Publié dans Au fil de ma vie, Cahier du matin, Journal d'instants, Journal de la Lorraine, Journal de la lumière, Journal de mon jardin, Journal de nuages, L'alphabet de l'herbe, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Méditations pour un rêve, Poésie, Poésie-thérapie, Récit de Vie, Toute petite je

Jouer avec la pluie

Je me souviens comment enfants

nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie

Nous soulevions la mousse du muret

pour pêcher des limaces des escargots

que nous posions sur la ligne de départ

marquée par une branche de coudrier

pour une course à travers la pelouse

Nous faisions la toilette de nos peluches

dans les flaques du sentier

puis nous cueillions des brins d’herbe

des pissenlits encore trempés au soleil

qui étoilaient de leurs étincelles

le cœur en osier de nos paniers

Nous nous disions alors

Voilà la salade de notre déjeuner

à la sauce aigre

-douce

Nous ne nous disions jamais avec regret

en regardant la fenêtre

Zut

Il pleut

car nous savions qu’il nous serait promis

de jouer avec quelques

gouttelettes

et nous étions heureux

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie-thérapie

Noyau de pêche 40

Jamais elle n’aurait pensé
que ce poème
lui rendrait
son souffle

C’est comme
s’il lui ôtait
un bâillon
de sa bouche

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

Écrire ou vivre ?

Il est des jours où je me dis :

– Aujourd’hui, j’arrête d’écrire ! Je m’autorise à vivre !

Et je m’aperçois que, quoi que je fasse,

  • Tendre les bras à la vague pour l’accueillir
  • Attendre l’amant dans la chambre qui donne sur le vieux port
  • Suivre la route des pins
  • Mordre le cœur d’un fruit
  • M’étendre après la baignade au soleil

j’esthétise l’instant ; je veux en faire un poème qui se déhanche comme un danseur.

  • La lisière entre la vague et le sable devient en rêve la reliure d’un immense cahier
  • Je me demande ce que je pourrais inscrire comme indicible serment sur la peau de l’autre
  • Je pars en quête d’une encre bleue comme la houle des pins qui se penchent dans le vent
  • J’essaie de trouver la métaphore qui percera l’apparence de ce que je vois pour en atteindre le cœur vibrant, palpitant
  • Je patiente jusqu’à ce que je puisse coucher cette pensée en toute lucidité

Vite, attraper le mot juste qui désignera le pétale de cet hortensia, la lueur de ce lampion dans le crépuscule, la note de cette mouette qui flirte avec les flots.

Je renonce à mon intention de ne pas écrire car je me dis que chaque jour, l’écriture fait de moi un passage qui mène à la vie ; la vie fait de moi un passage qui mène à l’écriture.

Je ne sors pas de l’écriture pour entrer dans la vie puisque je suis la porte ouverte entre les deux ; pour que brille sur son seuil la trace de tout ce qui doit advenir – de la phrase au désir.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

L’instant de cristal

Après avoir écrit dans mon journal intime et lu quelques pages de l’œuvre The Artist’s way de Julia Cameron, je reste là, assise au soleil, fixant sa frêle phrase de lumière bientôt effacée sur la page de la table.

Et je sens que tout est bien ainsi, que rien ne doit rompre l’équilibre précaire de cet instant posé au bord du temps, pas même mon souffle si ténu.

Un songe me traverse :

Tu te souviens ? Une fin d’après-midi dans la maison de G ! Une douce lumière de vacances… Tu contemplais sans penser à rien les guirlandes de fleurs de la toile cirée…

Et soudain, une certitude a surgi : l’intense sentiment d’être uniquement Toi, profondément Toi. Tu t’es interdit de répondre à la question que te posait ta mère pour ne pas dissiper cette plénitude éphémère, ne pas heurter puis briser cet instant de cristal.

Tu revis une expérience jumelle aujourd’hui : te contenter d’être là, au bord de la Vie elle-même, en ayant conscience que lorsque tu prendras ta plume la plus légère pour tenter de raconter ce qui est indicible, ce vase secret qui contient tout ton être se fêlera

de haut en bas.

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Journal de la lumière, Journal de silence, L'espace de l'écriture

J’écris pour les mots

J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Créavie, L'espace de l'écriture

Sans titre

Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre

Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Poésie-thérapie

Le cahier de mes rêves

– Je cherche
un cahier
aux immenses
pages
blanches
pour que les plumes
de mes rêves
volent
jusqu’à moi
et me donnent
des ailes

– En fait
tu cherches
le ciel
sur lequel
écrire

Géraldine Andrée

Photo de Ann poan sur Pexels.com

Tout cahier est un oiseau qui ouvre ses ailes

Publié dans Poésie-thérapie

Petite précision à propos des Noyaux de pêche

Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :

votre noyau.

Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.

Elle,

ce peut être n’importe quelle femme,

celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,

« celle dont on ne dirait pas que »,

celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.

C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.

Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.

Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?

Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….

Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.

Chaque jour est une traversée de l’écorce.

À chaque jour donc, son noyau.

Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.

Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre

pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.

Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,

noyaux de pêche,
noyaux de l’être

seront publiés dans un recueil.

Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :

une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :

Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.

Sayo Hiwatari

Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.

Géraldine Andrée

Photo de LEONARDO VAZQUEZ

La connaissance est au centre de Soi

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif, Poésie-thérapie

Méditation en écritothérapie : le corps du poème

Tu le sais
ton poème
est corps
et pour qu’il se déhanche
d’une ligne
à l’autre
sur le papier

fais-toi

mouvement

solaire

avec tes os tes muscles tes tendons ta chair

Sois conscient
de la pulsation
du sang
de ton encre
dans tes hanches

Sens
le souffle
de la phrase
monter
le long
de ta colonne
vertébrale

son rythme
irradier
autour
de ton bassin
à partir
de l’étoile
de ton plexus
pour atteindre
ce noyau
de l’Univers

ton âme
qui s’exclame

Je suis
le Poème

debout
sur le monde

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 22

Elle dit
qu’un seul mot
ouvre ses chaînes
pour qu’elle puisse
écrire

Poésie

Géraldine Andrée