Retrouver ma place
sur la page
Me transfuser avec le sang
bleu de l’encre
Reprendre corps
dans un poème
qui se déhanche
vers la lumière
Géraldine Andrée
Retrouver ma place
sur la page
Me transfuser avec le sang
bleu de l’encre
Reprendre corps
dans un poème
qui se déhanche
vers la lumière
Géraldine Andrée
Je me détache comme une feuille de la fenêtre de ma chambre où chatoyait le soleil
Je me détache comme une feuille des tuiles rousses de la véranda
Je me détache comme une feuille du jardin étoilé d’écureuils
Je me détache comme une feuille du banc de bois vert sur lequel je séchais mes cheveux après une grasse matinée
Je me détache comme une feuille de l’ombre violette de la vigne à la fin du mois d’août
Je me détache comme une feuille du panier rempli de mirabelles fendues jusqu’au noyau
Je me détache comme une feuille de la grille qui s’ouvrait sur les herbes sauvages
Je me détache comme une feuille des rosiers étincelants sous l’arrosoir
Je me détache comme une feuille du vent qui m’entraînait à la frontière du champ du voisin
Je me détache comme une feuille des cordes de la balançoire qui berçait mon âme à la tombée du soir
Je me détache comme une feuille du noisetier le seul témoin de mes histoires secrètes
Je me détache comme une feuille des cahiers de mon enfance bavant leurs couleurs
Je me détache comme une feuille du ventre blanc de la chatte feue
Je me détache comme une feuille du murmure du marronnier qui semait ses petites mouches bleues sur mes mots à peine tracés
Je me détache comme une feuille des poils de crin du balai crissant sur les carreaux de la cuisine après le déjeuner
Je me détache comme une feuille du cœur silencieux de mon père des yeux clairs de ma mère de l’échancrure de ma robe de fillette
Je suis libérée des jours anciens qui me retenaient captive de la tendresse
Votre regard peut me chercher le long de l’allée argentée
Je virevolte sur le menu sentier d’un poème presque effacé sous les pas du temps
Je vogue vers le point le plus brillant
au large de la page future
Je m’évanouis dans un souffle frêle
pour devenir enfin
le chant de ma propre aventure
Géraldine Andrée
Comment as-tu pu passer si longtemps devant le reflet de ton visage dans le miroir sans te voir ?
Comment as-tu pu vivre dans ta peau, en compagnie de tes pensées, de tes sentiments sans te connaître, sans t’habiter ?
Comment as-tu pu être Toi sans le savoir ?
Avec tes yeux, voyage dans le pays du regard de l’Autre !
Avec tes reins, abandonne-toi, le temps d’un rêve, à ta musique secrète !
Avec tes hanches, danse sur la mesure de ton propre poème !
Avec tes jambes, chaloupe comme la vague jusqu’à ton infinie découverte !
Avec tes chevilles, marche vers la prochaine étoile ! Parcours ces mers et ces continents qui t’appartiennent !
Avec tes bras, délie l’écharpe de ta joie et laisse-la flotter dans la lumière en guise de reconnaissance !
Avec tout ton corps, déploie ta liberté !
Fais tinter tes talons sur ta route !
Que ton rire te précède !
Que la force de ta grâce t’entoure comme si tu avais vécu avant ce monde, comme si tu t’étais éveillée à l’aube où toutes les paupières sont encore closes !
Souviens-toi : une cellule t’a permise d’être celle que tu es devenue sans que tu en aies conscience, sans que tu le désires et sans même que tu formules ce désir, dans le silence des origines !
Un noyau étincelant t’attendait comme le cœur d’un astre destiné à naître, dans l’obscure raison de l’Univers !
Alors que tes lèvres n’existaient pas, un souffle t’a fait signe !
Songe à ce miracle quand il te semble que tu es étrangère à cette société dépouillée de sens !
Songe que tu es ta demeure quand ton âme éprouve l’exil !
Songe que si tu es là, c’est qu’une seule cause t’a fait naître !
Une cause première qui te rend pleinement responsable de la manière avec laquelle tu t’acceptes telle que tu es,
incomplète peut-être,
et cependant entière, parfaite :
Être.
Géraldine Andrée
©Jusqu’au noyau
Poèmes inédits,
à paraître
Maintenant
cela suffit
d’être abusée
Elle écrit
ces mots
avec la pointe
affûtée
de la mine
quitte
à transpercer
le papier
Géraldine Andrée
Je n’ai pas besoin d’arriver quelque part.
Je suis là où je dois être, à cet instant précis,
ma main sur la feuille,
ma plume voguant doucement
vers le mot suivant,
dans un mouvement imperceptible
pour celui qui me voit de loin.
Mon seul objectif
est le souffle de la phrase
qui reprend après le point.
Échec ou réussite
du texte ?
Peu importe.
Le fait que j’écrive suffit à prouver,
à mes propres yeux,
que j’existe.
C’est Tout ce que la vie me demande
maintenant.
Géraldine Andrée
Écris sur ce qui t’obsède, te chagrine,
sur ce qui éveille tes regrets et tes remords.
Puis, après avoir constellé
d’étoiles noires
tout l’espace de la page promise,
laisse dans ta vie
de l’espace au blanc
du jour à vivre.
Tu seras ainsi plus présent pour la cime
de chaque arbre
sur lequel le soleil
se penche.
Écris, par exemple, sur la musique
que te fait encore entendre
le jardin effacé,
la cour des jeux à cloche-pied,
les matins passés
avec ta grand-mère
à enlever les fils
des haricots verts.
Souviens-toi
comme les vacances
ainsi touchaient
à leur terme
au fil des haricots
que détachaient
les mains de ta grand-mère
déformées par les rhumatismes.
Il y aura toujours de la place
pour la nostalgie de l’enfance
dans ton cahier.
Je dirais même
que ton cahier se destine
à devenir la chambre de ton enfance
où tu inviteras ton lecteur
comme ton meilleur ami de jadis.
La liberté ?
C’est d’écrire chaque jour
dix minutes, vingt minutes
au sujet de cette famille,
de ce qu’elle est devenue,
faire de ton expérience
un chemin qui mènera
ton ami inconnu
vers une compréhension
plus intime,
plus aiguë
de Lui.
Géraldine Andrée
J’aurais souhaité vous dire
que j’ai écrit ces poèmes
en une lunaison
Mais il n’en est rien
Pour tout vous dire
j’ai écrit ces poèmes
par une nuit
de pleine
lune
où je n’ai dormi
qu’une seule
heure
pour ensuite
reprendre
ma plume
et pour qu’à l’heure
où le noyau
de la lune
disparaît
derrière les brumes
de l’aube
qui l’enveloppent
mon premier poème
apparaisse
dans votre Newsletter
et ainsi de suite
jusqu’au vingt-huitième
jour
de Juillet
Je vous remercie
pour votre patience
votre fidélité
et je vous pardonne
pour votre lassitude
Encore un noyau
de pêche
Peut-être
ai-je
perdu
certains lecteurs
en route
Il faut dire
qu’ils furent
plutôt
durs
ces noyaux
Acceptez-les
je vous en prie
comme ils sont
prenez-les
comme les noyaux
des fruits
de la vie
et cueillez-les
sur ce site
au gré
de votre humeur
un par un
ou à foison
car nous faisons
tous
partie
sur cette terre
de la même
récolte
Bien à vous
Géraldine Andrée
PS : Et
Milles mercis à ma psy de cœur et d’écriture créative Rupi Kaur
de m’avoir montré
ce qu’était a peach stone
dans son livre Healing Through Words.
Ils m’ont enlevé
chacun
une peau
morte
un peu
de mon écorce
les amis
les ennemis
les amants
la famille
par amour
ou par haine
tous
ceux
qui m’ont abandonnée
sciemment
ou qui m’ont quittée
sans le faire
exprès
les morts
comme
les vivants
Mille
mercis
à eux
car maintenant
je sais
que j’ai
un noyau
Géraldine Andrée
Elles sont finies
les années
de sang
Alors
elle s’achète
un carnet
avec un cordon
pour le nourrir
avec celle
qu’elle est devenue
Géraldine Andrée
Au nom
de tous ceux
qui ne l’ont pas aimée
elle caresse
chaque
grain
de la page
avec sa plume
Géraldine Andrée