Publié dans Histoire d'écriture, L'alphabet de l'herbe, Méditations pour un rêve, Un troublant été

Effacer le chemin: Poème sur la transition et la renaissance

Publié dans Journal de la lumière, Non classé, peinture, Poésie, Récit de Vie, Un troublant été

Souvenirs d’été : Dessiner une maison imaginaire dans un pays de lumière

Je me souviens
des après-midi d’août
de mon enfance…
Les volets vénitiens ;
les crayons de couleur ;
la feuille Canson blanche…
Je suis cette petite fille
en short
et débardeur
qui dessine
une maison
imaginaire
dans un pays
de lumière.
Ma mère
prépare
une tarte
à la mirabelle.
Je revois,
comme si c’était hier,
ses mains
claires
pétrir
la pâte
dans un geste
à la fois
rapide
et adroit,
tandis que quelques
grains
de farine
s’échappent
de ses doigts,
pour courir
dans le ciel
de mon dessin
que je m’applique
à rendre
réel…

Géraldine

Publié dans Journal d'instants

La Clé du Bonheur : Être Présent dans l’Instant

Le bonheur de l’instant présent

« Le cordon du store se balance sous le souffle du vent. J’entends au loin le pépiement d’un oiseau mais, tout près de moi, le silence amplifie le crépitement de la pointe de mon stylo sur la page. Écrire, c’est me mettre à mon écoute. La température de l’air est douce sur ma peau. Je sens que la main de la lumière entoure mon épaule. Et la gorgée du thé à la cannelle me remplit. Cet espace en moi accueille tout ce qui vient et tout ce qui est. »

Je suis heureuse d’écrire ces lignes aujourd’hui, dans mon fauteuil, le cahier sur mes genoux.

« Je serai heureuse quand j’aurai déménagé… quand j’aurai changé de poste… quand j’aurai publié mon premier livre… »

Je remettais toujours le bonheur à plus tard. Le bonheur brillait comme un point lointain à l’horizon. Ce que j’avais n’était pas suffisant. Ce que j’étais ne suffisait pas. Et si, par chance, j’atteignais mon objectif, je prenais conscience que le bonheur se faisait encore désirer, qu’il était remis à un autre Quand.

Je faisais du bonheur une quête impossible. Je cherchais le bonheur alors que je l’avais déjà trouvé. Je souhaitais que le bonheur me regarde alors qu’il attendait, lui, que je le regarde. Je voulais que le bonheur soit éternellement présent alors que c’était à moi d’être présente pour le bonheur. Tandis que je priais le ciel pour obtenir le bonheur, le bonheur me priait de le reconnaître.

Le bonheur n’est pas dans une requête. Le bonheur est dans le regard. Le bonheur est le regard. Il est ces lunettes dont nous pensons être dépossédés, bien que nous les portions. Tout désespérés que nous sommes de les chercher, nous ne nous rendons pas compte que nous les avons devant les yeux et que si nous prêtions plus attention, nous verrions que notre perception s’est transformée, que nous possédons le pouvoir de déceler notre vérité, singulière pour chacun d’entre nous.

En mettant en pratique les outils de la programmation neurolinguistique dans mon journal intime et en découvrant la richesse de mes différents canaux sensoriels, je prends conscience que le bonheur, c’est

  • avoir une journée disponible devant moi comme une vaste plage où je poserai mes pas ;
  • remarquer les petits détails d’une belle matinée ; telle cette fourmi qui se promène entre deux brindilles dorées ;
  • entendre tomber les premières gouttes de pluie sur la grille du jardin ;
  • sentir le frais manteau de l’ombre de l’érable qui recouvre mes épaules ;
  • croquer une amande verte tandis que j’épluche mes courgettes ;
  • tourner la page de mon livre et voir que le chapitre se poursuit ;
  • entrer dans le tableau Marine qui me contemple comme je le contemple du haut de ma bibliothèque
  • et séjourner dans le bleu murmure de son port.

Je n’ai pas à être parfaite pour avoir le droit d’être heureuse. Je n’ai qu’à

Exister.

Le bonheur est un droit absolu de naissance.

Le bonheur dépend de mes perceptions et de mes choix.

Je choisis d’être heureuse.

Je choisis de regarder le ciel plutôt que les pierres.

Je choisis de regarder l’oiseau sur le toit plutôt que l’ordure sur le trottoir.

Je choisis de regarder le paysage qui défile devant la vitre du train plutôt que la rangée de sièges.

Je choisis de méditer, de faire remonter mes visions intérieures plutôt que de cliquer sur les images des réseaux sociaux.

Rousseau se lamentait dans ses Confessions sur le caractère éphémère du bonheur.

Le bonheur rousseauiste ne peut se revivre que dans la mémoire. Seule l’écriture autobiographique est susceptible d’inverser le cours du temps.

Le bonheur est éphémère car il est ici et maintenant. Il est toujours changeant, toujours miroitant, comme l’eau qui passe. Il est cette maison familiale, puis ce chat gris dans le jardin… Et je m’éloigne de l’enfance… Ou l’enfance s’éloigne de moi… Je ne sais… Je grandis… Le bonheur est cette lumière qui souligne les boiseries et les meubles de mon appartement, ce texte que je suis fière de terminer, l’ultime contact de ma peau avec le papier du carnet achevé…

Le bonheur ne cesse de revenir sous une autre forme, une autre journée. Il est un sourire dessiné puis effacé, un visage dans le miroir.

Puisque je vis toujours aujourd’hui, le bonheur m’accompagne

d’Aujourd’hui en Aujourd’hui.

Je me suis souvent perdue à chercher le bonheur. Mais, comme me l’a dit un jour mon ami, la Vie ne me doit rien.

J’attendais de la Vie qu’elle me rende heureuse.

Et si c’était moi qui, en choisissant la beauté, la bonté, l’abondance de cet instant – et de cet instant seulement -, rendais la Vie heureuse ?

Je le crois aujourd’hui.

Géraldine

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Si tu dois tourner la page

Si tu dois tourner la page,
ne la déchire pas
sous prétexte
de changement ;

ne froisse pas
de rage
les histoires
que tu veux oublier,

car souviens-toi
que tu as gardé
longtemps
vivants

leurs personnages
dans la corolle
de ton cœur
d’enfant.

Laisse
tes vieux rêves
et tes fols espoirs
intacts.

Si tu dois tourner la page,
fais-le doucement,
d’un simple effleurement
du pouce

et sous l’aile délicate
de ton souffle.
Danse avec tout
ce qui disparaît,

comme la brise
avec le pétale
d’un ancien
printemps.

Géraldine

Publié dans Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Un troublant été

Atelier d’écriture créative 4 : Elle voulait écrire le plus beau poème du monde

Elle voulait écrire le plus beau poème du monde.

Alors, elle partit en quête de tout ce qui l’inspirerait. Elle emprunta à la bibliothèque un livre de métrique et de figures de style. Elle lut beaucoup de poètes mais elle abandonna les ouvrages, découragée. Jamais sa voix ne pourrait parvenir à la hauteur de tout ce que ces noms si célèbres exprimaient !

Elle acheta pourtant un superbe cahier, espérant que sa couverture de luxe lui inspirerait le poème parfait. Elle s’appliquait ; elle descendait loin, dans le puits profond de tout ce qu’elle avait appris à ses cours universitaires d’écriture. Mais elle ne ramenait dans le seau de sa mémoire que des images ternes, sans éclat – telles les piécettes éteintes d’un chimérique trésor.

Alors, elle recommençait sa quête éperdue, parce qu’elle voulait écrire le plus beau poème du monde.

Et le nouveau poème lui déplaisait car il n’était qu’une variation du précédent.

Une nuit, épuisée par l’insomnie, elle arracha de son beau cahier chaque page satinée qu’elle chiffonna de rage puis jeta dans la corbeille d’osier. Il ne restait plus que la reliure à laquelle s’accrochaient quelques lambeaux de papier.

Elle garda les volets clos, ne sortit plus.

Elle voulait se cacher pour attraper tranquillement dans l’ombre de sa chambre (comme un papillon descendu du soleil, croyait-elle) le plus beau poème du monde – ce monde qui, dehors, continuait à vivre, à tourner – sans elle.

Les bateaux remontaient le détroit bleu.
La brise blondissait en ce printemps, comme des cheveux de jeune fille.
Le sable chaud collait aux pieds.
Le vieux port s’animait, avec toutes ses terrasses déployées.

Mais elle ? Son regard se brouillait, sa peau s’asséchait. Elle était hirsute. Malgré son réfrigérateur vide, elle rêvait toujours d’écrire le plus beau poème du monde.

Ses seules promenades consistaient à compter le nombre de pieds dans ses vers ébauchés. Hélas, ceux-ci claudiquaient ! Son oreille en était exaspérée…

Un matin, la sonnette insista. Deux fois, trois fois… Qui cela pouvait-il être ? Elle n’éprouva pas la moindre curiosité, pas le moindre sentiment d’urgence.

Quatre fois, cinq fois… Les notes de la sonnette accéléraient leur course dans le couloir noir.

Que lui voulait donc le monde, puisqu’il n’était pas capable de lui apporter son plus beau poème ? Seul lui importait le fait qu’elle reçoive le premier prix du concours de la Pléiade, une médaille enrubannée de rouge et de mauve, à la fin de l’année.

Elle n’avait pas le temps d’aller ouvrir. Six fois, sept fois… L’écho de la sonnette retentissait dans sa tête, crevait ses tympans, harcelait son esprit. Excédée, elle se précipita vers la porte pour laisser éclater sa colère contre l’importun qui la dérangeait ainsi.

Dans l’embrasure, elle fut saisie. C’était son amie Kate qui paraissait horrifiée par son apparence – sa chemise de nuit tachée, ses cheveux emmêlés…

– Mais enfin, Sophie ! Que t’arrive-t-il ? J’essaie en vain de te joindre sur ton portable. Comme je tombais toujours sur ton répondeur, je me suis dit : Je vais sonner chez elle…

Son portable… Depuis combien de lunes était-il éteint ?

– Depuis combien de temps ne t’es-tu pas lavée et habillée ? Renchérit Kate. Tu sembles souffrir d’une dépression… Il me paraît sage de t’emmener chez le médecin.

– J’essaie… J’essaie d’écrire le plus beau poème du monde… Balbutia Sophie.

Aussitôt, Kate comprit. Artiste dans l’âme et peintre désormais reconnue dans son milieu, elle savait ce que c’était que de chercher à poser sur la toile la sublime touche de couleur – celle qui était la plus riche et la plus nuancée… De telles exigences avaient tari son inspiration. Elle avait mis beaucoup de peine à guérir. Pleine de commisération, Kate dit à son amie, en entourant les épaules de celle-ci :

– Laisse-moi entrer ! Je vais m’occuper de toi !

La silhouette amaigrie de Sophie s’écarta pour laisser passer Kate, son amie de toujours qui lui fit couler un bain où brillaient des bulles de mousse. Les volets furent ouverts ; la chambre fut aérée et un thé préparé avec ce qu’il restait de sucre.

– Allons ensemble au marché ! C’est samedi !

Samedi ? Comment avait-elle pu oublier les jours ?

La place étincelait dans la blanche lumière de l’été. Les rumeurs et les mouvements des gens l’étourdirent.

Tous ces fruits, tous ces légumes sur les étals… Quelle explosion de couleurs ! Les deux amies remplirent le panier. Bouquet de thym, patates douces, pêches rondes, colin beige, carottes pourpres…

Elles cuisinèrent ensemble, bavardant avec complicité comme au temps de leur adolescence. Kate, fiancée, imaginait un amoureux pour Sophie qui osa ouvrir au large les battants de la porte-fenêtre donnant sur la terrasse… Qu’elle était bleue, l’échancrure de la mer entre les rochers, là-bas !

Une fois la table et les chaises de formica nettoyées, le déjeuner fut servi – dehors. Le soleil entourait de son trait d’or les carottes tandis que la sauce au romarin gardait inscrite en son onctueuse épaisseur cette phrase que la douce cuisson dans la casserole lui avait imprimée. Le vin, quant à lui, avait épousé la robe de la lumière. Le poisson se détachait tendrement sous les légumes. Les patates douces fondaient dans la bouche, dépouillées de leur peau brune.

Les cheveux de Sophie flottaient au vent. La chaleur faisait perler quelques gouttes de sueur sur son cou. Kate, elle, riait en renversant la tête, au souvenir de leurs histoires de jeunesse.

C’est alors que Sophie, soudain, comprit :

Elle avait attrapé le plus beau poème du monde !

Celui-ci s’était écrit tout naturellement en elle. Ce poème, c’étaient le déjeuner sur la table de la terrasse, l’amitié, le point incandescent de la cigarette de Kate et ces frêles bouffées qui dansaient dans le silence, entre chaque anecdote que l’une rappelait à l’autre.

Cet instant était assurément le plus beau poème du monde.

Ce soir, Sophie prendrait dans son journal délaissé de simples notes de ce qu’elle avait vécu – sans se soucier d’une quelconque esthétique, d’un quelconque effet stylistique.

Et qui sait ? Chaque instant vécu, la vie faisant, deviendrait peut-être une œuvre…

Et toi ?

N’essaie pas de produire une œuvre parfaite ! Vis ! C’est ton art de vivre qui nourrira ton art – et non l’inverse ! Note dans ton cahier de gratitude ces instants esthétiques dont tu profites pleinement sans te soucier de t’exprimer avec perfection. Ceux-ci alimenteront plus tard ton inspiration. Recherche d’abord l’excellence dans ce que tu vis… L’excellence dans ce que tu crées viendra ensuite !

Géraldine Andrée

Publié dans Atelier d'écriture, écritothérapie, L'espace de l'écriture, Un cahier blanc pour mon deuil

Atelier d’écriture thérapeutique 5 : L’écriture du deuil

L’accompagnement du deuil par l’écriture

Lorsqu’on se retrouve en deuil, on a envie de rester figé, à l’image du défunt. Et pourtant, paradoxalement, cette perte nous incite à nous mettre en mouvement… Démarches administratives, choix de la cérémonie… Les contingences de la réalité de la mort nous obligent à nous mettre en action.

Le parfait exemple est le film Voyage en Chine 1 de Zoltan Mayer, avec Yolande Moreau comme actrice principale.

Lorsqu’elle apprend le décès de son fils en Chine, Liliane – incarnée par Yolande Moreau – initie, dans le but premier de rapatrier la dépouille, ce long voyage au cœur du Sichuan où sera organisée finalement la cérémonie funéraire. Arrivée là-bas, Liliane commence un dialogue avec son feu fils par l’écriture, sur un cahier vierge où elle note tous les regrets qu’elle éprouve envers lui – ne pas être venue en Chine plus tôt, ne pas avoir fait l’effort de mieux le comprendre, ne pas avoir passé ensemble des moments de complicité -, tous ces petits deuils compris dans le grand deuil.

Puis, lors de la crémation du corps selon le rite taoïste, c’est encore une fois l’écriture qui symbolise le mouvement du deuil – par l’intermédiaire de la calligraphie. Une carte du corps du défunt est dessinée sous forme de paysage auquel le daoshi (prêtre taoïste) met le feu. Les flammes, en dansant autour d’elles-mêmes, lèchent les motifs de couleur. Tout ce qui représentait le fils de Liliane disparaît alors dans un tournoiement d’or.

Outre la perte d’un être cher, on est toujours en deuil de ce qui n’évolue plus, de ce qui est destiné à disparaître, faute de pouvoir se transformer ( rêves, projets, métier, activités, possessions, relations…).

C’est ainsi que j’ai réalisé, moi, Un Cahier blanc pour mon deuil 2 où j’ai écrit, sous forme de poèmes, tout ce qu’impliquait le départ définitif de mon père, dont notamment, les atmosphères de mon enfance que je ne retrouverais plus jamais (la cuisine, le soir, quand Il était là et qu’Il lisait son journal, les dimanches où Il bricolait tandis que je faisais mes devoirs, les arrière-saisons dans le jardin, quand Il ramassait les branchages…).

Par le déplacement de la plume sur la page, l’écriture accompagne cet inéluctable mouvement à travers la vie qu’est le deuil.

Pour cela, vous pouvez organiser avec votre stylo, sur du simple papier, une cérémonie funéraire au sujet de tout ce qui n’avance plus dans votre vie et auquel vous devez, par conséquent, dire adieu.

Notez SOUS FORME DE BULLET-JOURNAL ce dont vous devez faire le deuil :
  • Répertoriez tout ce que vous avez tant aimé, tant chéri dans la présence de tel projet, de tel bien, de tel état : « J’aimais tant cette maison. Elle était si spacieuse. Je n’oublierai jamais le matin, quand la lumière entrait par ses larges baies. » « Cet atelier d’art m’a redonné de l’élan quand la dépression me guettait. Grâce à lui, j’ai su que l’existence pouvait redevenir colorée.« 
  • Puis, faites le constat de ce qui n’évolue plus, de ce qui a cessé de croître, voire de ce qui régresse : « Cette maison me coûte si cher que je ne peux plus partir en voyage. Dans ce vaste espace, j’ai l’impression de rester cloîtrée. En vivant dans une maison qui est au-dessus de mes moyens parce qu’elle est bien trop grande, je n’expanse plus mon existence. » « J’ai cessé d’apprendre de nouvelles techniques dans cet atelier. Je tourne en rond autour des mêmes centres d’inspiration. Je répète invariablement les mêmes clichés. Ce n’est pas ainsi que je vais peindre mon propre tableau, celui qui correspond à celle que je suis devenue. »
  • N’hésitez pas à être aussi exhaustif que possible quand vous décrivez les raisons pour lesquelles vous étiez attaché à ce dont vous devez vous détacher aujourd’hui – et souvent, pour les mêmes raisons. Utilisez des phrases explicatives, des tournures comme car, parce que, puisque, ainsi… Détaillez vos ressentis sensoriels et émotionnels par des adjectifs précis, qui correspondent à votre vécu, et développez le vocabulaire de la subjectivité : j’aime/je n’aime plus/j’affectionnais/je déteste/ à mes yeux/cela me semble/je pense que. Vous pouvez même recourir à des questions rhétoriques dont la réponse sous-entendue vous placera face à l’évidence du choix du renoncement : « Est-ce bien raisonnable de dépenser toutes mes économies pour l’entretien de cette maison ? Mon non-épanouissement en est-il le prix ? » « N’y a-t-il vraiment que cet atelier d’art dans cette ville si culturelle ?« 
  • Faites ensuite la liste à l’intérieur de ce deuil de tous les petits deuils qu’il implique, aussi nombreux soient-ils : « les fêtes entre amis sur la terrasse », « la floraison du jardin », « les réunions entre artistes le samedi après-midi », « la compagnie d’Anne-Va, le fait que nous nous copiions mutuellement. C’était si amusant ! » Demandez-vous si ce n’est pas possible de recréer de tels moments dans un autre contexte, bien différent, qui vous permettra d’enrichir l’expérience que vous avez connue initialement et de l’éclairer sous un jour nouveau : « Je peux découvrir le jardin du Montet où je ne suis jamais allée et m’attabler à sa petite guinguette avec mes amis… Je n’aurai plus à m’occuper de rien !« 
    « Pourquoi ne pas inviter Anne-Va à peindre chez moi le jour où les enfants sont à leur club de sport ? »
  • Enfin, rendez grâce à tout ce dont vous devez inexorablement vous séparer. N’oubliez pas : si telle chose, tel être vous cause tant de tristesse maintenant, c’est parce qu’elle/il vous a apporté beaucoup de joie, de plaisir dans le passé. Ainsi est « le deuil éclatant du bonheur« , pour reprendre l’expression de Madame de Staël. Créez votre page de gratitudes et écrivez chaque remerciement avec une couleur particulière : « Merci, maison, de m’avoir apporté tant de soleil et les jours de mauvais temps, de m’avoir protégée des intempéries », « Merci, atelier, de m’avoir enseigné les théories et les techniques nécessaires à la poursuite de mon art ». Adressez-vous directement à la situation, à l’objet par le pronom personnel « tu« . Ne craignez pas d’employer l’apostrophe dont la tonalité emphatique vous permettra d’exorciser votre douleur : « Ô, Maison ! Tu fus un refuge pour mon âme quand elle allait mal ! »

Une fois ce rituel d’adieu accompli, laissez partir ce dont vous devez faire le deuil au-delà du papier, au-delà de vous-même.

En effet, ce que vous ne laissez pas s’en aller loin de vous hantera votre esprit puis votre corps par la somatisation. Tout votre être risque de devenir un sépulcre si vous ne tracez pas le chemin du deuil dont la destination est pourtant un nouvel horizon.

Alors, levez et pliez la page sur laquelle vous avez accompli les cinq exercices précédents comme si vous érigiez une maison en papier (faites de la bordure du haut un toit ; de la marge, un mur porteur ; des carreaux, un assemblage de fenêtres correspondant à vos séparations) et, à la manière du daoshi, brûlez-la en la regardant doucement se consumer.

Si ce n’est pas possible – faute d’endroit et de sécurité adéquats -, posez votre maison en papier dans une boîte – à chaussures, par exemple – et enterrez-la dans un recoin reculé.

Si ce n’est toujours pas possible – vous n’avez pas de jardin ou il vous faut une voiture pour atteindre un coin tranquille, loin de la ville, alors que vous n’êtes pas motorisé, par exemple -, déposez la maison en papier dans un tiroir que vous n’ouvrez jamais, dans une armoire secrète ou en haut d’une étagère.

Puis, vivez
en avançant d’instant en instant
et en écrivant jour après jour
comment vous allez…

Géraldine Andrée

1 Une traversée initiatique du deuil

2 Un Cahier blanc pour mon deuil

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Atelier d’écriture thérapeutique 4 : les sept bienfaits de mes pages quotidiennes

Les pages de mon journal intime m’ont toujours été d’un grand soutien. Je vous énonce ici les sept raisons :

  • Quand je me sens incomprise, la page, elle, m’écoute. Elle m’accueille inconditionnellement dans sa blancheur. Son silence n’est qu’une illusion. En ayant recours à elle chaque jour, il me semble que j’entre dans le calme immense d’un paysage de neige. Une voix me parvient plus douce, plus proche, plus feutrée. Cette voix, c’est ma voix de toujours, une voix de sagesse secrète et ancienne que me renvoie la page lorsque j’y chemine. Je deviens une promeneuse accompagnée par mes traces les plus fiables. Et je sais que j’ai été entendue par ce silence bien plus grand que moi quand les rêves que j’y ai inscrits se réalisent, qu’il se produit une parfaite synchronicité entre le mot et l’événement, entre ce que j’ai noté et ce que l’univers me retransmet dans son écho miraculeux.
  • Quand je me sens perdue, la page me remet sur mon chemin, non pas sur « le droit chemin », mais sur le chemin qui est juste pour moi. Je peux alors me retourner en toute confiance, voir la route que mon empreinte a tracée dans l’inconnu et si je m’aperçois que je me suis égarée, marcher à nouveau dans cette empreinte pour voir quand j’ai bifurqué, ceci afin de reprendre le chemin qui est le bon pour moi. C’est bien parce que la page quotidienne m’invite à faire des retours sur moi-même, à revenir régulièrement sur mes pas qu’il m’est impossible de régresser dans mon existence.
  • Quand je sens que mon ego enfle, la page me montre que rien n’est permanent – ni les honneurs, ni les humiliations ; ni les acquisitions, ni les pertes ; ni les joies, ni les peines. J’en veux pour preuve le miroitement de l’encre qui se ternit au fur et à mesure qu’elle sèche. Le chagrin noté hier se présente en tant que consolation aujourd’hui. La peur décrite au petit matin, après une nuit difficile, s’est cicatrisée sous forme de phrase. L’amant dont les lèvres, les mains ont été célébrées dans un si long poème au feuillet 8 est oublié à la fin du cahier car la conscience de la floraison du laurier a désormais envahi tout l’espace. La page témoigne de la permanente évolution de mon être. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle est la plus fiable messagère de mon histoire.
  • Quand je sens sous ma main la présence fine et frêle du papier, je me demande si cette simple feuille sera capable de supporter le poids de mes remords, de mes regrets et de mes doutes sans se déchirer. Pourtant, j’ai beau barrer, griffonner, raturer mes pensées d’un trait rageur, la page résiste. Elle ne plie pas. Elle demeure accrochée aux anneaux du cahier. Et si c’est moi qui décide de la détacher, elle s’envole, aussi légère qu’une aile d’oiseau, emportant par la fenêtre ouverte sur le jardin tous les fardeaux de ma condition humaine. En m’incitant à me pencher sur elle chaque jour, dans une posture d’écrivaine qui ressemble fort à une posture de priante, la page m’empêche de ployer sous l’apparente fatalité des événements.
  • Quand je sens que dans une discussion, je fais fuir les gens parce que j’ai trop tendance à parler de moi, je m’en retourne à la page qui, elle, ne me fait jamais défaut. Je peux lui confier inlassablement tous mes problèmes pendant toute la nuit… Il y aura toujours une page suivante afin de m’aider à y voir plus clair. Il suffit d’ailleurs de tourner la page pour renouveler l’attention du papier, m’accorder davantage de force et de concentration, renforcer la puissance de mon intention et de ma foi. Et un beau matin, je m’aperçois que j’ai vraiment tourné la page sur cette trahison, ce deuil, cette déception, cette épreuve… Je suis comme neuve pour aborder le chapitre de ce jour qui s’annonce.
  • Puisque tout au long de mon écriture, j’ai acquis la certitude que mon être est en perpétuelle métamorphose, je sais que la page accompagne cette métamorphose, en se transformant elle aussi. Chacune est le miroir de l’autre. Lorsque mes textes deviennent des poèmes colorés, des calligrammes, des affirmation positives, je sens que la page reflète la santé de ma dimension psychique et elle se fait quasiment enluminure. Les mots m’envoient leurs images. Enfin, je suis l’héroïne d’une aventure palpitante et intéressante : ma vie. Je reviendrai sur ce thème dans un prochain billet !
  • Quand je suis l’indéfectible amie de la page, c’est-à-dire que je suis fidèle envers elle chaque jour, je me sens récompensée au-delà de mes rêves les plus fous et de mes plus ardents désirs. J’oublie, en effet, que je tiens le stylo, que je touche le papier et donc, que j’écris. L’écriture n’est plus que traversée, mouvement. Et je suis la voyageuse de cette écriture. Je laisse derrière moi les contingences du voyage – voici encore quelques feuillets mais le cahier se termine, il faut en prendre un autre, la cartouche d’encre se vide, ai-je pensé à préparer la suivante ? etc – pour m’abandonner complètement à l’écriture comme à une amante. C’est d’ailleurs elle qui décide du trait comme de la caresse – plus prolongé, plus appuyé ou simple effleurement… Parce que je la laisse faire dans une intuition primordiale, un instinct de confiance initial, l’écriture écrit la vie à travers moi. L’écriture m’écrit.

Et vous ? Quels sont les bienfaits que vous apportent vos pages, vos toiles, vos partitions ? Comment vous permettent-elles d’être vous-mêmes (m’aime) de jour en jour ?

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture créative 1 : La voyageuse dans la nuit

Il était tard…

J’aurais souhaité écrire sur la plage au crépuscule, afin que le soleil déposât son éclat ultime sur la page.
Hélas ! J’avais laissé passer le temps en faisant la fête sur la terrasse.
Lorsque mes pieds foulèrent le sable, la petite lune m’observait déjà, répandant le lait de sa lumière autour de son visage à moitié enfoui dans l’oreiller du ciel…
Pendant un instant, je songeai à retourner dans ma chambre pour écrire, comme d’habitude, sous la lampe.
Mais je me ravisai.
Le temps que je remonte la pente herbeuse, que je marche le long du chemin bordé de pins et que je pousse le portail de l’hôtel, une demi-heure s’écoulerait au moins. Et je craignais, au moment d’écrire, de me sentir trop lasse…

Je m’assis alors sur le rivage.
Je n’avais pour seule lueur que le point bleu d’une petite lampe au centre d’un groupe de jeunes Orientaux qui fumaient le narguilé en bavardant doucement, à quelques mètres de moi.
Comment parviendrais-je à écrire avec une syntaxe acceptable, à maintenir l’équilibre de mes phrases, à tracer des lettres lisibles et correctes, sans lumière suffisante ?
Pour mettre un terme à cette question obsédante qui dansait dans ma tête, j’ouvris mon cahier.

La page me semblait la nuit elle-même… Néanmoins, il me fallait faire confiance à l’élan de mon esprit et au mouvement de ma main. Peut-être que l’univers qui se déployait là, juste devant mon regard, me demandait de me frayer avec ma plume un chemin dans le noir infini, tel un oiseau nocturne…

J’écrivis donc. Je me laissai porter par mon vol, la vibration de l’aile d’une idée nouvelle qui me précédait, sans me préoccuper de la direction rationnelle du texte sur le papier. J’ignorais comment la pointe de ma plume occupait l’espace. À gauche ? À droite ? Au milieu ? L’écriture se détachait de mes yeux, courait au gré de son désir d’exister, comme une enfant désobéissante. Enfin ! J’échappais à l’autorité de ma volonté ! Je lâchais prise sur mes intentions. Je ne me souciais plus du résultat. Je savais, certes, que j’écrivais un roman au sujet de ma vie. Mais le Comment demeurait un mystère. L’écriture allait bien plus loin que ce projet. Elle dépassait toutes mes velléités. C’était elle, la voyageuse dans l’obscurité. Et je me fiais, en tant que sa compagne de route, à son tracé, même s’il m’était inconnu et invisible.

À la fin, le groupe d’Orientaux s’était dispersé. Le silence avait envahi la plage. Je n’entendais que la respiration des vagues…

Alors, je refermai mon cahier, me levai et foulant, pieds nus, le sable, je repris la pente herbeuse…

Quand j’allumai la lampe de ma chambre d’hôtel, je fus éblouie par mes pages. Les mots ne s’entrechoquaient pas mais s’unissaient. Les lettres s’enlaçaient comme des amoureuses ; une phrase s’enroulait autour de sa sœur ; une autre se déliait vers le haut, sans destination, poursuivant un point inexistant dans la marge. Des expressions s’épousaient, donnant naissance à des associations insolites, des néologismes poétiques, des images qui me révélaient la splendeur de ma propre profondeur que j’avais ignorée pendant trop longtemps.

C’est ainsi que la métaphore la mer de mon âme m’apparut, m’invitant à l’explorer très tôt le lendemain en tant que plongeuse.

Quant à mon traditionnel roman, il s’était métamorphosé pour devenir, au moment où l’héroïne, trahie et en pleurs, s’effondre sur son journal intime sans parvenir à raconter de manière structurée l’histoire qui la faisait tant souffrir,

long calligramme.

Je me sentais heureuse. J’étais récompensée d’avoir accepté d’écrire aveuglément, d’avoir pris le risque d’écrire mal, car cette expérience m’avait rendu au centuple ce que j’avais consenti à abandonner, en m’offrant un lumineux résultat que je n’attendais pas.

L’écriture dans la nuit m’avait éclairée.

Essayez, vous aussi. Asseyez-vous avec confiance dans le noir. Ouvrez votre cahier et voyez ce qui s’écrit indépendamment de vous, avec le regard de votre cœur.
Renouvelez l’expérience lorsque vous êtes très exigeant – voire tyrannique – envers votre être, que votre mental vous en demande trop, que vous doutez ou que vous avez peur.

Car ce sont ces doutes, ces résistances et ces peurs qui, assurément, vous enferment dans la nuit.

Écrivez,
surtout si une lueur
est trop lointaine.
Parce que l’écriture vous mène
à une source certaine
de lumière :

vous-même.

Géraldine Andrée