Publié dans Créavie, Je pour Tous, Journal créatif

Conversation avec Marilyn

« Il est peut-être plus pratique, plus confortable – voire plus poétique de mourir jeune et ainsi de ne pas supporter le poids de vieillir.
Mais dans ce cas, qui finira ma vie ? Quel être pourra dire qui je suis ? »


Voici les quelques lignes qu’a écrites Marilyn dans ses Carnets.


Et je répondrais à Marilyn :


« Il faut vivre en écrivant, écrire en vivant. C’est en écrivant qu’on finit le beau récit de sa vie, et cette fin signe toujours un commencement.
Être sa propre voix qui laissera longtemps sa trace dans le silence qui suivra :

telle est,
à mon sens,
la Vie
achevée. »


Géraldine Andrée

Quelques lignes de Marilyn… Juste un signe pour qu’au-delà de ta Vie on te devine, encore…
Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Le cahier de mon âme, Un cahier blanc pour mon deuil

Ce message de mon père obtenu ce soir par écriture automatique

Ce message de mon père ce soir
obtenu par écriture automatique

Ne sois pas triste
il y aura toujours des moments éclos comme des fleurs des champs
Je marche parmi elles
J’ai toujours aimé la nature et ses murmures
J’ai retrouvé mes jambes d’enfant légères sans la douleur de leurs grosses artères bleues
le chien noir
le jardin d’antan
et je t’envoie ces paroles dans le temps

Écris ici que je pense à toi
Je veux que mon absence se fasse Joie

G et G

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Apparition

Parfois ton nom apparaît et je crois que c’est toi. Ton nom porte ton visage comme si je te rencontrais au détour d’une rue.

Il m’a semblé te croiser un jour, dans une rue de Londres.
C’était en l’espace d’une seconde.
J’avais alors quatorze ans.
J’ai cru reconnaître ta frêle silhouette, ton manteau rouge, ta tête à moitié chauve déjà, la fine monture de tes lunettes.
Une joyeuse certitude a éclairé mon coeur : n’importe où dans le monde, tu étais là. Je n’avais pas à me sentir seule.
J’ai oublié que cette apparition ne pouvait être toi qui soudais sûrement deux fils électriques à ce moment précis sous la lampe de ton bureau. 
Le temps que j’admette cette logique,
la silhouette avait disparu au milieu de la foule grise.

Il en est de même aujourd’hui.
S’il m’arrive de croiser ton nom au détour d’une ligne, d’une page ou d’une feuille de journal, je crois te reconnaître immédiatement.
Ton nom, Guy, porte nécessairement ton regard, ton visage, ton manteau rouge, tes lunettes.
Il me fait face et je suis toute heureuse de cette rencontre.
J’oublie que ce nom désigne tant d’hommes aux visages, aux yeux et aux vêtements différents.
J’oublie que ce nom n’est pas le signe de ton apparition.

Bien sûr, il suffit d’une seule seconde pour que je me ravise.
Et ta présence s’efface, telle une ombre svelte, parmi les phrases grises.
Mais dans le bref instant qui sépare l’illusion de la prise de conscience, mon coeur s’éclaire
comme jadis, dans cette rue d’Angleterre.
Trois lettres me font oublier, le temps de ma surprise, que je suis seule au monde
et qu’il me faut trouver ma route
avec le souvenir de ton nom qui appartient aussi à d’autres.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La nouvelle cartouche d’encre

Tu avais mis une nouvelle
cartouche d’encre
à l’imprimante
pour mes poèmes futurs
que tu ne liras pas
que tu n’imprimeras pas
car de là-bas
ils n’ont nul besoin paraît-il
d’être lus pour être connus
Ils sont sans cesse annoncés
par l’élan des ailes
qui traversent la blanche nue
C’est ce que je me dis pour me consoler
de la belle encre neuve qui attend
à jamais dormante
sur son ruban

Géraldine Andrée
Un cahier blanc pour mon deuil

Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Poésie

J’ai déposé ma douleur

J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Tu veux écrire parce que le temps passe.

Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.

Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.

Phrase après phrase, tu vieillis.

Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.

Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.

Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.

Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance,  le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.

Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,

s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.

Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :

Bien sûr que cela fut.

Puissance de ce temps du verbe « être » au passé

qui  contient en une syllabe toute l’éternité.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Méditations pour un rêve, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Les ciseaux d’une très vieille dame

J’ai retrouvé les ciseaux d’une très vieille dame
qui coupaient droit ou en biseau
de la soie du velours du taffetas
et qui allument des éclats d’argent à mes doigts
comme si j’étais celle de jadis

Les ciseaux n’ont pas changé
Ils brillent toujours autant en ce jour où je les manie
La nuit et l’oubli ne les ont pas ternis
Je glisse sous leur tranchant vif du papier d’aujourd’hui
et leur doux cliquetis

ressuscite
deux syllabes
de lumière
le prénom d’une aïeule
qui faisait des robes pour toutes les saisons à venir

Esther

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Je pour Tous

Comment vous dire

Comment vous dire ce que j’ai ressenti quand j’ai appris que cet auteur qui évoquait avec tant de force et d’éclat

le chant du vent dans les bambous, sa fenêtre illuminée à l’est, les frémissements d’ailes des abeilles, les reflets blonds du miel, l’alphabet écrit par le temps dans la roche, les senteurs des roses-thé qui vous suivent jusque dans votre rêve, le ruissellement du vert des arbres après l’averse, le bercement de l’éternité dans sa demeure

 – toute cette vie plus que vivante, oui, ardente, irradiante de ce lointain coin de monde

jusqu’à mon coeur -,

n’était plus de ce monde ?

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal créatif, Le journal de mes autres vies, Poésie

Un foyer

Un foyer

où l’on entend
crépiter 
le feu 
dans la nuit,

tinter
les notes 
de la pluie
sur les tuiles,

craquer les feuilles 
sous les souliers
de l’ami
qui passe le seuil…

Un foyer dont le couloir
se constelle
des pétales
des promenades,

dont miroirs
et tableaux
conversent
en silence

pendant qu’on mange
parmi les hautes herbes,
là-bas, à la lisière
de la clairière

et qu’on songe
chacun
en son secret :
Qu’est-ce

qu’ils se racontent
donc,
Louise
et le miroir

entouré
de perles ?
Qu’importe !
Cela ne nous regarde pas !

Un foyer qui rutile
au soleil
quand juin met fin
à l’école,

dont les ustensiles
brillent
au réveil
dans la cuisine.

Un foyer
qui fleure bon
la lavande
que tu recueilles,

le miel
du marché,
la mie chaude
du pain

que tes mains
enveloppent
dans du linge
blanc

comme si c’eût été
un nouveau-né
dans ses langes
et que tu apportes

avec la carafe
de vin clair
pour le signe de croix
du dimanche.

Un foyer
dont la pendule
prend tout son temps
au-dessus

de la crédence,
bat la mesure
avec confiance
en la seconde suivante.

Un foyer
où il ne peut rien
t’arriver,
où la vie

touche
tout ce qui rit
et bouge
avec des gants de soie.

Ce foyer,
j’y retourne
encore une fois
ce soir.

C’est
ma mémoire.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

J’écris

J’écris

non pour retenir

ce pétale

qui passe

 

mais pour garder

trace

de la lueur

de son souvenir

 

dans l’été

 

Géraldine Andrée