Elles sont finies
les années
de sang
Alors
elle s’achète
un carnet
avec un cordon
pour le nourrir
avec celle
qu’elle est devenue
Géraldine Andrée
Elles sont finies
les années
de sang
Alors
elle s’achète
un carnet
avec un cordon
pour le nourrir
avec celle
qu’elle est devenue
Géraldine Andrée
Au nom
de tous ceux
qui ne l’ont pas aimée
elle caresse
chaque
grain
de la page
avec sa plume
Géraldine Andrée
Je me souviens comment enfants
nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie
Nous soulevions la mousse du muret
pour pêcher des limaces des escargots
que nous posions sur la ligne de départ
marquée par une branche de coudrier
pour une course à travers la pelouse
Nous faisions la toilette de nos peluches
dans les flaques du sentier
puis nous cueillions des brins d’herbe
des pissenlits encore trempés au soleil
qui étoilaient de leurs étincelles
le cœur en osier de nos paniers
Nous nous disions alors
Voilà la salade de notre déjeuner
à la sauce aigre
-douce
Nous ne nous disions jamais avec regret
en regardant la fenêtre
Zut
Il pleut
car nous savions qu’il nous serait promis
de jouer avec quelques
gouttelettes
et nous étions heureux
Géraldine Andrée
Personne
ne l’empêchera
de devenir
mot
après mot
celle
qu’elle doit
devenir
Géraldine Andrée
Jamais elle n’aurait pensé
que ce poème
lui rendrait
son souffle
C’est comme
s’il lui ôtait
un bâillon
de sa bouche
Géraldine Andrée
– Je cherche
un cahier
aux immenses
pages
blanches
pour que les plumes
de mes rêves
volent
jusqu’à moi
et me donnent
des ailes
– En fait
tu cherches
le ciel
sur lequel
écrire
Géraldine Andrée

Tout cahier est un oiseau qui ouvre ses ailes
Sa mère lui dit
Ta sœur morte
était plus sage
que toi
Alors elle veut mettre
sa vie
en points
de suspension
disparaître
au point
qu’elle s’efface
tout de suite
et qu’elle se retire
en silence
dans sa chambre
pour écrire
Géraldine Andrée
Elle s’est endormie
à l’aube
couchée
près de son cahier
aussi fatiguée
qu’après une longue
nuit
d’amour
Géraldine Andrée
Le poème
de Taslima
Nasreen
l’a tenue
éveillée
jusqu’à l’aube
Aujourd’hui
elle prend
conscience
qu’elle ne peut plus
vivre
comme hier
Géraldine Andrée
Il sonne
puis il frappe
à la porte
plusieurs fois
Mais elle n’ouvrira pas
aujourd’hui
Elle n’ouvrira pas davantage
demain
Il lui en a fallu
du temps
pour prendre
conscience
qu’il tambourinait
ainsi
dans son corps
Maintenant
c’est fait
puisqu’elle note
dans son journal
intime
Désormais
je n’invite plus
n’importe qui
Un point
c’est tout
Géraldine Andrée