Publié dans Actualité, Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Comment être Poète de ta Vie ?

  1. Prends tout ton temps. Regarde la lumière se déplacer de chaise en chaise jusqu’à la tienne.
  2. Respire. Aie conscience que c’est d’abord ton souffle qui chemine.
  3. Ecris dans ton journal, chaque matin. Même si tu n’as rien à dire. Surtout si tu n’as rien à dire car n’oublie pas que le silence contient en germe toutes les créations futures.
  4. Plonge ton regard dans celui de ton chat, ton chien… ou ton poisson rouge. Tu verras…
  5. Chante, danse. Et ne te soucie pas du jugement d’autrui.
  6. Reste debout, bien fort(e) dans ta vérité.
  7. Emprunte les sentiers détournés. Ce sont les meilleurs.
  8. Ouvre un livre sur une page au hasard. Tu t’apercevras que son message te correspond ici et maintenant et qu’il s’adresse… à toi.
  9. Emporte toujours avec toi un carnet de références, d’idées, de croquis… un carnet de fulgurances.
  10. Ne te demande pas à ton lever si tu vas créer et ce que tu vas créer. Songe à comment tu vas créer : par couleurs, notes, jeux de mots, collages ? Quelles sont tes envies, aujourd’hui, simplement aujourd’hui ? Prépare ton matériel sur ta table (stylos, pinceaux, crayons, plumes…)
  11. Recopie une citation qui t’emmène plus loin dans la compréhension du monde et de toi-même et que tu colles à ton miroir ou ton réfrigérateur.
  12. Choisis une nouvelle marque de thé et amuse-toi devant ta fenêtre à lister le nom des senteurs qui le composent.
  13. Utilise tes souvenirs heureux et malheureux pour créer.
  14. Dis-toi que tu as le droit de tout ressentir, que tous tes sentiments sont légitimes, y compris la colère qui peut te guider vers le ravissant rouge phosphorescent qui manquait justement à la toile de ton existence.
  15. Habille-toi en mariant les textures, les tissus, les teintes. Autorise-toi une nouvelle coupe de cheveux.
  16. Fais une salade de fruits en étant conscient(e) du jus, des couleurs, des pépins qui se mêlent dans tes mains.
  17. Colle dans ton cahier feuilles, fétus, brindilles, pétales. Réalise un herbier de ce que tu vis à ta mesure.
  18. Prête attention à toute chose, même insignifiante. Qui sait si le trajet d’une fourmi de grain en grain ne t’inspirera pas demain ?
  19. Va-z-y pas après pas, instant après instant. Sois patient(e). La vie a sa musique parfaite pour toi.
  20. Félicite-toi, y compris si tu as écrit une seule page, affiné un seul accord, trouvé l’équilibre entre deux couleurs en remettant à plus tard la peinture de ton paysage.

L’essentiel est que tu Sois

dans chaque chose que tu Fais.

 

Avec toute ma joie,

 

Géraldine Andrée

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La charrette

J’ai maudit la charrette qui était brusquement apparue sur ma route et qui allait si lentement.

J’ai maudit la charrette qui me forçait à adapter mon temps au sien.

Je me suis dit que c’était la main tyrannique du destin qui l’avait mise comme par un fait exprès sur mon chemin.

Par conséquent, j’ai maudit le destin.

Je voyais au loin tout le trajet qu’il me restait à accomplir ; la longue route serpentait dans le soleil.

Je me suis maudite de ne pouvoir aller assez vite.

Puis, soudain, la charrette a pris un virage.

La voie était libre.

Mais à peine avait-elle disparu que je me suis aperçue qu’elle avait laissé dans son sillage cette bonne odeur d’herbe coupée qui me rappelait les moissons de mon enfance.

Je me suis dit alors qu’il n’y avait pas tant d’urgence.

Celui qui m’avait donné rendez-vous pouvait bien attendre.

Et j’ai pris le temps de savourer les senteurs des mille pailles d’or de jadis qui embrasaient l’air sous la fourche magique de Jeannine.

J’ai même regretté d’avoir eu une réaction aussi vive face à ce présent inespéré qui avait embelli ma journée par la généreuse réminiscence qu’il m’offrait.

Dans chaque événement d’apparence négative se cache du positif.

Mais la patience est nécessaire pour qu’en soit révélé le trésor.

 

Géraldine Andrée

Journal

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France Gall

Les chansons de France Gall ont bercé mon enfance et mon adolescence. Lors des dimanches après-midi d’hiver passés avec ma grand-mère, je la voyais chanter à la télé.

A l’âge de douze ans, j’entendais de ma chambre sa voix coquine chanter Les Sucettes à l’anis dans la lumière du salon ou de la cuisine.

Plus tard, âgée d’à peine vingt ans, alors que j’étais attirée par l’Afrique et le Maghreb, j’ai dansé à en avoir la fièvre sur le rythme d‘Ella Ella, Babacar et Quand le désert avance.

Un après-midi d’été, sous l’ombre bleue du marronnier, j’ai appris la mort foudroyante de Michel Berger.

En étudiant, j’allumais toujours mon petit transistor argenté et un soir, pendant la rédaction d’une âpre dissertation de philo, j’ai pleuré quand j’ai découvert cette voix subtile, délicate comme une dentelle dans la chanson Cézanne peint. J’aurais voulu poser les couleurs bleues, les couleurs d’or, les touches de pourpre et d’orange à chaque note sur mon cahier.

Mon premier amour m’a révélé ce que signifiait vraiment la chanson Les Sucettes à l’anis créée par Gainsbourg. J’ai beaucoup ri de ma naïveté.

Jeune adulte, j’ai acheté l’album Starmania puis la compilation des chansons de Michel Berger avec France. J’ai passé en boucle ça balance pas mal à Paris pendant que je corrigeais mes premières copies.

Plus tard encore, j’ai été fascinée par sa manière de galvaniser les foules, bras ouverts, mains tendues, visage renversé. Je trouvais cette offrande de soi extraordinaire. J’aurais souhaité être comme elle.

Au cours de mes difficiles épreuves, sa voix déterminée traçait son chemin en moi qui étais toujours si timide et effacée, prête à céder illégitimement ma place : Résiste ! Prouve que tu existes !
Cette simple injonction m’a aidée à m’affirmer face aux prédateurs et prédatrices.

France Gall a toujours fait partie de ma vie. Aujourd’hui, elle est morte.

Pourtant, avec ses cheveux blonds, ses yeux espiègles, son visage poupin d’éternelle jeune fille, je ne pensais pas qu’elle pût mourir. C’est arrivé. Quelques semaines auparavant, alors qu’on enterrait Johnny, j’ai eu cette prémonition, cette question intérieure :

– Mais que devient France Gall ? On n’entend plus parler d’elle !

La réponse est tombée hier.

France Gall est partie. Peut-être a-t-elle rejoint Michel et que les étoiles sont leurs projecteurs…

La voix de France Gall, sans me connaître, s’est adressée à la voix de mon coeur.

C’est ainsi que l’on prouve que l’on existe.

En chantant, elle envoyait des lettres intimes à tant d’anonymes. C’est, je crois, le signe de la plus grande réussite, celle qui consiste à dire chaque jour à chacun ici-bas : Cherche ton bonheur partout…

France, tu as rejoint Le Grand Tout.

 

Géraldine Andrée

 

Cézanne peint

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Tu as toujours aimé les orages

Toi, si calme, si discrète, tu as toujours aimé les orages.

Tu te réjouissais d’entendre cette cavalcade qui franchissait la colline.

Tu allais au-devant de l’éclair qu’annonçait ce solennel roulement de tambour.

Jeune fille, tu te précipitais à la fenêtre pour assister au vif concert de la grêle, à la violente symphonie des cordes de la pluie. Ton visage était là, juste derrière la vitre giflée par l’eau.

Tu as écrit dans ton carnet d’adolescence : « C’est le spectacle qui termine une journée morne. »

Après le passage de l’orage, tu contemplais le jardin bouleversé : les arbres échevelés, les pétales détachés des fleurs et qui jonchaient l’herbe, le carré de roses piétiné.

Mais cela ne t’inquiétait pas : tu savais que le jardin reprendrait de la vigueur dans la lumière du lendemain matin et que s’il s’ébrouait longuement dans le vent, c’était parce qu’il soignait l’ultime étape de sa toilette.

 

Toi, si pudique, tu aimas passionnément. Ton coup de foudre pour André marqua ta vie à jamais. Chaque nuit, dans la solitude de ta chambre, tu rêvais de ton union avec ce garçon doux qui jouait du violon à la perfection.

Hélas ! L’orage de la guerre brisa ton grand amour. L’éclair blanc d’une lettre t’annonçant un soir de printemps son décès au front de Verdun te fendit le coeur.

Tu appris à vivre avec ce deuil qui allait changer définitivement le cours de ta vie.

 

Toi, si aimante, tu te résignas à un mariage de raison avec un ingénieur qui te délaissa vite pour des filles au café. Tes jours étaient rythmés par les orages silencieux de l’adultère. Tu fermais les yeux. Il est impossible de détourner la course du Destin. Tu t’habituas avec ta douceur coutumière au ciel morne de ton existence.

Guère douée pour la révolte, tu ne déclenchas aucun orage.

 

Je suppose que certains soirs, devant ton miroir, tu te surpris à espérer un miracle qui pourrait te délivrer de cette vie non choisie, à  croire en l’apparition fulgurante d’un autre homme sur le cheval de la chance et qui t’emmènerait loin de ta propre image.

Tu égrenais souvent le chapelet. Tu savais que Dieu était capable de faire surgir de sa main bien des orages salvateurs.

Mais ce ne fut qu’une prière. Si cette dernière avait été exaucée grâce à l’ardeur de ta dévotion, aurais-tu vraiment suivi l’élan de ton coeur ?

Tu n’avais pas été éduquée pour prendre une semblable décision.

L’éventualité d’un tel orage t’attirait en même temps qu’elle te faisait peur.

Puis, les enfants te firent oublier ton désir de liberté.

 

La fougue de ton âme, tu l’as confiée à tes cahiers intimes.

Tu savais qu’ainsi, cela ne prêterait jamais à conséquence.

Toi, si docile, tu fus cette poétesse ardente qui m’offre aujourd’hui dans tes pages la sève du jardin perdu de Montmorency comme si c’était ton sang, le baume de la lumière mêlant les senteurs de la terre après l’averse, le regard qui luit une fois le chagrin passé, le souvenir du pétale de ce très ancien baiser sur ton visage.

Oui, à ta façon de me faire la louange de la Vie,

je vois

que tu as toujours aimé ses orages.

 

Géraldine Andrée,

Ta petite-fille

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Un jardin dans un poème

Toutes ces fleurs qui offrent leur âme au vent,

les herbes dont le parfum s’exhale dans chaque goutte d’arrosage,

les tomates rouges au matin comme les joues de la bonne santé,

les arbres qui se penchent pour répandre les nouvelles du ciel,

les fruits tombés la nuit et dont le vermeil perle sur la peau fendue,

le bleu du persil que l’on essaime sur les assiettes à midi,

le cerfeuil dont le vert tendre chante quand on le cueille et qui éclate en mille étoiles d’anis,

la corolle de l’ombre sur la page du cahier,

la note d’or d’un insecte qui traverse la sieste,

le chat sauvage qui accourt à pattes de silence, surgi du soleil…

Toutes ces joies encloses

dans le jardin que tu as perdu en sortant de l’enfance

et où le temps t’interdit de retourner,

tu peux les retrouver, tu sais,

dans un seul poème.

 

Géraldine Andrée

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Le miroir

Chaque matin, elle prend son cahier.

Elle lui confie ses peines, ses joies, ses questions.

Qu’importe qu’elle n’ait pas de réponse immédiate !

C’est comme si elle avait fait

la toilette de son âme

qu’elle voit clairement

à travers la page

et qui a… son visage !

Ensuite, elle prend un feutre

rose, bleu, violet, vert.

Il lui semble que s’ouvre dans sa paume un oeil

qui destine à chaque mot le feutre approprié

pour que l’indicible soit enfin formulé.

Et elle dessine des guirlandes de pétales, de grains, d‘étoiles,

une longue enluminure qui entoure le silence où elle s’est mirée.

Voilà. En se parlant ainsi en secret,

elle maquille Celle-Qu’Elle-Reconnaît

et qui hier encore, pourtant, lui était Toute Autre,

avec les couleurs de l’Enfance.

Et elle se tourne vers la lumière de la journée

qui l’appelle en touchant son épaule.

 

Géraldine Andrée

 

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Tu te souviens

Tu te souviens
du robinet
incrusté
dans le mur
de pierre

du mince
filet
d’eau
qui courait
le long du tuyau

dont la bouche
faisait jaillir
en corolle
son chant
dans tout le jardin

Les notes
se posaient
ensuite
en gouttes
de silence

sur les feuilles
odorantes
de chaque plante
Tu te souviens
de la métamorphose

de l’eau
entre les mains
de Grand-Père
Il n’est pas étonnant
que fleurissent

encore
tant et tant
de roses
dans l’arrière-saison
de notre mémoire

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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Comment se fait-il ?

 

Comment se fait-il
que les fleurs soient rendues à leurs senteurs,
que le chemin qui mène à la ferme s’élance dans le soleil de la mémoire,
que le souffle des animaux rythme à nouveau les jours,
que l’eau remonte si claire de la sèche nuit du puits,
que le feu visage de Louise se rallume dans le miroir
et que toutes les gerbes recueillies dans les paniers d’osier noirci
enflamment de leurs brindilles le vent de ce soir ?

Comment se fait-il
que les sandales des enfants de jadis sonnent sur l’escalier,
que le rideau de perles dispersées depuis longtemps tinte au moindre passage,
que se rassemblent dans la cour les voix que l’on croyait à jamais évanouies,
que des éclats de rire traversent tous ces yeux qu’un doigt ferma, tels des météores envoyés dans le ciel d’août,
que la croûte du pain craque à fleur de mie
et que la robe du vin brille
comme si l’on venait à peine d’être servis ?

Comment est-ce possible
que la vie m’arrive,
mon Dieu,
de la mort ?

Et c’est à partir
de ce mot
que tu me donnes
en silence
cette phrase
à écrire :
Parce que ta plume
est le prolongement
de ma main,
le mouvement
de mon esprit,
la trace laissée
sur la page d’aujourd’hui
par mon pas enfui.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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La chambre là-bas

Dans la profonde chambre là-bas, tu dors si bien…

Sitôt les yeux clos, tu t’en vas.

Tu retrouves les rives du Nil dont le murmure de ton coeur est l’embouchure.

Tu t’enivres des éclats de voix et de fruits sur les marchés d’autrefois.

Tu te couches dans ce champ de luzerne oublié.

Tu cours avec cette petite fille d’une autre vie que tu fus. Tu découvres en ta joie étonnée que tu as eu autant d’enfances que d’étoiles.

Tu frappes à la porte du château d’Anne. Et toutes les flammes des bougies précèdent ton pas.

Tu t’assois sous l’amandier en fleurs qui t’attend depuis toujours.

Tu te souviens de ce que t’a conté le vent, un matin de fugue.

Tu ouvres les bras au bleu de tous les origines qui se lève des collines.

Tu te penches avec joie sur les herbes vives du jardin que tu croyais disparu.

Tu converses en silence avec le regard de la jument ressuscitée.

Grand-père t’apprend à arroser les roses feues qui rougissent à nouveau telles les joues d’une convalescente.

Et quand tu te réveilles à l’aube, tu te sens changée comme si des lèvres inconnues avaient récité pour toi la formule des plus subtiles métamorphoses.

Dans la profonde chambre là-bas, tu rêves si loin que tes yeux se posent en oiseaux sur le Lendemain.

Géraldine Andrée

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Tu es partie quand j’avais quatorze ans

Tu es partie quand j’avais quatorze ans.

J’ai senti que tu avais quitté ta terre lorraine pour l’immense océan à un instant précis:

celui où l’enseignante de Sciences Physiques qui ne m’appréciait pas particulièrement à cause de mon désintérêt pour la matière m’a regardée intensément. Au moment où je suis sortie de la classe, mon lourd cartable sur le dos, ses yeux m’ont suivie.

A mon retour chez mes parents, j’ai appris que tu t’en étais allée peu avant midi, alors que le cours s’achevait.

Tu es revenue cette nuit, comme tu le fais souvent.

Tu m’as laissée toucher ton chignon, blond redevenu, comme lorsque j’avais trois ans.

Je t’ai demandé pardon de t’avoir abandonnée pour aller vivre à D.

( Au matin, cette culpabilité s’est envolée tel un oiseau léger car tu es partie bien des années avant que je n’aille vivre à D.)

Tu m’as répondu en riant, d’une voix de jeune fille :

– Tu te dois de vivre ta Destinée !

Puis, tu m’as prise par la main et tu m’as promenée dans les lieux de ton ancienne vie, moi ta petite-fille retrouvée :

la métairie Mayer, entourée des champs de fleurs que tu traversais, à vive haleine, les jours de juin ;

le grenier à grains dans lequel tu lus toutes Les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand, l’aile d’un rayon de soleil tremblant sur l’une de tes mèches ;

le pensionnat du Luxembourg qui brida tes rêves du grand amour ;

le jardin où tu jouas pendant les grandes vacances avec ton amie Hélène à être Madame de Staël révoltée contre Bonaparte, pour un théâtre sous les étoiles ;

la baie d’Ostende dont les franges bleues sous la pluie te laissèrent un merveilleux souvenir ;

la maison de M. parée de lierre, celle du mariage et de la maternité, du silence et de la résignation alors que ton mari jouait aux cartes au café ;

puis la vaste et glaciale maison de l’exil pendant l’Occupation, et son auvent où se nichaient les hirondelles – leur joyeux retour marquait une année supplémentaire de guerre ;

le parc de Montmorency dont le chant qui s’élargissait comme une houle de feuillage en feuillage te consolait des peines et des privations ;

enfin le chemin du retour, la belle allée blanche qui te mena sur le seuil de ta porte ;

la cuisine ensoleillée des matins de dimanche ; la salle à manger et ses napperons de dentelle ;

plus tard, la chambre sombre où tu recevais ton insuline, tous les soirs à cinq heures.

Avant de partir, tu as regretté de t’être mariée.

Je vis la vie dont tu rêvais : libre, autonome, indépendante.

L’écriture demande qu’on lui consacre du temps.

Je ne me souviens pas quand tu as lâché ma main et que tu t’en es retournée vers ce pays qui m’est interdit tant que je vivrai.

Je me suis retrouvée seule, soudain, dans mon rêve,

mais avec cette certitude évidente comme l’aube :

ma Destinée est d’écrire sur ta Destinée,
faire de ta vie une trace
qui me mènera, c’est certain,
vers l’immense océan

de la compréhension
de nos deux destins
à la fois si différents
et communs.

De Toi à Moi.

Géraldine Andrée