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Les rêves

Les rêves sont ce que l’âme a vu avant de venir s’incarner ici. Ces possibilités destinées à se faire Chair, à prendre Vie, à devenir Vérité.

Aussi, ai-je souvent la réminiscence d’un rayon de soleil sur un mur de pierres ocre, du bleu tiède du soir au-dessus des toits, du chat qui s’étire en reconnaissant mon pas, de la brise qui porte les voix rassemblées autour de la table du dîner, des douces dalles de faïence pour le pied nu.

Tout à l’heure, on s’assoira sur le seuil et on discutera en regardant la lumière décliner pendant que s’allume Vénus.

Comment peut-on avoir souvenance de ce qui n’a pas existé en cette vie ?

Parce que je pense que ces souvenirs rêvés représentent le futur absolu que l’âme a contemplé avant de venir s’incarner ici.

Géraldine Andrée
Mon Journal

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Grandeur du minime

Avant

d’accomplir

de grandes

choses,

 

j’essuie

cette goutte

qui perle

sur mes cils.

 

Géraldine Andrée

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Le temple est mort !

– Le temple est mort !

– Que dis-tu donc ?
Les vieilles pierres
sont éternelles !
Les vieilles pierres
sont immortelles !
Depuis toujours,
elles étincellent
dans le jour !

– Le temple est mort !
Vois comme
les pierres,
jadis sculptées
par les mains
des hommes
sont poussières
devenues.

Et les statues !
Celles qui
de leur regard
et de leur doigt levé
invitaient
nos yeux
à aller plus loin
que notre hauteur !

Les statues ne sont plus.
Brisées, elles jonchent
le sol
et on retrouve parfois
parmi les cailloux
leurs éclats
comme des étoiles
déchues de l’univers.

– C’est à nous
de nous souvenir
du Souvenir,
de faire
de notre mémoire,
un temple du Temps,
un temple de l’Histoire,
un temple de ce Temple,

replacer en nous
chaque dieu disparu
et donner à notre âme
l’élan de ces colonnes
dans le soleil ;
que nos yeux n’oublient pas
l’Essentiel ;
notre ciel intérieur.

– Vois comme
cette porte
qui te menait autrefois
jusqu’au choeur
demeure béante,
debout et seule,
sans mur
ni seuil.

Son chambranle
tremble
au passage
du souffle du vent.
Elle bat tel un coeur
privé de sang.
Là où l’on déposait des fleurs,
s’étend le désert.

– Ce temple
est peut-être
mort ;
le temps
des temples
sûrement n’est plus.
Mais cette porte
est ouverte !

Vois comme,
debout
par elle-même,
elle te laisse voir
pour toujours
l’espace
immense
que touche l’azur

et ce ciel d’or
qui nous restera
fidèle
au début
de chaque jour,
quoi qu’il arrive,
quoi qu’il nous faille
vivre.

Ce temple
où tant d’hommes
se recueillaient
il y a deux mille ans
nous demande
de recueillir
chaque parcelle
de lui

et de l’accrocher,
étoile nouvelle,
à notre nuit
afin qu’à notre manière,
il survive
et prolonge
notre souvenir
dans le Jour

à venir.

 

Géraldine Andrée

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Les danseuses

Les danseuses

Tu les trouves tôt le matin, après l’éloignement de la marée, déposées ça et là par les vagues sur la vaste marge du sable.

Vois comme elles ondulent, comme elles ondoient. Le souffle du vent allume de nouveaux reflets sur leur corps frémissant.

Elles tombent dans un bruit mou.

Tu portes leur poids léger et il te semble alors que ce sont elles, si frêles, qui te bercent au rythme de tes pas.

Le soir, sous la lampe, elles prennent une forme étrange.

Elles font la pirouette, se déhanchent, enjambent les espaces blancs, se donnent la main lorsque tu les disposes côte à côte.

Si dociles, elles obéissent à ton rêve de ballet, adoptent les postures, les courbes et les contours que tu veux bien dessiner.

Quelques gouttes d’eau suffisent pour rallumer dans leurs mouvements les couleurs de l’océan.

Les voici prêtes.

Tu les places près d’une fenêtre. Et c’est toute une chorégraphie silencieuse qui se déroule là, le lendemain, devant tes yeux ; qui se répète autant que tu le souhaites.

Algues de Bretagne, immobiles danseuses, destinées à la blanche scène rectangulaire d’une carte de vœux et qui brillaient de tous leurs bleus, de tous leurs verts à la pâle lumière d’une lampe de chevet

Bien des années ont passé depuis ces promenades le long de la plage de Douarnenez.

Aujourd’hui, les sylphides font leurs entrechats sur la neige jaunie d’un vieux papier, chez des amis que tu ne vois plus depuis longtemps.

Mais toi, souviens-toi, elles t’attendaient tôt pour danser éternellement sous la grâce de tes mains, les algues, fidèles à ce rendez-vous du matin après avoir roulé toute la nuit dans la houle.

Comme ces marées, désormais, sont loin !

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Anthologie poétique du Solstice d’Hiver 2017

Je suis ravie de vous présenter cette anthologie poétique

Bleu d’Encre Editions

qui paraît à chaque solstice.

 

Géraldine Andrée

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Ce cahier d’écolier

Ce cahier d’écolier
si sage
en apparence
avec ses lignes

qui vont droit
au bout
de la page
à partir

de la marge
contient
tant de détours
de méandres

de boucles
d’arabesques
de volutes
et d’envols

futurs
que tu te perds
parmi les dessins
à venir

Ce cahier d’écolier
est réservé
aujourd’hui
à un seul dessein

franchir
toutes
les lignes
disciplinées

auxquelles
tu te destines
depuis
ta naissance

en toute
Liberté

Géraldine Andrée

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Incarnation de l’écriture

J’écris
J’incarne
mon désir
dans l’encre
bleue
qui brille
à chacun
de mes mots
sur chaque grain
de la page

J’écris
pour bien vivre
pour dire
un matin
comme celui-ci
après avoir vécu
tout le beau
tout le bleu
de mon désir
C’était écrit

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Le miroir

Chaque matin, elle prend son cahier.

Elle lui confie ses peines, ses joies, ses questions.

Qu’importe qu’elle n’ait pas de réponse immédiate !

C’est comme si elle avait fait

la toilette de son âme

qu’elle voit clairement

à travers la page

et qui a… son visage !

Ensuite, elle prend un feutre

rose, bleu, violet, vert.

Il lui semble que s’ouvre dans sa paume un oeil

qui destine à chaque mot le feutre approprié

pour que l’indicible soit enfin formulé.

Et elle dessine des guirlandes de pétales, de grains, d‘étoiles,

une longue enluminure qui entoure le silence où elle s’est mirée.

Voilà. En se parlant ainsi en secret,

elle maquille Celle-Qu’Elle-Reconnaît

et qui hier encore, pourtant, lui était Toute Autre,

avec les couleurs de l’Enfance.

Et elle se tourne vers la lumière de la journée

qui l’appelle en touchant son épaule.

 

Géraldine Andrée

 

Publié dans Poésie

Poésie ce pays

En ce monde,

il n’est nulle clairière,

nul buisson,

nul brin d’herbe

qui n’appartiennent

à un pays.

 

La moindre feuille,

la moindre fleur,

la moindre frange d’écume

à fleur de terre

sont revendiquées

par une nation.

 

Je sais,

cependant,

un pays

où tu es libre

d’entrer

et de sortir

 

à ta guise,

guidé

en chemin

par les signes

invisibles

de la brise ;

 

un pays

qui te donne

le droit absolu

de traverser

toutes les frontières

puis de revenir,

 

avec ce pas

alerte

de l’enfance

reconquise

au fil

d’un rire ;

 

un pays

où tu peux te cacher

parmi les feuilles

des plantes

ou les épis de blé

sans être cherché ;

 

un pays

où il est légitime

de posséder

un jardin

abondant

en toute saison

 

sans avoir à montrer

un titre quelconque

de propriété,

sans avoir à déclarer

le nombre

de fruits qui poussent ;

 

un pays

qui n’attend pas

que tu déclines

ton identité

sur un passeport

en lettres sonores,

 

mais qui espère

que tu aies

un regard

éveillé

pour l’annonce

de l’aurore ;

 

un pays

qui ne te demandera

jamais

ton adresse

car il sait

que tu as

 

ton coeur

– cette profonde

demeure –

bien ouvert

pour faire entrer

quand les nuits

 

sont longues

et que le temps

est à l’hiver

tous les enfants

qui  sont nés

de lui.

 

Ce pays

unique

en ce monde,

c’est,

mon ami,

la Poésie.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

La neige de Géorgie

Quelques jours avant l’orée du printemps, en Géorgie, les gens préparent une fête en l’honneur de leurs morts.

Ils disposent dans des assiettes les mets les plus fins, versent dans les verres les vins les plus doux, pétrissent et cuisent le pain dont le coeur de mie sera si tendre au palais de leurs aimés.

Ils prévoient des bougies et des flambeaux pour les danses de la nuit.

Dans l’après-midi, le chef de famille se rend au cimetière.

Et, avec ses gants, il ôte la neige des tombes.

Celle-ci se disperse dans le soleil en mille paillettes.

C’est un bonheur de voir le regard des défunts que l’hiver, de son voile de tristes noces, a caché.

C’est un miracle de contempler les fossettes de l’enfant trop tôt feu, les cheveux longs de l’aïeule, la moustache de l’oncle, l’air mutin de la cadette, les lèvres entrouvertes de la fille éternellement jeune – quelles paroles silencieuses cette dernière murmure-t-elle à vous seul ?

En enlevant à coups patients la neige, ce deuxième suaire qui, pendant les grands froids, a scellé tous ces yeux et condamné tous ces visages à l’oubli, les Géorgiens retrouvent leurs absents.

Les noms et prénoms réapparaissent, les souvenirs aussi.

Quelques jours avant l’orée du printemps, la mort se révèle bien éphémère.

A ma manière, je suis moi aussi Géorgienne quand j’écris des poèmes.

Ma main, à chacun de ses passages, fait fondre avec foi la neige de la page.

Des mots, alors, naissent,

derrière lesquels je m’aperçois que tu me regardes depuis toujours.

Et quand je signe, je reconnais ton nom

dont chaque lettre comme un oeil espiègle

cligne dans le soleil.

Géraldine Andrée