Quand tu écris, la Vie te rejoint à votre point de rencontre, là, au bord du trait frêle de la marge, et elle t’invite à la suivre jusqu’au mot
Fin.
Géraldine
Quand tu écris, la Vie te rejoint à votre point de rencontre, là, au bord du trait frêle de la marge, et elle t’invite à la suivre jusqu’au mot
Fin.
Géraldine
Beaucoup veulent écrire leurs mémoires car ils ont peur de l’effacement : effacement de leur vie, de leur être, de ce qu’ils ont ressenti, pensé, aimé…
S’il ne subsiste pas de trace de notre passage sur cette terre, qui se souviendra de nous ?
Parfois, on éprouve l’urgence d’écrire ses mémoires car on pressent qu’on est au seuil de l’oubli, que l’amnésie guette – « Oh ! Encore épisodiquement ! Mais il faut être lucide ! » me dit-on. Pour certains, un diagnostic de la maladie d’Alzheimer a été établi. Je reviendrai, très prochainement, sur ce sujet, dans un billet spécifique.
D’autres sont tellement hantés par la peur de perdre la mémoire en entamant le grand projet d’écrire le livre de leur vie, qu’ils craignent de ne pas se souvenir de tout ou d’évoquer un déroulement inexact des événements.
Aussi, ne craignez pas de ne pas vous souvenir de votre vie.
Car la Vie, elle, se souvient de Vous ! En tant que biographe, j’en suis témoin !
Géraldine Andrée
Tu veux rendre ton rêve réel. Malheureusement, celui-ci ne décolle pas de ta table de travail. Et tu te désespères…
Ce n’est pas que ton rêve est mauvais. C’est tout simplement que ce n’est pas encore le bon moment.
Il te faut patienter, juste un peu…
Tu le sais, un vol ou une navigation doivent tenir compte des conditions fiables du temps pour atteindre la destination voulue : le bon vent, le bon courant – certains diront le bon flow.
Aussi, vérifie avec soin la fermeté de tes ailes ou de tes voiles. Au besoin, consolide-les. Puis, ajoute des touches de couleur pour accentuer ta foi. Assure-toi que ton rêve peut traverser les différentes dimensions et vibrations de ce monde dans la sécurité.
Tu sauras que l’instant est venu à cet élan du cœur que tu éprouveras. Alors, n’hésite pas une seconde. Confie ton rêve au souffle du temps. Puis, lâche prise sans toutefois lâcher le fil. Avance en même temps que ton rêve qui flotte, vogue, virevolte et danse avec grâce en se retournant à l’endroit, à l’envers… Cours avec lui sans perdre haleine. Vois comme ton rêve illumine ta vie tout en faisant partie du ciel.
Puis, quand ton rêve sera devenu aussi réel que les toits, les arbres, les nuages ou les vagues, lâche-le ; laisse-le vivre sa vie et reviens à ta table de travail.
Apprends toujours davantage
la patience, la persévérance, le courage.
Crée un autre rêve.
Géraldine Andrée
Pendant longtemps,
j’ai écrit des poèmes
pour que l’on m’aime.
Je me souviens
comme je les lisais
d’une voix tremblante,
le dimanche,
assise
à la table familiale,
afin que chacun
se dise :
– Je sais
cet élan
qui la traverse.
Ce qu’elle ressent,
je l’éprouve,
moi aussi.
On se ressemble !
J’entends encore
le froissement
de mes pages
dans ce silence
dominical.
Mais le poème
est comme
la fleur
qui n’a rien
à montrer,
rien
à prouver,
même si on la contemple,
car elle se contente
d’être
elle-même.
Elle se dédie
au souffle
du vent
avant de se laisser
emporter.
Il en est ainsi
du poème
dont les vers,
pourtant
réunis
en bouquet,
se dispersent,
s’évanouissent
sur le chemin
du temps.
Il y a, en effet,
tant
de poèmes oubliés,
effacés
du regard
de la mémoire !
Évidemment,
il arrive
parfois
qu’on en retrouve
un
dans l’armoire,
soigneusement
replié
sur son cœur
de papier,
telle
une corolle
séchée
entre des draps…
Et l’on se surprend
à sourire
au souvenir
de l’avoir
récité,
puis on continue
à vivre…
J’ai compris,
désormais,
qu’une fois
le poème
écrit,
j’existe
sans lui ;
il existe
sans moi,
car c’est cela,
faire
de la poésie :
consentir
à me détacher
de la feuille,
puisque c’est moi,
finalement,
le pétale
furtif…
Géraldine
Songe à toutes ces chambres où tu as dormi, rêvé, vécu…
Songe à tous ces lieux que tu as habités.
Comment t’y sentais-tu ? Seul ? En sécurité ? Étranger ?
Y avait-il de l’harmonie ou des conflits ?
Retrouve avec le plus de précision le bruit de ton pas sur le plancher, l’écho de ta voix, la couleur des rideaux, les motifs de la tapisserie, la chaleur ou la fraîcheur des murs, la lumière des saisons par la fenêtre, les coins d’ombre…
Ma vie a été faite de toutes les sensations liées à la chambre de mon enfance. Je me souviens de ses odeurs de lait à l’aube, de la couleur rouge des feuilles de l’érable du Japon qui la surplombait, de la route illuminée plus loin, que je contemplais dans la nuit, avant de me coucher. Puis il y eut ma chambre d’étudiante aux rideaux bleus et au lit étroit. Je louai ensuite mon premier studio. Enfin, j’étais libre d’y recevoir mon copain !
Et les chambres de tous ces appartements où j’ai emménagé, d’où j’ai déménagé… Chambres de couple, chambres de célibataire… L’ultime chambre de la maison parentale où j’ai dormi pour la dernière fois – draps frais, bien lavés, bien tirés, au parfum de lavande. J’entendais le ronronnement du radiateur et il me semblait que circulait le sang du silence dans mes tempes.
Toutes ces chambres où j’ai pleuré, ri, où je me suis blottie puis épanouie, où j’ai aimé et souffert, composent ma vie.
Elles s’emboîtent les unes dans les autres, comme l’évoque Annie Ernaux dans son œuvre Les Années.
J’ai alors pris conscience qu’elles étaient toutes autant de Moi, d’identités psychiques. Chambres de solitude et d’amour… Chambres d’études et de détente… Chambres de chagrin et de joie…
N’oublie pas !
Tu es sorti de toutes ces chambres pour être celui que tu es aujourd’hui.
Entre dans la chambre de ta mémoire pour écrire sur toutes les chambres familières qui sont de multiples reflets de toi. Tes chambres changent au fil de ta vie. Elles matérialisent l’évolution de ton être comme ton être matérialise la transition d’une chambre à l’autre. À l’image de ta psyché, la chambre se métamorphose. Elle se rétrécit ou s’élargit, s’attriste ou s’embellit.
Écris sur tous ces lieux qui t’habitent aujourd’hui autant que tu les as habités autrefois – parfois jusqu’à la hantise, jusqu’à ce que tu atteignes ta destinée : ta chambre définitive, sécurisante et profonde, dont le silence est riche de toutes tes voix secrètes, de toutes tes conversations avec ton daemon comme le disait Socrate ; cet endroit doux et moelleux où tu te sens pleinement libre d’être Toi, comblé de Toi :
ton cœur,
cette chambre qui, au-delà d’un lieu, est une dimension psychique, voire spirituelle ; une chambre à soi, certes, comme le disait Virginia Woolf, mais aussi une chambre qui est le Soi.
Écris donc sur la chambre de ton cœur. Pose ton cahier sur ton cœur comme au cœur d’une chambre paisible dans un lieu de vacances.
Tu n’as nul besoin de chercher ailleurs, de te mettre encore en chemin, de partir en quête d’un autre endroit où tu te sentiras mieux, car tout est là, en Toi – familier et connu,
à la fois le contenant et le contenu,
si tu y crois.
Géraldine Andrée
Qui frappe ainsi
à la porte de mon cahier ?
Je m’approche,
regarde
par la petite fenêtre de la couverture.
C’est toi, Maman,
qui reviens comme si de rien n’était
de ton long séjour.
Je t’ouvre et,
aussi légères que ma plume,
nous longeons le corridor
de la marge.
Voilà que tu déverses
sur toute la page,
avec ta générosité
d’autrefois,
des poires rousses,
un gâteau doré sous sa mousse,
des carottes tendres,
et, pour le dîner,
une aile de poulet
dans sa sauce miroitante ;
puis, un étui de cuir
pour mes stylos colorés,
un napperon de dentelle
– île blanche sur la table noire -,
un mouchoir fleuri,
une aiguille pour recoudre les jours.
Tu sors
du profond panier de ma mémoire
tous ces présents
que je dispose avec soin
en haut, en bas,
en gauche, à droite ;
et je m’aperçois que ce rangement
est devenu un poème.
Je te dis dans la chambre
de mon cœur :
– Assieds-toi juste un instant
avant de partir !
Et nous bavardons un peu
sur le coussin bleu
d’un mot.
Aujourd’hui, c’est Espoir.
Je te raccompagne à la fin
de la dernière ligne,
ferme mon cahier
sur la goutte d’encre
ultime,
dans laquelle brille
ton silence
qui me fait encore signe.
Il n’y aura plus jamais
d’absence
puisque tu ne peux
que revenir.
Géraldine Andrée
J’écris
pour attraper la lumière…
Mais celle-ci avance toujours
d’un point supplémentaire.
Et c’est ainsi que j’écris
pour la Vie.
Géraldine
Je souhaiterais vous parler aujourd’hui d’une pratique de mon journal : les pages du matin.
Le concept ne vient pas de moi, mais de l’enseignante en créativité, Julia Cameron.
Que sont ces pages du matin ? Disons simplement que ce sont trois pages d’écriture manuscrite dans lesquelles on donne libre cours à ses pensées. »
J’aurais tellement besoin de partir en vacances la mer qui se perd et me perd pourquoi ce désir de m’égarer »
Sachez que ce problème, je le rencontre aussi. Cependant, je trouve toujours le moyen d’écrire trois pages, juste trois pages. À côté de mon café dans le meilleur des cas, sous ma petite lampe de chevet allumée alors que l’aube est encore noire, dans le train, entre deux gares, dans la salle d’attente du laboratoire, sur la table d’un bistrot avant le grand examen… Je dois dire que ce sont les situations les plus incongrues, les plus inconfortables qui rendent ces pages criantes de vérité. Je vous en livre un exemple :
Rebelote le train. Je suis très loin des aubes romantiques des Miracle Mornings, pleines d’élan et de vie. À la place, c’est encore la nuit, la petite pluie agaçante et glaciale sur le manteau. Je vais arriver trempée. Nouvelle désillusion hier : J’ai travaillé avec X qui m’a demandé de payer ses exemplaires !!! C’est du vol… Je me fais toujours avoir de toute façon. »
Pendant une page et demie, je ronchonne jusqu’à ce qu’apparaisse cette phrase :
Si je veux travailler en libérale, il faut que je sois libre au sujet de ma façon de travailler. »
Évidemment ! Je n’avais jamais fait le parallèle entre « libre » et « libérale« , moi qui me résignais, voire me soumettais à des situations inconfortables : « C’est ainsi ! Je ne peux rien y faire ! » Deux mots associés me donnaient la clé. Et le lendemain, émerge dans les mêmes circonstances du petit matin, une phrase plus positive :
Après tout, c’est une chance, pendant mon trajet, d’assister au lever du jour !
Écrire tôt, c’est m’éclairer ! »
Vous pouvez utiliser un cahier format A5, relié ou à spirale. J’aime les cahiers de la marque Leuchtturm car le stylo glisse bien sur le papier.
Quant au stylo, privilégiez les stylos à bille légers. Si vous optez pour la plume, veillez à avoir suffisamment d’encre afin de ne pas être interrompu par un problème technique de changement de cartouche en plein flow.
Et c’est tout !
Et, pour aller plus loin, lisez :
Julia Cameron, Libérez votre créativité ; La bible des artistes ; Collection Aventure secrète.
Vous pouvez également me livrer votre expérience de votre propre pratique des pages du matin en commentaires, ce qui fera de ce billet un atelier d’écriture en ligne.
Géraldine Andrée
J’ai retrouvé dans le placard
de ma maison natale
les anciennes sandales
de la petite fille que j’ai été.
J’ai tellement marché dans le verger
que les lanières sont élimées.
J’ai tellement couru après mes rêves
que des lambeaux de semelle se soulèvent.
J’avais alors le pied alerte
d’une Petite Poucette
qui semait ses cailloux
dans la lumière de la route
et mon pas insouciant
était bien différent
de mon pas d’aujourd’hui,
ralenti par le bagage de la vie.
Sur le cuir s’est inscrit
un récit sans lettre scripte ou cursive,
mais qui raconte
toutes les aventures de mon enfance :
voici, sous la talonnette droite,
un peu de terre de ce sentier effacé ;
accrochée au contrefort gauche,
une brindille du noisetier disparu ;
sur le patin, un brin d’herbe sèche
dont le vert s’est éteint dans l’ombre ;
là, près de la boucle d’argent,
les grains de sable d’un autre temps ;
et je me revois, foulant la plage,
en quête d’algues avec Maman,
à jamais en allée pour un lointain rivage
où il m’est interdit d’accoster pour l’instant.
Il y a bien sûr la ponctuation invisible
de la rosée, du sel et de la pluie ;
un pétale comme mot d’adieu
qui se dissipe sous mes doigts,
soudain redevenu poussière
sur la languette
où subsiste aussi,
telle une tache d’encre,
l’éclaboussure de la myrtille
que ma mère frotta patiemment
avec du savon doux,
sans la faire disparaître.
Pour retrouver mon pas léger,
j’écris un poème vif,
dont les vers contiennent
peu de pieds,
un poème composé seulement
de deux strophes sautillantes
comme ma paire de sandales
d’antan,
et qui traverse ma page,
à la recherche de l’aube.
C’est lui, désormais, la petite fille
en sandales d’été,
réveillée le dimanche
avant tout le monde
par la virgule tremblante
d’une lueur blanche,
puis franchissant le seuil
de la maison natale
car c’est l’heure
de la promenade.
Géraldine Andrée