J’écris pour dire la musique qui disparaît
l’écho de la dernière note dans la nuit
et la vie après elle qui se poursuit
Géraldine Andrée
J’écris pour dire la musique qui disparaît
l’écho de la dernière note dans la nuit
et la vie après elle qui se poursuit
Géraldine Andrée
Je n’entends plus ton pas
dans l’escalier
Tu ne sonnes plus
pour m’apporter
un panier de présents
Tu entres désormais
avec la lumière
du matin
de manière
si furtive
que j’ignore
si c’est le soleil
qui te fait apparaître
ou si c’est toi
qui fais apparaître
le soleil
Tout ce que je sais
c’est qu’il faut
que je me lève
et que je vive
parce que
ces quelques
gouttes
de rosée
que tu m’as laissées
peut-être
en guise
de présent
sur la fenêtre
me montrent
de façon éclatante
qu’il est temps
Géraldine Andrée
Dans mon petit cahier
il y a les vacances à la mer
les ondulations de la lumière
les rires de la promenade
le temps qui s’invente un air léger
à la crête des vagues
et la brise qui dépose
au seuil de la nuit
sa corbeille de senteurs
pour les étoiles qui se sentent seules
Dans mon petit cahier
il y a l’infini
Géraldine Andrée
Les saisons passent sur le seuil de ta maison.
A la place des violettes dont tu me fis la cueillette, pousse une herbe jaune et sèche.
Mais dans le grand salon, de partie de scrabble en partie de scrabble, le temps reste le même.
Tu n’as pas trouvé de mots nouveaux.
Alors, tu feuillettes un catalogue de mode :
– Regarde comme c’est beau ! Le bouffant de cette manchette ! La dentelle du col ouvert ! C’est original ! Cette taille cintrée t’irait bien !
Qu’est-ce que t’en penses ?
Tu parles patron, coupe, tissu.
La maladie semble avoir disparu, emportée par les pages du catalogue que tu tournes.
– Il faudrait que je me remette à coudre !
Je n’ai pas le temps !
Le temps, tu l’as. Elle est finie, l’époque des enfants et du mari, des repas, du ménage et de la lessive.
Mais tu ne trouves plus le chas de l’aiguille. Ta main tremble en tenant le fil. Tu t’éloignes de la ligne, tu assembles en un gros point deux tissus qui n’auraient jamais dû être ensemble.
Tu as, certes, beaucoup cousu dans ta vie. Avec dextérité. Tu as même enseigné cet art. Mais sans doute pas encore assez pour les projets que tu avais.
Dans ta prochaine vie, tu te réincarneras peut-être en styliste. Ou tu dirigeras une entreprise de vêtements que tu créeras toi-même. Tu monteras ta propre enseigne.
Tu inventeras une marque. Tu habilleras des générations entières. Coco Chanel d’un autre siècle dont on méconnaît toute la mode.
J’aime y croire.
J’aime croire que les passions nous survivent,
qu’elles nous redonnent rendez-vous
depuis l’autre rive,
qu’elles nous reconnaissent
dans un autre corps de chair,
un autre vêtement de scène,
et qu’elles nous redisent
avec notre sourire :
A nous !
Géraldine Andrée
On se méfie souvent des poèmes simples.
C’est comme si les mots de l’enfance étaient suspects.
On se demande : Qu’est-ce qui se cache ? Quel sens ?
C’est trop facile pour être vrai !
Ce n’est pas normal qu’un poème aille droit au coeur !
Il en est ainsi de la vie dont on peut ressentir l’unique bonheur en ayant seulement les coudes posés sur la table baignée de soleil.
Et, au lieu de se dire qu’aucun instant ne peut être mieux que ça, on se répète :
Allons ! Le bonheur ne peut pas être que ça…
Ce n’est pas possible !
Prenons la vie comme un simple poème.
Y a-t-il besoin de trente-six mots et métaphores avec variété de rythmes savants et de rimes riches
pour dire le chemin de la lumière sur la peau,
ce chemin qui s’écrit sans laisser de trace ?
Y a-t-il besoin de réfléchir profondément pour vivre ?
Faisons d’un simple poème
notre vie
pour que nous puissions nous dire
lorsque le jour rencontre par hasard notre sourire :
C’est bien ça !
Géraldine Andrée
La maison s’est effacée
avec ses fenêtres,
son seuil,
son toit de tuiles brunes.
Elle a emporté avec elle
le jardin aux mille soleils
tout étoilé
de cerfeuil
et de feuilles
autour desquelles
les papillons
sèment leurs lueurs.
Pendant un instant
encore,
la treille
m’a montré ses couleurs.
J’ai recueilli
une larme
qui coulait du coeur
fendu d’une prune.
Et le chat
aux profondes
prunelles
m’a regardée
entre les branches
de la haie
comme si je quittais
ce monde.
Et puis, tout
a disparu tel
le reflet
d’une bulle
qu’emporte
un souffle
d’enfant
qui joue.
A la fin,
il n’y avait plus
que moi
seule
avec le temps.
Géraldine Andrée
J’ai achevé mon carnet de gratitudes que j’ai tenu pendant un an.
Hier était l’ultime page.
Je reviens au premier feuillet.
Il y a un an, jour pour jour, le 27 août, ces mots étaient écrits à l’encre bleue :
« La nuit me fait toujours l’immense présent du frêle frottement de la plume sur la page.
Je note la phrase de mon père :
C’est un beau jardin. Regarde cet arbre centenaire.«
Mots qui datent d’avant la mort de mon père et dont l’encre demeure si vive !
Pendant toute cette année de deuil, je n’ai pas flanché ; je n’ai pas fléchi.
J’ai relaté fidèlement mes petits émerveillements.
Dans ma solitude, je n’ai pas trahi l’écriture.
Quand je relis ce carnet de mille grâces, j’approuve ce que j’y ai déposé.
Je note à nouveau ici la récurrence de mes joies :
En mars, je déclare
« Faire le deuil des cendres et grandir« .
Pendant tout l’hiver, je suis partie pour le pays d‘Happinez, de Simple Things, d’Open Mind, de Respire.
J’ai aimé les couleurs et les odeurs d’imprimerie de ces magazines, la fraîcheur de leur couverture pour mon âme brûlée. J’avais l’impression d’être apaisée par de la neige d’avril.
« Mon plaisir favori, glisser un petit carton imprégné de mon parfum personnel dans ce carnet. Ce sera, ainsi, un véritable carnet intime.«
Le cahier de gratitudes m’a appris la réciprocité de l’offrande : découvrir que la gratitude est une offrande et l’offrande une gratitude.
J’ai traversé l’absence avec ce carnet à la main. Cette mort que j’ai vécue fut constellée d’une myriade de vies.
Alors, gratitude à mon carnet de gratitudes qui m’invite à revivre tous ces petits plaisirs pour un an encore.
C’est promis, demain matin, j’allume un soleil dans le soleil en faisant fondre du miel blond sur de la mie d’or.
Géraldine Andrée

L’une de mes tantes souffrait du syndrome de Diogène, une maladie psychologique qui consiste à accumuler sans cesse des objets.
Cette tante déterrait des plantes dans les jardins publics pour les replanter chez elle.
Aujourd’hui, les branches sont sèches, cassées, piquantes.
Les arbustes se dressent, hirsutes.
Les herbes jaunes s’emmêlent.
Les pots sont fendus.
La terre craquelle.
On ne trouve pas une feuille vive.
Même les insectes ont fui.
Ma tante ne s’occupe plus de ce jardin volé.
Forcément, elle est morte.
Si elle avait laissé les plantes
dans la bonne terre fraîche
où elles appartenaient,
où elles étaient nées,
celles-ci continueraient à grandir,
à fleurir,
à monter dans la lumière,
à attirer des lueurs et des ailes
pour les yeux de tous.
Aujourd’hui,
ce jardin est étiolé
derrière son grillage
et ma tante en allée
dans un envol
vers une saison
qui n’est pas de ce monde.
On ne garantit pas son éternité
en confondant
ce que l’on possède
et ce que l’on est,
le nombre
et l’unicité.
Géraldine Andrée
Si un jour
l’encre
ou le papier
me manque
je prendrai
la ligne
d’un sentier
et j’écrirai
mon passage
avec mon souffle
dans l’air blanc
du matin
A chaque nuage
de ma respiration
qui ira
comme une phrase
mon nouveau regard
découvrira
sans juger
le paysage
-page
achevée
puis
recommencée
Géraldine Andrée
Ecrire
pour que chaque mot
soit une petite cicatrice
de l’âme
sur le grain
de la page
Géraldine Andrée