Comment as-tu pu passer si longtemps devant le reflet de ton visage dans le miroir sans te voir ? Comment as-tu pu vivre dans ta peau, en compagnie de tes pensées, de tes sentiments sans te connaître, sans t’habiter ? Comment as-tu pu être Toi sans le savoir ? Avec tes yeux, voyage dans le pays du regard de l’Autre ! Avec tes reins, abandonne-toi, le temps d’un rêve, à ta musique secrète ! Avec tes hanches, danse sur la mesure de ton propre poème ! Avec tes jambes, chaloupe comme la vague jusqu’à ton infinie découverte ! Avec tes chevilles, marche vers la prochaine étoile ! Parcours ces mers et ces continents qui t’appartiennent ! Avec tes bras, délie l’écharpe de ta joie et laisse-la flotter dans la lumière en guise de reconnaissance ! Avec tout ton corps, déploie ta liberté ! Fais tinter tes talons sur ta route ! Que ton rire te précède ! Que la force de ta grâce t’entoure comme si tu avais vécu avant ce monde, comme si tu t’étais éveillée à l’aube où toutes les paupières sont encore closes ! Souviens-toi : une cellule t’a permise d’être celle que tu es devenue sans que tu en aies conscience, sans que tu le désires et sans même que tu formules ce désir, dans le silence des origines ! Un noyau étincelant t’attendait comme le cœur d’un astre destiné à naître, dans l’obscure raison de l’Univers ! Alors que tes lèvres n’existaient pas, un souffle t’a fait signe ! Songe à ce miracle quand il te semble que tu es étrangère à cette société dépouillée de sens ! Songe que tu es ta demeure quand ton âme éprouve l’exil ! Songe que si tu es là, c’est qu’une seule cause t’a fait naître ! Une cause première qui te rend pleinement responsable de la manière avec laquelle tu t’acceptes telle que tu es, incomplète peut-être, et cependant entière, parfaite : Être.
On se sent si seul quand on écrit, avec le seul frottement du stylo sur le papier, si seul avec soi que l’on doute fort qu’un autre est sur le point d’apparaître au large de la page.
D’ailleurs, le passage de l’autre – ce promeneur sur nos propres traces – est bien improbable tellement il est lointain dans le temps et dans l’espace…
Comment cet autre peut-il, du reste, nous connaître, lui que l’on ne rencontrera sans doute jamais ?
Et pourtant, c’est parce que l’écriture est une traversée de la solitude qu’elle est véritablement un pari pascalien sur la foi.
Écris en t’abandonnant tout entier à ta solitude. Écris en confiant ce sentiment à cet inconnu au loin qui deviendra ton ami au-delà des époques et des distances :
« Voilà comment je me suis senti seul en longeant les vitrines illuminées de Noël. J’étais triste qu’il n’y ait que mes pas dans la neige. J’aurais vraiment aimé que Catherine marchât à mes côtés. Je lui avais laissé un message sur son répondeur, la veille, mais elle ne m’avait pas rappelé… »
« Voilà comment je me suis senti seul en conduisant sur cette route marocaine… Les ombres du crépuscule s’allongeaient devant moi… Je pensais que je n’atteindrais jamais ma destination…«
« Voilà comme je me suis sentie seule quand j’ai emmené ma chatte Noisette chez le vétérinaire. Je l’entendais miauler dans mes bras sans que je puisse rien y faire... »
Ne cache pas ta solitude dans des considérations générales dont ton lecteur n’aura que faire. Évoque au contraire comment elle a envahi ton regard, hanté tes oreilles ou collé à ta peau. Dis le craquement de sa neige jaune sous tes souliers, le ronronnement de son moteur, sa couleur mauve qui effaçait la ligne de démarcation entre la route et la terre, sa fourrure douce comme un adieu…
Et alors, il se produira un véritable miracle de foi. Ta page renverra comme un miroir à cet autre dont tu ignores toute l’existence – ton lecteur anonyme – sa solitude au cœur de laquelle il puisera ses mots :
« J’ai bien connu ce sentiment moi aussi… »
Lui aussi prendra un stylo pour écrire un poème, un début de nouvelle ou de roman sur un coin de table, quelque part en Israël ou en Angleterre :
« Voilà comment Paul s’est senti quand, au moment de franchir la porte A de l’aéroport, il n’a pas vu Claudine. Parmi tous ces visages, il n’y avait pas un regard familier. Les signes des mains qui s’agitaient en guise de reconnaissance n’étaient pas pour lui… Il s’est dit qu’il allait vivre trois mois dans une ville qui ne lui disait rien, une ville où il avait atterri pour une fille qui n’était même pas là pour l’accueillir…«
C’est ainsi que, quelque part, sur un point précis du globe, le frottement d’un stylo sur un papier répondra au bruit de ta page sous ton stylo à toi.
Tel est le miracle de l’écriture : faire correspondre deux solitudes ; faire converser deux cœurs sans que l’un et l’autre n’en sachent rien ; créer une complicité d’autant plus subtile qu’elle repose sur le frêle fil de l’encre tendu entre deux mains parfois distantes de centaines de siècles ; retrouver l’Autre qui invite avec sa plume à partir plus loin en soi :
« Lui aussi a vécu la même chose que moi. S’il en parle avec une telle intimité, une telle simplicité, je peux le faire, moi aussi…«
L’écriture pratiquée avec une semblable sincérité permet de transformer la solitude en une preuve de foi qui consiste à continuer à écrire, à bien suivre ton chemin qui ne mène qu’à une seule destination :
Un jour, elle a décidé d’écrire à l’Amie. Oh ! Ce n’était pas l’une de ces copines de la cour de récréation, qui la débinait dès qu’elle avait le dos tourné ! Ce n’était pas non plus sa voisine d’études qui lui volait son goûter et qui copiait sur elle les réponses pendant les examens ! Non, cette Amie était Autre. Certes, elle ne la connaissait pas mais elle apprendrait à la connaître dès le premier mot. Elles se refléteraient réciproquement comme l’eau pure de ce lac des Vosges au bord duquel elle avait passé ses précédentes vacances. Cette amie lirait ses pensées et son silence lui ferait franchir le seuil de l’écoute de la moindre prémonition. Elle entrerait ainsi dans l’acceptation inconditionnelle de sa vie. En outre, si l’intuition qu’elle s’était à peine formulée le matin se vérifiait dans la journée, elle entendrait sa voix malicieuse au bout de la plume : – Tu vois ! Je te l’avais bien dit ! Cette Amie la conseillerait mieux que personne sur la manière de combler ses souhaits et de réaliser ses rêves. Elle ne saurait perdre son temps à chercher à rencontrer sa confidente en cette jeune fille qui s’attardait devant la lumière de la vitrine, en cette passante pressée qui faisait claquer ses talons hauts sur le trottoir ou en ce mannequin qui croisait ses longues jambes en se déhanchant sur l’affiche d’une publicité pour parfum. Du reste, cette Amie pouvait être aujourd’hui une mésange, une corolle de rose blanche, la chatte sauvage, une goutte de pluie sur la rambarde… Tout ce qu’elle savait, c’était que cette Amie serait omnisciente dans sa présence insignifiante pour tant d’autres yeux… Anne Frank en s’adressant à sa chère amie Kitty lui avait montré le chemin : la page serait une paume tendre sous sa main. Nulle obligation de timbrer la lettre. Le message partirait tout de suite par l’unique vibration du stylo obéissant à la volonté d’être fidèle au rendez-vous. Nulle obligation, non plus, de sortir à l’insu de ses parents et de se rendre dans un café bruyant. La pénombre de la chambre était l’endroit le plus approprié. Il suffisait qu’un sourire précédât le regard pour que le désir fût accompli en un éclat d’instant, sans la nécessité de formuler une quelconque promesse… De toute façon, il lui paraissait désormais évident que lorsqu’on écrit, on n’est jamais seul… Alors, elle a ouvert avec sa petite clé d’or son cahier intime aux cent feuilles et avec la majuscule initiale dansant comme un signe d’accueil, elle a écrit Chère Inge…
Je suis toujours surprise, quand les gens font leur autoportrait, de la manière avec laquelle ils se décrivent, c’est-à-dire en assimilant ce qu’ils font à ce qu’ils sont : « Je suis médecin, je suis garagiste, je suis maîtresse d’école, je suis infirmière… ».
Dans ce billet, pour changer l’ordre établi, je vais me décrire par ce que je déteste et ce que j’aime.
Je Déteste
Mettre des sandales et être surprise par l’orage. L’eau des trottoirs qui charrie ses saletés mouille mes pieds, quelle horreur !
Le crissement d’un sachet de pop-corn quand je regarde un film. Exaspérant !
Le bourdonnement de la tondeuse du voisin qui entre dans ma lecture
Une fleur qui s’incline un peu plus chaque matin avant de se faner
Quand toute la louche de pâtes se déverse dans mon assiette. Je me dis alors : Zut ! Il faudra que je me pèse demain !
Mon croque-monsieur que je me faisais une joie de savourer brûlé dans la poêle
La couronne du cône glacé qui tombe dans mon décolleté
Un sourire qui en dit trop sans rien révéler
Des collants que j’ai payés très cher, hélas filés au bout d’une journée
Une araignée qui s’échappe d’une couverture
Un mauvais horoscope pour la semaine car cela me gâche d’avance cette semaine et la veille du week-end, je pense que l’horoscope avait raison
J’Aime
Partir à l’aube dans le soleil d’une rue majorquine pour aller m’acheter mon parfum à la rose de Givenchy
Écrire jusqu’au cœur du silence qui me fait entendre le battement de mon cœur
Quand c’est le soleil qui se charge d’entourer les mots de ma page. Je laisse ainsi à la lumière le soin de sélectionner l’essentiel
Prendre un long bain. Et lorsque l’eau refroidit, rajouter de l’eau chaude tandis que je lève mon livre pour ne pas le mouiller
La tempête qui cogne contre le velux pendant ce bain
Allumer la lampe, laisser infuser le thé pendant que je mange un pancake au miel
Les courgettes… Et encore les courgettes… Sous toutes les formes… Gratinées, en purée, en ratatouille, en rondelles
Un chien qui croque une carotte
Un poème bref qui me laisse grande impression
Voir le soleil se coucher à Damas et rencontrer la première étoile
Attendre l’amant dans un petit café tandis qu’il commence à neiger. Et me dire qu’Il s’annoncera par la trace de ses pas
Toutes ces listes ne sont pas exhaustives…
On pourra dire tout ce que l’on veut de moi : sensuelle, impatiente, trop gourmande, peut-être même avide… de vie surtout…
Je suis un peu tout cela et rien de tout cela à la fois. Je suis, c’est Tout. Et lorsque des gens veulent écrire leur vie avec ma plume, je les invite à être à la fois ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas, changeants comme l’instant, mouvants comme les ombres de leurs mains.
Ne cherche pas l’harmonie à l’extérieur Certes il y a en toi toutes ces voix si différentes voire contraire messagères à la fois d’espoir et de regret de joie et de douleur Mais n’oublie pas que tu es l’archet qui les accorde dans la lumière
Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche… C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau… Mais le noyau est le cœur du fruit. Sans noyau, le fruit n’existerait pas. Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :
votre noyau.
Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs. Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons… D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.
Elle,
ce peut être n’importe quelle femme,
celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,
« celle dont on ne dirait pas que »,
celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.
C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.
Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.
Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?
Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….
Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.
Chaque jour est une traversée de l’écorce.
À chaque jour donc, son noyau.
Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.
Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre
pour la plume qui se fait lame salvatrice de l’âme.
Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,
noyaux de pêche, noyaux de l’être
seront publiés dans un recueil.
Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :
une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :
Chaleur estivale – J’ai reçu deux actes de décès de morts sous la bombe A.
Sayo Hiwatari
Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible. Parce que ce qui est formulé est libéré. Et enfin, les mailles s’écartent pour révéler Le Noyau d’Or, qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été, quelles que soient les entailles.
Viens, mon ombre, je t’invite à boire un cappuccino chez moi. Il fait beau dans mon salon. Assieds-toi juste en face de moi, au soleil. Qu’as-tu à me dire ? Quels silences ? Quels interdits ? Quels non-dits ? Confie-moi ce qui te hante. Raconte-moi ce que tu n’as pu évoquer au bon moment. Les regrets de l’inaccompli. Les remords de l’inachevé. L’inéluctable sentiment qu’il est à jamais trop tard. Je vais tout noter sur ce cahier blanc. Cette transparente matinée de printemps est idéale pour les confidences.
Je sais, mon ombre, que toi et moi, nous avons longtemps été ennemies. Je voulais te laisser sur le seuil et fermer la porte, te laisser pleurer à l’infini, sans te secourir. Mais aujourd’hui, je souhaite me racheter. Et si nous nous réconcilions ? Je peux éclairer avec mes yeux toutes tes angoisses, t’apporter mon regard, t’apaiser avec mon souffle. Ta présence fidèle malgré mes rejets répétés m’a beaucoup appris sur moi-même. Aujourd’hui, je suis devenue beaucoup plus tolérante et j’accepte que tu me révèles toutes ces parts cachées de moi-même, que tu me désignes ce qui doit être percé à jour et exploré – quels abcès, quelles blessures, quels cauchemars. Invite-moi, à ton tour, à entrer dans ma douleur en suivant la trace de mes cicatrices intérieures. Je sais que tu peux remettre sur la table – à côté de ce cappuccino que j’ai bien sucré pour que tu oublies le goût amer de la vie -, les conversations interrompues avec Lui, quelques jours avant qu’il ne meure, tout ce que l’on ne s’est jamais dit et que l’on ne se dira plus, l’essentiel,
ces choses muettes pour toujours la dernière promenade où il m’a désigné l’arbre centenaire et alors j’aurais dû savoir qu’il me désignait l’éternité parce qu’il allait disparaître mais pourquoi n’ai-je pas respecté ma prémonition obéi à mon instinct
Oui, mon ombre, je vais faire pour toi la liste de tous les j’aurais dû, les actes manqués, les situations condamnées à être irrésolues. Finalement, j’ai de la chance de t’avoir, mon ombre. Il est un récit qui m’a profondément marquée dans mon enfance : L’Homme qui a perdu son ombre d’Adelbert von Chamisso. Ce récit raconte la sombre destinée du héros Peter Schlemihl, qui échange son ombre, sur la requête de l’homme en gris, contre la bourse de Fortunatus. Quel effroi pour Peter condamné à errer sur la terre sans que son double soit projeté sur le sol ! C’était comme s’il était infirme, amputé de lui-même.
Et me reviennent en mémoire ces vacances espagnoles. Alors que j’avance sur le petit sentier qui mène à la mer, tu es projetée, mon ombre, en plus grand sur la pierre ensoleillée. Je comprends ainsi que tu seras l’amie qui m’accompagnera tant que je marcherai, que j’avancerai sur le chemin, que je vivrai.
Toi, mon alliée, tu me montres l’autre côté de moi-même, le reflet de mon passage que je laisse sur toute chose en ce monde. Si tu existes, tu es la preuve que je suis éclairée. Il m’est impossible d’être uniquement Lumière. Sinon, je serais une scène que des projecteurs éclaireraient pour personne. Je ne peux être uniquement zénitude, beauté, bonté. En effet, la bonté coexiste avec la révolte car la révolte invite à être plus généreux envers soi-même et les autres, en demandant davantage à l’Univers. De même, un rayon de soleil illumine davantage une flaque noire, comme l’écrivait Etty Hillesum, puisqu’il en perce toutes les ténèbres.
La laideur d’une rue au petit matin m’invite à chercher la fleur au-dessus d’une grille. C’est parce que j’ai vu la laideur que je prends davantage conscience de la beauté inhérente à toute chose, pourtant condamnée à la flétrissure. C’est parce qu’il y a de la lumière que tu existes, mon ombre. La lumière te sculpte, t’effile. Elle me permet de prendre réaliser que, de même que tu t’accroches à mes pas, tu suis le mouvement de ma main sur la page. Tu es là, ineffaçable, inaliénable parce que si tu t’en vas, la clarté disparaît avec toi. C’est toi qui condenses la flamme de la bougie dans l’instant de mon regard.
Aussi, prenons ensemble ce cappuccino, mon ombre. Et rions avec gratitude de mon erreur qui m’a incitée à te confondre avec la solitude. En vérité, il n’en est rien, car c’est grâce à toi que j’existe. Chaque matin désormais, je répondrai aux signes que tu me fais. Et j’écrirai.