Publié dans Journal d'une maison de retraite, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Lâcher prise

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Écrire au-delà du Temps : Un Voyage Émotionnel

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Mémoire illuminée

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Écriture d’instituteur : Journal intime et héritage familial

Le journal intime de mon grand-père

Le journal intime de mon grand-père a disparu.
Je peux étoiler tous les espaces de mes mots, ouvrir chaque cahier comme la délicate corolle d’un jardin oriental, accrocher des myriades de feuilles à ma vie pour croire que j’ai le ciel et les racines…
Je ne retrouverai pas la trace des pensées secrètes de mon grand-père, les anecdotes de son récit de guerre, sa campagne dans le Nord, les différents noms des arbres et des fleurs, sa chanson Étoile des Neiges recopiée à l’encre bleu clair…
Ma plume aura beau prétendre courir comme l’alezan… Elle ne reconstituera jamais l’élan de cette écriture si déliée, si régulière, si noble, si fine…
Une écriture d’instituteur, dédiée au sens et au mouvement.

Chaque jour, je fais en sorte
que mon cahier
soit la porte
qui donne
sur ce journal intime.

Mais lorsque je m’avance sur le seuil,
il n’y a plus personne,
pas le moindre signe…
Je m’en retourne donc écrire…
Seule.

Géraldine

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La visite

Qui frappe ainsi
à la porte de mon cahier ?
Je m’approche,
regarde

par la petite fenêtre de la couverture.
C’est toi, Maman,
qui reviens comme si de rien n’était
de ton long séjour.

Je t’ouvre et,
aussi légères que ma plume,
nous longeons le corridor
de la marge.

Voilà que tu déverses
sur toute la page,
avec ta générosité
d’autrefois,

des poires rousses,
un gâteau doré sous sa mousse,
des carottes tendres,
et, pour le dîner,

une aile de poulet
dans sa sauce miroitante ;
puis, un étui de cuir
pour mes stylos colorés,

un napperon de dentelle
– île blanche sur la table noire -,
un mouchoir fleuri,
une aiguille pour recoudre les jours.

Tu sors
du profond panier de ma mémoire
tous ces présents
que je dispose avec soin

en haut, en bas,
en gauche, à droite ;
et je m’aperçois que ce rangement
est devenu un poème.

Je te dis dans la chambre
de mon cœur :
– Assieds-toi juste un instant
avant de partir !

Et nous bavardons un peu
sur le coussin bleu
d’un mot.
Aujourd’hui, c’est Espoir.

Je te raccompagne à la fin
de la dernière ligne,
ferme mon cahier
sur la goutte d’encre

ultime,
dans laquelle brille
ton silence
qui me fait encore signe.

Il n’y aura plus jamais
d’absence
puisque tu ne peux
que revenir.

Géraldine Andrée

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Actualité

Le livre Broché du Bleu de menthe du silence, édité avec le Soupir du temps, est arrivé !

À toi, ma mère

qui m’as appris à être le témoin
dès l’âge de sept ans
de la floraison
de corolles
singulières,

celles du silence,

sous la lampe du soir,
lorsque tu me lisais
à voix basse
des vers
de Maurice Carême.

Que ce recueil
aujourd’hui,
à l’heure où tu as rejoint
le silence outre-terre,
en soit le bouquet.

Géraldine Andrée

Ce recueil de poèmes rassemble des textes intimistes écrits pendant sept années, dont un qui fut unanimement primé, La Petite Chambre du Sud, et qui donna l’un de ses vers comme titre à ce recueil. Pour Géraldine ANDRÉE, écrire de la poésie consiste à « écouter le frémissement d’une aile en chaque silence ».

« Au cours de cette promenade immobile
cueillir le bleu de menthe du silence
puis converser avec la solitude
loin très loin dans la petite chambre du Sud »

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La couturière du Temps

Elles vont vite,
les mains de ma mère…
Elles suivent
un chemin de velours clair.

Voici, sous l’aiguille frêle,
une layette
ourlée de fils blancs :
j’ai deux ans.

Puis une robe de laine
bleue avec des rubans
rouges comme mes joues :
j’ai sept ans.

Les années me font grandir.
Ma mère ajuste
ma robe fleurie :
j’ai dix-sept ans.

Pour les lampes
des soirées,
ma mère coud
une robe qui scintille.

Le temps d’aimer,
de parcourir le monde,
avec une jupe qui danse
au-dessus des genoux

file tel
du vif-argent
sous les doigts de Maman.
J’ai vingt-cinq ans.

Et la pédale
de la machine à coudre
Singer,
noire de jais,

scande
les secondes.
Qu’importe
que l’ultime point

se soit enroulé
autour de lui-même
et que les doigts aient perdu
la trop fine aiguille

dans la nuit
parce que les yeux
n’y voyaient plus.
Ma mère

par la fenêtre
de ma mémoire
garde le talent
de coudre le Temps

éternellement.

Géraldine Andrée

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La fontaine de Damas

Bien que nous partions tôt le lendemain
vers l’aéroport,
nous avons voulu revoir
la fontaine de Damas.

Je me souviens
que nous avons pris un taxi dans la nuit
pour nous asseoir sur son bord
une dernière fois.

Et Elle était là, tout entourée
par les pétales d’or du soir.
Pour saisir ses astres sonores,
j’ai trempé ma main dans l’eau de la vasque.

Son chant a constellé ma paume.
J’ai promis de revenir un an plus tard.
La guerre, hélas,
m’a éloignée de ma promesse !

Beaucoup de voix se sont tues
sous les éboulis.
Je n’ai pas pu refaire le voyage.
J’ai déjà écrit des poèmes sur la fontaine de Damas.

J’en écrirai encore au fil de ma vie
car j’ai compris le miracle
qui demande à advenir
dans mon souvenir.

Certains soirs de silence,
tout entourée par les lumières de la lampe,
ma mémoire se fait vasque
d’où jaillit un poème

qui enchante l’ombre.
C’est moi qui suis devenue
la fontaine de Damas
que ma paume

retrouve intacte
dans la nuit,
malgré les astres
évanouis.

Géraldine Andrée

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Cimetière marin

Le 14 avril 1912, à 2 heures 20, après avoir heurté un iceberg, coule au large de Terre-Neuve le RMS Titanic censé relier Southampton à New York, emportant dans son naufrage 1520 victimes.

Entre le 18 et le 22 juin 2023 – soit un siècle après, avec une certaine concordance de dates à une année et deux mois près -, implose aux abords de l’épave Le Titanic, le sous-marin Titan, tuant cinq personnes.

Comme le déclare le cinéaste James Cameron, auteur du célèbre film Le Titanic, que de ressemblances entre les deux drames…

En effet, l’impréparation que cache un orgueil démesuré, la folie de l’argent, le désir d’impressionner le monde sont à l’origine de ces deux tragédies.

Quelle étrange coïncidence également entre les deux noms : Titanic et Titan !

La nature livre encore une fois une cruelle leçon à l’homme. Que celui-ci ne se lance pas à la conquête de son immensité par pure vanité car ses ambitions ne sont rien face aux impitoyables lois des éléments et de la physique.

L’endroit au large de Terre-Neuve où se sont produits les deux drames (41°46’00 nord/50°14’00 ouest) ne pardonne pas l’amateurisme et la prétention. Il punit très sévèrement l’impréparation que masquent des noms présomptueux comme Titanic/Titan ainsi que la cupidité et le goût pour l’ostentatoire.

D’aucuns disent que c’est spécifiquement à cette latitude et longitude où a sombré le Titanic que le royaume de l’Atlantide a été englouti.

Malédiction ?

Il est vrai que cet endroit posséderait toutes les caractéristiques d’un lieu mystique comme Shamballa dont on ne peut s’approcher qu’avec humilité – incluant la préparation et donc la compréhension et l’acceptation d’une force qui nous dépasse. Après tout, nous ne sommes que des mortels…

Aujourd’hui, aux 1520 victimes de 1912, il faut en ajouter cinq encore – cinq victimes dont on ne retrouve pas les corps, comme pour les victimes du Titanic.

Parmi les victimes, l’océanographe français Paul-Henri Nargeolet qui a dédié toute sa vie au Titanic, récupérant au cours de chacune de ses missions, tel un archéologue, des traces mémorielles, figées à l’instant même du drame : assiettes, divers objets tombés de leurs étagères lors de la chute du paquebot…

Il a, en outre, patiemment reconstitué le frêle fil de l’encre des lettres écrites par un amoureux à son amoureuse, préservées dans le cuir d’une valise, ainsi que les lignes des portées d’une chanson. Il a remonté vers le ciel ces histoires intimes qui, sans sa passion, auraient été condamnées à l’oubli des profondeurs.

Quelques jours avant sa disparition, Paul-Henri Nargeolet a affirmé qu’il doutait de la solidité du sous-marin Titan mais il est descendu, toujours aussi fasciné par la beauté de l’épave.

Il a désormais rejoint sa légende pour qu’enfin

« sur l’abîme, un soleil se repose.« 1

1 Paul Valéry, Le Cimetière marin

Géraldine Andrée

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Suivez l’Ariadne

L’Ariadne ajaccienne, une fleur à fleur de mer…

Parce que les lieux perdus peuvent se retrouver dans la trace que laisse l’écriture, les disparitions ne sont ni inéluctables, ni définitives.

Il est des biographies d’hommes célèbres, de stars.

Il est aussi des biographies d’inconnus qui cultivent des jardins qui ne leur appartiennent pas ; des biographies d’humbles maraîchers qui font éclore les fleurs et les fruits des autres.

Il est des biographies d’anonymes qui font advenir la terre en secret.

Il est des biographies de pays, de jardins, de feuilles, de lumières ; des biographies qui passent de bouche à oreille, de rêve en rêve et que le murmure d’une fontaine bien ancienne traverse ; des biographies de l’invisible et de l’indicible.

C’est cette biographie que je vous propose de vous faire découvrir aujourd’hui, une biographie nouvellement née de la collaboration entre Marie-Hélène Ferracci et L’Encre au fil des jours/Géraldine Andrée (Muller).

Il était une fois un jardin ajaccien dont vous pouvez suivre le fil du chant, de l’eau et de l’Ariadne ici. Souvenez-vous ! Il n’est pas si loin, ce jardin ! Il vous attend à la prochaine page !

Pour cela, suivez l’Ariadne…

Géraldine Andrée