai chaque matin d’été la toilette de mes poupées.

On s’approche maintenant de l’épais lierre grimpant jusqu’aux fenêtres des chambres, étoilé de pucerons et d’araignées qui m’effraient au moment du coucher s’ils ont eu l’heur d’entrer.

Le jardin ne se finit jamais, chère page, car le grillage de la clôture est troué. Les herbes folles des champs voisins y glissent leur pointe sifflante et les coquelicots y épanchent leur sang.

La flamme rousse d’un écureuil venu du fond de la forêt s’élance et s’accroche au chêne.

Entends-tu chanter dans les feuillages, toi, ma page de silence, les mésanges, les bouvreuils, les chardonnerets originaires de la clairière dont la lisière tremble comme une onde bleue dans le matin ? Entends-tu ces voix qui s’élèvent dans ta blancheur ?

Un matin, les herbes hautes se sont écartées et deux yeux nous ont fixés. C’était une biche. A l’instant même de notre découverte, elle a disparu.

Je confierai toutes mes voix secrètes, mes peines et mes rêves à ce jardin.

En soulevant une feuille, une brindille ou un fétu, j’espèrerai rencontrer une elfe.

Il me semble entendre bruire à l’heure du sommeil les rires des fées dans le silence.

Je me promène le lendemain matin en quête d’un lutin.

Et je garde confiance… L’enfance n’est rien sans attente émerveillée.

Ce jardin, je le contemplerai longtemps quand je chercherai un sens à ma vie.

Je déchiffrerai l’alphabet de ses feuilles, de ses racines et de ses pierres.

Je serai témoin de ses métamorphoses au fil des saisons – son roux ardent, ses branches grises, ses bourgeons jaunes, les lueurs de ses pollens dont il faudra me protéger pour me préserver des crises d’asthme et que je verrai virevolter avec le regret de ne pouvoir participer à leur ronde derrière la vitre de la véranda.

Ce jardin me donnera un chat, des poèmes, des promenades.

Je prêterai l’oreille à la houle du vent qui surgira à chaque instant au-delà des frondaisons.

Rythme du jardin qui me précipite inéluctablement dans le rythme de la vie avec ses gains et ses deuils, ses échecs et ses succès.

Grandir dans l’oubli contraint des belles choses.

Être sérieuse, peut-être uniquement par orgueil – ou par peur.

Ne plus contempler mais expliquer.

Nommer au lieu de ressentir.

Apprendre.

Les saisons ne se définissent plus selon les couleurs, les plantes, les senteurs mais selon les notes, les devoirs, les évaluations.

Me dompter moi-même.  Me discipliner pour que les autres n’aient pas le plaisir de le faire, moi l’herbe rebelle, dite « mauvaise », la fleur sauvage.

M’éloigner, année après année, de mon rêve de vie. Parce qu’il en est ainsi et que la société demande de vivre au lieu de rêver.

Pourtant, je ne suis jamais sortie du jardin aux mille songes entrelacés par les fées.

Toutes ses ramures réunies me murmurent l’essentiel du monde.

Son souffle me guide comme une feuille vers toi, chère page.

Tu as, c’est sûr, une marge, des lignes, une bordure qu’on ne peut franchir.

Et pourtant, quand je te confie mon enfance avec des déliés réguliers,

le jardin continue, de mot en mot,

sans grillage.

 

Géraldine Andrée

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Un jardin dans un poème

Toutes ces fleurs qui offrent leur âme au vent,

les herbes dont le parfum s’exhale dans chaque goutte d’arrosage,

les tomates rouges au matin comme les joues de la bonne santé,

les arbres qui se penchent pour répandre les nouvelles du ciel,

les fruits tombés la nuit et dont le vermeil perle sur la peau fendue,

le bleu du persil que l’on essaime sur les assiettes à midi,

le cerfeuil dont le vert tendre chante quand on le cueille et qui éclate en mille étoiles d’anis,

la corolle de l’ombre sur la page du cahier,

la note d’or d’un insecte qui traverse la sieste,

le chat sauvage qui accourt à pattes de silence, surgi du soleil…

Toutes ces joies encloses

dans le jardin que tu as perdu en sortant de l’enfance

et où le temps t’interdit de retourner,

tu peux les retrouver, tu sais,

dans un seul poème.

 

Géraldine Andrée

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À l’abri dans un poème

C’est un lointain soir d’hiver.

J’ai pris mon bain et revêtu mon pyjama chaud.

Je me sens bien.

Ma mère m’a couchée puis elle a allumé la lampe de chevet. Elle est douce et sereine, pour une fois. Plus de ménage à faire, plus de corvée. Les sermons et les reproches ont cessé. La journée est accomplie.

C’est l’heure de réciter la poésie que je dois savoir par coeur pour le lendemain.

D’ici, j’entends encore le silence de la chambre close – et le frêle frottement des branches du platane contre le volet.

Ma mère a ouvert le cahier à la page du poème, dont le chemin d’encre bleue est jalonné de barres discrètes signalant les pauses obligatoires, les silences incontournables, et de petites boucles préservant la grâce des liaisons.

J’ai des hésitations. Je ne connais pas vraiment mon poème.

Mais maman ne me gronde pas. Elle le redit lentement, à voix basse, comme si elle voulait me confier un secret.

C’est un poème de Maurice Carême, décédé depuis peu.

Le poète parle de sa chère campagne du Brabant au printemps, de sentier enjoué, de vent chantant, de tartine mangée au bord d‘une source argentine dont le rire se faufile entre les aubépines.

Couchée au coeur de l’hiver où j’apprends ce poème de Maurice Carême juste avant de disparaître dans la profondeur du sommeil de l’enfance, je me sens privilégiée tandis que les rimes en « ine » sonnent clair à mon oreille.

J’ai parfaitement noté le chant de la source dans mon cahier. Il faut dire que j’ai regardé avec une telle application le tableau noir où cheminait le poème écrit à la craie!

J’entends encore, trente ans après, ces fins de vers qui sautillent dans ma mémoire comme s’il s’était agi de la blanche marelle des dimanches. Je revois aussi le jeune visage apaisé de ma mère penchée sur mon cahier d’écolière.

Le lendemain, j’obtiens un bon point pour cette poésie que je récite, bras croisés, près de la fenêtre qui donne sur les toits enneigés.

Sans douter du moindre mot, je me suis levée pour faire naître dans ma voix les fleurs d’aubépine sur lesquelles brillent les gouttes de la source argentine pendant que craque entre les dents la blonde croûte d’une tartine.

Bel âge en vérité,

que celui où l’on apprend les poètes par coeur

et où rien de grave ne peut arriver

– aucun drame, aucun échec, aucune fureur –

si l’on est bien à l’abri dans un poème…

Géraldine Andrée

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Le miroir

Chaque matin, elle prend son cahier.

Elle lui confie ses peines, ses joies, ses questions.

Qu’importe qu’elle n’ait pas de réponse immédiate !

C’est comme si elle avait fait

la toilette de son âme

qu’elle voit clairement

à travers la page

et qui a… son visage !

Ensuite, elle prend un feutre

rose, bleu, violet, vert.

Il lui semble que s’ouvre dans sa paume un oeil

qui destine à chaque mot le feutre approprié

pour que l’indicible soit enfin formulé.

Et elle dessine des guirlandes de pétales, de grains, d‘étoiles,

une longue enluminure qui entoure le silence où elle s’est mirée.

Voilà. En se parlant ainsi en secret,

elle maquille Celle-Qu’Elle-Reconnaît

et qui hier encore, pourtant, lui était Toute Autre,

avec les couleurs de l’Enfance.

Et elle se tourne vers la lumière de la journée

qui l’appelle en touchant son épaule.

 

Géraldine Andrée

 

Publié dans Poésie

Poésie ce pays

En ce monde,

il n’est nulle clairière,

nul buisson,

nul brin d’herbe

qui n’appartiennent

à un pays.

 

La moindre feuille,

la moindre fleur,

la moindre frange d’écume

à fleur de terre

sont revendiquées

par une nation.

 

Je sais,

cependant,

un pays

où tu es libre

d’entrer

et de sortir

 

à ta guise,

guidé

en chemin

par les signes

invisibles

de la brise ;

 

un pays

qui te donne

le droit absolu

de traverser

toutes les frontières

puis de revenir,

 

avec ce pas

alerte

de l’enfance

reconquise

au fil

d’un rire ;

 

un pays

où tu peux te cacher

parmi les feuilles

des plantes

ou les épis de blé

sans être cherché ;

 

un pays

où il est légitime

de posséder

un jardin

abondant

en toute saison

 

sans avoir à montrer

un titre quelconque

de propriété,

sans avoir à déclarer

le nombre

de fruits qui poussent ;

 

un pays

qui n’attend pas

que tu déclines

ton identité

sur un passeport

en lettres sonores,

 

mais qui espère

que tu aies

un regard

éveillé

pour l’annonce

de l’aurore ;

 

un pays

qui ne te demandera

jamais

ton adresse

car il sait

que tu as

 

ton coeur

– cette profonde

demeure –

bien ouvert

pour faire entrer

quand les nuits

 

sont longues

et que le temps

est à l’hiver

tous les enfants

qui  sont nés

de lui.

 

Ce pays

unique

en ce monde,

c’est,

mon ami,

la Poésie.

 

Géraldine Andrée