Publié dans Non classé

L’écho

Le poème multiplie ma voix

De feuille en feuille

Comme jadis quand

Enfant

Je m’appelais seule

Dans la montagne

Le poème est un écho

Qui me fait sentir

Le plus haut

Possible

Et qui témoigne

Du fait irréfutable

Que je m’accompagne

Du vide

À la présence

Du silence

Au dicible

Géraldine Andrée

Le 25 Janvier 2020

En promenade

Publié dans Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Le cahier bleu

Je tiens cet été mon journal dans un cahier bleu.
Les pages tournent au vent comme des vagues
pour que le blanc caché sous le bleu m’accueille 
quand je me sens seule.

Dès que je m’abandonne à cette large présence, 
je me sens lavée de tous mes deuils.
Je retrouve alors la joie de m’élancer vers mon propre souffle, 
tel un cheval sauvage

qui court d’un point à l’autre du rivage.
Et il me semble que les gouttes d’encre de mes mots
laissent en séchant sur le papier
leurs lueurs sur ma peau.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif

Je tiens un journal intime

Je me souviens quand, toute jeune fille, j’ai déclaré à mon professeur de français devant la classe :

– Je tiens un journal intime !

C’était comme si j’avais dit que je possédais une grande maison de vacances ou que j’étais entrée dans un cercle d’amis fabuleux.

Moi qui étais si effacée, moi dont on se moquait, moi que l’on ne respectait pas, je m’étais enfin dessiné par cette courte phrase un contour. Je m’étais donné une densité, une profondeur, une vérité. Je devenais consciente de la rencontre entre l’être et le faire, entre la joie et le chemin. Je me tendais un miroir où je me reconnaissais, objectivement, sans que le regard de quiconque m’influençât.

Ainsi, j’étais présente, vivante moi aussi… Et cela, rien qu’en écrivant dans ma chambre. J’existais pour mes pages blanches. Ce cahier à la couverture fleurie était mon île, un lieu sûr dans lequel je pouvais advenir à chaque instant par ma propre présence.

Je tiens un journal intime…

Que de secrets contenait cette simple phrase ! Que d’énigmes la rendaient riche ! Que de mystères dont j’étais l’unique détentrice jouaient seulement à se laisser deviner !

Que pouvais-je bien raconter, si démodée avec mes couettes et si étriquée dans ma jupe plissée ?

Je ne le confierais jamais qu’au papier !

Je n’étais donc pas tout le temps définie par les autres… Je ne leur appartenais pas… Une part de moi, insaisissable, essentielle, leur échappait définitivement.

Quand je songe aujourd’hui à l’image de cette petite clé dorée qui a brillé sous mes yeux au moment où j’ai prononcé cette phrase, je me dis que j’avais compris à mon jeune âge l’importance de l’indépendance.

Je tiens toujours un journal intime

car je suis celle qui me comprend le mieux.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Revenir à ce journal,

Revenir à ce journal,
c’est comme revenir à la source après une longue période de soif,
c’est me remettre à l’écoute de mon écriture au murmure de sang,
c’est me laisser porter par le courant de l’encre,
c’est ranimer la lumière du présent dans mes mots qui sèchent,
c’est me rendre à l’évidence :

l’éclat de mes larmes et de mes rires
a pour soeurs ces étoiles
qu’une nuit d’été
dévoile.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Bullet journal, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Ce chemin de Toi à Moi, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Journal créatif

En écrivant sur moi,

  • j’ai pris conscience de la partie vivante et vibrante de moi
  • j’ai rassemblé tous ces morceaux de moi-même que les deuils de la Vie avaient éparpillés
  • j’ai fait tinter dans chacun de mes mots la clé d’or qui luit au seuil de de mon être
  • j’ai retrouvé les beautés et les douleurs de mon enfance et j’ai découvert que les douleurs sont source de Beauté
  • j’ai ravivé d’autres souvenirs que je confierai demain à la page – ma solitude éprouvée au cours d’un voyage scolaire en autocar ; mes colonies de vacances ; la façon avec laquelle je conversais avec les arbres et les fleurs du jardin de jadis ; le buisson qui me servait de refuge ; ma fugue avec un livre ; les odeurs de la ferme du Xaintois ; les mirabelles ouvertes tombées dans l’herbe du verger…
  • j’ai noté des épisodes de ma vie de jeune adulte qu’il me faut apprivoiser tant ils me sont proches encore en intensité d’émotion – ma promesse de mariage rompue ; la nuit que j’ai passée seule dans un hôtel caché, loin de celui qui prétendait m’aimer avec violence ; ce voyage au Maroc qui a provoqué en moi tant de malaises ; la ville de D dans laquelle je rêve que je retourne avec mes vingt-six ans depuis longtemps passés – comme quoi, le temps d’un songe n’est pas irréversible…
  • je me suis fait serment que je consacrerais l’une des pages de mon cahier à un récit plus complet de certains faits qui déterminèrent la construction de ma psyché comme celui des oiseaux fusillés au plein coeur de l’été – j’écris, je crois, pour repeupler d’oiseaux le jardin de ma mémoire
  • je prends plaisir à poser ma main sur la page et à voir battre les veines bleues du souvenir sur lequel je me penche
  • j’ai appris que ce que j’ai vécu, d’autres l’ont vécu avant moi. Je ne suis pas la seule !
  • En écrivant ainsi sur moi, j’envoie en vérité des lettres à une constellation d’inconnu(e)s. Et nous nous comprenons grâce à nos expériences communes, grâce à la magie de l’indicible enfin retranscrit, le miracle de l’universel intime.

ET CELA ME PLAÎT !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif

Premier instant du jour :

je pose en me levant ma main sur la page

comme on pose son pied nu sur le carrelage.

J’ai la certitude alors de m’incarner dans mes mots,

ici et aujourd’hui,

paume contre feuille,

grain contre grain.

Je suis le mouvement de l’écriture,

ce silencieux murmure,

qui suit son propre chemin.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Je pour Tous

Ecris-toi des lettres !

Ecris-toi des lettres, le plus souvent possible !

Prends du beau papier, du vélin doux pour ta plume.

Inscris ton nom tout en haut de la page commençant par Cher(e)…

Demande de tes nouvelles. Décris comment tu te portes. Confie tes peines, tes joies, tes espoirs ; ce qui te met du baume au coeur ou te bouleverse.

Raconte tout ce qui a de la valeur à tes propres yeux, ce rayon de soleil sur ta chaise, le bâillement de ton chat qui te permet de voir sa langue rose, la floraison de la plante que tu aimes. Inscris tes projets comme s’ils étaient déjà actuels pour t’encourager à les réaliser pleinement.

Donne-toi des conseils venus de la source la plus sûre de toutes les connaissances : ton âme. Adresse-toi à toi avec bienveillance, générosité, non-jugement. Partage avec toi les moments de grâce ou de doute. N’oublie pas ! Tu es cet(e) ami(e) intime qui t’écrit !

Ensuite, plie la lettre ; glisse-la dans une enveloppe ; colle un beau timbre ; note avec soin tes coordonnées.

Quand tu recevras cette lettre quelques jours plus tard, ouvre-la lentement. Ecoute crépiter le papier qui se déchire, se déplie. Regarde la lumière du matin se refléter dans l’encre des phrases qui t’apaisent et t’orientent sur ton chemin d’aujourd’hui.

Toi, lisant et écrivant à la fois,

ne sens-tu pas comment

la partie vivante de toi-même,

s’adresse à cette autre partie

vibrante elle aussi,

en attente

d’être lue, reçue, comprise,

accueillie ?

Ecris-toi des lettres le plus souvent possible !

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le journal de mes autres vies

Lettre de gratitude à MOI M’AIME

Très chère TOI,


Je te remercie d’avoir vécu jusque là et aussi d’avoir survécu. Tu étais faite pour la Vie et tu l’as maintes fois prouvé. En toi, il y a eu la volonté de te lever, de marcher, de continuer. Ta naissance ne fut guère prometteuse durant les premiers jours mais de cette naissance tu as pu renaître pour faire en sorte que je sois celle qui t’écrit ce soir.
Je te remercie d’avoir pris très tôt des couleurs pour écrire, d’avoir fait de chaque jour difficile à vivre un poème à part entière.


Je te remercie d’avoir eu une vie intérieure. Grâce à toi, je sais que j’ai un pays secret à conquérir avec plaisir, un jardin à protéger des invasions d’autrui pour que de merveilleuses fleurs puissent éclore, une terre qui me révèle chaque jour un peu plus de sa paix et de son abondance.


Je te remercie de m’avoir aidée à rompre avec des relations toxiques, des gens qui ne me convenaient pas pour mener une existence plus en accord avec mes valeurs. Tu m’as montré le chemin de la vérité et de la fidélité envers quelqu’un d’essentiel : Moi. Tu m’as appris à ne pas à me négliger, à être libre, à me donner la priorité pour irradier. Grâce à toi, j’ai su métamorphoser mes larmes en étincelles.


Je te remercie de m’avoir donné des ailes pour les voyages, les connaissances, la créativité. Aujourd’hui, j’ai acquis plus de confiance et je découvre le monde avec les pas de l’enfance. Un jour, tu m’as placée sur le chemin de la spiritualité. Tu as fait apparaître dans mon miroir d’autres visages, des facettes multiples de moi-même, héritages de mes ancêtres mais aussi d’autres vies si riches de leurs échecs et de leurs réussites !


Je te remercie de m’avoir invitée à déménager quand le temps était venu, à m’adapter au rythme naturel du changement, à avoir plusieurs vies en une. J’ai appris par toi à donner tout son sens au mot Phénix.


Je te remercie de m’avoir rendue sensible aux synchronicités, aux signes que la destinée place sur ma route. Je te remercie de m’avoir guidée vers de vrais amis après m’avoir généreusement libéré de l’espace et du temps.


Tu as toujours été là, dans les bons comme dans les mauvais jours. Je sais maintenant le mouvement de la lumière, le doux élan de la vague, le souffle qui se prolonge jusqu’au pas suivant, la générosité de mon regard envers un seul instant.


Je te félicite d’avoir tout mis en oeuvre, parfois doucement, parfois vivement, pour que j’advienne telle que je suis… Ici et Maintenant.
Toi et moi, nous continuerons à travailler en partenaires.
Je te serre sur mon coeur.


Ta soeur, 

cette autre TOI-M’AIME.

Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Mes héritages

Je suis née dans une région de mines et de forges rouges, où la brume tarde parfois jusqu’à la fin du jour, où les froids sont coupants et les étés brûlants et où la terre givrée craque sous le pas : la Lorraine, alors que je suis faite pour la lumière effilée du Sud, les terrasses blanches et l’azur bleu. Il faut croire que j’avais besoin de m’incarner au contact de la matière.

J’ai reçu en héritage de mon grand-père paternel le goût de la connaissance sous la lampe de la chambre, le souci de la précision et de la rigueur.


J’ai reçu en héritage de ma grand-mère l’amour des livres, des mots, de l’encre, ce sang bleu qui irrigue la page de mes jours. J’ai reçu d’elle également la vie intérieure, la spiritualité, l’imagination. Si elle avait vécu plus longtemps ou si j’avais grandi plus vite, nous serions allées voir des pièces de théâtre à Paris. Comme nous nous serions amusées ensemble ! 


J’ai reçu en héritage de mon grand-père maternel l’attention portée à chaque chose de la nature, une tendresse particulière pour les jardins et les jeunes pousses, la patience de l’éclosion car tout se présente à la bonne saison, une prédilection pour l’enseignement. Mon Grand-Père était instituteur, « ce hussard noir de la République », fédérateur de tout un village. J’ai suivi sa trace jusqu’à Dunkerque où il a fait la guerre.


J’ai reçu en héritage de ma grand-mère maternelle les adages (« C’est le métier qui entre ! », « Telle va la cruche à l’eau qu’elle se casse ! »), les matins clairs où l’on équeutait les haricots tandis que l’eau chantait dans la bassine, l’humble philosophie des tâches ménagères.


J’ai reçu en héritage de mes aïeux la capacité à me souvenir : la maison aux volets bleus des vacances de mon enfance habite toujours ma mémoire. J’ai aussi reçu en héritage d’eux le flamboiement des moissons, les senteurs de la terre, la tendresse de la pâte faite main lorsqu’on s’enfonçait au coeur de la campagne pour leur rendre visite.


J’ai reçu en héritage de mon père cette fascination pour l’Univers et les civilisations antiques, le don d’observation – comment je peux contempler longtemps par exemple le mouvement de rotation d’une bulle irisée dans l’air -, l’interrogation métaphysique du temps qui passe, la sensibilité pour les arbres et les animaux.


J’ai reçu en héritage de ma mère la révélation d’une vie antérieure en Chine, le bonheur de me faire belle, de me maquiller, de m’acheter des vêtements qui me vont bien, la passion pour la poésie – elle m’aidait à apprendre les poèmes de Maurice Carême, le soir dans mon lit et j’entendais encore sonner les rimes argentines quand la silencieuse vague du sommeil m’emportait -, le développement d’une vie artistique où couleurs et sons s’entrelacent. J’ai reçu de ma mère le plaisir de chanter, de raconter la vie de toute une époque, une tache de naissance bien rose sur la nuque, visible à fleur de cheveux lorsque le souffle du vent les soulève. Souvent, la cascade d’un rire nous réunit.


Riche de ce patrimoine immatériel, je vais naturellement vers ce que j’aime, vers ce qui me fait vibrer.
Les longs après-midi de mauvais temps m’ont permis de créer, d’inventer.
Je sais aujourd’hui qui je suis car je sais d’où je viens.
Un arbre sans racine ne peut donner de belles feuilles.
Et si je suis aujourd’hui une feuille vive, 
c’est parce que je le dois à ces racines qui m’ont élevée dans la lumière.

D’âge en âge
je garde
en moi
le jardin
de Pierre

mon Grand-Père 

avec ses tomates
rouges
ses fraises
vermeilles
qui attirent
les météores
des abeilles
et ses herbes
un peu folles
entre lesquelles
la chatte Bobine
de sa prunelle
maligne
me regarde
encore

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Le cahier de mon âme, Un cahier blanc pour mon deuil

Légère, si légère…

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je profite pleinement de la Vie.

Ecrite comme cela, cette phrase peut en choquer plus d’un.
Alors, je rectifie :

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais la Vie fragile alors je fais tout pour la rendre légère.

Quarante ans ou même quatre-vingts ans passent en un clin d’oeil. Et on se retrouve inéluctablement en deuil. Un jour, viendra mon tour.

Les visages, les voix, les regards s’effacent et il ne reste que les miroirs. On se demande même si on n’a pas rêvé tous ces gens avec qui on a vécu si longtemps.

Alors, je suis attentive au battement d’aile de chaque instant.

Une sortie à l’opéra imprévue avec un vieil ami ? Vite ! Je m’achète un sandwich pour l’entracte et j’y vais.

J’ouvre grand la fenêtre quand il fait soleil. Qu’importe que les insectes entrent.

Et je ne ferme pas les volets s’il pleut. J’aime entendre les notes des gouttes contre la vitre et tant pis si elles laissent ensuite des ronds de silence que mon chiffon devra enlever.

Je lis ou j’écris au coeur de la nuit. Avoir les yeux cernés le lendemain au travail n’est pas très grave.

Je suis libre pour le Grand Amour.

Je craque pour l’achat d’une belle robe, même si cela fait un trou dans mon budget.

Je projette un grand voyage après avoir rénové ma maison. Je n’ai pas oublié l’élan de la première vague de Méditerranée.

Je ne m’encombre plus de gens toxiques qui vous mangent l’âme par petit bout. Hop ! A la porte !

Je ris des bêtises de mes élèves.

Je suis attentive au papillon d’or qui précède ma sortie de l’école.

J’écoute l’Arpeggiata en boucle.

Bien sûr, je pleure encore souvent mais je m’amuse aussi comme quand j’avais dix-sept ans.

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais que la Vie peut s’envoler à tout instant.

Alors, je la rends légère, si légère,
comme un souffle de lumière.

Géraldine Andrée