Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Méditations pour un rêve, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Les ciseaux d’une très vieille dame

J’ai retrouvé les ciseaux d’une très vieille dame
qui coupaient droit ou en biseau
de la soie du velours du taffetas
et qui allument des éclats d’argent à mes doigts
comme si j’étais celle de jadis

Les ciseaux n’ont pas changé
Ils brillent toujours autant en ce jour où je les manie
La nuit et l’oubli ne les ont pas ternis
Je glisse sous leur tranchant vif du papier d’aujourd’hui
et leur doux cliquetis

ressuscite
deux syllabes
de lumière
le prénom d’une aïeule
qui faisait des robes pour toutes les saisons à venir

Esther

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Le journal de mes autres vies, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Le retour

Arriver sur le seuil

Ôter les feuilles qui le recouvrent

D’un tour de clé

entrer dans le corridor

Sentir la cape fraîche de l’ombre sur les épaules

Voici le silence qui accueille le premier pas

comme un chat qui a attendu depuis longtemps

dans un demi sommeil

Le suivre et retrouver tout surpris dans la chambre

un rayon de soleil qui ressemble

à la mèche de la belle aïeule

Découvrir cette magie avec une telle évidence

qu’on se demande

comment on a pu être absent pendant autant d’années

alors que la maison gardait pour elle seule toute sa présence

Et afin de se faire pardonner d’elle

décider que l’on va demeurer ici à jamais

pour faire refleurir

l’âme des dormeurs

sous chaque chose

un ruban

un couvercle de porcelaine

une soucoupe où furent ciselées

des guirlandes de roses d’or

dans un éternel bleu

où n’existe pas la mort

car tel

est le rôle

essentiel

de ceux qui restent

 

Qu’ils se souviennent

pour la prochaine

aurore

 

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Ce chemin de Toi à Moi, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Les mains de ta grâce

Je me souviens
de la grâce
de tes mains :
lorsqu’elles passent

le chiffon
sur la glace
de la grande
armoire,

elles déposent
un voile
de noces
sur toute chose

dont on voit
battre
le coeur
en transparence

et elles déroulent
autour
des ailes
de leurs gestes

un tissu
de silence
aussi subtil
que la brume

des aurores
qui révèle
l’or
des collines.

Je me souviens
de tes mains
pleines
de grâce

et je voudrais
trouver
un mot
qui leur redonnerait,

tel un miroir,
fidèlement
vie
dans ma mémoire,

mais c’est la tige
vibrante
d’un chant
qui monte

de mon cœur
à ma gorge,
comme si tes mains
la faisaient éclore

à chaque instant
qui compose
ton immense
silence.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

 

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Le cahier de mon âme, Mon aïeule, mon amie, Toute petite je

On est presque au Nouvel An !

J’avais à peine six ans.

J’avais été comblée de cadeaux.

Je me souviens :

ma grand-mère assise près de la fenêtre, dans le rayon bleu gris d’une fin d’après-midi de Noël.

On n’avait pas encore allumé les lampes.

Ma grand-mère portait son pull fleuri avec lequel elle est partie dans un lointain pays.

Soudain, nos éclats de rire d’enfants se sont éteints, comme si nous savions…

Les mains de ma grand-mère, tout étoilées de fleurs de cimetière, se sont levées à la hauteur de son coeur et je l’ai entendue dire, en joignant à la parole ce même geste vif qu’elle faisait lorsqu’elle cueillait des herbes folles :

-Cela va si vite ! On est presque au Nouvel An !

Que de nouvelles années se sont écoulées depuis ces mots…

Aujourd’hui,

en cette fin d’après-midi de Noël,

il est un rayon bleu gris

qui ressemble à celui de jadis,

tout près de la fenêtre.

Le temps est presque prêt pour que ma grand-mère vienne s’asseoir à la fenêtre

et chuchote en silence ces deux paroles uniques qui enjambent tous les jours de ma vie

depuis le lointain Noël de mon enfance :

– Cela va si vite !

On est presque au Nouvel An !

 

Géraldine Andrée

 

Publié dans C'est ma vie !, Cahier du matin, Le journal de mes autres vies, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Le marronnier du jardin de Grand-Mère

Le marronnier du jardin de Grand-Mère m’a enveloppée en rêve de son ombre verte.

J’ai entendu bourdonner comme autrefois les étoiles allumées par les ailes de ses insectes.

J’ai senti sa fraîcheur me faire une deuxième robe de vent.

Ses parfums ont rejoint mon souffle d’enfant.

Et je me suis laissé bercer par le battement de ses feuilles.

 

Le marronnier du jardin de Grand-Mère a ouvert en rêve sa corolle.

A chacun de mes cils, il envoyait de menus signes
que me portait la lumière de ses frondaisons.

La vie ne m’avait pas exilée de ses racines

car le marronnier avait continué à pousser secrètement en mon âme.

 

Et ses bourgeons que depuis longtemps

je ne voyais plus

avaient éclos pourtant

comme des flammes

en leur force frêle.

 

Je me suis réveillée avec la conscience absolue

que j’étais pour le marronnier de ma Grand-Mère disparue

jardin devenu.

 

Géraldine Andrée