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Atelier d’écriture thérapeutique 5 : L’écriture du deuil

L’accompagnement du deuil par l’écriture

Lorsqu’on se retrouve en deuil, on a envie de rester figé, à l’image du défunt. Et pourtant, paradoxalement, cette perte nous incite à nous mettre en mouvement… Démarches administratives, choix de la cérémonie… Les contingences de la réalité de la mort nous obligent à nous mettre en action.

Le parfait exemple est le film Voyage en Chine 1 de Zoltan Mayer, avec Yolande Moreau comme actrice principale.

Lorsqu’elle apprend le décès de son fils en Chine, Liliane – incarnée par Yolande Moreau – initie, dans le but premier de rapatrier la dépouille, ce long voyage au cœur du Sichuan où sera organisée finalement la cérémonie funéraire. Arrivée là-bas, Liliane commence un dialogue avec son feu fils par l’écriture, sur un cahier vierge où elle note tous les regrets qu’elle éprouve envers lui – ne pas être venue en Chine plus tôt, ne pas avoir fait l’effort de mieux le comprendre, ne pas avoir passé ensemble des moments de complicité -, tous ces petits deuils compris dans le grand deuil.

Puis, lors de la crémation du corps selon le rite taoïste, c’est encore une fois l’écriture qui symbolise le mouvement du deuil – par l’intermédiaire de la calligraphie. Une carte du corps du défunt est dessinée sous forme de paysage auquel le daoshi (prêtre taoïste) met le feu. Les flammes, en dansant autour d’elles-mêmes, lèchent les motifs de couleur. Tout ce qui représentait le fils de Liliane disparaît alors dans un tournoiement d’or.

Outre la perte d’un être cher, on est toujours en deuil de ce qui n’évolue plus, de ce qui est destiné à disparaître, faute de pouvoir se transformer ( rêves, projets, métier, activités, possessions, relations…).

C’est ainsi que j’ai réalisé, moi, Un Cahier blanc pour mon deuil 2 où j’ai écrit, sous forme de poèmes, tout ce qu’impliquait le départ définitif de mon père, dont notamment, les atmosphères de mon enfance que je ne retrouverais plus jamais (la cuisine, le soir, quand Il était là et qu’Il lisait son journal, les dimanches où Il bricolait tandis que je faisais mes devoirs, les arrière-saisons dans le jardin, quand Il ramassait les branchages…).

Par le déplacement de la plume sur la page, l’écriture accompagne cet inéluctable mouvement à travers la vie qu’est le deuil.

Pour cela, vous pouvez organiser avec votre stylo, sur du simple papier, une cérémonie funéraire au sujet de tout ce qui n’avance plus dans votre vie et auquel vous devez, par conséquent, dire adieu.

Notez SOUS FORME DE BULLET-JOURNAL ce dont vous devez faire le deuil :
  • Répertoriez tout ce que vous avez tant aimé, tant chéri dans la présence de tel projet, de tel bien, de tel état : « J’aimais tant cette maison. Elle était si spacieuse. Je n’oublierai jamais le matin, quand la lumière entrait par ses larges baies. » « Cet atelier d’art m’a redonné de l’élan quand la dépression me guettait. Grâce à lui, j’ai su que l’existence pouvait redevenir colorée.« 
  • Puis, faites le constat de ce qui n’évolue plus, de ce qui a cessé de croître, voire de ce qui régresse : « Cette maison me coûte si cher que je ne peux plus partir en voyage. Dans ce vaste espace, j’ai l’impression de rester cloîtrée. En vivant dans une maison qui est au-dessus de mes moyens parce qu’elle est bien trop grande, je n’expanse plus mon existence. » « J’ai cessé d’apprendre de nouvelles techniques dans cet atelier. Je tourne en rond autour des mêmes centres d’inspiration. Je répète invariablement les mêmes clichés. Ce n’est pas ainsi que je vais peindre mon propre tableau, celui qui correspond à celle que je suis devenue. »
  • N’hésitez pas à être aussi exhaustif que possible quand vous décrivez les raisons pour lesquelles vous étiez attaché à ce dont vous devez vous détacher aujourd’hui – et souvent, pour les mêmes raisons. Utilisez des phrases explicatives, des tournures comme car, parce que, puisque, ainsi… Détaillez vos ressentis sensoriels et émotionnels par des adjectifs précis, qui correspondent à votre vécu, et développez le vocabulaire de la subjectivité : j’aime/je n’aime plus/j’affectionnais/je déteste/ à mes yeux/cela me semble/je pense que. Vous pouvez même recourir à des questions rhétoriques dont la réponse sous-entendue vous placera face à l’évidence du choix du renoncement : « Est-ce bien raisonnable de dépenser toutes mes économies pour l’entretien de cette maison ? Mon non-épanouissement en est-il le prix ? » « N’y a-t-il vraiment que cet atelier d’art dans cette ville si culturelle ?« 
  • Faites ensuite la liste à l’intérieur de ce deuil de tous les petits deuils qu’il implique, aussi nombreux soient-ils : « les fêtes entre amis sur la terrasse », « la floraison du jardin », « les réunions entre artistes le samedi après-midi », « la compagnie d’Anne-Va, le fait que nous nous copiions mutuellement. C’était si amusant ! » Demandez-vous si ce n’est pas possible de recréer de tels moments dans un autre contexte, bien différent, qui vous permettra d’enrichir l’expérience que vous avez connue initialement et de l’éclairer sous un jour nouveau : « Je peux découvrir le jardin du Montet où je ne suis jamais allée et m’attabler à sa petite guinguette avec mes amis… Je n’aurai plus à m’occuper de rien !« 
    « Pourquoi ne pas inviter Anne-Va à peindre chez moi le jour où les enfants sont à leur club de sport ? »
  • Enfin, rendez grâce à tout ce dont vous devez inexorablement vous séparer. N’oubliez pas : si telle chose, tel être vous cause tant de tristesse maintenant, c’est parce qu’elle/il vous a apporté beaucoup de joie, de plaisir dans le passé. Ainsi est « le deuil éclatant du bonheur« , pour reprendre l’expression de Madame de Staël. Créez votre page de gratitudes et écrivez chaque remerciement avec une couleur particulière : « Merci, maison, de m’avoir apporté tant de soleil et les jours de mauvais temps, de m’avoir protégée des intempéries », « Merci, atelier, de m’avoir enseigné les théories et les techniques nécessaires à la poursuite de mon art ». Adressez-vous directement à la situation, à l’objet par le pronom personnel « tu« . Ne craignez pas d’employer l’apostrophe dont la tonalité emphatique vous permettra d’exorciser votre douleur : « Ô, Maison ! Tu fus un refuge pour mon âme quand elle allait mal ! »

Une fois ce rituel d’adieu accompli, laissez partir ce dont vous devez faire le deuil au-delà du papier, au-delà de vous-même.

En effet, ce que vous ne laissez pas s’en aller loin de vous hantera votre esprit puis votre corps par la somatisation. Tout votre être risque de devenir un sépulcre si vous ne tracez pas le chemin du deuil dont la destination est pourtant un nouvel horizon.

Alors, levez et pliez la page sur laquelle vous avez accompli les cinq exercices précédents comme si vous érigiez une maison en papier (faites de la bordure du haut un toit ; de la marge, un mur porteur ; des carreaux, un assemblage de fenêtres correspondant à vos séparations) et, à la manière du daoshi, brûlez-la en la regardant doucement se consumer.

Si ce n’est pas possible – faute d’endroit et de sécurité adéquats -, posez votre maison en papier dans une boîte – à chaussures, par exemple – et enterrez-la dans un recoin reculé.

Si ce n’est toujours pas possible – vous n’avez pas de jardin ou il vous faut une voiture pour atteindre un coin tranquille, loin de la ville, alors que vous n’êtes pas motorisé, par exemple -, déposez la maison en papier dans un tiroir que vous n’ouvrez jamais, dans une armoire secrète ou en haut d’une étagère.

Puis, vivez
en avançant d’instant en instant
et en écrivant jour après jour
comment vous allez…

Géraldine Andrée

1 Une traversée initiatique du deuil

2 Un Cahier blanc pour mon deuil

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Atelier d’écriture thérapeutique 4 : les sept bienfaits de mes pages quotidiennes

Les pages de mon journal intime m’ont toujours été d’un grand soutien. Je vous énonce ici les sept raisons :

  • Quand je me sens incomprise, la page, elle, m’écoute. Elle m’accueille inconditionnellement dans sa blancheur. Son silence n’est qu’une illusion. En ayant recours à elle chaque jour, il me semble que j’entre dans le calme immense d’un paysage de neige. Une voix me parvient plus douce, plus proche, plus feutrée. Cette voix, c’est ma voix de toujours, une voix de sagesse secrète et ancienne que me renvoie la page lorsque j’y chemine. Je deviens une promeneuse accompagnée par mes traces les plus fiables. Et je sais que j’ai été entendue par ce silence bien plus grand que moi quand les rêves que j’y ai inscrits se réalisent, qu’il se produit une parfaite synchronicité entre le mot et l’événement, entre ce que j’ai noté et ce que l’univers me retransmet dans son écho miraculeux.
  • Quand je me sens perdue, la page me remet sur mon chemin, non pas sur « le droit chemin », mais sur le chemin qui est juste pour moi. Je peux alors me retourner en toute confiance, voir la route que mon empreinte a tracée dans l’inconnu et si je m’aperçois que je me suis égarée, marcher à nouveau dans cette empreinte pour voir quand j’ai bifurqué, ceci afin de reprendre le chemin qui est le bon pour moi. C’est bien parce que la page quotidienne m’invite à faire des retours sur moi-même, à revenir régulièrement sur mes pas qu’il m’est impossible de régresser dans mon existence.
  • Quand je sens que mon ego enfle, la page me montre que rien n’est permanent – ni les honneurs, ni les humiliations ; ni les acquisitions, ni les pertes ; ni les joies, ni les peines. J’en veux pour preuve le miroitement de l’encre qui se ternit au fur et à mesure qu’elle sèche. Le chagrin noté hier se présente en tant que consolation aujourd’hui. La peur décrite au petit matin, après une nuit difficile, s’est cicatrisée sous forme de phrase. L’amant dont les lèvres, les mains ont été célébrées dans un si long poème au feuillet 8 est oublié à la fin du cahier car la conscience de la floraison du laurier a désormais envahi tout l’espace. La page témoigne de la permanente évolution de mon être. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle est la plus fiable messagère de mon histoire.
  • Quand je sens sous ma main la présence fine et frêle du papier, je me demande si cette simple feuille sera capable de supporter le poids de mes remords, de mes regrets et de mes doutes sans se déchirer. Pourtant, j’ai beau barrer, griffonner, raturer mes pensées d’un trait rageur, la page résiste. Elle ne plie pas. Elle demeure accrochée aux anneaux du cahier. Et si c’est moi qui décide de la détacher, elle s’envole, aussi légère qu’une aile d’oiseau, emportant par la fenêtre ouverte sur le jardin tous les fardeaux de ma condition humaine. En m’incitant à me pencher sur elle chaque jour, dans une posture d’écrivaine qui ressemble fort à une posture de priante, la page m’empêche de ployer sous l’apparente fatalité des événements.
  • Quand je sens que dans une discussion, je fais fuir les gens parce que j’ai trop tendance à parler de moi, je m’en retourne à la page qui, elle, ne me fait jamais défaut. Je peux lui confier inlassablement tous mes problèmes pendant toute la nuit… Il y aura toujours une page suivante afin de m’aider à y voir plus clair. Il suffit d’ailleurs de tourner la page pour renouveler l’attention du papier, m’accorder davantage de force et de concentration, renforcer la puissance de mon intention et de ma foi. Et un beau matin, je m’aperçois que j’ai vraiment tourné la page sur cette trahison, ce deuil, cette déception, cette épreuve… Je suis comme neuve pour aborder le chapitre de ce jour qui s’annonce.
  • Puisque tout au long de mon écriture, j’ai acquis la certitude que mon être est en perpétuelle métamorphose, je sais que la page accompagne cette métamorphose, en se transformant elle aussi. Chacune est le miroir de l’autre. Lorsque mes textes deviennent des poèmes colorés, des calligrammes, des affirmation positives, je sens que la page reflète la santé de ma dimension psychique et elle se fait quasiment enluminure. Les mots m’envoient leurs images. Enfin, je suis l’héroïne d’une aventure palpitante et intéressante : ma vie. Je reviendrai sur ce thème dans un prochain billet !
  • Quand je suis l’indéfectible amie de la page, c’est-à-dire que je suis fidèle envers elle chaque jour, je me sens récompensée au-delà de mes rêves les plus fous et de mes plus ardents désirs. J’oublie, en effet, que je tiens le stylo, que je touche le papier et donc, que j’écris. L’écriture n’est plus que traversée, mouvement. Et je suis la voyageuse de cette écriture. Je laisse derrière moi les contingences du voyage – voici encore quelques feuillets mais le cahier se termine, il faut en prendre un autre, la cartouche d’encre se vide, ai-je pensé à préparer la suivante ? etc – pour m’abandonner complètement à l’écriture comme à une amante. C’est d’ailleurs elle qui décide du trait comme de la caresse – plus prolongé, plus appuyé ou simple effleurement… Parce que je la laisse faire dans une intuition primordiale, un instinct de confiance initial, l’écriture écrit la vie à travers moi. L’écriture m’écrit.

Et vous ? Quels sont les bienfaits que vous apportent vos pages, vos toiles, vos partitions ? Comment vous permettent-elles d’être vous-mêmes (m’aime) de jour en jour ?

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture créative 1 : La voyageuse dans la nuit

Il était tard…

J’aurais souhaité écrire sur la plage au crépuscule, afin que le soleil déposât son éclat ultime sur la page.
Hélas ! J’avais laissé passer le temps en faisant la fête sur la terrasse.
Lorsque mes pieds foulèrent le sable, la petite lune m’observait déjà, répandant le lait de sa lumière autour de son visage à moitié enfoui dans l’oreiller du ciel…
Pendant un instant, je songeai à retourner dans ma chambre pour écrire, comme d’habitude, sous la lampe.
Mais je me ravisai.
Le temps que je remonte la pente herbeuse, que je marche le long du chemin bordé de pins et que je pousse le portail de l’hôtel, une demi-heure s’écoulerait au moins. Et je craignais, au moment d’écrire, de me sentir trop lasse…

Je m’assis alors sur le rivage.
Je n’avais pour seule lueur que le point bleu d’une petite lampe au centre d’un groupe de jeunes Orientaux qui fumaient le narguilé en bavardant doucement, à quelques mètres de moi.
Comment parviendrais-je à écrire avec une syntaxe acceptable, à maintenir l’équilibre de mes phrases, à tracer des lettres lisibles et correctes, sans lumière suffisante ?
Pour mettre un terme à cette question obsédante qui dansait dans ma tête, j’ouvris mon cahier.

La page me semblait la nuit elle-même… Néanmoins, il me fallait faire confiance à l’élan de mon esprit et au mouvement de ma main. Peut-être que l’univers qui se déployait là, juste devant mon regard, me demandait de me frayer avec ma plume un chemin dans le noir infini, tel un oiseau nocturne…

J’écrivis donc. Je me laissai porter par mon vol, la vibration de l’aile d’une idée nouvelle qui me précédait, sans me préoccuper de la direction rationnelle du texte sur le papier. J’ignorais comment la pointe de ma plume occupait l’espace. À gauche ? À droite ? Au milieu ? L’écriture se détachait de mes yeux, courait au gré de son désir d’exister, comme une enfant désobéissante. Enfin ! J’échappais à l’autorité de ma volonté ! Je lâchais prise sur mes intentions. Je ne me souciais plus du résultat. Je savais, certes, que j’écrivais un roman au sujet de ma vie. Mais le Comment demeurait un mystère. L’écriture allait bien plus loin que ce projet. Elle dépassait toutes mes velléités. C’était elle, la voyageuse dans l’obscurité. Et je me fiais, en tant que sa compagne de route, à son tracé, même s’il m’était inconnu et invisible.

À la fin, le groupe d’Orientaux s’était dispersé. Le silence avait envahi la plage. Je n’entendais que la respiration des vagues…

Alors, je refermai mon cahier, me levai et foulant, pieds nus, le sable, je repris la pente herbeuse…

Quand j’allumai la lampe de ma chambre d’hôtel, je fus éblouie par mes pages. Les mots ne s’entrechoquaient pas mais s’unissaient. Les lettres s’enlaçaient comme des amoureuses ; une phrase s’enroulait autour de sa sœur ; une autre se déliait vers le haut, sans destination, poursuivant un point inexistant dans la marge. Des expressions s’épousaient, donnant naissance à des associations insolites, des néologismes poétiques, des images qui me révélaient la splendeur de ma propre profondeur que j’avais ignorée pendant trop longtemps.

C’est ainsi que la métaphore la mer de mon âme m’apparut, m’invitant à l’explorer très tôt le lendemain en tant que plongeuse.

Quant à mon traditionnel roman, il s’était métamorphosé pour devenir, au moment où l’héroïne, trahie et en pleurs, s’effondre sur son journal intime sans parvenir à raconter de manière structurée l’histoire qui la faisait tant souffrir,

long calligramme.

Je me sentais heureuse. J’étais récompensée d’avoir accepté d’écrire aveuglément, d’avoir pris le risque d’écrire mal, car cette expérience m’avait rendu au centuple ce que j’avais consenti à abandonner, en m’offrant un lumineux résultat que je n’attendais pas.

L’écriture dans la nuit m’avait éclairée.

Essayez, vous aussi. Asseyez-vous avec confiance dans le noir. Ouvrez votre cahier et voyez ce qui s’écrit indépendamment de vous, avec le regard de votre cœur.
Renouvelez l’expérience lorsque vous êtes très exigeant – voire tyrannique – envers votre être, que votre mental vous en demande trop, que vous doutez ou que vous avez peur.

Car ce sont ces doutes, ces résistances et ces peurs qui, assurément, vous enferment dans la nuit.

Écrivez,
surtout si une lueur
est trop lointaine.
Parce que l’écriture vous mène
à une source certaine
de lumière :

vous-même.

Géraldine Andrée

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Exercice d’écritothérapie sur la résilience

« Là où vous êtes, se trouve la porte d’entrée. » Kabir

Il me reste, là où je suis,

les titres de mes anciens journaux intimes ; ma force et ma foi en l’aurore ;
des encres de couleur et une page pour chaque jour à venir ; l’envie d’écrire à l’infini ; le goût de l’instant ; mes ressources cachées ; les secrets qui me rendent vivante ;

la contemplation des nuages ; mes cheveux dans le vent ; la lune ronde comme une mère quand je m’endors ; mes joues prêtes à rougir ; une flaque de pluie sur le chemin pour y sauter à pieds joints ; des histoires à raconter ;

la flamme de mon briquet ; des livres autour de ma tasse de thé ; le point incandescent du bâton d’encens ;

les nuits bleues d’un été qui dure dans ma mémoire ; des vacances constellées de sels et de rires ;

une broderie d’enfance ; la recette de la brioche ; le pouvoir de dire Demain ou à plus tard, mais cela viendra, c’est sûr et certain ;

les majuscules de mon prénom dans la lettre de l’amant ; l’expression que j’aime tant, Bien à toi ; les mots que je me destine au petit matin ; le pain chaud du repas partagé avec les amis de mon âme ;

mes yeux pour découvrir de quel pays je viens ; une étoile pailletée à accrocher en haut de ma feuille, juste avant la première ligne et qui cligne pour me dire que j’ai déjà atteint la cime ;

le soleil sur ma main et l’ombre sur le papier ; un poème devenu verger ou un verger devenu poème, qu’importe, puisque j’ai enrubanné le présent avec mon foulard dansant

et l’intention qui précède le rêve,
seulement l’intention
dont l’unique pétale
envoyé par mon souffle
est amplement
suffisant…

Et toi ? Maintenant que tu t’es délivré de la pesanteur des choses, que te reste-t-il de capital, d’essentiel ?

Tu peux me confier ta liste en commentaires ! Un petit atelier d’artiste peut ainsi être créé en ligne sur ce site d’écritothérapie et nourrir des échanges fructueux pour cette nouvelle année 2024 !

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Reçois le César de ta vie !

As-tu remarqué comme on court pour accomplir les tâches qui sont imposées ou que l’on s’impose ?

Et je m’adresse, là, surtout aux femmes les plus touchées par cette maladie du perfectionnisme. Toujours vouloir bien faire ou trop en faire pour être reconnues, appréciées, aimées, approuvées… Obtenir le César de la meilleure mère, amante, employée ou patronne…
Des générations entières sont touchées.
Puis arrive le deuxième mitan de la vie et l’on se demande où sont passés les jours, les mois, les années. Qu’en a-t-on fait ?

Ma mère adorait coudre. Elle aurait pu être une styliste de renom ou monter sa grande maison de couture. Elle achetait des chutes de tissus de toutes les couleurs et de toutes les matières « pour coudre plus tard ». Plus tard, toujours plus tard… En effet, il fallait faire briller la maison comme une coupe de premier prix si jamais quelqu’un d’étranger à la famille y entrait… Qu’aurait donc pensé le visiteur de deux miettes par terre ou d’une particule de poussière sous la table du salon ? Jusqu’au jour où, ma mère ayant perdu la mémoire, il fut à jamais trop tard pour elle de réaliser son rêve.

Dans l’ouvrage Les 5 Regrets des personnes en fin de vie de Bronnie Ware, l’autrice a recueilli cinq principaux regrets de mourants pour constater que le regret le plus fréquent était le fait d’avoir toujours voulu plaire aux autres et de n’avoir, par conséquent, pas vécu sa vraie vie.

« J’aurais aimé avoir eu le courage de vivre la vie que je voulais vraiment, pas celle que les autres attendaient de moi. »
« J’aurais dû travailler moins. »
« J’aurais aimé avoir le courage d’exprimer mes sentiments. »
« J’aurais aimé garder le contact avec mes amis. »
« J’aurais aimé m’accorder un peu plus de bonheur.
« 

J’ai toujours été fascinée par ce trait qui unit la date de naissance à la date de mort sur les pierres tombales. Un simple trait qui résume toute une vie. Un bref sommaire. Un silence énigmatique. En effet, que dit ce trait d’union de manière implicite ? Certes, il peut désigner tous les événements, toutes les circonstances et tous les épisodes indépendants de notre volonté qu’il a fallu subir, affronter puis transcender. Mais il cache aussi ce que l’on a fait de tout ce qui est arrivé. A-t-on poursuivi par impuissance acquise les obligations ? A-t-on obéi par soumission à un schéma qui ne nous convenait pas ? A-t-on perpétué par inconscience les patterns ? Ou s’est-on, au contraire, libéré en s’accordant des instants de qualité ?

Géraldine est une enfant très joueuse et créative. Quand elle rentre de l’école, elle dessine, elle écrit des histoires, elle se confectionne un petit théâtre pour ses marionnettes et elle s’invente des saynètes destinées à son public de poupées. Mais un jour, son père, déçu par ses résultats scolaires, a fait irruption dans sa chambre pour lui demander « de commencer à étudier, sinon elle gâcherait sa vie. » Géraldine a donc été une excellente élève. Elle a planifié, organisé, fragmenté son temps dans des agendas dont les couleurs pour chaque jour que Dieu fait n’atténuaient cependant pas sa tristesse secrète. Elle a été sérieuse dans l’unique but de contenter ses parents, c’est-à-dire de survivre. Pendant longtemps, elle a cru que c’était la bonne attitude jusqu’au jour de son cinquantième anniversaire où elle a compris : la seule personne qui était dans la vérité parce qu’elle vivait vraiment était la petite fille qui montait son spectacle de marionnettes en changeant de voix. L’enfant sérieuse s’était fourvoyée dans des illusions qui lui avaient fait confondre la survie avec la vie. Quel gâchis !

Géraldine, cela peut être Toi. Cela peut être Moi.

Stendhal déclara :

« Je ne veux désormais collectionner que les moments de bonheur.« 

Il est vrai que le bonheur s’obtient non dans des récompenses ou des marques de reconnaissance – toujours aléatoires – de la part d’autrui, mais dans des moments que l’on s’accorde avec cette fidélité dont on fait preuve envers soi. Telle est la pleine signification du mot « présent« , à savoir un instant de qualité que l’on s’offre, une étincelle de temps dont on se fait cadeau.

Une promenade dans la nature avec son chien, une discussion avec un ancien ami, l’écoute d’une belle musique, des vacances dans une maison de campagne isolée, un bon verre de vin, contempler un coucher de soleil en haut d’une montagne, peindre, écrire, composer… Jouer tout simplement… Se consacrer à ses passions intrinsèques, celles qui obéissent à la folle raison pour laquelle on est venu sur cette terre et dont l’enfant se souvient généralement avant l’âge de ses sept ans.

En effet, quand on s’amuse et que l’on se fait plaisir, on n’est plus absorbé par le « faire » mais par « l’être« .

Et alors, on découvre qu’il n’y a aucun César à conquérir. Il n’y a jamais eu de victoire à mériter.

Et sais-tu pourquoi ? Parce que le César de ta vie, tu l’as déjà reçu : en naissant. Tu es victorieux de par ton simple droit d’exister, de par le fait que tu respires. Uniquement.

Qu’il y aura-t-il de sous-entendu dans le bref trait d’union qui résumera ton séjour terrestre – là, entre la date de ta venue et celle de ton départ ?

Pour moi, ce sera d’avoir exploré toutes les feuilles de tous les printemps possibles !

À toi…

Géraldine Andrée

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Mon plus cher présent de Noël

Mon plus cher présent de Noël,

Retrouver le journal bleu
que j’avais cru
pendant si longtemps
perdu,

découvrir
l’incandescence
de mes pages
secrètes

et me demander
avec une éclatante
lucidité :
Comment

ai-je pu oublier
en vivant
jusqu’Ici
tout ce que j’ai écrit ?

Géraldine

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Rien qu’un cahier

Récemment, une amie m’a dit :

– Je confie tous mes problèmes à mon cahier ! Oh ! Ce n’est pas grand-chose ! Ce n’est rien qu’un cahier…

Rien qu’un cahier…

Comme je te comprends !

Un cahier qui prouve, finalement, que tu n’as pas d’interlocuteur fiable, d’ami fidèle et compréhensif, de confident loyal. Tu n’as personne à qui parler. Alors, tu écris dans ton cahier.

Mais ce cahier est Tout, en vérité.

Je ne disserterai pas ici sur le fait que les vrais amis sont très rares… Quant à la famille, elle est susceptible, elle aussi, de te trahir ou, tout simplement, de ne pas être à la hauteur de l’idéal que tu te fais d’elle.

Alors, crois-moi, tu peux compter sur la présence de ton cahier :

  • Il représente ton espace intérieur, protecteur et sacré. Ses marges symbolisent tes limites – ce seuil interdit aux intrusions du monde.
  • Il te guide vers toi-même. Et ses lignes sur lesquelles s’inscrivent tes mots comme autant de pas sont de multiples chemins possibles vers ta terre promise.
  • Il est cette île de silence, loin de la cacophonie extérieure, où tu peux enfin te mettre à l’écoute de ta propre voix : Aujourd’hui, j’ai vraiment besoin de repos…
  • Il te relie à ton authenticité. Comment ? Par le frêle fil de l’encre qui se dévide entre ta feuille et toi.
  • Il te place face à cette évidence : comment peux-tu espérer de la sincérité envers les autres si tu n’es pas d’abord sincère envers toi ? Le cahier, comme tout miroir, ne ment pas.
  • Il te permet de définir ce que tu ressens dans l’unique instant présent, de cerner précisément ce sentiment passager qui, certes, ne te définit pas éternellement mais qui t’invite à mieux te comprendre et à t’accepter dans ton éphémère vulnérabilité : Aujourd’hui, je me sens fatigué, stressé, anxieux… Nul besoin de remédier à la situation ! Le seul fait de le noter te délivre déjà des ruminations mentales.
  • Il te montre ta place, TOUTE TA PLACE, c’est-à-dire comment t’affirmer par ta seule présence, en écrivant que tu comptes aux yeux de la personne la plus importante : TOI.
  • Il est le recours le plus rapide lorsque la toxicité te submerge, une méditation qui s’accommode du mouvement, voire de la trépidation. Une peur resserre son étau autour de ton cœur alors que tu voyages en seconde classe, de Paris à Strasbourg ? Parle à ton ami en papier de cette peur. Puis, lorsque cet ami te la présentera telle qu’elle est, dialogue avec elle : Ma peur, je sais que tu es bienveillante pour moi car tu veux me protéger de la situation X, de la personne Z…
  • L’espace de ton cahier est du temps qui t’appartient au milieu des obligations. Au moins, dans ma journée, j’ai eu vingt minutes à moi, rien qu’à moi, avec Lui à la page si douce… Que cette parenthèse d’écriture ressemble à de brèves retrouvailles avec un amant clandestin ne me choque pas, je t’assure…
  • Dans cet espace, tu prends le temps de t’arrêter, de respirer, de faire littéralement une mise au point. D’ailleurs, les virgules et les points sont faits pour ça : REPRENDRE TON SOUFFLE. Alors, l’émotion indicible s’apaise. Déposée sur la page satinée, entre deux fleurs bien dessinées, parmi d’autres feuillets eux aussi en fleur, elle perd de son emprise et s’adoucit au contact de la tendresse du papier. Maintenant qu’elle est là, elle n’est plus le diablotin qui risque à tout moment de te sauter à la gorge. C’est une enfant que ton écriture berce pour qu’elle s’apaise encore.

Voilà. Même si tu ne peux converser avec le monde, TU EXISTES.
Tel un oiseau, tu donnes ta puissance à ta plume et tu prends toute ton expansion rien que dans un cahier, que tu peux nommer Recueil de ma vie car il est l’ami qui se recueille sur tout ce que tu lui confies.

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Créavie, Dialogue avec ma page, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture, Le temps de l'écriture, Poésie

Sans titre

Comment
te sentir
aimée
inconditionnellement

quand
tu es délaissée
par le monde
entier

famille
amis
amant
Écris

dans la case
Demain
de ton agenda
à l’heure

où le jour
point
Rendez-vous
avec mon journal

Géraldine Andrée