Publié dans Poésie-thérapie

Noyau de pêche 33

Le poème
de Taslima
Nasreen
l’a tenue
éveillée
jusqu’à l’aube

Aujourd’hui
elle prend
conscience
qu’elle ne peut plus
vivre
comme hier

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie-thérapie, Récit de Vie

Noyau de pêche 29

Il sonne
puis il frappe
à la porte
plusieurs fois

Mais elle n’ouvrira pas
aujourd’hui
Elle n’ouvrira pas davantage
demain

Il lui en a fallu
du temps
pour prendre
conscience

qu’il tambourinait
ainsi
dans son corps
Maintenant

c’est fait
puisqu’elle note
dans son journal
intime

Désormais
je n’invite plus
n’importe qui

Un point

c’est tout

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie-thérapie

Petite précision à propos des Noyaux de pêche

Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :

votre noyau.

Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.

Elle,

ce peut être n’importe quelle femme,

celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,

« celle dont on ne dirait pas que »,

celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.

C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.

Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.

Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?

Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….

Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.

Chaque jour est une traversée de l’écorce.

À chaque jour donc, son noyau.

Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.

Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre

pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.

Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,

noyaux de pêche,
noyaux de l’être

seront publiés dans un recueil.

Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :

une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :

Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.

Sayo Hiwatari

Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.

Géraldine Andrée

Photo de LEONARDO VAZQUEZ

La connaissance est au centre de Soi

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif, Poésie-thérapie

Méditation en écritothérapie : le corps du poème

Tu le sais
ton poème
est corps
et pour qu’il se déhanche
d’une ligne
à l’autre
sur le papier

fais-toi

mouvement

solaire

avec tes os tes muscles tes tendons ta chair

Sois conscient
de la pulsation
du sang
de ton encre
dans tes hanches

Sens
le souffle
de la phrase
monter
le long
de ta colonne
vertébrale

son rythme
irradier
autour
de ton bassin
à partir
de l’étoile
de ton plexus
pour atteindre
ce noyau
de l’Univers

ton âme
qui s’exclame

Je suis
le Poème

debout
sur le monde

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Poésie, Poésie-thérapie, Récit de Vie

Noyau de pêche 14

Au retour
de la maternité
elle a replié
le berceau

vide
et posé
sur ses genoux
son cahier

ouvert
qu’importe
qu’elle écrive
Je vais bien

qu’importe
qu’elle mente
l’écriture
la berce

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, écritothérapie, Ecrire pour autrui, Histoire d'écriture, Je pour Tous, Le livre de vie, Poésie-thérapie, Récit de Vie

L’originalité de mon écriture biographique

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Histoire d'écriture, Poésie-thérapie

Noyau de pêche I

Écrire
c’est gratter
chaque
peau
morte
jusqu’à
atteindre
la chair
vivante
vibrante
palpitante
du dernier
mot
Cela
prend
toute
une vie

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Le journal des confins, Le poème est une femme, Le temps de l'écriture, Poésie, Poésie-thérapie

Ce bercement…

Reprendre mon cahier et écrire.
C’est tout ce qui importe.
En face de moi, ce tableau avec le bleu et l’ocre du port,
un trois-mâts, deux barques, un phare, des nuages…
C’est là que je dois aller. Au loin. Au large. Rompre les liens.
Je n’ai jamais vraiment regardé ce tableau quand j’y pense…
La baie. La virgule d’une mouette qui brasse l’infini.
Et si je l’imitais ?
M’accrocher à la crête d’une majuscule.
M’allonger sur la vague d’une phrase.
À me laisser bercer ainsi
par l’écriture,
à rêver mon poème
comme le prolongement de mon corps
qui vogue au fil de l’encre marine
sur le blanc,
je m’aperçois que c’est moi qui berce l’écriture.
J’initie cette douce ondulation avec mon simple désir.
L’étrange mouvement de ma main,
d’où vient-il ?
Quelle est cette vibration ?
Descend-elle des étoiles,
d’une immense paume invisible ?
Il est une lunaison de l’écriture
que mon souffle éclaire.
Oui, c’est vraiment là que je dois emmener mon poème,
jusqu’à la dernière étincelle avant l’azur.
Puis, une fois que mon poème sera suffisamment loin,
devenu un frêle point qui danse
à la lisière où le monde s’efface,
je ferai signe à mon prochain
avec l’ultime lueur du silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Poésie-thérapie

La plume retombée

La plume
traverse la page.
Elle vole comme un oiseau à fleur de terre,
effleurant si légèrement le papier.
Puis, dans l’espace au-delà du point final, elle retombe.
Elle ne fait désormais plus partie du ciel.
Il ne reste que le souvenir de la vie qu’elle a déposé là,
entre deux feuilles,
c’est-à-dire un nid de mots tressés,
destiné à un autre oiseau de passage
– ton regard,
peut-être,
qui sait ? – …

Géraldine Andrée

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C’est un cahier tout simple

C’est un cahier tout simple, en vérité,
un cahier qui, comme on dit,
« ne paie vraiment pas de mine »,
un cahier à la reliure brune
comme les prunes flétries
en automne,
un cahier aux feuilles
si fines
que la mine
d’un crayon
les transperce
ou que l’encre les traverse
si l’on souhaite écrire
avec une plume.
Et en tournant la page,
l’on peut lire
à l’envers
les méandres
des phrases.
On sait alors
que l’on est arrivé
de l’autre côté.
Ce papier
un peu jauni
possède,
cependant,
l’éclat
d’un miroir.
Et je revois
comme si les jours
de jadis
passaient
devant mes yeux
le sourire
de mon grand-père,
les fleurs
du cerisier,
la mosaïque bleue
du couloir
de la maison
de vacances,
la cabane de bois
près de la rivière
et le chapeau
de Claire
qui dépasse
entre les herbes
sauvages.
C’est un humble cahier,
fait pour la profondeur
de ma poche,
mais ce cahier
a changé ma vie
car il a métamorphosé
mon regard
sur tous ces instants
que je croyais morts
et qui, pourtant,
habitent
comme des enfants
ma mémoire.

Géraldine Andrée