Où se cache
donc
l’aurore
Dans l’étincelle
que te laisse
de chaque
mot
qui sèche
Alors
écris
écris
encore
Géraldine
des opéras au cœur de la nuit et des concerts sous les étoiles ; des villes découvertes au petit matin ; le lever du soleil sur le fleuve du Mississippi ;
un après-midi d’amour dans la chambre bleue qui donne sur le vieux port ; le froissement des voiles et le craquement des mâts dans le vent ; la zébrure scintillante des persiennes sur le mur blanc ;
des tableaux d’étoiles vertes dans l’ombre d’un petit musée ; le silence bourdonnant d’un jardin où entrer ; la balancelle du temps ; la porte d’un poème ;
des pages d’écriture longues comme la vie ; les frôlements d’ailes des idées qui demandent à se déposer au creux de soi pour que l’esprit les voie ; une immense bibliothèque ; un bouquet de fleurs chaque semaine sur la table du salon ;
des visages familiers autour de la petite lampe à pétrole ; les pas aimés sur la terrasse ; le rire d’Alice qui revient de sa promenade ; la perle de lait sur la bouche du nouveau-né ;
la fontaine dont on devine le murmure au début du chemin ; des mots en couleur et des feuilles entrelacées ; des pastels et des soupirs de bonheur ; des parfums acidulés ; des épices ; une vasque au bord de laquelle s’asseoir pour écouter, méditer, respirer ;
de la vivacité ; de la résilience ; de la bonté ; du partage ; la liberté enfin ; la paix que je nomme
Coin d’âme
car je ne crains plus la vague
qui, si je m’avance vers elle,
me hisse sur sa crête
et me fait voler vers son soleil.
Géraldine Andrée
C’est un beau matin de vacances.
Sur le sentier de mon carnet,
qui vois-je soudain apparaître ?
Une petite fille qui me ressemble
trait pour trait :
l’écriture.
Elle me prend par la main
et m’emmène,
aussi légère qu’une plume :
Viens ! Allons jouer !
Ensemble,
nous sautons dans des flaques
d’encre et qu’importe
l’éclaboussure
du mot qui nous regarde
passer…
Nous enjambons une ligne interdite
pour nous ébattre
dans l’espace blanc d’une plage unique :
la page.
Nous courons vers une aile
aussi frêle qu’une majuscule
et qui virevolte
pour ne pas se laisser attraper.
L’écriture me dit en riant :
J’ai une nouvelle idée !
Vois-tu cette phrase là-bas ?
Si nous allions danser !
Et nous voici les cavalières
de cette vague
qui nous emporte
si vite
sur sa crête
que nous perdons haleine…
Temps, prête-nous
la virgule de l’un de tes instants
pour que nous puissions reprendre
notre souffle !
C’est ainsi
que nous nous approchons
de l’infini,
en dépassant les lisières
d’un rivage
bien trop connu
– notre esprit -,
et que nous pouvons enfin
nous étendre,
nous reposer,
étoiles
sur le courant,
juste avant de voguer
un peu plus loin,
moi confondue
avec Elle,
l’écriture,
ma fillette…
Nos deux rêves
mêlés
ne forment plus
qu’un point
minuscule
au large…
L’océan
nous happe,
nous fait
ondoyer,
basculer,
tournoyer,
disparaître…
En nous effaçant,
enlacées
dans notre liberté,
nous avons renversé
l’encrier
et la page
est devenue
Ciel.
Géraldine Andrée
Et vous, comment vivez-vous vos expériences d’écriture, de peinture, de composition – de création en général ? Votre créativité est-elle mouvement ou immobilité ? Contrôle ou lâcher prise ? Humilité ou grandeur ?
Vous pouvez me confier vos expériences en commentaires ! Un petit atelier d’artiste peut ainsi être créé en ligne sur ce site d’écritothérapie et nourrir des échanges fructueux pour cette nouvelle année 2024 !
Quand je rêve de ma mère,
elle est plus vivante que lorsqu’elle était en vie.
Elle marche, joyeuse et légère, sans sa canne.
Elle danse avec le soleil,
redevenue une jeune fille
dans son débardeur arc-en-ciel.
Et quand je me réveille,
je veux écrire ce rêve
aussi fidèlement que je l’ai vécu
dans la nuit :
chercher le mot juste,
la métaphore qui sied à ma mère
comme les robes qu’elle cousait.
Aussi, je barre, je rature, je réécris
chaque phrase qui parle d’elle.
Lorsque j’enlève un paragraphe
ou une strophe,
ma mère disparaît
avant de réapparaître de plus belle…
Et je cours avec ma plume
pour attraper le mot,
capter l’étincelle
afin que tous les deux,
ils se rencontrent
et se confondent
aux yeux du monde
futur.
La journée passe si vite
à écrire
que j’en oublie l’absence,
la lumière qui se penche
sur mon front
et l’embrasse
en me disant
dans le plus intime
silence :
Mon enfant,
il est temps
d’aller dormir.
Tu continueras
demain.
Telle est peut-être
la magie de l’écriture :
trouver
dans le ciel du papier
la formule secrète
qui permet
d’effacer la mort.
Géraldine
Alors que le monde est happé par le tourbillon de sa propre folie, prends le temps d’écrire un poème. Prends le temps, oui, vraiment, c’est-à-dire saisis ce temps comme une plume légère et laisse-toi guider par lui.
Donne-toi de longues heures pour trouver le rythme qui s’accorde avec celui de ton cœur ; pars en quête de la rime qui sonne comme la cloche de ton temple intérieur ; savoure l’équilibre d’un vers ; suspends-toi tel un funambule ; cueille la métaphore vraie et laisse de côté les images faciles, attirantes comme de fausses fleurs ; enjambe l’espace entre deux strophes en te souvenant comment tu enjambais la rivière de ton enfance – prudemment – pour pouvoir continuer la promenade.
Rature, barre, griffonne, efface… Écris et réécris le poème sur plusieurs feuillets… Adolescente, je possédais trois cahiers dédiés au même poème : le cahier rouge pour la fulgurance de la première idée ; le cahier bleu pour la version améliorée et le cahier vert pour la version presque parfaite. Entre ces cahiers, il n’y avait parfois qu’une virgule ou qu’une majuscule qui changeait. Mais peu importait… Seul le désir d’accomplissement de la plus belle œuvre à mes yeux comptait.
Puis, lorsque tu considères que ton poème est réussi, c’est-à-dire qu’il te plaît parce qu’il correspond à qui tu es, ouvre le cahier fleuri avec la clé d’or et recopie lentement le poème ; berce-le comme un enfant nouveau-né ; contemple les étincelles qui s’éteignent une à une lorsque l’encre sèche ; penche-toi sur chaque mot pour entendre son crépitement d’aile sous la plume et délecte-toi du miracle de le voir bien posé sur la page.
Transforme sous la lampe l’écriture d’un poème en calligraphie
tandis que le monde, sourd à toute poésie, continue à bruire loin de Toi.
Surtout, ne lui présente pas ce poème. Pas la peine. Son indifférence briserait ton envol.
Donc, personne n’en saura jamais rien de toutes ces heures passées à écrire quatorze lignes.
Et pourtant, quel délice, de savoir que ce poème si frêle
en secret existe
et que demain, quand tu rentreras le soir,
las du vertige du monde, tu le verras te faire signe pour te rappeler que puisqu’Il est là désormais, toi aussi tu existes !
Tu as pris le temps de le savoir…
Géraldine Andrée
Si Dieu était une femme
imagine
si une femme
n’importe laquelle
qui contemplerait
les étincelles
des décorations
de Noël
dans les vitrines
était Dieu
elle t’applaudirait
avec les mille
cymbales
du soleil
lorsque tu te déhancherais
sur le sentier sauvage
qui mène
à la mer
elle te soufflerait
de devenir
aussi légère
que le murmure
de dentelle
du vent
elle inviterait
la lumière
espagnole
à tournoyer
autour
des volants
de ta jupe
courte
elle t’encouragerait
à faire
tes premiers
pas
en talons
hauts
sur la piste
de danse
elle te désignerait
parmi la palette
de toutes
les couleurs
possibles
celle
qui étoilerait
tes yeux
elle t’offrirait
des robes célestes
des écharpes de joie
des soutiens-gorges
de velours
rouge
comme le plumage
du rouge-gorge
en ouvrant
son profond
porte-monnaie
de princesse
Laisse
C’est
pour moi
elle sèmerait
sur la longue
allée
de ton poème
des paillettes
bleues
pour tous les mots
à venir
elle allumerait
l’astre
que tu n’attendais plus
dans le point
final
de l’histoire
de tes peines
qui perle
encore
sur la page
elle t’inciterait
à choisir
cette chambre
tout au Sud
avec bains
moussants
et draps
de luxe
en plus
À chacune
de tes décisions
prises
dans la solitude
elle t’approuverait
de son amitié
inconditionnelle
Tu as parfaitement
le droit
Et d’un seul
signe
du doigt
elle affirmerait
que tu es vraiment
Toi
c’est-à-dire
Poésie
et Volupté
Liberté
et Santé
Si Dieu était une femme
tu récolterais
tous les éclats
de son rire
car l’évidence
t’apparaîtrait
aussi clairement
que le ciel
d’une belle
matinée
Dieu est bel et bien
une femme
puisque tu as reconnu
en sa douce
force
ton âme
et que tu es devenue
TA DIVINITÉ
Géraldine Andrée
Me pencher
chaque jour
sur une page
blanche
comme le ciel
d’un beau dimanche,
c’est, je crois,
ce que la Vie
attend
de moi.
Géraldine Andrée
J’écris parce que je suis attendue quelque part
au bord d’un quai noir qui longe le paysage de neige
au détour d’un chemin qu’enjambent des broussailles
dans un jardin de roses en Chine
dans le dédale de ruelles provençales qui s’entrelacent comme des danseuses devant la fontaine de marbre
à fleur de mer cette corolle ouverte sur le soleil
à l’hôtel de la Plage pour une nuit ardente chambre 44
à travers le reflet tremblant d’un lac de Norvège
sur un tapis de mousses si rousses sous l’averse
au coin du feu bien à l’abri des autres
dans un regard qui s’attarde sur mon épaule dénudée
J’écris parce que je suis attendue quelque part
à un certain épisode de mon histoire quand je laisse le temps courir
dans la rencontre entre deux étoiles prévue par l’univers depuis des millénaires
le plus près possible du point scintillant de l’azur à l’approche de midi
au lever de la lune sur la page
lors d’une chaude après-midi d’été que constellent les gouttes de l’arrosoir
dans les zébrures du soleil que dessinent les fentes des persiennes et c’est toute une savane de lumière qui m’est offerte
à l’aube quand l’ombre flâne au creux d’une hanche
sous le souffle suspendu de l’amant
lorsque le crépuscule de cinq heures dore les franges de l’abat-jour
de virgule en virgule pour atteindre la crête de la phrase qui s’élance plus loin
Qui peut donc bien m’attendre dans cet espace-temps débordant de toute marge surlignée
Un ami de toujours
Un aimé durant tant de vies passées
Une mère de cœur
Une sœur d’âme
Un frère mon flambeau jumeau
Une tige d’allégresse
Le visage d’un aïeul qui s’anime au rythme du battement de ma bougie
Le rire d’une jeune nièce
Un pas derrière la cloison
Les mots devenus paupières entrouvertes sur l’infini
Une voix qui me dit
Te voilà Je n’y croyais plus Je t’ai attendue si longtemps en quête d’un signe que je confondais avec la lueur d’un phare ou un clignotement de guirlande
J’ignorais que tu représentais autant pour moi
Quelle majuscule tu es
Je le sais maintenant
La vie est une phrase qui se poursuit de l’autre côté
J’écris pour que quelqu’un m’espère quelque part
lorsqu’il n’y a plus personne
ou plus rien à attendre
ici
Géraldine Andrée
Géraldine Andrée