Les poètes
ne sont pas
morts
Il demeure
de leur voix
que l’on croit
enfuie
loin
dans la nuit
le feu d’or
d’une feuille
qui éclaire
notre pas
jusqu’à la prochaine
aurore
Géraldine Andrée
Les poètes
ne sont pas
morts
Il demeure
de leur voix
que l’on croit
enfuie
loin
dans la nuit
le feu d’or
d’une feuille
qui éclaire
notre pas
jusqu’à la prochaine
aurore
Géraldine Andrée
J’ai un jardin
J’ai un jardin dont j’entends tous les murmures
un jardin qui incline ses feuillages sur ma page
un jardin qui m’envoie une plume en guise de signe quand je vous écris
Voilà ma vérité
De ce jardin je fais un cahier
pour que vous n’ayez nul besoin d’une clé pour l’ouvrir au coeur de vos hivers
et pour que vous retrouviez le beau temps annoncé
depuis l’enfance de la lumière
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
Il est des mots qui n’ont nul besoin d’être écrits.
Ils déposent leur trace sur le chemin de l’âme grâce au souffle qui les met au monde.
Ces mots sont
Lumière, Vérité,
Beauté, Foi,
Enfance.
Ils sont à la fois
le message et la lampe.
Il est des mots qui signent un sourire.
A travers eux, tu contemples
ce qui doit advenir
dans l’unique
compréhension du silence.
Géraldine Andrée
Lire, écrire, aimer, rire.
Quatre verbes qui me donnent la vie
à chaque instant.
Tant qu’il restera la musique et la poésie consolatrices,
la Vie renaîtra, lueur surgie des cendres.
Garder foi en la Beauté.
Géraldine Andrée
Journal
Ma tante, qui souffrait de la maladie de l’oubli, est décédée.
Ma tante, présente bien qu’absente ou absente dans sa présence, est décédée l’avant-veille de la fameuse victoire de la Coupe du Monde.
Je n’ai jamais aimé ces manifestations de liesse populaire mais là, vivre un deuil quand on entend à l’extérieur les klaxons, les pétards, les vociférations fut pour moi une expérience saisissante de par son contraste indécent.
Ma tante, emmurée pendant près de trois années, a pris son envol.
Ce n’est pas triste quand on croit en la vie de l’âme car la mort, c’est la Vie.
J’aime penser que là où elle est, elle a retrouvé cette mémoire des jours mystérieusement confisquée.
J’avais commencé à écrire un recueil de textes sur l’expérience de la maladie d’Alzheimer intitulé Où es-tu partie ?
Puis j’ai abandonné. Plus le courage. Plus la force. Plus la lucidité peut-être. La volonté d’oublier pour moi aussi.
Paralysée également par ce fameux « à quoi bon, ça n’intéresse personne et ça fait peur, de toute façon, ce genre de situation… »
Oui, tout fait peur dans notre société, surtout ce qui suscite une réflexion profonde sur la faiblesse, la maladie, la mort. Seul le superficiel avec ses feux éphémères rassure.
Alors, ce soir, alors qu’un beau crépuscule rose éclate au-dessus de la ville qui a retrouvé sa tranquillité, la décision est prise. Je vais continuer et achever ce recueil puis le publier,
sans doute pour trouver une réponse possible parmi une myriade d’hypothèses à cette énigmatique question :
Où étais-tu partie, avant que de nous quitter ?
Géraldine Andrée
C’est quelques mois après ton décès, alors que je pressentais ta vie dans une autre dimension, que je compris le sens du prénom René(e).
Re-né(e) : né(e) encore, à nouveau né(e).
Renaître, c’est se voir offrir une seconde chance, bénéficier d’une grâce, d’un miracle.
C’est retourner au monde plus léger mais avec le bénéfice de ses expériences. On porte toujours en soi ses épreuves mais celles-ci ne sont plus un fardeau. Elles ont cessé d’être une entrave. Bien au contraire, elles constituent la force de notre élan ; elles nous ouvrent le chemin. On les considère avec distance. Renaître, libéré(e) de sa souffrance. N’est-ce pas d’une certaine manière l’accomplissement de l’enseignement du Bouddha ?
On croyait que tout était fini, que l’on avait disparu pour le monde ou que le monde avait disparu pour nous.
Et puis, voici un nouveau matin. On s’éveille, riche de ce que l’on a appris. Ce n’est plus l’insouciance, non, mais c’est une sorte de pureté reconquise dont on bénéficie. Un don d’enfance qui consiste à goûter le présent éclairé par le passé.
En effet, si l’on n’a pas souffert du manque d’amour, comment parviendra-t-on à bénir l’amour au moment où il se présentera ?
Et pour ceux qui y croient, naître en cette vie, n’est-ce pas aussi renaître, avec toutes les connaissances insoupçonnées de nos anciennes vies que la lumière de notre chemin nous montrera progressivement ?
Combien se souviennent de pays qu’ils n’ont jamais visités en cette existence, de scènes d’une autre époque, d’atmosphères qui les imprègnent mystérieusement ?
Comment expliquer nos passions, nos préférences, nos choix musicaux, nos goûts pour certaines couleurs, certains parfums
si ce n’est par l’hypothèse d’une ou plusieurs naissance(s) ailleurs qu’ici ?
Personne ne naît complètement nouveau. Nous avons tous des acquis, des prédispositions, des talents innés dont l’héritage s’est fait au-delà du champ de notre mémoire.
La psychogénéalogie enseigne aujourd’hui combien le choix du prénom est déterminant pour l’évolution de notre personnalité.
Le prénom signe le devenir de notre âme.
C’est encore plus vrai pour les René(e)s.
Nous devrions, je crois, autant que nous sommes, accoler ce prénom à notre prénom actuel car nous sommes tous Re-né(e)s,
telle est ma conscience à laquelle ta renaissance dans l’univers m’a éveillée.
Géraldine Andrée
Une fois
que la pluie
cesse
j’élis
entre
toutes
une seule
goutte
qui luit
tremble
vacille
puis se brise
dans son silence
ne laissant
sur un caillou
blanc
que quelques
étincelles
vite
évanouies
au soleil
De la goutte
qui se balance
entre
le regard
et l’absence
il ne reste
un instant
plus tard
nulle trace
mais son souvenir
unique
tremble
longtemps
sur la vitre
de ma mémoire
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
J’écris pour dire
le souffle du jardin
qui s’en retourne
au silence
à la fin du jour,
ce murmure
qui sourd
du bleu de l’herbe
comme une senteur
de menthe
avant de s’en remettre
à la terre
d’où il est né.
J’écris pour dire
l’étoile
contenue
dans chaque note
qui s’éteint
lorsque
l’instant
est venu.
J’écris
pour marquer
de trois
pointillés
noirs
la voix
enfuie,
trace
du message
qui se poursuit
invisible
dans la neige
de la page.
J’écris
pour être
témoin
du chemin
de cette parole
qui continue
sans moi
à l’infini…
Géraldine Andrée
Sur le chemin du matin,
j’ai demandé au Divin
sinon une réponse,
un signe au moins
que j’étais sur le bon chemin.
C’est alors que j’ai rencontré
un hortensia
tout flamboyant
de blanc
et dont les pétales
étoilant
l’herbe
étaient légèrement
picorés
par un merle noir
voletant
ça et là,
selon le pétale
de son choix.
Je voulais prendre
en photo
l’hortensia
mais j’ai renoncé
de crainte
d’effrayer l’oiseau.
Et j’ai repris
mon chemin,
gardant en mémoire
la splendide rencontre
du noir et du blanc
dans la lumière de juin.
J’ai su
de source sûre
que j’avais eu plus
qu’un signe : une réponse.
Mais hier,
j’ai voulu obtenir confirmation
de ce que m’avait montré
le Divin
– c’est ainsi que sont les humains –
et j’ai décidé
de revoir l’hortensia.
Hélas !
J’ai eu beau
repasser par tous
les chemins
possibles
de ma promenade,
je n’ai pas retrouvé
ses fleurs.
Quant aux merles noirs,
ils voletaient
sous les nuages.
Dieu ne redonne
jamais
le même message.
Cette singulière image
de l’hortensia blanc
et de l’oiseau noir
n’exista qu’un seul
instant
et j’en garde
l’unique rêve
à présent.
N’est-ce pas
le signe
que j’ai eu ma réponse
au bon moment
et au bon endroit
de mon destin
et qu’il faut
maintenant
que j’avance
un pas,
un regard
plus loin,
même si je ne sais rien
de ce qui se trouvera
ça et là
sur mon chemin ?
Je le crois
comme en ma vision
de l’hortensia blanc
dont les pétales
étoilent
mon âme
pour y attirer
un matin
les ailes
de ma foi.
Géraldine Andrée
Qui étais-je avant d’être Moi ?
Une fleur, une pierre, un lézard, un cours d’eau ?
Avais-je conscience à chaque fois
de tous ces Moi ?
Eprouvais-je
la présence légère
des pétales de mon être
dans le soleil ?
Ressentais-je
mon coeur
ô combien pesant
de silence et d’immobilité ?
Avais-je connaissance
de la lenteur
des heures d’été
qui me faisait sommeiller,
caché à l’ombre
de la pierre,
non loin de l’éclat
de la fleur ?
Me sentais-je fier
de jeter mon chant
dans l’embouchure
de l’immensité
tout en sachant
que j’étais emporté
par l’éblouissement
de ma mort ?
Qui ou quoi
que j’aie été
avant d’être Là
n’importe
peut-être
pas autant
que cela.
L’important
est que j’aie conscience
que ce Moi
d’aujourd’hui
est une porte
ouverte
sur d’autres portes…
Géraldine Andrée