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Écrire sur l’épaule de l’ami
dans le sable à fleur d’écume
dans la terre d’automne
dans le limon que la rivière charrie
sur la toile d’araignée étoilée de rosée
au cœur de la mousse qui recouvre les racines
au milieu des cendres de l’encens consumé il y a un instant
entre les plis du drap que la main du plaisir a froissé
dans la neige que balaie le vent
dans la poussière du chemin après la course des enfants
sur les feuilles qu’un souffle disperse aussitôt
sur ce halo de buée au centre du carreau
dans l’argile que pétrissent ensuite les doigts rapides de l’artiste
Écrire pour être le témoin de son propre effacement
Écrire pour dire la disparition de cette trace
puisque personne ne s’en souviendra
Éprouver ce qui se murmure
dans le cœur des moines tibétains
qui éparpillent au loin
d’une simple foulée
leurs mandalas
qu’ils ont constellés
heure
après heure
de coquillages
de perles
de pétales
et de couleurs
Écrire pour redonner
tout le silence
à l’univers
tout l’univers
au silence
qui a toujours été là
bien avant
le mouvement
de nos lèvres
Géraldine
Pendant longtemps,
j’ai écrit des poèmes
pour que l’on m’aime.
Je me souviens
comme je les lisais
d’une voix tremblante,
le dimanche,
assise
à la table familiale,
afin que chacun
se dise :
– Je sais
cet élan
qui la traverse.
Ce qu’elle ressent,
je l’éprouve,
moi aussi.
On se ressemble !
J’entends encore
le froissement
de mes pages
dans ce silence
dominical.
Mais le poème
est comme
la fleur
qui n’a rien
à montrer,
rien
à prouver,
même si on la contemple,
car elle se contente
d’être
elle-même.
Elle se dédie
au souffle
du vent
avant de se laisser
emporter.
Il en est ainsi
du poème
dont les vers,
pourtant
réunis
en bouquet,
se dispersent,
s’évanouissent
sur le chemin
du temps.
Il y a, en effet,
tant
de poèmes oubliés,
effacés
du regard
de la mémoire !
Évidemment,
il arrive
parfois
qu’on en retrouve
un
dans l’armoire,
soigneusement
replié
sur son cœur
de papier,
telle
une corolle
séchée
entre des draps…
Et l’on se surprend
à sourire
au souvenir
de l’avoir
récité,
puis on continue
à vivre…
J’ai compris,
désormais,
qu’une fois
le poème
écrit,
j’existe
sans lui ;
il existe
sans moi,
car c’est cela,
faire
de la poésie :
consentir
à me détacher
de la feuille,
puisque c’est moi,
finalement,
le pétale
furtif…
Géraldine
J’ai écrit
un frêle
poème,
un poème
si petit
qu’il se destine
au souffle
qui viendra
à lui
comme
toute
brindille.
Géraldine Andrée
J’entends souvent des gens dire :
– Oh ! Moi ! Je suis incapable d’écrire ! Je n’ai aucune imagination !
Il n’y a nul besoin d’avoir une imagination débordante et une inventivité merveilleuse pour écrire.
Écrivez votre vie. Écrivez avec le matériau de votre quotidien. Écrivez vos histoires vraies.
Comment ? Racontez vos humeurs, vos joies, vos mésaventures. Posez sur le papier le problème de votre machine à laver qui n’essore plus bien, les miaulements du chat qui vous réveille à l’aube parce qu’il veut sortir, l’avancée de votre projet que vous espériez plus rapide, ce rendez-vous tant attendu et redouté à la fois. Ne méprisez pas l’humilité de ce que vous avez à écrire. Après tout, c’est votre vie ; elle vous appartient. Devenez le biographe de votre présent.
Julia Cameron insiste sur l’importance des pages du matin. Je consacrerai un billet à ce sujet. J’écris moi aussi trois pages quotidiennes, trois pages dans lesquelles je n’ai rien à prouver, où je n’ai pas à faire du style, à créer des effets littéraires. Trois pages où je me sens libérée du jugement d’autrui et du regard social que je pourrais poser sur moi-même.
Écrivez avec ce qui est et non avec ce qui devrait être.
La meilleure façon est de prendre de la distance avec votre vie, de manière à vous séparer du désir de l’embellir, l’enjoliver. Soyez ce témoin qui s’assoit à côté de vous et qui vous parle de vous, comme d’un ami qu’il connaît bien.
Utilisez pour cela la troisième ou la deuxième personne du singulier :
-Elle habite le grand boulevard où défilent dans un flot incessant les voitures. Le soir, le bruit des moteurs s’interrompt. Elle aime alors se servir un cognac qu’elle boit debout, devant sa fenêtre, en regardant les lumières du boulevard. C’est le moment de la journée le plus agréable, cette pure détente. Enfin !
Ou encore :
-Tu es né dans ce petit bourg de quelques habitants. A vrai dire, tu t’y es toujours ennuyé. Souviens-toi comme, enfant, tu t’amusais avec un simple bout de ficelle. Mais ce coin perdu est une chance car il t’a permis d’avoir un jardin…
Relatez votre vie avec objectivité, avec ses côtés positifs et ses côtés négatifs – sa modeste grandeur.
Écrivez que vous vivez, que vous respirez tout simplement. Écrivez qui vous êtes. Aucun détail anodin n’est insignifiant. Qui sait s’il ne fera pas partie de vos souvenirs?
Vous n’avez rien à inventer. Vous êtes l’auteur de vos jours et votre héroïsme peut se mesurer à la seule manière avec laquelle vous réagissez aux circonstances.
Et puis, lorsque vous relirez ces pages plus tard, peut-être aurez-vous envie d’écrire une fiction – un conte ou une nouvelle – sur cette machine à laver qui ne fonctionne plus, ce miaulement qui vous manque dans la nuit.
Parce que vous aurez vécu ce que vous écrivez, vous pourrez le métamorphoser en poésie du récit.
Géraldine Andrée
On a tendance, lorsqu’on se raconte ou qu’on raconte sa vie, à vouloir être le plus précis possible.
Aussi ajoute-t-on des adverbes, des adjectifs, des propositions à profusion :
« Le laurier-rose tout parfumé et qui fleurissait fidèlement à chaque saison me plaisait beaucoup. »
On se charge de la compréhension, de la sensation et de l’émotion du lecteur. On l’envahit de son intention, certes louable, de provoquer son empathie mais, en vérité, on le prive de sa place.
Et pourtant, raconter sa vie, c’est effacer les évocations redondantes, les descriptions inutiles, c’est barrer des mots pour réinstaurer les silences.
Un récit de vie peut commencer ainsi :
« Le jardin est là. »
« Pendant toute mon enfance, le pommier a fleuri. »
« Elles furent belles, les saisons de mon arbre. »
« Ah ! Les parfums du laurier-rose de jadis ! »
En une phrase brève, laisser le lecteur libre de suivre son souffle et son chemin jusqu’à notre univers.
Lui accorder de l’espace, du temps.
Lui offrir son propre rythme.
L’inviter dans nos silences.
Lui faire confiance.
Une écriture dépouillée est un acte de foi envers celui qui la reçoit.
Ou encore, débuter son histoire par une phrase simple qui contient toutes les saveurs, toutes les senteurs, toutes les couleurs d’un pays, telle Karen Blixen qui inaugure ainsi son récit de vie :
« J’avais une ferme en Afrique. »
Un sujet ; un verbe à l’imparfait ; deux compléments essentiels ;
pudique évocation du regret à partir de laquelle le livre d’une vie déploie ses pages dans le présent.
C’est alors par le coeur
que le lecteur comprend.
Géraldine Andrée
Ne demeure pas immobile devant la page blanche.
Si tu ne peux rien écrire, va te promener.
Trace ton chemin d’une autre façon.
Géraldine Andrée
Avant
d’accomplir
de grandes
choses,
j’essuie
cette goutte
qui perle
sur mes cils.
Géraldine Andrée