Publié dans Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Récit de Vie

Liberté

Publié dans Journal de la lumière, Poésie, Poésie-thérapie

La cause première

Comment as-tu pu passer si longtemps devant le reflet de ton visage dans le miroir sans te voir ?
Comment as-tu pu vivre dans ta peau, en compagnie de tes pensées, de tes sentiments sans te connaître, sans t’habiter ?
Comment as-tu pu être Toi sans le savoir ?
Avec tes yeux, voyage dans le pays du regard de l’Autre !
Avec tes reins, abandonne-toi, le temps d’un rêve, à ta musique secrète !
Avec tes hanches, danse sur la mesure de ton propre poème !
Avec tes jambes, chaloupe comme la vague jusqu’à ton infinie découverte !
Avec tes chevilles, marche vers la prochaine étoile ! Parcours ces mers et ces continents qui t’appartiennent !
Avec tes bras, délie l’écharpe de ta joie et laisse-la flotter dans la lumière en guise de reconnaissance !
Avec tout ton corps, déploie ta liberté !
Fais tinter tes talons sur ta route !
Que ton rire te précède !
Que la force de ta grâce t’entoure comme si tu avais vécu avant ce monde, comme si tu t’étais éveillée à l’aube où toutes les paupières sont encore closes !
Souviens-toi : une cellule t’a permise d’être celle que tu es devenue sans que tu en aies conscience, sans que tu le désires et sans même que tu formules ce désir, dans le silence des origines !
Un noyau étincelant t’attendait comme le cœur d’un astre destiné à naître, dans l’obscure raison de l’Univers !
Alors que tes lèvres n’existaient pas, un souffle t’a fait signe !
Songe à ce miracle quand il te semble que tu es étrangère à cette société dépouillée de sens !
Songe que tu es ta demeure quand ton âme éprouve l’exil !
Songe que si tu es là, c’est qu’une seule cause t’a fait naître !
Une cause première qui te rend pleinement responsable de la manière avec laquelle tu t’acceptes telle que tu es,
incomplète peut-être,
et cependant entière, parfaite :
Être.

Géraldine Andrée
©Jusqu’au noyau
Poèmes inédits,
à paraître

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L’écriture ou la foi en sa solitude

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À l’Amie

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Si je devais me décrire à quelqu’un…

Proposition quotidienne de rédaction
Comment vous décririez-vous à quelqu’un ?

Je suis toujours surprise, quand les gens font leur autoportrait, de la manière avec laquelle ils se décrivent, c’est-à-dire en assimilant ce qu’ils font à ce qu’ils sont : « Je suis médecin, je suis garagiste, je suis maîtresse d’école, je suis infirmière… ».

Dans ce billet, pour changer l’ordre établi, je vais me décrire par ce que je déteste et ce que j’aime.

Je Déteste

  • Mettre des sandales et être surprise par l’orage. L’eau des trottoirs qui charrie ses saletés mouille mes pieds, quelle horreur !
  • Le crissement d’un sachet de pop-corn quand je regarde un film. Exaspérant !
  • Le bourdonnement de la tondeuse du voisin qui entre dans ma lecture
  • Une fleur qui s’incline un peu plus chaque matin avant de se faner
  • Quand toute la louche de pâtes se déverse dans mon assiette. Je me dis alors : Zut ! Il faudra que je me pèse demain !
  • Mon croque-monsieur que je me faisais une joie de savourer brûlé dans la poêle
  • La couronne du cône glacé qui tombe dans mon décolleté
  • Un sourire qui en dit trop sans rien révéler
  • Des collants que j’ai payés très cher, hélas filés au bout d’une journée
  • Une araignée qui s’échappe d’une couverture
  • Un mauvais horoscope pour la semaine car cela me gâche d’avance cette semaine et la veille du week-end, je pense que l’horoscope avait raison

J’Aime

  • Partir à l’aube dans le soleil d’une rue majorquine pour aller m’acheter mon parfum à la rose de Givenchy
  • Écrire jusqu’au cœur du silence qui me fait entendre le battement de mon cœur
  • Quand c’est le soleil qui se charge d’entourer les mots de ma page. Je laisse ainsi à la lumière le soin de sélectionner l’essentiel
  • Prendre un long bain. Et lorsque l’eau refroidit, rajouter de l’eau chaude tandis que je lève mon livre pour ne pas le mouiller
  • La tempête qui cogne contre le velux pendant ce bain
  • Allumer la lampe, laisser infuser le thé pendant que je mange un pancake au miel
  • Les courgettes… Et encore les courgettes… Sous toutes les formes… Gratinées, en purée, en ratatouille, en rondelles
  • Un chien qui croque une carotte
  • Un poème bref qui me laisse grande impression
  • Voir le soleil se coucher à Damas et rencontrer la première étoile
  • Attendre l’amant dans un petit café tandis qu’il commence à neiger. Et me dire qu’Il s’annoncera par la trace de ses pas

Toutes ces listes ne sont pas exhaustives…

On pourra dire tout ce que l’on veut de moi : sensuelle, impatiente, trop gourmande, peut-être même avide… de vie surtout…

Je suis un peu tout cela et rien de tout cela à la fois.
Je suis, c’est Tout.
Et lorsque des gens veulent écrire leur vie avec ma plume, je les invite à être à la fois ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas, changeants comme l’instant, mouvants comme les ombres de leurs mains.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 39

Sa mère
sous-entend
Deviens
ce que je veux

que tu sois
Elle commence
à écrire
son autoportrait

qu’elle ne cesse
de barrer
d’effacer
car elle ne se reconnaît pas

Géraldine Andrée

Publié dans musique

Harmonie

Ne cherche pas
l’harmonie
à l’extérieur
Certes
il y a en toi
toutes ces voix
si différentes
voire contraire
messagères
à la fois
d’espoir
et de regret
de joie
et de douleur
Mais n’oublie pas
que tu es l’archet
qui les accorde
dans la lumière

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie-thérapie

Petite précision à propos des Noyaux de pêche

Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :

votre noyau.

Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.

Elle,

ce peut être n’importe quelle femme,

celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,

« celle dont on ne dirait pas que »,

celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.

C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.

Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.

Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?

Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….

Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.

Chaque jour est une traversée de l’écorce.

À chaque jour donc, son noyau.

Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.

Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre

pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.

Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,

noyaux de pêche,
noyaux de l’être

seront publiés dans un recueil.

Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :

une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :

Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.

Sayo Hiwatari

Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.

Géraldine Andrée

Photo de LEONARDO VAZQUEZ

La connaissance est au centre de Soi

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 20

Sa mère
entre deux tartines
lui dit
qu’elle l’a appelée
Marie-Louise
car elle est venue
au monde
seule
pour deux

Alors
dans sa chambre
elle est Marie
qui parle à Louise
ou Louise
qui parle à Marie
C’est comme
elle l’entend

Mais laquelle
des deux
l’entoure
de ses bras
quand
elle tremble
seule
dans la nuit

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 19

Quand elle regarde
dans le miroir
ses yeux profonds
elle sait bien
qu’elle se ment

Géraldine Andrée