Tu n’es plus très loin
et tu le sais
Tu n’es qu’à un mot près
de ce point
à partir duquel la vérité
se manifeste
et qui cligne
au bord de la fenêtre
ouverte
de ton carnet
pour guider tes yeux
au-delà
de ce qu’ils voient.
Géraldine
Tu n’es plus très loin
et tu le sais
Tu n’es qu’à un mot près
de ce point
à partir duquel la vérité
se manifeste
et qui cligne
au bord de la fenêtre
ouverte
de ton carnet
pour guider tes yeux
au-delà
de ce qu’ils voient.
Géraldine
Rentrer à la maison
Ôter la clé du cordon
comme lorsque je revenais
du lycée
Avancer dans le silence
du couloir
pour m’asseoir
dans le fauteuil profond
et reprendre
mon souffle
que la vie avait rendu
trop court
Couvrir ma tartine
de cette confiture
chaude
de reines-claudes
toute dorée
dans son compotier
de faïence
lavé ensuite
sous la lumière
limpide
avant d’être rangé
dans la crédence
Songer au soir
où je m’abandonnerai
à la lavande
des draps dépliés
Mais pour le moment
être le témoin
dans ma mémoire
des retrouvailles
entre le sourire
et le regard
qui s’étaient quittés
de l’autre côté
du miroir
Ouvrir l’armoire
et renouer
contact
avec le signet
de mon journal
intime
Voir
qu’aucun mot
de mon histoire
n’a été effacé
et que cette rencontre
ultime
avec l’ancienne
adolescente
qui écrivait
dans son cahier
était inscrite
depuis toujours
par une plume invisible
Me dire alors
que c’est l’heure
de porter ma robe d’été
à la couleur ciel
dont les bretelles
se croisent
sur mon cœur
de franchir
le seuil secret
qui mène
à la blanche
allée
bordée
de roses-thé
et de cheminer
jusqu’au point
sautillant
du chaton
Filou
qui joue
en m’attendant
avec un brin de foin
roux
parce qu’il n’y a plus de doute
J’ai gardé
en moi-même
l’invincible
espoir
d’être aimée
un jour ou l’autre
N’ai-je pas maintenant
dix-sept ans
pour l’éternité ?
Géraldine
Je me demande souvent pourquoi je tiens un blog.
Qu’est-ce qui me motive à écrire des billets jour après jour, semaine après semaine ?
Ai-je envie d’être lue ? Peut-être, mais ce n’est pas ma seule motivation, car je n’ai pas tant de lecteurs que cela… Alors, hormis la quête d’un éventuel lectorat, quelle est cette force instinctive qui me pousse à aller sur mon tableau de bord et à cliquer sur le signe + pour rédiger un billet ?
Afin de trouver une réponse parmi d’autres, je remonte au souvenir de la création de mon premier blog en 2007. Celui-ci était alors hébergé par skynet, plateforme qui a, depuis, fermé ses portes pour les blogueurs.
Jusqu’en 2007, j’écrivais en secret. Certes, j’avais participé à quelques concours littéraires qui m’avaient très honorablement primée. Mais mes textes étaient réunis dans différents cahiers, comme pendant mon adolescence. Des cahiers de toutes les couleurs, de tous les formats, de toutes les textures, souvent raturés.
Parfois, il me venait l’envie de dactylographier ces brouillons. Alors, je les tapais sur ma machine à écrire noire de jais avant de faire dupliquer et relier leur version définitive dans un magasin de photocopies. J’en ai retrouvé beaucoup dans des porte-documents datant de plus de vingt ans ou réunis dans une maquette plastifiée, dont la spirale avait quelque peu rouillé ou s’était détachée du papier.
Attendrissement.
Cependant, quelque chose en moi trépignait. Mes textes – nouvelles, poèmes, récits, débuts de roman – avaient beau être classés, le silence de mon secrétaire profond les recouvrait d’oubli.
En 2007, après la lecture du livre d’Eva Arcady, Dépendance affective, oser être soi pour s’en libérer, qui répertoriait en annexes certaines références dont le blog de peinture spirituelle de cette autrice, je suis allée sur la plateforme qui hébergeait son travail.
Je me souviens. C’était un dimanche pluvieux de printemps. Cette simple question m’a saisie :
Et si je créais mon blog, moi aussi ?
C’est ainsi qu’est né https://lavieartistiquedegeraldine.wordpress.com/ (La vie, œuvre poétique), réunissant des poèmes de tous les styles, de tous les genres, de toutes les formes. Certains furent le point de départ de la publication de recueils ultérieurs. À cette époque, j’achetais dans des boutiques d’art des images que je scannais puis téléchargeais. Je passais beaucoup de temps à développer ma créativité. La vie de ce blog « s’épanchait dans la vie réelle » pour reprendre une expression du poète Gérard de Nerval. La vie artistique de Géraldine reflète vraiment l’évolution de mon écriture sur dix-sept années. Quand je relis des billets datant de 2007-2008-2009, je suis surprise par mes trouvailles et mes maladresses. J’ai l’impression que c’est une autre qui a écrit tous ces billets et que je ne suis plus « cette femme-là ».
Ensuite, me projetant déjà inconsciemment dans la publication de livres, je décidai de donner au blog une ligne directrice, un thème, une tonalité.
C’est ainsi que le blog initial La Vie artistique de Géraldine, migré chez WordPress, a tissé de nombreuses ramifications.
Un autre blog est né, consacré, lui, à des textes plus intimistes, sensoriels et nostalgiques : https://sensualitedesmots.wordpress.com/ (Les mots sont sensuellement possibles), alors que le blog précédent était davantage dédié à une inspiration cosmique, artistique et spirituelle.
Puis, j’ai créé un blog de poèmes courts, si brefs que leur concision est à la limite du haïku : https://petitesobservationsdujour.wordpress.com/ (Pensées du jour neuf). Je voulais produire un effet saisissant sur mon lecteur, au moyen de textes proposant une réflexion philosophique et introspective sur l’universalité de la condition humaine.
Enfin, le site https://quevivelavie.wordpress.com/ (Que vive la vie en vous) a vu le jour, dans l’objectif de relier la littérature au développement personnel.
Et ce site https://lencreaufildesjours.com (L’Encre au fil des jours) a professionnellement mis l’écriture au service d’autrui, dans une perspective biographique et thérapeutique.
Le point commun de tous ces sites montre combien les mots nous rendent intemporellement vivants. Chacun de mes blogs converse avec les autres, par la parution de billets appartenant à un site sur la page respective des autres sites, permettant ainsi une promenade littéraire, si le lecteur le désire.
Alors, pourquoi je blogue ?
Autant en identifier les raisons puisque je passe beaucoup de temps à cette activité non lucrative (chaque Newsletter est gratuite et le restera).

Je blogue parce que
Tu peux m’objecter, cher lecteur, que les textes publiés sur Internet sont virtuels, fragiles. Ils peuvent disparaître comme ils sont apparus, dans le battement d’ailes d’un instant.
C’est vrai. Mais le papier que tu tiens entre tes mains peut se déchirer, brûler, se perdre, lui aussi. De surcroît, ne jaunit-il pas avec le temps ? Les mots ne s’effacent-ils pas au fil des ans ? Je connais des lettres d’amants dont l’encre s’affadit à fleur de blanc… Il ne reste plus que la frêle empreinte de leur passage dans une neige un peu brune…
L’écriture n’est pas indélébile, car la vie est éphémère.
Et toi, pourquoi blogues-tu ? N’hésite pas à me faire part de tes réflexions. Nous pourrons ainsi créer ensemble un petit atelier d’écriture… en ligne !

Géraldine
Je rêve que je retourne à la maison natale. Et le présent est doux, comme autrefois. Rien n’a été emmené par les commissaires-priseurs. Tous ces cartons ouverts n’étaient qu’une illusion, un cauchemar des mauvaises nuits de l’enfance…
Il y a là, comme jadis,
les prunelles des miroirs entourées d’or,
les fauteuils si profonds que l’on s’y ensevelit,
la table avec les feuilles étoilées d’équations de mon père,
le buffet dont je sens sous mon pouce la patine du bois.
Il suffit que je tourne la petite clé argentée
pour explorer d’un œil neuf le royaume des assiettes et des tasses de porcelaine.
On va bientôt préparer un bon dîner…
Mais c’est donc moi, l’invitée !
Ma mère me reçoit, souriante. Elle a le visage clair, les cheveux auburn et les yeux bien bleus. Enfin, je peux la regarder en saisissant une étincelle, avoir une conversation avec elle, même si elle paraît banale :
– Tu as fait bon voyage ? Tu n’as pas eu trop froid ? Je trouve que tu n’es pas bien couverte !
Pourtant, c’est plutôt à moi de demander à ma mère si elle a fait bon voyage depuis le pays d’Alzheimer. Et je m’entends m’exclamer :
– Cette fois, tu es revenue pour toujours, dis ?
– Oui ! Viens ! J’ai préparé du bon potage !
Je peux m’asseoir, délier mes jambes. La lampe éclaire l’ambre des légumes.
Une pincée de crème… « Il n’y a plus qu’à tourner avec la petite cuillère », me dit ma mère.
Je vais bien dormir et faire de longs rêves au cours desquels la plante délaissée refleurira – j’en suis certaine. Je suis tout étonnée que la lointaine véranda du passé se recrée autour de la plante aux fleurs roses et qu’elle reflète le jardin que je croyais détruit à jamais. Juste là, je vois la longue allée de cailloux, puis l’éternel marronnier, l’échelle qui monte à la cime du mirabellier, le sapin mauve quand le soleil s’y pose.
Un pas de plus… Et le contact du carrelage me saisit. Un frisson me traverse. La véranda est nimbée d’une fraîche lumière. Je boutonne sur mon cœur le gilet de mes treize ans. Sur la table basse, ma mère a déposé la cagette des dernières prunes. J’ai envie d’en choisir une… Il faut que je me dépêche avant que n’apparaissent sur leur peau des taches brunes, comme sur les mains de ma mère quand elle a vieilli.
Mais pour l’instant, le temps est encore un enfant.
La preuve, dès que je m’approche, le chemin est à la hauteur de mes doigts.
Alors, je commence à écrire.
Géraldine
Dans mon armoire il y a
Une libellule
Un bouquet de campanules
Un rayon de lune
Une corbeille pleine
de prunes
qui me viennent
de l’ancien jardin
Le fou rire de la cascade
Le souffle de la promenade
Un baiser dans le cou
Un écureuil
cet éclair roux
qui s’échappe
de mon rêve
pour bondir
dans le feuillage
voisin
Les vagues
qui enjambent
la grève
et une algue
qui s’enroule
autour
de mon dessin
Cette armoire
n’est pas lourde
du tout
Elle est même
si légère
que je l’emporte
de poème
en poème
C’est mon seul bien
celui qui me donne
la certitude
des lendemains
Tu peux y ranger
toi aussi
des regards
des sourires
des étoiles
des rivages
des chemins
qui serpentent
tes paysages
d’enfance
des notes
et des odeurs
que tu aimes
car sa profondeur
est infinie
comme la claire nuit
de ce mois d’août
que nous avions contemplée
ensemble
et qui nous attend
si tu ouvres
maintenant
les portes
d’ébène
de ta mémoire
Géraldine
Quand elle ouvre son cahier, le soir, sous sa lampe de travail, elle se dit :
J’écris pour moi ! Rien que pour moi !
Mais au fond d’elle-même, elle sait très bien qu’elle se raconte des histoires et qu’elle nourrit silencieusement ce souhait, comme un jardin secret, d’étirer à l’infini les lignes de ses mots entre tous les immeubles, toutes les rues, toutes les villes, tous les pays…
Elle rêve d’écrire pour la fille qui rentre de son emploi précaire dans son petit studio et dont elle voit par la fenêtre les murs blancs comme les pages d’un cahier vierge, sous la lumière de l’halogène.
Elle rêve d’écrire pour toutes les fenêtres éclairées, pour les vendeuses qui ajustent des vêtements d’hiver sur des mannequins blafards dans les vitrines, pour les open-spaces où chaque ordinateur en veille est une île bleue au large de la nuit.
Elle rêve d’écrire pour le voyageur tardif qui s’engouffre dans la dernière rame de métro, pour l’intermittente du spectacle qui apprend par cœur ses répliques sur un strapontin de train de banlieue, malgré l’annonce déshumanisée des arrêts successifs, et qui croisera peut-être, sans le voir, le voyageur tardif sur un escalator, entre deux correspondances…
Elle écrit pour l’agent de propreté qui entortille sa serpillère dans des bureaux vides, pour l’homme d’affaires qui réserve en ligne son vol vers New York, laissant sa femme fêter seule l’anniversaire de leur fils…
Elle rêve d’écrire pour toutes ces solitudes…
Elle rêve d’écrire les histoires de toutes ces solitudes.
Elle rêve d’écrire pour sa solitude à Elle et à Lui, c’est-à-dire pour ce conducteur qui s’engouffre, pleins feux, sur l’autoroute et qui aurait pu être son amant – qui sait – si la main du Grand Écrivain avait inscrit leur rencontre au chapitre 7 du sommaire de leur biographie…
Elle rêve que ce conducteur, après avoir roulé toute la nuit, s’arrête dans une aire de repos au moment où l’aube point… Qu’Il s’endort et rêve de chaque recoin de son cœur à Elle, comme s’Il en avait visité la chambre en réalité… Qu’Il en découvre tous les mystères, toutes les émotions qui L’animent et qui se rappellent à Lui, parce qu’Il a bien lu Son Livre avant de prendre la route, et qu’Il a vécu tout ce qu’Elle raconte…
Elle rêve de Lui qui se rêve feuilletant Son Livre qui L’a tant marqué, dévidant les phrases de Son journal intime devenu roman, les scandant au rythme d’une étrange rationalité onirique, tel cet aphorisme à l’accent si intime :
J’ai toujours vécu en pensant que j’allais mourir au petit matin.
Elle rêve qu’Il s’exclame de vive voix dans son rêve :
Mais c’est tout Moi, ça !
Vivre à cent à l’heure…
Pourquoi ?
Et leurs rêves, après la rencontre de leurs histoires respectives, s’entrelacent comme leurs doigts, comme s’Ils prenaient ensemble un café à la cafétéria de l’aire de repos…
Alors, il lui faut bien l’admettre :
ce petit cahier sous sa lampe de bureau est le témoin de son éclatant désir d’exister aux yeux de tous ceux qu’Elle ne verra jamais.
Elle continue donc à écrire comme Elle rêve,
à rêver comme Elle écrit.
Géraldine Andrée
La pluie
aux mille
chevilles
a balayé
la poussière
foulée
par les pas
en allés,
les fétus
roussis
au soleil,
les brindilles
sèches,
les pétales
des roses
fanées,
les feuilles
brûlées
sous les feux
de l’été ;
tout ce qui a chu,
vécu,
été,
et qui ne sera plus
jamais…
Comme
le chemin
est clair,
désormais,
jusqu’au point
le plus lointain !
Je m’y promène
en tenant
dans la paume
de ma main
la blanche
allée
d’une page
détachée
d’un ancien
carnet…
Pour avancer,
ne faut-il
pas effacer ?
Géraldine
Si je prenais le train pour cette lointaine ville du Nord, au bord de la mer,
retrouverais-je la jeune fille que j’ai été, dont on disait « qu’elle était en âge de coiffer Catherinette » et qui, c’est vrai, rêvait tant de se marier…
Si je prenais le train du temps,
retrouverais-je la silhouette fine de cette jeune fille dans la rue de Soubise, les joues battues par la bise, et qui me ferait peut-être un signe complice, dans les reflets des vitrines ?
Reconnaîtrais-je son ineffable insouciance, sa féroce ardeur de vivre ?
Pourrais-je la suivre dans sa librairie-papeterie favorite ? Parviendrais-je à me pencher sur son épaule quand elle choisissait des cahiers à la page douce – intitulés Majuscule -, ou des cahiers de la marque Clairefontaine, dont la couverture était brillante, car elle avait toujours pour projet d’écrire ses plus beaux poèmes ? Poserais-je mon doigt au-dessus du sien qui examinait sensuellement la texture du papier ?
Verrais-je à travers son regard l’éclat de cette alliance, lorsque l’homme – un collègue qui se disait « très marié »- l’avait invitée à boire un chocolat mousseux et brûlant,
dans ce café éclairé par des lampes blafardes au bord d’une plage belge ?
Est-elle toujours là, cette jeune fille, avec les boucles blondes qui dépassent de son bonnet et son écharpe beige, attablée devant cet homme « qui a bien une idée derrière la tête », dans l’ombre d’une fin d’automne ?
Revivrais-je pour elle les mêmes peines, afin de mieux la comprendre ?
Serais-je témoin du fait qu’elle se laisse enlacer et trahir ?
Saurais-je d’instinct où elle a posé ses pas, où elle a épuisé son rire, perdu quelques mèches de cheveux, abandonné son âme ? Rassemblerais-je pour elle les grains d’énergie qu’elle dispersait dans tous les sens, à tous les vents, comme si « ce n’était rien » ?
L’autoriserais-je, par amour, à vivre jusqu’au bout de la nuit son expérience – le cri du silence – parce qu’il lui était plus urgent d’aimer que d’écrire ?
Ou lui tendrais-je ses cahiers vierges – à elle qui ne s’appartenait plus -, en lui disant :
– Ce n’est pas cet homme qui t’attend ! Mais un poème !
Reviens à toi !
Et pour l’aider à écrire – c’est-à-dire à revivre -, devinerais-je d’instinct la croisée des deux chemins où s’inscrivit jadis l’empreinte de ses pas, indiquant clairement qu’elle s’était fourvoyée ?
Lui tiendrais-je la main pour nous diriger du bon côté, où Je serais enfin Elle, où Elle serait enfin Moi ?
Ou serions-nous à tout jamais distinctes l’une de l’autre, moi l’ayant perdue, oubliée en quittant cette ville ? Moi qui l’ai trahie à mon tour et méprisée d’avoir été si naïve ?
J’imagine que la marge de mon fichier est ce quai où c’est elle désormais qui m’attend, avec son sourire triste et ses yeux profonds, espérant que je rencontre sa solitude dans cette lointaine ville du Nord.
Alors, j’augmente la lisibilité des caractères futurs et je lui demande :
– Es-tu d’accord
pour que nous écrivions ce livre ensemble ?
Géraldine
©Le Corps déplié
Si je n’écris pas, j’ignore où est ma terre intérieure – dans l’âme, l’esprit ou le cœur ?
Si je n’écris pas, aucun de mes désirs n’est repérable.
Si je n’écris pas, mon unique destination reste cachée.
Si je n’écris pas, ma destinée est en pointillés.
Si je n’écris pas, je ne peux modifier ma vie.
Si je n’écris pas, ce sont les autres qui parlent en mon nom.
Si je n’écris pas, ma voix est perdue dans la constellation infinie des voix.
Si je n’écris pas, j’hésite à tracer une frontière avec ce qui ne m’appartient pas.
Si je n’écris pas, je renonce à aborder l’au-delà en moi.
Si je n’écris pas, la rive salvatrice n’est qu’un point lointain.
Si je n’écris pas, mon présent m’échappe et mon avenir n’est lisible sur aucune carte.
Si je n’écris pas, j’abandonne à la nuit toutes les étoiles que l’Univers m’a données.
Si je n’écris pas, mon rendez-vous avec la vérité est hypothétique.
Si je n’écris pas, je laisse l’écho répondre à l’appel d’un potentiel ami.
Si je n’écris pas, personne ne peut savoir d’où je viens.
Si je n’écris pas, je garde les portes closes.
Si je n’écris pas, toute récolte est vaine.
Si je n’écris pas, je refuse d’être le témoin des signes qui se déposent sur mon seuil.
Si je n’écris pas, il me faut voir l’aurore pour croire.
Si je n’écris pas, la vie s’efface en silence.
Et seul un triste sourire
Se dessine
Devant la question essentielle :
“À quoi tu penses ?”
Géraldine Andrée