Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Grapho-thérapie, Journal de mon jardin, Mon aïeul, mon ami.

Le jardin de mon grand-père

En pleine guerre mondiale,
sous les salves de la mitraille
à Dunkerque,
mon grand-père maternel
a écrit dans son Journal :

C’est pour mon jardin
que je résiste.
C’est pour les jeunes pousses
qui existent
déjà dans un futur proche
que je survis.
J’ai un jardin à faire fleurir.
C’est pour cela que je me dis :
Ne meurs pas.

Mon grand-père m’a inculqué
la valeur
de croire en un jardin qui dépend uniquement de soi.
Pour moi, c’est le cahier de ce journal
que je tiens comme lui chaque jour
et dans lequel je réécris
ces paroles de foi.

***

Mon grand-père avait une vie très ordinaire :
arrosage des plantes, observation des semis, attente de l’éclosion des tomates.

Dans chaque case du calendrier, il prenait des notes sur la santé du jardin. C’était son journal de vie, en quelque sorte.

Pas d’héroïsme ostensible chez mon grand-père, mais une patience qui se voulait légère, une abnégation joyeuse, une force quotidienne.

Et c’est cet héroïsme anodin, respectant le rythme des fleurs, que je retiens.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Psychogénéalogie

Stéphane

Je remercie Monsieur V. d’avoir été le messager de mon grand-oncle Stéphane de Zalewski, noble d’origine polonaise, mort juste après la Deuxième Guerre Mondiale pour avoir eu le coeur brisé de chagrin.

Persécuté par les nazis, contraint à l’exil à Metz, il s’est vu ensuite spolier de tous ses biens à Varsovie par le communisme stalinien. Je comprends mieux maintenant la signification du foulard rouge que je dois retrouver dans la maison familiale.

J’ai toujours su que ce grand-oncle vivait près de moi, qu’il ne me quittait pas. Très souvent, je prononce son nom. Une nuit, il m’a montré en rêve sa ville natale, Varsovie, que je visiterai en cette vie, c’est promis. J’entrais à l’intérieur de sa demeure qui appartient désormais à d’autres. Je me chauffais à son feu qu’il avait allumé pour moi. Je dois faire beaucoup de voyages et la Pologne, avec des villes comme Cracovie et Varsovie, figure en tête de ma liste.

Stéphane était passionné par les livres, la littérature, l’étude, tout comme moi. Souvent, je retrouve des pages de livres anciens soulignées et annotées de sa main, une écriture fine et élégante, comme sa prestance, et aussi cette signature alerte – Stéphane.

Je suis reconnaissante de savoir que c’est lui l’auteur de ces murmures près de mon coeur et de ces connaissances qu’il insuffle à mon oreille intérieure.

Maintenant, je peux mettre un visage à mon intuition.

Si je recueille suffisamment d’éléments biographiques, ici, en Lorraine ou là-bas, en Pologne, j’écrirai le livre de sa vie.

Cet après-midi, j’ai renoué avec mes racines.

Merci !

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Ecrire pour autrui, histoire, Je pour Tous

Barberousse

Il est des mots qui demandent à sortir de la nuit.

Je m’apprêtais à prendre congé de ma mère. Le ciel s’obscurcissait. La pluie semblait imminente. Je voulais rentrer vite car, chaussée de souliers ouverts, j’avais peur d’avoir les pieds mouillés si je tardais trop.

Mais ma mère continuait de bavarder avec ses copines.
Il y avait là, en face de moi, une vieille femme en fauteuil roulant, les jambes bandées.

Soudain, elle a pris la parole :

« Je veux rentrer chez moi. Je veux me reposer. Il n’y a guère que ma maison qui me plaît. Je suis si fatiguée… J’ai fait de l’humanitaire, partout dans cette région – Toul, Nancy, Lunéville, Pont à Mousson…

Mais surtout, j’ai suivi mon mari en Algérie, pendant la guerre.
Mon mari était gardien d’une prison de trois mille détenus dont la plupart était des membres du FLN. La prison Barberousse.

Une fois par semaine, mon mari demandait à ce que les volets fermés le soir ne soient pas rouverts le lendemain matin. Il ne fallait pas que les enfants voient quoi que ce soit. Les pièces seraient plongées dans la pénombre toute la journée.

On était pourtant réveillés très tôt par des youyous et le vacarme des gamelles et des cuillères que les prisonniers faisaient tinter en rythme contre les barreaux. Puis résonnaient les chants des fellaghas en arabe, qui accompagnaient la marche des condamnés à mort. On ne bougeait plus, terrorisés.
On entendait ensuite le cahotement affreux du couperet métallique qui se baissait, se relevait, se baissait contre les tréteaux de bois et le bruit mou des têtes qui tombaient l’une après l’autre dans le panier.

Cela durait toute la journée. Une journée dédiée à la nuit, à la peur, au sang, à la mort. Et lorsqu’au soir le silence revenait, l’écho de ces bruits funèbres hantait nos oreilles comme un spectre.

Il y avait parmi les exécutés de simples ouvriers, d’humbles gens qui avaient avoué par contrainte des actes qu’ils n’avaient peut-être pas commis. Beaucoup sont passés également par les armes. « 

Le chariot du repas a traversé la salle dans un tintement joyeux de couverts et de verres. Ma mère a sursauté et s’est exclamée en riant :

-J’ai cru que c’était la guerre qui revenait !

Et toutes ses copines, dont celle qui a fait ce témoignage, se sont exclamées :

– Non ! C’est l’heure du dîner !

Et l’une s’appuyant sur sa canne, l’autre faisant tourner les roues de son fauteuil pour avancer, l’autre encore s’accrochant à son déambulateur… toutes se sont dirigées vers la salle à manger.

Ma mère m’a fait un signe derrière la porte vitrée.

Dehors, il pleuvait un peu. Mais je ne me suis pas pressée. J’ai pris le temps de flâner parmi les rumeurs de la ville. Le ciel avait une teinte gris bleu. On était passé à l’heure d’été. Il ne ferait pas nuit de sitôt.

Je suis rentrée sans avoir les pieds mouillés mais tous ces mots que j’avais entendus perlaient au bord de mon coeur.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Créavie : Le signe d’un jour réussi

Le signe d’un jour réussi,

c’est lorsque je me dis :

Aujourd’hui,

j’ai beaucoup écrit !

Je pourrais dire :

Aujourd’hui,

j’ai bien écrit !

Mais j’insiste sur le fait qu’avoir beaucoup écrit

signe un jour réussi.

J’entends déjà quelques uns qui se récrient :

Voyons ! Ce n’est pas la quantité qui compte,

mais la qualité !

Et j’entends la voix de mon amie Julia,

écrivaine elle aussi,

leur répondre :

« Chaque jour, je prie Dieu ainsi :

Mon Dieu ! Je m’occupe de la quantité.

Toi, Tu T’occupes de la qualité ».

Moi, je suis pleine de modestie.

Je ne peux prétendre bien écrire

car cela, seul le temps peut me le garantir.

A l’inverse, mal écrire

ne signifie en rien

que je n’écrirai jamais quelque chose de bien.

En effet, qui peut dire si

une tournure de phrase un peu bancale

ne constitue pas les soubresauts d’un nouveau style,

si une image étonnante, détonante, jugée par mes pairs « très kitsch »

n’annonce pas la métamorphose de mon âme

et par là-même la métamorphose de mon écriture ?

Qui peut prédire si l’essoufflement d’un chapitre

ne précède pas la respiration plus ample et plus profonde de mon histoire, le déploiement de son rythme sur la page suivante ?

Ecrivez ! Ecrivez ! Ne vous souciez pas de la réussite, encore moins de la performance.

Asseyez-vous devant votre cahier, prenez la plume.

Être fidèle à la page quotidienne est déjà une réussite en Soi.

Peu importe si vous y arrivez et où vous arrivez, l’essentiel est ce que vous ressentez  au cours de votre voyage.

Ce ressenti est votre destination et mieux encore, votre destinée.

Alors, je persiste et je signe ici, sur le billet de ce site :

Le signe d’un jour réussi,

c’est lorsque vous vous dites :

Aujourd’hui,

j’ai beaucoup écrit !

Géraldine Andrée

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Ecris ta vie !

Ecris ta vie

parce que personne ne peut la vivre à ta place.

Ecris tes rêves, tes désirs, tes projets.

Un seul mot…

Et c’est le point de départ

à l’élan d’une phrase.

Invente tous les futurs possibles,

et choisis parmi eux

celui qui convient à qui tu es,

celui par lequel ton âme doit advenir.

Prends note de tes peines, de tes joies

car ces sentiments sont une boussole

qui te permet d’emprunter

ton chemin de vérité.

Approche-toi du miroir de la page ;

tu ressentiras ta présence.

Passe devant la fenêtre de la page ;

ton souffle s’y dessinera.

Tu dis : Mais je ne sais pas écrire !

Je fais plein de fautes d’orthographe !

Tout le monde va rire !

Aussi, je te le dis :

Ecrire te regarde.

Les mots t’attendent.

Une fois qu’ils t’auront rencontré

dans le reflet de l’encre,

tu verras combien ils te contemplent

et te connaissent.

Alors, tu te pencheras sur tes épreuves

et tu t’exclameras :

Mais c’est ma vérité !

Qu’importe si les autres la contestent,

elle vibre en moi

comme la joie du vent

qui laisse pour trace

toutes les feuilles qu’il a semées.

Puisque tu ne peux effacer le désordre de certaines choses,

écris chaque jour

afin de suivre leur cours,

afin de décider en toute connaissance de cause

du déroulement de ton aventure personnelle.

Ecris ta vie

parce que rien ni personne

n’a le droit de te la dicter.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve, Poésie

La langue de mon pays

La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Méditations pour un rêve

Saint-Luc

Tu me dis :

« J’attendais que la mer se retire.
Puis, j’allais jusqu’à la presqu’île.
J’entendais crisser le sable mouillé sous mes pieds.
J’étais guidée par chaque étincelle d’écume au soleil. En chemin, je ramassais des algues ondoyantes, de toutes les couleurs, et qui tombaient mollement dans mon seau.
Arrivée jusqu’à la presqu’île, je m’oubliais dans le bleu qui bordait la rive. Je perdais la mesure du temps. Dans cette éternité conquise, je me laissais vivre.
Lorsque la mer m’envoyait de loin ses vagues, je savais qu’il était temps de rentrer.
Je retrouvais la trace de mes pas.
Quand j’avais enfin franchi la frontière invisible qui séparait mon hôtel de la presqu’île, j’ouvrais la porte de la petite cabane.
Là, avec une éponge et du buvard, je posais mes algues recueillies dans leur danse immobile sur du carton blanc.
Puis je les laissais sécher à la lumière de la grande véranda jusqu’au lendemain.
Retrouve-moi sur Internet la pension Saint-Luc tenue par les religieuses, la presqu’île, la cabane et la véranda. »

Longtemps, j’ai parcouru les sites et les photographies. Saint-Luc désigne désormais un complexe hôtelier anonyme. La cabane et la véranda ont disparu. La presqu’île a gardé le même bleu qui tremble comme une algue posée sur la page blanche de l’azur. Mais l’éternité n’est plus.

Je ne sais aujourd’hui qu’une trace : celle des mots menant au souvenir
qui cherche lui-même l’empreinte de ses pas dans un soupir.

Géraldine Andrée