Publié dans C'est la Vie !, Poésie

Toutes les feuilles

Toutes les feuilles
des beaux jours
s’amoncellent
sur le chemin…

Jaunes, brunes, rouges,
elles ressemblent
aux feuilles
des automnes anciens.

Elles se froissent
sous le soulier
avec ce murmure
de soie

de l’année
précédente
et elles reposent,
face tournée

vers le ciel,
quelle que soit
la morte-saison
de la vie.

Des êtres
s’éteignent,
d’autres
viennent.

Louise
s’en est allée,
il y a trois
automnes.

Et Claire
est née.
Les feuilles
tombées,

elles,
n’ont pas changé.
Claire a grandi.
Il se murmure

au fil des ans
que son sourire
a la même
lumière

que celui
qui éclairait
le visage
de Louise.

C’est ainsi.
Telle
est la loi
des jours

qui se détachent
du temps
comme ces feuilles,
filles

des feuilles
feues
de l’automne
d’avant.

Géraldine Andrée

 

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Les fleurs de Grand-Mère

Pour consoler
son coeur,
ma grand-mère
soignait ses fleurs.

Géraniums,
hortensias,
roses trémières,
oeillets, lilas,

ma grand-mère
avait l’oeil
pour s’enquérir
en silence

de la santé
des corolles,
de la vivacité
des tiges.

Les fleurs
lui répondaient
par des lueurs
d’abeilles

et des senteurs
qui montaient
dans l’air
vermeil.

Et quand
ma grand-mère
rentrait
chez elle,

elle avait oublié
le chagrin
qui l’avait fait descendre
dans le jardin.

Géraldine Andrée

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L’été infini

L’enfance passée

chez toi

fut un été infini.

 

Les prunes toujours à point

qui laissaient perler

leur goutte d’ambre,

 

les herbes après la pluie

dont le parfum

faisait tourner la tête,

 

les sentiers qui chantaient

sous l’arrosage

pendant la sieste,

 

la petite robe

échancrée et courte

à cause de laquelle

 

on jouait à la coquette

en coupant le trèfle

sur les assiettes de dînette,

 

les sandales

dont les semelles souples

foulaient les blés,

 

les branches de l’ormeau

qui se balançaient

de bleu en bleu,

 

les guêpes qui entraient

pour se poser

sur les tranches de melon,

 

la tête renversée

dans le galop

d’un rire

 

lorsque sur le nez

passait le chatouillis

d’une brindille,

 

le sablier blond

de la lumière

qui s’écoulait

 

sans que le bon

ne se termine

et dont le grain 

 

ultime

coïncidait

avec la première étoile

 

annonciatrice

d’une nappe

constellée

 

de lumineux

points

de croix

 

Cela fait longtemps

que tu es partie

pour un été infini…

 

Et je traverse

les saisons de ma vie

en portant

 

secrètement

la triste joie

de mon enfance

 

feue

qui cependant

demeure

 

dans ma mémoire,

pour un séjour

qui durera

 

jusqu’à ce que je te retrouve,

un jour ou une nuit,

dans un été infini…

 

Géraldine Andrée

 

 

 

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La maison à l’heure de mon songe

 

La maison
à l’heure
de mon songe
demeure
comme elle fut

 

Voici à mes pieds
le tapis persan
à gauche
devant le tourne-disque
qui chantonnait
dans la nuit
pendant l’Occupation
le canapé profond
où ton mari s’endort
plus loin la crédence
où se rangent
les tasses à thé
et les beaux verres
d’apéritif
plus loin encore
la table orientale
sur laquelle
l’on dispose
une coupelle
de biscuits roses
à prendre
après ton insuline
et là-bas
suspendue
entre seconde
et soupir
la lumière
de septembre
qui dore
tes mèches
blanches

 

Il est facile
d’entrer
dans la demeure
de l’enfance
Il suffit
d’éclairer
le petit couloir
de la mémoire
avec une lueur
de silence

 

Géraldine Andrée

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Tu te souviens

Tu te souviens
du robinet
incrusté
dans le mur
de pierre

du mince
filet
d’eau
qui courait
le long du tuyau

dont la bouche
faisait jaillir
en corolle
son chant
dans tout le jardin

Les notes
se posaient
ensuite
en gouttes
de silence

sur les feuilles
odorantes
de chaque plante
Tu te souviens
de la métamorphose

de l’eau
entre les mains
de Grand-Père
Il n’est pas étonnant
que fleurissent

encore
tant et tant
de roses
dans l’arrière-saison
de notre mémoire

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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Le marronnier du jardin de Grand-Mère

Le marronnier du jardin de Grand-Mère m’a enveloppée en rêve de son ombre verte.

J’ai entendu bourdonner comme autrefois les étoiles allumées par les ailes de ses insectes.

J’ai senti sa fraîcheur me faire une deuxième robe de vent.

Ses parfums ont rejoint mon souffle d’enfant.

Et je me suis laissé bercer par le battement de ses feuilles.

 

Le marronnier du jardin de Grand-Mère a ouvert en rêve sa corolle.

A chacun de mes cils, il envoyait de menus signes
que me portait la lumière de ses frondaisons.

La vie ne m’avait pas exilée de ses racines

car le marronnier avait continué à pousser secrètement en mon âme.

 

Et ses bourgeons que depuis longtemps

je ne voyais plus

avaient éclos pourtant

comme des flammes

en leur force frêle.

 

Je me suis réveillée avec la conscience absolue

que j’étais pour le marronnier de ma Grand-Mère disparue

jardin devenu.

 

Géraldine Andrée

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Comment se fait-il ?

 

Comment se fait-il
que les fleurs soient rendues à leurs senteurs,
que le chemin qui mène à la ferme s’élance dans le soleil de la mémoire,
que le souffle des animaux rythme à nouveau les jours,
que l’eau remonte si claire de la sèche nuit du puits,
que le feu visage de Louise se rallume dans le miroir
et que toutes les gerbes recueillies dans les paniers d’osier noirci
enflamment de leurs brindilles le vent de ce soir ?

Comment se fait-il
que les sandales des enfants de jadis sonnent sur l’escalier,
que le rideau de perles dispersées depuis longtemps tinte au moindre passage,
que se rassemblent dans la cour les voix que l’on croyait à jamais évanouies,
que des éclats de rire traversent tous ces yeux qu’un doigt ferma, tels des météores envoyés dans le ciel d’août,
que la croûte du pain craque à fleur de mie
et que la robe du vin brille
comme si l’on venait à peine d’être servis ?

Comment est-ce possible
que la vie m’arrive,
mon Dieu,
de la mort ?

Et c’est à partir
de ce mot
que tu me donnes
en silence
cette phrase
à écrire :
Parce que ta plume
est le prolongement
de ma main,
le mouvement
de mon esprit,
la trace laissée
sur la page d’aujourd’hui
par mon pas enfui.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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Mon cahier d’adolescente

Je me souviens de ma solitude d’adolescente quand je tenais un cahier de poèmes juste pour moi-même. C’était un cahier grand format, à la couverture rouge et brillante.

Je me promettais d’y recopier chacun de mes poèmes proprement et définitivement.

Mais lorsque j’en relisais un au matin, il était rare qu’un vers ne me déplût pas.

Alors, je recommençais à écrire le poème. Je lui infligeais toutes sortes de formes, de tournures et de variantes.

A la fin, il prenait sa place au centre de la page et je collais en un feuillet les pages qui avaient servi à le faire naître pour que, plus tard, si jamais une main inconnue ouvrait par curiosité le cahier, elle ne vît pas ces preuves de mon labeur que je ne trouvais guère élégantes.

J’étais exigeante : le poème devait donner l’impression de s’être déposé spontanément sur la feuille comme un oiseau ayant réussi son vol.

Mais Dieu ne destina pas ce cahier à d’autres mains que les miennes.

C’était un cahier sans voix ni regard. Présent offert à un silence prolongé.

Toute seule à me lire, je feignais la découverte.

Je levais les poèmes dans le jour et j’appréciais la sveltesse de leur forme, le reflet d’encre de leurs mots où le soleil se mirait, comme dans une belle eau. Et si mes rimes sautillaient telles des jeunes filles de joie en joie, alors, j’étais fière.

Je posais le cahier sagement fermé sur la table, certaine de le retrouver le lendemain et d’y écrire un autre poème à défaire, à parfaire, au gré de ma volonté.

J’avais beaucoup de courage à l’âge de seize ans. Ce n’était guère facile d’être à la fois juge et partie de ma création. C’était un lourd secret que d’écrire sans rien lire à un auditoire, sans jamais rien montrer.

Mais les jours s’écoulaient ainsi. Je n’éprouvais pas le sentiment de les dépenser inutilement.

J’avais une conscience aiguë de ce que je faisais.

J’étais « celle qui écrit toute seule dans sa chambre ».

Les années ont passé.

J’ai envoyé plus tard mes poèmes à des concours littéraires. Beaucoup ont été primés.

Puis, j’ai tenu des blogs. Aujourd’hui, on trouve mon pseudonyme sur internet.

Et lorsque personne ne laisse une trace de son passage parmi mes textes, lorsque personne ne vient me lire, lorsque tout le monde se désintéresse de mes mots, je me console d’un souvenir.

Elle n’est pas si lointaine, ma solitude d’adolescente, quand je tenais un cahier de poèmes juste pour moi-même.

Ce cahier grand format, à la couverture rouge et brillante, m’a appris l’autonomie, l’indépendance par rapport au regard d’autrui.

Désormais, j’emploie les images que je veux sans me préoccuper de ce qu’un éventuel lecteur pourra en penser.

Je suis libre d’écrire ce que me dicte ma voix intime sans me départir de cette exigence personnelle qui me définit.

Je ne sais ce qu’est devenu ce cahier d’adolescente. Il s’est sans doute perdu au fil des déménagements.

Mais je n’oublie pas qu’il fut mon plus fidèle compagnon de vie.

Et que c’est lui qui m’a élevée à la hauteur de mon désir d’écrire lorsque je levais ses feuilles dans le soleil de mes jeunes journées, pour faire envoler peut-être les poèmes qui s’y étaient déposés.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Le journal de mes autres vies, Poésie

La chambre là-bas

Dans la profonde chambre là-bas, tu dors si bien…

Sitôt les yeux clos, tu t’en vas.

Tu retrouves les rives du Nil dont le murmure de ton coeur est l’embouchure.

Tu t’enivres des éclats de voix et de fruits sur les marchés d’autrefois.

Tu te couches dans ce champ de luzerne oublié.

Tu cours avec cette petite fille d’une autre vie que tu fus. Tu découvres en ta joie étonnée que tu as eu autant d’enfances que d’étoiles.

Tu frappes à la porte du château d’Anne. Et toutes les flammes des bougies précèdent ton pas.

Tu t’assois sous l’amandier en fleurs qui t’attend depuis toujours.

Tu te souviens de ce que t’a conté le vent, un matin de fugue.

Tu ouvres les bras au bleu de tous les origines qui se lève des collines.

Tu te penches avec joie sur les herbes vives du jardin que tu croyais disparu.

Tu converses en silence avec le regard de la jument ressuscitée.

Grand-père t’apprend à arroser les roses feues qui rougissent à nouveau telles les joues d’une convalescente.

Et quand tu te réveilles à l’aube, tu te sens changée comme si des lèvres inconnues avaient récité pour toi la formule des plus subtiles métamorphoses.

Dans la profonde chambre là-bas, tu rêves si loin que tes yeux se posent en oiseaux sur le Lendemain.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Cahier du matin, Non classé, Poésie

Le jardin de jadis

Toute
la nuit
le jardin
de jadis

fleurit
dans ma mémoire
et m’offre
à l’aurore

les plus beaux
poèmes
Avec les déliés
de la lumière

je dis merci
au jardin
d’avoir
pour adresse

ma mémoire

Géraldine Andrée