Comment
te sentir
aimée
inconditionnellement
quand
tu es délaissée
par le monde
entier
famille
amis
amant
Écris
dans la case
Demain
de ton agenda
à l’heure
où le jour
point
Rendez-vous
avec mon journal
Géraldine Andrée
Comment
te sentir
aimée
inconditionnellement
quand
tu es délaissée
par le monde
entier
famille
amis
amant
Écris
dans la case
Demain
de ton agenda
à l’heure
où le jour
point
Rendez-vous
avec mon journal
Géraldine Andrée
Alors que le monde est happé par le tourbillon de sa propre folie, prends le temps d’écrire un poème. Prends le temps, oui, vraiment, c’est-à-dire saisis ce temps comme une plume légère et laisse-toi guider par lui.
Donne-toi de longues heures pour trouver le rythme qui s’accorde avec celui de ton cœur ; pars en quête de la rime qui sonne comme la cloche de ton temple intérieur ; savoure l’équilibre d’un vers ; suspends-toi tel un funambule ; cueille la métaphore vraie et laisse de côté les images faciles, attirantes comme de fausses fleurs ; enjambe l’espace entre deux strophes en te souvenant comment tu enjambais la rivière de ton enfance – prudemment – pour pouvoir continuer la promenade.
Rature, barre, griffonne, efface… Écris et réécris le poème sur plusieurs feuillets… Adolescente, je possédais trois cahiers dédiés au même poème : le cahier rouge pour la fulgurance de la première idée ; le cahier bleu pour la version améliorée et le cahier vert pour la version presque parfaite. Entre ces cahiers, il n’y avait parfois qu’une virgule ou qu’une majuscule qui changeait. Mais peu importait… Seul le désir d’accomplissement de la plus belle œuvre à mes yeux comptait.
Puis, lorsque tu considères que ton poème est réussi, c’est-à-dire qu’il te plaît parce qu’il correspond à qui tu es, ouvre le cahier fleuri avec la clé d’or et recopie lentement le poème ; berce-le comme un enfant nouveau-né ; contemple les étincelles qui s’éteignent une à une lorsque l’encre sèche ; penche-toi sur chaque mot pour entendre son crépitement d’aile sous la plume et délecte-toi du miracle de le voir bien posé sur la page.
Transforme sous la lampe l’écriture d’un poème en calligraphie
tandis que le monde, sourd à toute poésie, continue à bruire loin de Toi.
Surtout, ne lui présente pas ce poème. Pas la peine. Son indifférence briserait ton envol.
Donc, personne n’en saura jamais rien de toutes ces heures passées à écrire quatorze lignes.
Et pourtant, quel délice, de savoir que ce poème si frêle
en secret existe
et que demain, quand tu rentreras le soir,
las du vertige du monde, tu le verras te faire signe pour te rappeler que puisqu’Il est là désormais, toi aussi tu existes !
Tu as pris le temps de le savoir…
Géraldine Andrée
Si Dieu était une femme
imagine
si une femme
n’importe laquelle
qui contemplerait
les étincelles
des décorations
de Noël
dans les vitrines
était Dieu
elle t’applaudirait
avec les mille
cymbales
du soleil
lorsque tu te déhancherais
sur le sentier sauvage
qui mène
à la mer
elle te soufflerait
de devenir
aussi légère
que le murmure
de dentelle
du vent
elle inviterait
la lumière
espagnole
à tournoyer
autour
des volants
de ta jupe
courte
elle t’encouragerait
à faire
tes premiers
pas
en talons
hauts
sur la piste
de danse
elle te désignerait
parmi la palette
de toutes
les couleurs
possibles
celle
qui étoilerait
tes yeux
elle t’offrirait
des robes célestes
des écharpes de joie
des soutiens-gorges
de velours
rouge
comme le plumage
du rouge-gorge
en ouvrant
son profond
porte-monnaie
de princesse
Laisse
C’est
pour moi
elle sèmerait
sur la longue
allée
de ton poème
des paillettes
bleues
pour tous les mots
à venir
elle allumerait
l’astre
que tu n’attendais plus
dans le point
final
de l’histoire
de tes peines
qui perle
encore
sur la page
elle t’inciterait
à choisir
cette chambre
tout au Sud
avec bains
moussants
et draps
de luxe
en plus
À chacune
de tes décisions
prises
dans la solitude
elle t’approuverait
de son amitié
inconditionnelle
Tu as parfaitement
le droit
Et d’un seul
signe
du doigt
elle affirmerait
que tu es vraiment
Toi
c’est-à-dire
Poésie
et Volupté
Liberté
et Santé
Si Dieu était une femme
tu récolterais
tous les éclats
de son rire
car l’évidence
t’apparaîtrait
aussi clairement
que le ciel
d’une belle
matinée
Dieu est bel et bien
une femme
puisque tu as reconnu
en sa douce
force
ton âme
et que tu es devenue
TA DIVINITÉ
Géraldine Andrée
Se réveiller
un peu différent
d’hier
et verser
sur sa tartine
de pain bis
une goutte
de miel
bien clair
qui courtise
quelques
étincelles
de soleil,
n’est-ce
pas cela,
finalement,
être
en vie ?
Géraldine Andrée
Le livre Broché du Bleu de menthe du silence, édité avec le Soupir du temps, est arrivé !

À toi, ma mère
qui m’as appris à être le témoin
dès l’âge de sept ans
de la floraison
de corolles
singulières,
celles du silence,
sous la lampe du soir,
lorsque tu me lisais
à voix basse
des vers
de Maurice Carême.
Que ce recueil
aujourd’hui,
à l’heure où tu as rejoint
le silence outre-terre,
en soit le bouquet.
Géraldine Andrée
Ce recueil de poèmes rassemble des textes intimistes écrits pendant sept années, dont un qui fut unanimement primé, La Petite Chambre du Sud, et qui donna l’un de ses vers comme titre à ce recueil. Pour Géraldine ANDRÉE, écrire de la poésie consiste à « écouter le frémissement d’une aile en chaque silence ».
« Au cours de cette promenade immobile
cueillir le bleu de menthe du silence
puis converser avec la solitude
loin très loin dans la petite chambre du Sud »
Géraldine Andrée
Je me souviens de cette difficile année 89. Malgré un travail acharné, je ne récoltais que des notes médiocres.
Je ne savais pas pourquoi j’entreprenais des études si difficiles, pourquoi je me maltraitais tant à vouloir prouver à ma famille que j’étais la meilleure, pourquoi je m’efforçais à être excellente pour ma mère.
Incertaine « d’avoir mon année » comme on dit en langue estudiantine, je me suis dit, un soir d’hiver, en allumant la lampe de ma minuscule chambre sur l’un de mes cahiers noircis :
– Faute d’avoir une réponse à mes problèmes, je vais prendre du plaisir, profiter de chaque instant de mon existence et tant pis pour mes échecs !
Je ne me dépêchais plus autant pour rentrer après les cours. Je me donnais le temps de flâner devant les vitrines éclairées de Noël ; j’appréciais le halo blanc du froid que mon souffle déployait comme une corolle autour de mes lèvres, la douce laine de mes gants et de mon écharpe, mon parfum de pêche Eau Jeune offert par mon oncle et dont je déposais du bout de mon index trois gouttes sur mon col chaque matin avant de fermer mon cartable, le croissant chaud aux amandes que je m’achetais en sortant de mon module de dix heures et dont les miettes dorées tombaient sur mon manteau…
En prenant simplement du plaisir, j’ai lâché prise sur l’envie féroce de réussir ; j’ai goûté le chemin en abandonnant toute velléité de contrôle ; j’ai étudié avec plus de légèreté, de détachement et – vous savez quoi ? –
C’est ce que je vous souhaite, ce que je me souhaite aujourd’hui alors que toutes nos certitudes s’effondrent et que le monde semble se dérober sous nos pieds, nous plaçant devant des challenges de plus en plus complexes pour notre avancement :
Géraldine Andrée
Bien que nous partions tôt le lendemain
vers l’aéroport,
nous avons voulu revoir
la fontaine de Damas.
Je me souviens
que nous avons pris un taxi dans la nuit
pour nous asseoir sur son bord
une dernière fois.
Et Elle était là, tout entourée
par les pétales d’or du soir.
Pour saisir ses astres sonores,
j’ai trempé ma main dans l’eau de la vasque.
Son chant a constellé ma paume.
J’ai promis de revenir un an plus tard.
La guerre, hélas,
m’a éloignée de ma promesse !
Beaucoup de voix se sont tues
sous les éboulis.
Je n’ai pas pu refaire le voyage.
J’ai déjà écrit des poèmes sur la fontaine de Damas.
J’en écrirai encore au fil de ma vie
car j’ai compris le miracle
qui demande à advenir
dans mon souvenir.
Certains soirs de silence,
tout entourée par les lumières de la lampe,
ma mémoire se fait vasque
d’où jaillit un poème
qui enchante l’ombre.
C’est moi qui suis devenue
la fontaine de Damas
que ma paume
retrouve intacte
dans la nuit,
malgré les astres
évanouis.
Géraldine Andrée
J’ai retrouvé l’ancienne
machine
à écrire
de mon adolescence
dont le nom étincelle
comme du vif-argent
au soleil
Royal
Je pose mes doigts sur les touches
et je me mets à l’écoute
de leurs notes
quand elles frappent
le papier
avant qu’une fine
sonnerie
ne m’avertisse
d’aller à la ligne
une fois la marge
de ma page
franchie
Et je songe
Voilà la vraie musique
de l’écriture
Bien sûr
aucune lettre
n’apparaît
faute
d’encre
Il suffirait pourtant
que je parte en quête
d’un ruban
après toutes
ces années
de silence
pour que j’écrive
le premier poème
de mes douze ans
un peu mièvre
et naïf
je vous l’accorde
mais qui ressemble
à la poétesse
en herbe
que j’étais
Je veux vivre
au-delà des fleurs
Géraldine Andrée
Écris sur ce qui t’obsède, te chagrine,
sur ce qui éveille tes regrets et tes remords.
Puis, après avoir constellé
d’étoiles noires
tout l’espace de la page promise,
laisse dans ta vie
de l’espace au blanc
du jour à vivre.
Tu seras ainsi plus présent pour la cime
de chaque arbre
sur lequel le soleil
se penche.
Écris, par exemple, sur la musique
que te fait encore entendre
le jardin effacé,
la cour des jeux à cloche-pied,
les matins passés
avec ta grand-mère
à enlever les fils
des haricots verts.
Souviens-toi
comme les vacances
ainsi touchaient
à leur terme
au fil des haricots
que détachaient
les mains de ta grand-mère
déformées par les rhumatismes.
Il y aura toujours de la place
pour la nostalgie de l’enfance
dans ton cahier.
Je dirais même
que ton cahier se destine
à devenir la chambre de ton enfance
où tu inviteras ton lecteur
comme ton meilleur ami de jadis.
La liberté ?
C’est d’écrire chaque jour
dix minutes, vingt minutes
au sujet de cette famille,
de ce qu’elle est devenue,
faire de ton expérience
un chemin qui mènera
ton ami inconnu
vers une compréhension
plus intime,
plus aiguë
de Lui.
Géraldine Andrée