Je garderai
de mes promenades
du feu été
ces feuilles
toutes baignées
de rosée
qui entraîna
l’encre
dans sa trace
pour créer
en chaque mot
des fleurs
débordant
sur le silence.
Géraldine Andrée
Je garderai
de mes promenades
du feu été
ces feuilles
toutes baignées
de rosée
qui entraîna
l’encre
dans sa trace
pour créer
en chaque mot
des fleurs
débordant
sur le silence.
Géraldine Andrée
Comment sera ma prochaine vie ?
Quel corps, quels regards, quelle chambre accueilleront mon âme en voyage ?
Le ciel sera-t-il le même que celui d’aujourd’hui, avec son seul nuage ?
Peut-être renaîtrai-je dans ce jardin
et les mille yeux des myosotis que voici
éclaireront mon chemin.
Géraldine Andrée
Que j’emporte de cet été
un beau rayon d’or
qui éclairera
chaque feuille
de mon album
lors des nuits d’automne
Géraldine Andrée

Me réveiller dans la paix du matin.
Le soleil traverse la fente des persiennes.
La journée promet d’être belle.
Je pense que le chemin des menthes
tremble déjà dans la lumière.
Mais pour l’instant,
garder mon rêve
à fleur de paupière.
Tenter d’approcher mes lèvres
de ton visage immatériel
et de saisir ta mèche
rousse
qui se dérobe
dès que je crois
que je la touche.
Demeurer ensemble
dans l’ombre
douce
que l’on se partage
comme une danse.
Géraldine Andrée
Au cœur de la nuit, la fête nous a soudain lassés :
trop de musiques, de visages, de lumières.
Tu m’as demandé :
-Et si on sortait prendre l’air ?
Dehors, le feuillage doucement bruissait.
Et sur nos pas, le sentier exhalait une odeur d’herbe mouillée.
Nous étions déjà au bout du jardin quand j’ai appris
que tu étais marié et que tu habitais assez près d’ici.
Et toi, comment va ta vie ?
Nous ne nous sommes pas aperçu que nous franchissions le seuil de la grille.
Au fil du récit de nos épreuves et de nos prises de conscience,
nous nous étions éloignés du domaine d’Amance.
Les lampes se faisaient rares.
Bientôt, le chemin devint obscur
et le silence, absolu,
nous enveloppait comme du tissu
que piquetait de temps en temps
le frétillement
de quelques fétus
transportés par la brise.
C’est lorsque nous avons atteint
la Pierre de la Source
que je t’ai entendu dire :
-Maintenant, je suis paisible.
Tout autour de nous
– les arbres, les haies, les buissons –
était si noir
que nous ne pouvions plus voir nos yeux.
Mais nous nous regardions
par l’intermédiaire des mots
et au-dessus de nos cils,
tremblaient les lueurs d’Orion.
Je me souviens que nous n’avions, alors,
pour nous guider,
que le pas de l’autre
et ce mot qui s’ajoutait
par intermittence
en guise de réponse
à une phrase
qui demeurait en attente.
Géraldine Andrée
In memoriam G**
Il y a eu un été suivant cette année terrible.
J’ai été tout étonnée de l’or de l’herbe.
Quelle liberté, tous ces jours sans crainte, sans contrainte !
J’ai découvert, tôt le matin entre mes draps, Marcel Pagnol et Michel Peyramaure.
Enfin, je lisais des livres pour les grands.
C’est durant cet été que j’ai rangé mes poupées dans l’armoire,
y compris Marion que, l’année précédente, je berçais encore.
Je ne les ai plus jamais ressorties de leur profonde nuit.
Il est vain de contempler les visages de l’enfance !
Mes seins ont commencé à pointer sous mon tee-shirt blanc.
Je lançais haut la balle pour qu’elle rebondisse contre le mur inondé de soleil
et celle-ci retombait en me frappant l’épaule.
Les mirabelles éclataient, toutes sucrées, sur mes lèvres
et je revois la croûte des tartes qui craquelaient dans le four.
J’étais fière d’être vivante, d’avoir déjoué les prédictions des autres.
Quand je songe aujourd’hui à cet été de mes douze ans,
je m’en souviens, finalement, comme d’un très long jour
que, seule, la première étoile apparue entre deux feuilles déjà rousses
a interrompu.
Géraldine Andrée
C’est en écrivant la semaine dernière, par un jour de pluie comme celui-ci, que je me suis demandé si je reverrais Jeannine Burny.
Jeannine, la compagne de Maurice Carême, qui a aidé le poète dans la publication de tous ses poèmes.
J’ai croisé Jeannine en deux mille dix, à l’occasion du Livre sur la Place à Nancy.
Je feuilletais le recueil de poèmes Du Ciel dans l’eau.
Jeannine Burny est alors venue vers moi et m’a montré du doigt cette strophe qu’elle m’a lue à haute voix :
Derrière les hauts peupliers,
Les blés montaient dans le soleil.
Le ciel était bleu à crier,
Un ciel à se croire éternel.
-Regardez ! Me dit-elle. Pas un adjectif de trop ! La simplicité même ! C’est si difficile d’écrire simplement, croyez-moi ! La simplicité poétique demande beaucoup de travail ! Il ne faut pas un mot de plus pour que le poème aille droit au cœur ! Quatre mots dans un vers et tout est dit. Maurice Carême passait beaucoup de temps à composer ces brefs poèmes.
C’est la plus grande leçon poétique que j’ai apprise de ma vie, là, sous un chapiteau, loin de l’université.
J’en ai vécu, des épreuves et des expériences de vie depuis, mais celles-ci n’ont nullement évincé dans ma mémoire ces paroles essentielles.
J’ai appris que la poésie, c’est aussi le silence, l’effacement afin de laisser à la voix tout l’espace pour s’exprimer.
Chaque année, le mois de Septembre annonçait la joie de ma rencontre avec Jeannine Burny.
Dans le brouhaha du chapiteau, elle me parlait de la Résistance, de ses années de vie en compagnie du Poète en tant que Bien-Aimée.
J’achetais toujours des recueils de poèmes nouvellement publiés que je dévorais dans ma chambre. Ils sont tous bien alignés dans ma bibliothèque de chêne.
L’ultime fois que je vis Jeannine Burny, ce fut en Septembre 2019. Elle m’annonçait qu’elle avait commencé à l’âge de quatre-vingt-treize ans un deuxième livre sur le Poète :
-J’écris jusqu’à deux heures du matin et je me lève à l’aube.
J’avais lu son premier livre Le jour s’en va toujours trop tôt : Sur les pas de Maurice Carême.
Je lui dis combien je m’étais promenée dans la lumière de ses mots pendant tout un hiver.
Puis la crise sanitaire m’a interdite de retourner au stand de Maurice Carême.
C’est en tapant son nom sur ma barre de recherches que j’ai appris le décès de Jeannine Burny.
Elle est partie sans avoir publié son deuxième livre.
Mais j’espère qu’elle suit le sentier d’un jour de soleil, avec dans sa main « cette fraise sauvage » que lui a offerte le Poète au cours de leur éternelle promenade.
Géraldine Andrée
https://images.app.goo.gl/hfdvU8So4wypcint5
Elle arrive
dans un nuage
d’or,
la bibliothèque
de la plage
et l’on peut suivre,
les pieds nus,
la trace
de sa venue
dans le sable
jusqu’à ce qu’elle cale
ses roues.
La voilà
qui ouvre
ses volets de bois
à la vue
et à la joie
de tous.
Et nous accourons
pour une autre
promenade
après notre baignade,
la peau encore
étoilée de sel,
l’esprit ivre
du souffle
de la mer.
L’escalier étroit
craque
sous nos pas.
À l’intérieur,
le silence
déploie
en un instant
son éventail
de pages.
Entre les étagères,
le petit Rémi
vient
à notre rencontre
sur son chemin de pluie
et il s’exclame
devant notre âme
qu’il a reconnue :
-C’est toi, ma famille !
Dans un ouvrage
à la couverture
brune,
Heidi danse
sur un rayon de lune,
chargée d’un bouquet
d’edelweiss
cueillis tout en haut
du monde.
Et dans un livre
brillant
comme une enluminure,
Jean Valjean
nous présente
Cosette
qu’il tient
par la main
à travers le temps.
Là-bas, au large,
la mer blanche
célèbre
le bon choix
de chacun
avec ses paillettes
qu’elle accroche
aux embruns.
Il est l’heure
de s’en revenir
sur sa serviette
multicolore,
de disperser
les grains
de sable
espiègles
qui cachent
les mots.
Vois comme le vent
tourne lui-même
nos pages !
Il nous invite
à lire,
à nous en aller
plus loin
avec nos héros
ou nos héroïnes,
avant que la vague
ne roule vers nous
et ne signe
la fin du jour
alors que l’histoire
commence…
Géraldine Andrée
Y aura-t-il un autre été ?
Je ne sais.
Ce qui est sûr,
c’est que le reflet des feuilles
du pommier
changera toujours
selon l’éclat
de chaque seconde
dans le vent,
qu’il n’y aura jamais
le même nombre
de gouttes
dans le murmure
de la fontaine,
que le chemin
s’évanouira
comme un rêve
dans l’ombre
du soir
et que si ces fleurs
se ressemblent,
telles des sœurs,
elles ont toutes
une lueur unique
qu’elles entretiennent
encore
derrière tes paupières,
avant de se clore
et de pencher
leur corolle
vers la terre.
Alors,
y aura-t-il un autre été ?
Je ne sais.
Géraldine Andrée