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Les fleurs de Grand-Mère

Pour consoler
son coeur,
ma grand-mère
soignait ses fleurs.

Géraniums,
hortensias,
roses trémières,
oeillets, lilas,

ma grand-mère
avait l’oeil
pour s’enquérir
en silence

de la santé
des corolles,
de la vivacité
des tiges.

Les fleurs
lui répondaient
par des lueurs
d’abeilles

et des senteurs
qui montaient
dans l’air
vermeil.

Et quand
ma grand-mère
rentrait
chez elle,

elle avait oublié
le chagrin
qui l’avait fait descendre
dans le jardin.

Géraldine Andrée

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L’été infini

L’enfance passée

chez toi

fut un été infini.

 

Les prunes toujours à point

qui laissaient perler

leur goutte d’ambre,

 

les herbes après la pluie

dont le parfum

faisait tourner la tête,

 

les sentiers qui chantaient

sous l’arrosage

pendant la sieste,

 

la petite robe

échancrée et courte

à cause de laquelle

 

on jouait à la coquette

en coupant le trèfle

sur les assiettes de dînette,

 

les sandales

dont les semelles souples

foulaient les blés,

 

les branches de l’ormeau

qui se balançaient

de bleu en bleu,

 

les guêpes qui entraient

pour se poser

sur les tranches de melon,

 

la tête renversée

dans le galop

d’un rire

 

lorsque sur le nez

passait le chatouillis

d’une brindille,

 

le sablier blond

de la lumière

qui s’écoulait

 

sans que le bon

ne se termine

et dont le grain 

 

ultime

coïncidait

avec la première étoile

 

annonciatrice

d’une nappe

constellée

 

de lumineux

points

de croix

 

Cela fait longtemps

que tu es partie

pour un été infini…

 

Et je traverse

les saisons de ma vie

en portant

 

secrètement

la triste joie

de mon enfance

 

feue

qui cependant

demeure

 

dans ma mémoire,

pour un séjour

qui durera

 

jusqu’à ce que je te retrouve,

un jour ou une nuit,

dans un été infini…

 

Géraldine Andrée

 

 

 

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La maison à l’heure de mon songe

 

La maison
à l’heure
de mon songe
demeure
comme elle fut

 

Voici à mes pieds
le tapis persan
à gauche
devant le tourne-disque
qui chantonnait
dans la nuit
pendant l’Occupation
le canapé profond
où ton mari s’endort
plus loin la crédence
où se rangent
les tasses à thé
et les beaux verres
d’apéritif
plus loin encore
la table orientale
sur laquelle
l’on dispose
une coupelle
de biscuits roses
à prendre
après ton insuline
et là-bas
suspendue
entre seconde
et soupir
la lumière
de septembre
qui dore
tes mèches
blanches

 

Il est facile
d’entrer
dans la demeure
de l’enfance
Il suffit
d’éclairer
le petit couloir
de la mémoire
avec une lueur
de silence

 

Géraldine Andrée

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Tu te souviens

Tu te souviens
du robinet
incrusté
dans le mur
de pierre

du mince
filet
d’eau
qui courait
le long du tuyau

dont la bouche
faisait jaillir
en corolle
son chant
dans tout le jardin

Les notes
se posaient
ensuite
en gouttes
de silence

sur les feuilles
odorantes
de chaque plante
Tu te souviens
de la métamorphose

de l’eau
entre les mains
de Grand-Père
Il n’est pas étonnant
que fleurissent

encore
tant et tant
de roses
dans l’arrière-saison
de notre mémoire

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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Le marronnier du jardin de Grand-Mère

Le marronnier du jardin de Grand-Mère m’a enveloppée en rêve de son ombre verte.

J’ai entendu bourdonner comme autrefois les étoiles allumées par les ailes de ses insectes.

J’ai senti sa fraîcheur me faire une deuxième robe de vent.

Ses parfums ont rejoint mon souffle d’enfant.

Et je me suis laissé bercer par le battement de ses feuilles.

 

Le marronnier du jardin de Grand-Mère a ouvert en rêve sa corolle.

A chacun de mes cils, il envoyait de menus signes
que me portait la lumière de ses frondaisons.

La vie ne m’avait pas exilée de ses racines

car le marronnier avait continué à pousser secrètement en mon âme.

 

Et ses bourgeons que depuis longtemps

je ne voyais plus

avaient éclos pourtant

comme des flammes

en leur force frêle.

 

Je me suis réveillée avec la conscience absolue

que j’étais pour le marronnier de ma Grand-Mère disparue

jardin devenu.

 

Géraldine Andrée

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Comment se fait-il ?

 

Comment se fait-il
que les fleurs soient rendues à leurs senteurs,
que le chemin qui mène à la ferme s’élance dans le soleil de la mémoire,
que le souffle des animaux rythme à nouveau les jours,
que l’eau remonte si claire de la sèche nuit du puits,
que le feu visage de Louise se rallume dans le miroir
et que toutes les gerbes recueillies dans les paniers d’osier noirci
enflamment de leurs brindilles le vent de ce soir ?

Comment se fait-il
que les sandales des enfants de jadis sonnent sur l’escalier,
que le rideau de perles dispersées depuis longtemps tinte au moindre passage,
que se rassemblent dans la cour les voix que l’on croyait à jamais évanouies,
que des éclats de rire traversent tous ces yeux qu’un doigt ferma, tels des météores envoyés dans le ciel d’août,
que la croûte du pain craque à fleur de mie
et que la robe du vin brille
comme si l’on venait à peine d’être servis ?

Comment est-ce possible
que la vie m’arrive,
mon Dieu,
de la mort ?

Et c’est à partir
de ce mot
que tu me donnes
en silence
cette phrase
à écrire :
Parce que ta plume
est le prolongement
de ma main,
le mouvement
de mon esprit,
la trace laissée
sur la page d’aujourd’hui
par mon pas enfui.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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La chambre là-bas

Dans la profonde chambre là-bas, tu dors si bien…

Sitôt les yeux clos, tu t’en vas.

Tu retrouves les rives du Nil dont le murmure de ton coeur est l’embouchure.

Tu t’enivres des éclats de voix et de fruits sur les marchés d’autrefois.

Tu te couches dans ce champ de luzerne oublié.

Tu cours avec cette petite fille d’une autre vie que tu fus. Tu découvres en ta joie étonnée que tu as eu autant d’enfances que d’étoiles.

Tu frappes à la porte du château d’Anne. Et toutes les flammes des bougies précèdent ton pas.

Tu t’assois sous l’amandier en fleurs qui t’attend depuis toujours.

Tu te souviens de ce que t’a conté le vent, un matin de fugue.

Tu ouvres les bras au bleu de tous les origines qui se lève des collines.

Tu te penches avec joie sur les herbes vives du jardin que tu croyais disparu.

Tu converses en silence avec le regard de la jument ressuscitée.

Grand-père t’apprend à arroser les roses feues qui rougissent à nouveau telles les joues d’une convalescente.

Et quand tu te réveilles à l’aube, tu te sens changée comme si des lèvres inconnues avaient récité pour toi la formule des plus subtiles métamorphoses.

Dans la profonde chambre là-bas, tu rêves si loin que tes yeux se posent en oiseaux sur le Lendemain.

Géraldine Andrée

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Le jardin de jadis

Toute
la nuit
le jardin
de jadis

fleurit
dans ma mémoire
et m’offre
à l’aurore

les plus beaux
poèmes
Avec les déliés
de la lumière

je dis merci
au jardin
d’avoir
pour adresse

ma mémoire

Géraldine Andrée

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Tout est là

Tout est là,

à l’instant du mot dit :

le bouquet de jonquilles,

le chant blond des blés que tu traversais pour te rendre au lac,

la chatte sauvage flairant les orties,

la bicyclette couchée dans les taillis et que tu retrouvais à sa couleur rubis,

la mousse de l’eau sur les cailloux entre lesquels filaient les anguilles

dont tu essayais de saisir l’éclair bleu à genoux.

Tout est là, dans la paume de l’âme,

et demeurera

ainsi contenu,

telle l’abeille

dans la corolle du poème.

Tu peux toujours le toucher

d’un mot au matin

quand tu te sens perdu,

le Pays d’enfance.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Non classé, Poésie

Poèmes pour la lampe d’automne

Étoiles

Apollinaire (dont le nom vient d’Apollon, dieu de la Lumière et de la Beauté) écrivait:
« Il faut rallumer les étoiles. »

Et il est vrai que les étoiles, on ne les voit plus désormais, tant elles sont voilées par les fumées des industries en pleine expansion et par la pollution.

Les yeux d’or du ciel ne nous regardent plus car nous les avons rendus aveugles.

Par conséquent, nous nous aveuglons aussi car nous avons pris l’habitude, en levant la tête, de n’apercevoir qu’une voûte obscure et nous croyons qu’il en a toujours été ainsi.

En ce soir de feux d’artifice, -rouges, orange, verts, bleus-,
je rêve de n’avoir pour couverture qu’un vaste ciel piqueté de taches rousses;
je rêve que des myriades de prunelles lointaines veillent mon sommeil depuis leurs millénaires révolus;
et que je les entende me dire en silence:

Qu’importe que Demain soit un nouveau jour!
Nous, nous durons toujours.

Oui, je rêve du luxe de ces étoiles alors que je suis allongée sur la terre humide d’un soir de juillet.
Si nous oublions les étoiles, nous nous coupons de nos racines célestes.

Alors, il est grand temps de « rallumer les étoiles » et de réapprendre chaque nuit
Tout ce que nous avons oublié.

 

 

 

 

Anges

Il est des anges qui se brisent les ailes contre le pouvoir, le paraître, l’ambition, la possession.
On les rencontre beaucoup, à notre époque, échoués dans ces regards qui ne voient plus le ciel.
Mais il est des anges veilleurs d’encres et de silences,
protecteurs des oiseaux qui traversent le monde et des frêles plantes qui poussent,
messagers des astres éteints et du chant lointain des sources,
gardiens des pensées secrètes et des chambres douces.
Ces anges volent jusqu’à nous par les poèmes que nous lisons -même sans grande conviction.
Lorsque nous sommes profondément seuls,
il nous suffit, pour les rencontrer, d’allumer une lampe au-dessus d’un recueil de poésies -le fait que le poète soit mineur n’a aucune importance pour le coeur-;
et si nous nous sentons soudain légers, libres, purifiés, presque guéris,
c’est le signe
qu’un de leur souffle
nous touche
dans la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« En ce moment »

« En ce moment »:
trois modestes
mots
pour dire:

le présent vital:
celui qui nous sauve
des morsures du passé,
des tourments de l’avenir;

le présent initial:
à l’origine de la fleur dans la main,
de la réciprocité entre l’oeil et le nuage,
du coeur qui bat lorsque paraît la flamme;

primordial présent
qui nous guide,
même si nous résistons
à son élan,

d’instant
en instant,
et nous guérit
du Temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

Apaisement

Enfin, tu es rentré.
Il n’y aura pas, ce soir,
le grand orage
que je redoutais:

dans notre petite chambre,
je contemplerai
longtemps
la nuit d’août,

la nuit d’or
de ta peau toute
tachetée
d’étoiles rousses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emporter,
en plus de l’indispensable
-peigne, brosse à dents, dentifrice, savon de Marseille-,
l’Essentiel:

mon flacon d’eau de rose,
mon collier de perles aux reflets si roses
qu’il me semble que l’aube
perle sur ma peau,

et les Rubayat
d’Omar Khayam
qui voit se refléter dans le vin
l’âme des roses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyager,
c’est se mesurer au vent, à sa volonté implacable, étrangère à notre rêve parfois,
et accepter qu’elle soit
plus puissante que Soi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir vécu toutes sortes de deuils,
je sais reconnaître les signes des commencements:
l’inspiration profonde précédant le chant,
un sourire qui promet l’enfance,
les silencieux remous d’avant le poème,
les fruits rosissant au début de la saison,
l’éclosion d’un regard sur l’épaule dénudée…
Il m’arrive parfois de rêver que je remonte à l’origine de toute origine, à l’affluent des souffles, à l’étincelle initiale.
Et tant pis;
tant pis si un pas s’éloigne dans le noir, si une main se glace, si un mot trahit encore l’innocence…
Tant pis si je dois toujours m’en aller sans me retourner:
je sais que ce nouveau deuil m’annonce, si je n’abdique pas,
le miracle
de m’éveiller demain,
en me disant comme chaque jour:
« Il est une fois ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci;

merci pour la rosée sur le trèfle en bouquet;
merci pour le chardon constellé de givre;
merci pour le chant qui traverse la chambre;
merci pour l’étoile du Nord au bout du doigt;
merci pour le lait versé dans le noir;
merci pour le pain blond et le gâteau levé;
merci pour le papillon qui nargue la flamme de la bougie;
merci pour la chaudière qui ronronne au coeur de l’hiver;
merci pour les éclats d’amandes après le chagrin;
merci pour la première page;
merci pour le livre qui se referme;
merci pour la main fidèle au-delà du sommeil;
merci pour la conversation au soleil;
merci pour les bruits d’ailes du silence;
merci pour l’amitié d’Alan;
merci pour le prochain qui ne s’est pas encore annoncé;
merci pour ces questions sans réponse qui enfantent des poèmes;
merci pour tous ces petits riens
qui coûtent trois fois rien
et qui font Tout
quand on croit que la Vie
ne compte plus du tout.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le vrai futur

Le vrai futur
n’est
ni « plus tard »,
ni « demain »:

il n’arrive
ni par hasard,
ni par destin:
le vrai futur

advient
dans le seul
instant
présent:

il est
un fruit mûr,
une plume tombée,
une patte offerte,

ou même
la paume
de l’enfant
dans la main

qui nous mène,
au soleil
du jour,
bien plus loin

que notre état
d’âme
mêlé
de doute

et d’espoir
avec lequel
nous nous réveillons
le matin.

Deuxième moitié du mois d’août

Deuxième moitié du mois d’août.

Bien sûr, les soirées sont encore longues. Quelques papillons accompagnent un éclat d’or.
On apporte le café assez tard. Les voix et les rires se répondent. De l’herbe, montent des murmures et des odeurs de menthe qui rassurent. On annonce du beau temps pour demain.

Mais il semble soudain que la nuit est tombée sans prévenir. Ou peut-être n’a-t-on pas fait attention. Le croissant de la lune luit comme une lame. Les lucioles dansent dans l’ombre. Un petit vent frais s’est levé. Quelqu’un serre son gilet sur son coeur. Des pas s’éloignent de la table.

Il faut emporter les dernières tasses, les dernières cuillères et, dans le salon, allumer le lampadaire.

Deuxième moitié du mois d’août.

Il faut bien se résoudre à rentrer,
si l’on désire que les mots prolongent encore un peu le temps passé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les odeurs des vacances:

Le vent dans le foin
Le café quand on se lève tard
La brioche sortie du four
Le thym dans le gratin d’aubergines
La gousse de vanille sur les pêches
Les pages neuves du roman acheté
L’huile de bronzage pendant la promenade
L’herbe mouillée des journées où il fait moins beau
La confiture qui cuit doucement
Le drap déplié dans la chambre après avoir séché au jardin
Le sachet de lavande fraîche pour l’hiver
La pâte de colle qui accroche de menus souvenirs (pétales, feuilles, grains de terre, brins où passa le souffle des lèvres, tickets du funiculaire) dans le journal intime
Les rosiers après l’orage
Le bouquet délié des invités
La frêle fumée dansant encore au-dessus de la bougie éteinte
et qui donne l’impression que l’on prolonge le jour dans la nuit,
la joie dans la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est la fin de la belle saison. Mais ce n’est pas triste. On se rapprochera d’une autre beauté:
l’âme des lampes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin de dîner

On n’est pas tout à fait arrivé à la fin de l’histoire. Il reste quelques pêches dans la corbeille, un peu d’eau pour ce rayon de lune. Au fond de certains verres, l’ambre de la liqueur luit encore.
Et pourtant… Un pas s’éloigne déjà. On entend là-bas, près des dépendances, le bruit d’une chaise que l’on range. Un volet claque en se fermant au deuxième étage.
Marthe agite les serviettes et les miettes de pain tombent sur la terrasse pour les oiseaux de demain.
Sur le trajet qui mène au grand buffet noir, les fourchettes mêlent leurs dents et les assiettes se heurtent.
On n’a pas vu passer le temps. La table est presque nue, comme si on n’y avait pas dîné.
Mais on n’emporte pas trop vite les lampes, car il ne faut pas arracher à l’ombre ses lueurs -derniers pétales d’or qui tremblent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La veillée

Le soleil laisse, en partant, quelques signes d’or à l’horizon. On a prévu, certes, le gilet mais les chemins ont gardé leur tiédeur. L’herbe, d’ailleurs, est douce à fouler comme au mois de juillet.
Si l’on ouvre les fenêtres des chambres avant le sommeil, on sent monter l’odeur du chèvrefeuille et on entend pépier de petits silences.
Finalement, on se couche assez tard malgré la perspective du Retour.
On discute de tout et de rien pendant que des ombres bleues agrandissent nos yeux.
Le raisin sera bon sans nous, je pense,
pulpeux et pourpre comme les joues de l’enfance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le matin,
quand tu changes
l’eau
des fleurs,

pense aussi
à changer
la couleur
de l’encre;

puis prends
une page blanche
et écris
tous tes soucis.

Tu te sentiras
libre ainsi,
guéri pour le jour
d’aujourd’hui.

C’est ce que j’appelle,
mon ami,
la toilette
du coeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dire le silence

Le silence
est aux mots
ce que la nuit
est aux étoiles:

Essentielle
présence

Parce que le silence
avive les mots,
les mots
avivent le silence

-grand bouquet
de roses
que les lèvres
de tous les hommes

ont fait
éclore
sur l’âme
de chaque chose-,

et comme
ce lien
de cause
à conséquence

se passe
de plus
de mots,
je demande

que fleurisse
le silence
de mes lèvres
aux vôtres.

Ecrire le silence

La journée est plus fraîche,
partagée entre l’ombre et l’or…
Ecrire alors,
la fenêtre ouverte
sur le feuillage du silence.

*

La nuit doucement
m’entoure pendant
que j’écris
Bonsoir Je suis
au large de la Vie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De soi

Cela va de soi
que j’emporte
le petit carnet
de moleskine

et la plume
à la pointe
fine;
cela va de Soi.

-Oublierait-on
de rire
dans la joie?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La dernière chambre

La dernière chambre avant le voyage.

Les draps frais, lisses et blancs où l’on ne dormira qu’une seule fois.

La savonnette dont on aime bien le parfum -mais qui fond très vite dans la main.

La salle d’eau si étroite qu’on peut toucher les deux murs opposés sans tendre les bras.

La petite cabine de douche vite imprégnée de buée.

Le sèche-cheveux qu’on laisse souffler -bon gré, mal gré- et qui nous laisse, lui, tout ébouriffés.

L’heure de la lumière que l’on programme -il faut oublier la naissance patiente de la lumière du jardin.

L’anthologie que l’on pose sur la table de bois blanc, pour se rappeler que, ce matin encore, on la lisait chez soi. Mais les poèmes, étrangement, n’ont plus la même résonance; comme si, eux aussi, conspiraient à notre exil.

Et la nuit derrière le store, traversée par les éclairs bleus des tours de l’aéroport.

Et le sommeil sans rêve jusqu’au lendemain.

 

Ne pas être parti et être déjà loin.

 

 

 

 

 

Au poète qui s’en va,

En faisant ta valise,
surtout n’oublie pas

cette petite bille
éclose comme l’iris

qui, lorsque tu la tournes
entre tes doigts,

dans tous les sens
qui te chantent,

t’annonce les étoiles
des mots

à écrire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le poème refusé

J’ai perdu mon poème dans le sommeil.

Il ne devait pas être très loin, mais suffisamment -à cette frontière ténue entre la conscience et l’abandon- pour qu’il ne vienne pas quand je l’appelle au réveil.

Je l’ai cherché dans le bleu qui glissait entre les volets, puis au soleil du petit déjeuner.
Par quel mot commençait-il? Quel sentiment? Peine ou joie? Je le savais pourtant, avant de m’endormir….

Hélas! Le poème m’était refusé.

Sans doute apeuré par l’éclat du jour, se cachait-il dans le recoin obscur de la demeure d’un songe que j’avais quitté pour faire route jusqu’à la réalité.
Je sentais approcher le chagrin -deuil d’une promesse non honorée.

Pourtant, lorsque l’eau de la douche a coulé doucement sur ma peau, m’invitant à l’oubli de la perte, le poème m’est revenu -comme un enfant prêt à jouer avec les bulles de savon.
Il parlait de l’hésitation des tout premiers commencements, de la conséquence du tremblement de l’aube qu’est la rosée.

Il ne me paraissait pas frivole, mais léger -parce que j’avais renoncé moi-même à mon caprice qui consistait à me faire obéir par les mots.

La poésie, pour aller jusqu’à ma mémoire, passe par l’insouciance de mon corps.

 

 

 

 

 

 

Sois
aussi
légère
que la soie:

Laisse
le vent
passer
à travers toi;

et lorsqu’il
s’en va,
garde le pli
que dessina

sa joie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime traverser la place par jour de grand vent.
L’air, alors, se mêle à la lumière pour me laver du poids du temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon cher cahier,

je te donne rendez-vous demain, entre la corbeille blonde et la tasse ronde, lorsque l’aiguille affichera dix heures au soleil, que la fenêtre s’entrouvrira toute seule.

Je ne sais pas encore ce que je t’écrirai; ce ne sera sûrement pas long mais ce sera essentiel:

des pétales de mots déposés par le souffle de l’instant
sur le blanc du temps à vivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autour du bouquet de roses

Autour du bouquet
de roses,
le sujet
de conversation

concerne
l’évolution
de la situation
boursière:

chacun
déploie
sa force
de persuasion;

certains
se mettent
même
en colère

pour,
disent-ils,
changer le cours
des choses…

Et moi?
Moi,
je caresse
la peau

fraîche
des pêches
à l’ombre
des roses.

 

 

 

Nulle part ailleurs

Tu es ici
et nulle part
ailleurs

pour que le pétale de rose,
la note de l’oiseau,
le pétale de l’instant,

te trouvent
avant
de te chercher.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’art du sommeil

Certains, avant de dériver vers le sommeil,
tiennent les oreilles d’un ours fripé;
mettent leur pouce dans la bouche;
agrippent un morceau de drap dont ils ont fait un doudou;
enlacent leur oreiller;

certains encore
posent leur paume sur l’épaule aimée
ou sur le ventre du chat;
d’autres enserrent leur main gauche
de leur main droite ou l’inverse;

et puis, il y a ceux qui s’endorment
en n’étreignant rien ni personne,
en se murmurant seulement quelques vers,
appris il y a longtemps,
à l’école ou au jardin,

au temps où le réel était rêve;
où le rêve était réel;
ceux-là même qui pensent
qu’ils ont perdu à jamais
le contact avec l’enfance

touchent, en vérité,
leur pays de toujours
avec la confiance
et la force
de leur souffle.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2013