Ce qu’il me faut
pour être heureuse ?
Un cahier
et un jardin,
feuille
à fleur
de feuilles.
Géraldine
Ce qu’il me faut
pour être heureuse ?
Un cahier
et un jardin,
feuille
à fleur
de feuilles.
Géraldine
Si tu dois tourner la page,
ne la déchire pas
sous prétexte
de changement ;
ne froisse pas
de rage
les histoires
que tu veux oublier,
car souviens-toi
que tu as gardé
longtemps
vivants
leurs personnages
dans la corolle
de ton cœur
d’enfant.
Laisse
tes vieux rêves
et tes fols espoirs
intacts.
Si tu dois tourner la page,
fais-le doucement,
d’un simple effleurement
du pouce
et sous l’aile délicate
de ton souffle.
Danse avec tout
ce qui disparaît,
comme la brise
avec le pétale
d’un ancien
printemps.
Géraldine
Excusez-moi,
mais j’ai un rendez-vous
de la plus haute
importance :
avec mon cahier
bleu
ciel.
Géraldine
J’aime penser que mes pages sont des draps qui sèchent en se balançant dans la lumière.
Quand la journée de ma vie sera achevée, quelqu’un les détachera du fil, les défroissera, les pliera ensemble et les rangera dans l’armoire de sa mémoire.
Il restera entre elles une fragrance de lavande qu’aura imprimée le temps.
Telle est mon œuvre :
Écrire pour que quelqu’un rentre mes pages, le soir, au cœur de sa chambre.
Géraldine Andrée
une enfant de la lumière qui danse sur les branches du noisetier
une enfant des glaces à la pêche et à la vanille
une enfant de la vague qui se faufile la maligne entre les lanières des sandales
une enfant de ce baiser partagé au bord de la fontaine tête renversée
une enfant des prunes éclatées
une enfant de cette histoire d’amour derrière les persiennes closes
une enfant du jardin que la chaleur rend muet
une enfant des roses arrosées tôt et dont la constellation de gouttes brille avant d’être éteinte par le soleil d’août
une enfant des herbes folles qui dispersent les paroles
une enfant des ombres entremêlées qui s’attardent sur le sentier bleu ajoutant à l’instant un mot d’adieu
une enfant du premier poème tapé à la machine à écrire Royale
et de sa feuille détachée du rouleau tel l’ultime pétale
C’est la rentrée
Il te faudra exister même quand les jours seront courts
garder dessiné en toi ce sourire d’aujourd’hui
pour que tous les hivers à vivre te soient infiniment doux
Géraldine
des opéras au cœur de la nuit et des concerts sous les étoiles ; des villes découvertes au petit matin ; le lever du soleil sur le fleuve du Mississippi ;
un après-midi d’amour dans la chambre bleue qui donne sur le vieux port ; le froissement des voiles et le craquement des mâts dans le vent ; la zébrure scintillante des persiennes sur le mur blanc ;
des tableaux d’étoiles vertes dans l’ombre d’un petit musée ; le silence bourdonnant d’un jardin où entrer ; la balancelle du temps ; la porte d’un poème ;
des pages d’écriture longues comme la vie ; les frôlements d’ailes des idées qui demandent à se déposer au creux de soi pour que l’esprit les voie ; une immense bibliothèque ; un bouquet de fleurs chaque semaine sur la table du salon ;
des visages familiers autour de la petite lampe à pétrole ; les pas aimés sur la terrasse ; le rire d’Alice qui revient de sa promenade ; la perle de lait sur la bouche du nouveau-né ;
la fontaine dont on devine le murmure au début du chemin ; des mots en couleur et des feuilles entrelacées ; des pastels et des soupirs de bonheur ; des parfums acidulés ; des épices ; une vasque au bord de laquelle s’asseoir pour écouter, méditer, respirer ;
de la vivacité ; de la résilience ; de la bonté ; du partage ; la liberté enfin ; la paix que je nomme
Coin d’âme
car je ne crains plus la vague
qui, si je m’avance vers elle,
me hisse sur sa crête
et me fait voler vers son soleil.
Géraldine Andrée
C’est un beau matin de vacances.
Sur le sentier de mon carnet,
qui vois-je soudain apparaître ?
Une petite fille qui me ressemble
trait pour trait :
l’écriture.
Elle me prend par la main
et m’emmène,
aussi légère qu’une plume :
Viens ! Allons jouer !
Ensemble,
nous sautons dans des flaques
d’encre et qu’importe
l’éclaboussure
du mot qui nous regarde
passer…
Nous enjambons une ligne interdite
pour nous ébattre
dans l’espace blanc d’une plage unique :
la page.
Nous courons vers une aile
aussi frêle qu’une majuscule
et qui virevolte
pour ne pas se laisser attraper.
L’écriture me dit en riant :
J’ai une nouvelle idée !
Vois-tu cette phrase là-bas ?
Si nous allions danser !
Et nous voici les cavalières
de cette vague
qui nous emporte
si vite
sur sa crête
que nous perdons haleine…
Temps, prête-nous
la virgule de l’un de tes instants
pour que nous puissions reprendre
notre souffle !
C’est ainsi
que nous nous approchons
de l’infini,
en dépassant les lisières
d’un rivage
bien trop connu
– notre esprit -,
et que nous pouvons enfin
nous étendre,
nous reposer,
étoiles
sur le courant,
juste avant de voguer
un peu plus loin,
moi confondue
avec Elle,
l’écriture,
ma fillette…
Nos deux rêves
mêlés
ne forment plus
qu’un point
minuscule
au large…
L’océan
nous happe,
nous fait
ondoyer,
basculer,
tournoyer,
disparaître…
En nous effaçant,
enlacées
dans notre liberté,
nous avons renversé
l’encrier
et la page
est devenue
Ciel.
Géraldine Andrée
Et vous, comment vivez-vous vos expériences d’écriture, de peinture, de composition – de création en général ? Votre créativité est-elle mouvement ou immobilité ? Contrôle ou lâcher prise ? Humilité ou grandeur ?
Vous pouvez me confier vos expériences en commentaires ! Un petit atelier d’artiste peut ainsi être créé en ligne sur ce site d’écritothérapie et nourrir des échanges fructueux pour cette nouvelle année 2024 !
Comment
te sentir
aimée
inconditionnellement
quand
tu es délaissée
par le monde
entier
famille
amis
amant
Écris
dans la case
Demain
de ton agenda
à l’heure
où le jour
point
Rendez-vous
avec mon journal
Géraldine Andrée
Alors que le monde est happé par le tourbillon de sa propre folie, prends le temps d’écrire un poème. Prends le temps, oui, vraiment, c’est-à-dire saisis ce temps comme une plume légère et laisse-toi guider par lui.
Donne-toi de longues heures pour trouver le rythme qui s’accorde avec celui de ton cœur ; pars en quête de la rime qui sonne comme la cloche de ton temple intérieur ; savoure l’équilibre d’un vers ; suspends-toi tel un funambule ; cueille la métaphore vraie et laisse de côté les images faciles, attirantes comme de fausses fleurs ; enjambe l’espace entre deux strophes en te souvenant comment tu enjambais la rivière de ton enfance – prudemment – pour pouvoir continuer la promenade.
Rature, barre, griffonne, efface… Écris et réécris le poème sur plusieurs feuillets… Adolescente, je possédais trois cahiers dédiés au même poème : le cahier rouge pour la fulgurance de la première idée ; le cahier bleu pour la version améliorée et le cahier vert pour la version presque parfaite. Entre ces cahiers, il n’y avait parfois qu’une virgule ou qu’une majuscule qui changeait. Mais peu importait… Seul le désir d’accomplissement de la plus belle œuvre à mes yeux comptait.
Puis, lorsque tu considères que ton poème est réussi, c’est-à-dire qu’il te plaît parce qu’il correspond à qui tu es, ouvre le cahier fleuri avec la clé d’or et recopie lentement le poème ; berce-le comme un enfant nouveau-né ; contemple les étincelles qui s’éteignent une à une lorsque l’encre sèche ; penche-toi sur chaque mot pour entendre son crépitement d’aile sous la plume et délecte-toi du miracle de le voir bien posé sur la page.
Transforme sous la lampe l’écriture d’un poème en calligraphie
tandis que le monde, sourd à toute poésie, continue à bruire loin de Toi.
Surtout, ne lui présente pas ce poème. Pas la peine. Son indifférence briserait ton envol.
Donc, personne n’en saura jamais rien de toutes ces heures passées à écrire quatorze lignes.
Et pourtant, quel délice, de savoir que ce poème si frêle
en secret existe
et que demain, quand tu rentreras le soir,
las du vertige du monde, tu le verras te faire signe pour te rappeler que puisqu’Il est là désormais, toi aussi tu existes !
Tu as pris le temps de le savoir…
Géraldine Andrée