Publié dans Art-thérapie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Journal créatif, Poésie, Poésie-thérapie

Le temps d’un poème

Alors que le monde est happé par le tourbillon de sa propre folie, prends le temps d’écrire un poème. Prends le temps, oui, vraiment, c’est-à-dire saisis ce temps comme une plume légère et laisse-toi guider par lui.

Donne-toi de longues heures pour trouver le rythme qui s’accorde avec celui de ton cœur ; pars en quête de la rime qui sonne comme la cloche de ton temple intérieur ; savoure l’équilibre d’un vers ; suspends-toi tel un funambule ; cueille la métaphore vraie et laisse de côté les images faciles, attirantes comme de fausses fleurs ; enjambe l’espace entre deux strophes en te souvenant comment tu enjambais la rivière de ton enfance – prudemment – pour pouvoir continuer la promenade.

Rature, barre, griffonne, efface… Écris et réécris le poème sur plusieurs feuillets… Adolescente, je possédais trois cahiers dédiés au même poème : le cahier rouge pour la fulgurance de la première idée ; le cahier bleu pour la version améliorée et le cahier vert pour la version presque parfaite. Entre ces cahiers, il n’y avait parfois qu’une virgule ou qu’une majuscule qui changeait. Mais peu importait… Seul le désir d’accomplissement de la plus belle œuvre à mes yeux comptait.

Puis, lorsque tu considères que ton poème est réussi, c’est-à-dire qu’il te plaît parce qu’il correspond à qui tu es, ouvre le cahier fleuri avec la clé d’or et recopie lentement le poème ; berce-le comme un enfant nouveau-né ; contemple les étincelles qui s’éteignent une à une lorsque l’encre sèche ; penche-toi sur chaque mot pour entendre son crépitement d’aile sous la plume et délecte-toi du miracle de le voir bien posé sur la page.

Transforme sous la lampe l’écriture d’un poème en calligraphie

tandis que le monde, sourd à toute poésie, continue à bruire loin de Toi.

Surtout, ne lui présente pas ce poème. Pas la peine. Son indifférence briserait ton envol.

Donc, personne n’en saura jamais rien de toutes ces heures passées à écrire quatorze lignes.

Et pourtant, quel délice, de savoir que ce poème si frêle

en secret existe

et que demain, quand tu rentreras le soir,

las du vertige du monde, tu le verras te faire signe pour te rappeler que puisqu’Il est là désormais, toi aussi tu existes !

Tu as pris le temps de le savoir…

Géraldine Andrée

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Si Dieu était une femme

Si Dieu était une femme
imagine
si une femme
n’importe laquelle
qui contemplerait
les étincelles
des décorations
de Noël
dans les vitrines
était Dieu

elle t’applaudirait
avec les mille
cymbales
du soleil
lorsque tu te déhancherais
sur le sentier sauvage
qui mène
à la mer

elle te soufflerait
de devenir
aussi légère
que le murmure
de dentelle
du vent

elle inviterait
la lumière
espagnole
à tournoyer
autour
des volants
de ta jupe
courte

elle t’encouragerait
à faire
tes premiers
pas
en talons
hauts
sur la piste
de danse

elle te désignerait
parmi la palette
de toutes
les couleurs
possibles
celle
qui étoilerait
tes yeux

elle t’offrirait
des robes célestes
des écharpes de joie
des soutiens-gorges
de velours
rouge
comme le plumage
du rouge-gorge

en ouvrant
son profond
porte-monnaie
de princesse
Laisse
C’est
pour moi

elle sèmerait
sur la longue
allée
de ton poème
des paillettes
bleues
pour tous les mots
à venir

elle allumerait
l’astre
que tu n’attendais plus
dans le point
final
de l’histoire
de tes peines
qui perle
encore
sur la page

elle t’inciterait
à choisir
cette chambre
tout au Sud
avec bains
moussants
et draps
de luxe
en plus

À chacune
de tes décisions
prises
dans la solitude
elle t’approuverait
de son amitié
inconditionnelle
Tu as parfaitement
le droit

Et d’un seul
signe
du doigt
elle affirmerait
que tu es vraiment
Toi
c’est-à-dire
Poésie
et Volupté
Liberté
et Santé

Si Dieu était une femme
tu récolterais
tous les éclats
de son rire
car l’évidence
t’apparaîtrait
aussi clairement
que le ciel
d’une belle
matinée

Dieu est bel et bien
une femme
puisque tu as reconnu
en sa douce
force
ton âme

et que tu es devenue
TA DIVINITÉ

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Poésie

Sans titre

Se réveiller
un peu différent
d’hier
et verser

sur sa tartine
de pain bis
une goutte
de miel

bien clair
qui courtise
quelques
étincelles

de soleil,
n’est-ce
pas cela,
finalement,

être
en vie ?

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Poésie

Actualité

Le livre Broché du Bleu de menthe du silence, édité avec le Soupir du temps, est arrivé !

À toi, ma mère

qui m’as appris à être le témoin
dès l’âge de sept ans
de la floraison
de corolles
singulières,

celles du silence,

sous la lampe du soir,
lorsque tu me lisais
à voix basse
des vers
de Maurice Carême.

Que ce recueil
aujourd’hui,
à l’heure où tu as rejoint
le silence outre-terre,
en soit le bouquet.

Géraldine Andrée

Ce recueil de poèmes rassemble des textes intimistes écrits pendant sept années, dont un qui fut unanimement primé, La Petite Chambre du Sud, et qui donna l’un de ses vers comme titre à ce recueil. Pour Géraldine ANDRÉE, écrire de la poésie consiste à « écouter le frémissement d’une aile en chaque silence ».

« Au cours de cette promenade immobile
cueillir le bleu de menthe du silence
puis converser avec la solitude
loin très loin dans la petite chambre du Sud »

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Dix petits luxes

  • Rentrer dans une librairie pour se protéger de la pluie et acheter un recueil de poèmes qui était bien caché au coin d’une étagère
  • Trouver la feuille du dernier été sur la marche de l’escalier, encore verte comme si elle était vive
  • Laisser infuser lentement le thé et y voir descendre le rayon de la lampe
  • Allumer de l’encens à la sauge pendant la lecture
  • Visiter un ami et repartir avec une belle courge rousse et ronde « qui vient de son jardin »
  • Écrire ses pages du matin dans le calme pour y mirer ses pensées
  • Prêter attention au reflet du ciel dans la flaque de la dernière averse
  • Déboucher une bouteille d’eau de rose, l’approcher de son visage et se croire à nouveau en vacances, de retour de la plage
  • Se dire « Pourquoi pas ? » quand on ose rêver grand
  • Observer sa main posée sur le cahier encore fermé, détailler les stries de ses ongles, les plis de ses phalanges et se dire qu’avec ses os et sa peau, l’on vient de la vaste matière stellaire qui compose l’univers ; griffonner quelques vers sur cette méditation tout en sachant qu’on ne les publiera pas, parce qu’il est bon parfois de ne faire les choses que pour soi

Géraldine Andrée

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Avoir son année

Le succès de la Vie consiste à prendre du plaisir !

Je me souviens de cette difficile année 89. Malgré un travail acharné, je ne récoltais que des notes médiocres.

Je ne savais pas pourquoi j’entreprenais des études si difficiles, pourquoi je me maltraitais tant à vouloir prouver à ma famille que j’étais la meilleure, pourquoi je m’efforçais à être excellente pour ma mère.

Incertaine « d’avoir mon année » comme on dit en langue estudiantine, je me suis dit, un soir d’hiver, en allumant la lampe de ma minuscule chambre sur l’un de mes cahiers noircis :

– Faute d’avoir une réponse à mes problèmes, je vais prendre du plaisir, profiter de chaque instant de mon existence et tant pis pour mes échecs !

Je ne me dépêchais plus autant pour rentrer après les cours. Je me donnais le temps de flâner devant les vitrines éclairées de Noël ; j’appréciais le halo blanc du froid que mon souffle déployait comme une corolle autour de mes lèvres, la douce laine de mes gants et de mon écharpe, mon parfum de pêche Eau Jeune offert par mon oncle et dont je déposais du bout de mon index trois gouttes sur mon col chaque matin avant de fermer mon cartable, le croissant chaud aux amandes que je m’achetais en sortant de mon module de dix heures et dont les miettes dorées tombaient sur mon manteau…

En prenant simplement du plaisir, j’ai lâché prise sur l’envie féroce de réussir ; j’ai goûté le chemin en abandonnant toute velléité de contrôle ; j’ai étudié avec plus de légèreté, de détachement et – vous savez quoi ? –

J’ai eu mon année !

C’est ce que je vous souhaite, ce que je me souhaite aujourd’hui alors que toutes nos certitudes s’effondrent et que le monde semble se dérober sous nos pieds, nous plaçant devant des challenges de plus en plus complexes pour notre avancement :

Avoir toutes nos années de vie parce que l’on aura profité de chaque instant où l’on est vivant !

Géraldine Andrée

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La fontaine de Damas

Bien que nous partions tôt le lendemain
vers l’aéroport,
nous avons voulu revoir
la fontaine de Damas.

Je me souviens
que nous avons pris un taxi dans la nuit
pour nous asseoir sur son bord
une dernière fois.

Et Elle était là, tout entourée
par les pétales d’or du soir.
Pour saisir ses astres sonores,
j’ai trempé ma main dans l’eau de la vasque.

Son chant a constellé ma paume.
J’ai promis de revenir un an plus tard.
La guerre, hélas,
m’a éloignée de ma promesse !

Beaucoup de voix se sont tues
sous les éboulis.
Je n’ai pas pu refaire le voyage.
J’ai déjà écrit des poèmes sur la fontaine de Damas.

J’en écrirai encore au fil de ma vie
car j’ai compris le miracle
qui demande à advenir
dans mon souvenir.

Certains soirs de silence,
tout entourée par les lumières de la lampe,
ma mémoire se fait vasque
d’où jaillit un poème

qui enchante l’ombre.
C’est moi qui suis devenue
la fontaine de Damas
que ma paume

retrouve intacte
dans la nuit,
malgré les astres
évanouis.

Géraldine Andrée

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La musique de l’écriture

Géraldine Andrée

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Pour libérer ta vie, libère ton histoire

Écris sur ce qui t’obsède, te chagrine,
sur ce qui éveille tes regrets et tes remords.
Puis, après avoir constellé
d’étoiles noires

tout l’espace de la page promise,
laisse dans ta vie
de l’espace au blanc
du jour à vivre.

Tu seras ainsi plus présent pour la cime
de chaque arbre
sur lequel le soleil
se penche.

Écris, par exemple, sur la musique
que te fait encore entendre
le jardin effacé,
la cour des jeux à cloche-pied,

les matins passés
avec ta grand-mère
à enlever les fils
des haricots verts.

Souviens-toi
comme les vacances
ainsi touchaient
à leur terme

au fil des haricots
que détachaient
les mains de ta grand-mère
déformées par les rhumatismes.

Il y aura toujours de la place
pour la nostalgie de l’enfance
dans ton cahier.
Je dirais même

que ton cahier se destine
à devenir la chambre de ton enfance
où tu inviteras ton lecteur
comme ton meilleur ami de jadis.

La liberté ?
C’est d’écrire chaque jour
dix minutes, vingt minutes
au sujet de cette famille,

de ce qu’elle est devenue,
faire de ton expérience
un chemin qui mènera
ton ami inconnu

vers une compréhension
plus intime,
plus aiguë
de Lui.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Journal de mon jardin, Récit de Vie

Le carnet du jardin

La pluie
a tellement
gorgé les plantes
qu’il me semble
prendre
en marchant
une infusion
de verveine
et de menthe…

Quelles
sont donc
ces étincelles
pour mes yeux seuls ?
C’est l’herbe
qui s’ébroue
de tous
ses brins
après son bain
dans le premier
rayon de soleil !

Et ces pas
qui laissent
leur empreinte
dans la terre douce,
ramollie
par les averses,
ne sont-ils pas la preuve
que j’écris
le chemin ?

À mon retour,
je dispose
les fruits vermeils
dans la corbeille
et pour la récolte
de mon humble
expérience
du jour,
j’ai comme panier
mon carnet
de notes…

Géraldine Andrée