Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie

Quelle eau êtes-vous ?

L’écriture est un courant. L’écriture coule comme le temps car chaque mot est un instant. 

Philippe Jaccottet a célébré dans sa poésie le fait que l’on prenne de l’âge en écrivant. L’écriture, certes, en même temps qu’elle nous vieillit, nous emmène toujours un peu plus loin dans notre vie.  

Comme l’eau qui ne se laisse pas freiner par une souche, une branche ou une pierre, qui les contourne en s’infiltrant dessous, en jaillissant au-dessus, en tourbillonnant tout autour, l’écriture nous aide à surmonter les obstacles, non en les supprimant, mais en les déjouant.  

Lorsque vous ouvrez votre cahier pour raconter votre peine de cœur, vous vous fiez aux mouvements plus ou moins violents de votre psyché. Au fil de l’encre, vous vous apercevez que vous n’êtes plus tout à fait le même, que vous avez dépassé votre peine. 

Vous êtes cette eau qui vous guide ; vous êtes les méandres qu’elle dessine ; vous êtes votre propre passage qui vous métamorphose. La page s’apparente au sable ou à la terre sur lesquels vous laissez votre trace. 

Imaginez : quelle eau êtes-vous ? 

Quel courant vous emporte de votre inconscient à votre conscient pour ensuite vous faire refluer de votre conscient à votre inconscient ? Quels éléments remonte-t-il à la surface ? Feuilles flétries, brindilles oubliées, cailloux polis, fétus minuscules, fleurs fanées ? A qui et à quoi l’encre sans cesse miroitante, sans cesse mouvante ouvre-t-elle la voie/la voix à fleur de papier ? 

Êtes-vous eau douce ? Cascade sautillante ? Torrent rugissant ? Fontaine chantante ? Eau des orages, des bruines, des pluies ? Eau qui clapote dans la flaque troublée par la botte ? Lac paisible qui se contente du reflet qu’il donne à voir ? Eau de la vasque qui attend que votre visage s’y regarde ? Eau câline qui coule de votre pommeau de douche pour vous purifier de toutes les vicissitudes de la journée ?  

Ou êtes-vous, au contraire, eau de mer ? Vague qui déferle sur la rive pour emporter avec elle vos châteaux de sable illusoires et fragiles lorsque sera venu le temps du reflux ? Eau salée, mordante comme les larmes ? La marée qui allie la violence de son élan à la dentelle de son écume lorsqu’elle atteint le rivage ? 

Écrivez sur l’eau que vous choisissez d’être dans votre vie. Vous pouvez alterner selon vos moments, selon vos humeurs et les périodes de votre traversée : eau douce/eau dure ; eau tendre/eau fougueuse… Dessinez par un calligramme les méandres que vous laissez sur la feuille de papier ; décrivez ce que vous emmenez et ce que vous rejetez, ce que vous emportez et ce que vous déposez. 

Vous êtes le courant de votre vie. À ce titre, vous avez du pouvoir sur vos désirs : que souhaitez-vous garder et que souhaitez-vous abandonner sur une quelconque berge ? 

Faites la liste de vos peurs et de vos rêves. Puis, imaginez vers quoi votre psyché les destine : une rive plus lointaine ou une autre embouchure ? 

Évoquez comment vous confiez les souches, les branches et les pierres à un océan – le Très Vaste, Dieu si vous préférez l’appeler ainsi. Voyez comment par votre créativité – un dessin, un poème – vous déjouez les épreuves de votre existence. 

Écrire, c’est être à la fois l’auteur et le témoin de son empreinte déposée au creux du temps. 

C’est être à l’écoute de sa Source.

Géraldine Andrée

Que l’écriture accompagne toutes les sinuosités de votre vie !
Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Le livre de vie, Récit de Vie

Tout est biographique

Je l’ai déjà écrit,

Est-ce que c’est assez intéressant ?

tout est intéressant dans l’entreprise d’écriture d’une biographie. Et pourtant, beaucoup de ceux qui veulent mener à terme un tel projet ne cessent d’être taraudés par cette question :

Est-ce que ça vaut le coup ?

Souvent, ce sont leurs proches qui, inquiets de ce qui pourrait surgir au cours d’un tel processus de métamorphose de l’être que l’écriture de soi peut déclencher, posent cette question. Ou alors, c’est la partie contrôlante de soi – l’ego comme les psychologues l’appellent, Niegel sous le nom que donne à cet ego Julia Cameron, cette instance parentale sarcastique niant la partie créative et audacieuse en soi – qui parle ainsi. 1

Oui, ça vaut le coup.

Parce que tout est biographique.

On peut écrire et on a le droit d’écrire sur la nappe à carreaux de l’ancienne cuisine, sur la pipe de Grand-Papa et la manière avec laquelle il prisait le tabac, sur le crottin que laissaient les chevaux le long du sentier, sur le tablier d’école taché de peinture, sur la bulle de chewing-gum qui s’est accrochée aux cheveux en éclatant. Un rien, d’ailleurs, est susceptible de déclencher l’envie d’écrire sa vie. Je me souviens que la réminiscence d’une lampe jaunie par l’éclat des ampoules successives m’a incitée à écrire mon premier récit intime.

Si l’on sent, malgré tout, que ça ne vaut toujours pas le coup d’écrire sur soi, on peut écrire sur la relation de soi au monde. Pourquoi ne pas écrire l’histoire de son arbre ou de son animal ?

Commencez le journal de votre arbre ou de votre plante préférés. Chaque jour, notez le changement des feuilles, la variation des couleurs, l’épanouissement ou la léthargie de ce végétal, sa croissance ou sa pleine maturité. Prenez le temps de décrire sa disparition si tel est le cas.

Jugez-vous encore que ça ne vaut pas le coup de consacrer des mots – les vôtres – à ce qui marquera toujours votre psyché, quels que soient les événements et les circonstances ?

Faites de même pour le chat ou le chien qui vous sont chers – ou encore votre poisson rouge. Comment communiquez-vous avec votre animal ? Comment jouez-vous avec lui ? Comment vous accueille-t-il ? Pourquoi ne pas écrire un poème sur son regard ? Prenez le temps d’évoquer tous les détails, jusqu’à compter les points lumineux dans ses yeux.

Souvent, l’on déclare que le projet d’écrire sa vie ne vaut pas le coup car l’on craint, en parlant de soi, de faire preuve d’un orgueil démesuré. Mais, en écrivant sur la vie de votre jardin, de votre maison – ou de n’importe quoi d’autre -, vous constatez que le Je ne prend pas autant d’importance pour lui-même. Il prend de l’importance dans l’échange qu’il entretient avec le monde. Et vous voici le porte-parole et le chroniqueur de cet échange.

Enfin, il arrive de se dire que ça ne vaut pas le coup de « raconter ça » car l’on craint de donner une image peu avouable de soi dans ces pages. Or, c’est justement ce qui n’est pas avouable qui doit être le plus avoué – non pas comme l’on avouerait une faute sous le poids de la culpabilité, mais parce que cet aveu révèle de manière intéressante l’universelle complexité de l’esprit humain.

On a le droit de réserver un livret au souvenir de ses bêtises d’enfant ou à sa dépression post-partum, son burn-out au travail, son adultère, sa jalousie… Même les sentiments obscurs ont une place sur le blanc du papier.

Mais j’écrirai ultérieurement un billet plus long sur la biographie et le tabou.

Arthur Rimbaud a attribué une grande part autobiographique à ses poèmes. Dans Les Poètes de sept ans, il a consacré certains vers à décrire l’odeur et la fraîcheur des latrines dans lesquelles il s’attardait, attiré par cette pestilence. Et c’est ce lieu bien peu social qui lui a permis de déployer son rêve de liberté dans l’écriture et toute une palette d’images poétiques comme les « lourds ciels ocreux », « les forêts noyées », « les fleurs de chair aux bois sidérals ». « les parfums sains » et « les pubescences d’or ».

Alors, oui, cela vaut le coup non seulement de décrire l’insignifiant, le caché, le discret, le muet, mais aussi ce que l’on étiquette comme « animal », « bestial » – voire « dégoûtant »,

car tout est biographique.

Et tout est biographique car tout – même ce que d’aucuns appellent « un rien » – est vivant
tant que notre mémoire vit encore.

Et le principe de la vie elle-même est d’échapper à tout jugement.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! La Bible des artistes, collection Aventure secrète
2 Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, Collection Poésie Gallimard

Publié dans Grapho-thérapie, Le cahier Blueday, Le journal des confins

Le retour

Me voici :
Je rentre
dans mon cahier
doux

et douillet
pour rêver
à loisir
et me reposer

de la Vie.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Récit de Vie

Sans titre

Je veux rendre honneur
à tous ces objets
qui accompagnent
mon écriture quotidienne :

ma vieille tasse
dans laquelle les thés
de différentes saveurs
ont laissé trace,

ma bouilloire
dont le ronronnement sûr
répond
à toutes mes questions,

mon bâtonnet
d’encens
écrivant
en silence

sa phrase
qui danse
en volute
grise

jusqu’à la page
blanche
du plafond,
et surtout

ma pierre
d’améthyste
dont les lueurs
m’inspirent

un mot de foi
à chaque fois
que j’ai noté
un mot triste…

Géraldine Andrée

Publié dans Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Récit de Vie

Le pays

Lorsque je vis si intensément que j’en oublie d’écrire, je sais que l’écriture est là, malgré tout, avec son encre à la source de qui je suis.

Et lorsque viendra le temps de me reposer, je pourrai reprendre mon cahier Blueday afin d’ajouter aux épisodes passés la goutte et la note de l’instant présent, faire paisiblement le point.

J’entrerai dans le silence de la page comme dans une maison qui m’aura attendue depuis longtemps. Chaque carreau de la ligne sera une fenêtre ouverte qui m’offrira le plus juste regard sur le monde.

L’écriture est ce pays où je reviens toujours après avoir vécu.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Le livre de vie, Récit de Vie

Le témoignage

Plus que des événements
la biographie peut être
le témoignage
du souffle du vent

qui mélange
les couleurs
de la colline
à la fenêtre

de jadis
demeurant
ouverte
aujourd’hui

et elle peut laisser
pour ciel
une page
aux ailes

de la mésange
recueillie pendant l’enfance
et qui prête
son bleu à l’encre

en chemin

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Le livre de vie, Récit de Vie

Pourquoi écrire sa biographie ?

  • Pour laisser une trace à ses proches, ses descendants, léguer un patrimoine spirituel, donner en guise d’héritage le bien le plus précieux : qui l’on a été au cours de sa vie, ce que l’on a ressenti, aimé, pensé, éprouvé. Faire de sa vie écoulée un présent. C’est le motif le plus répandu.
  • Retrouver le passé et l’actualiser avec les détails les plus fidèles. Il s’agit, alors, d’un acte de foi envers sa mémoire. On fait confiance au processus des souvenirs – y compris les plus enfouis – qui permettent de ressusciter son histoire. Prendre sa revanche sur ce que l’on croyait à jamais écrit : l’oubli.
  • Se réhabiliter aux yeux de quelqu’un. L’inviter à comprendre les motivations qui nous ont poussés à agir ainsi et solliciter, peut-être, son pardon. S’apercevoir que l’on est, sans doute, ni pire ni meilleur qu’un autre et que ces défauts pour lesquels on endure tant de culpabilité sont le signe de notre appartenance à l’humanité.
  • Tracer le chemin qui nous a menés vers notre résilience. Voir comment l’on a métamorphosé les épreuves et donc, comment l’on s’est transformé, soi. On développera par ce biais un sentiment de fierté.
  • Se délivrer d’un événement qui nous hante encore. Lorsque cet événement a surgi de manière imprévisible dans notre vie, il était si violent qu’il était indicible. Reprendre par les mots cette maîtrise sur son destin que l’on avait perdue. Créer une distance temporelle nécessaire entre le Moi et l’événement pour parvenir à le relativiser ou, du moins, faire en sorte qu’il ne nous touche plus autant. Se séparer de la vision fragmentée que l’on avait de soi et reconquérir, dans la vision de son livre de vie relié, une meilleure unité narcissique, indispensable à l’épanouissement personnel.
  • Tenir à nouveau le fil da sa vie : au fil de l’encre, repérer les répétitions, les patterns qui ont entravé notre bonheur ou notre évolution personnelle afin de s’en libérer.
  • Revivre des moments heureux et voir que ce bonheur a souvent dépendu d’un lieu, d’une époque, d’une personne. Serait-on le même aujourd’hui si l’on n’avait pas eu cette chambre, cette grand-mère ? Ce jardin n’a-t-il pas développé l’espoir en la réalisation de nos rêves ? Cultiver la gratitude envers tout ce que la Vie nous a déjà offert, c’est se créer une vie meilleure.
  • Redonner du sens et de l’importance à un détail, du signifiant à ce que l’on croyait jusqu’ici banal et insignifiant : on mesure alors combien une odeur, la couleur d’une journée, une chanson particulière font partie de notre construction intérieure. La chanson Diabolo Menthe d’Yves Simon – entendue à la radio – m’a encouragée à reprendre mes carnets secrets au sortir de l’adolescence où j’avais commencé à douter du pouvoir de l’écriture. Il a donc suffi d’un rien – une chanson diffusée par hasard et que j’ai entendue au bon moment – pour m’empêcher d’abandonner l’écriture.
  • S’apercevoir que l’on est riche de tout ce que l’on a vécu et que c’est cette somme d’expériences qui forme le matériau d’une écriture vivante. Sans aucun orgueil de notre part, donner une forme de pérennité à notre passé afin que notre vie personnelle ait des échos universels. Telle ou telle épreuve, en effet, peut aider quelqu’un d’autre à triompher de ses propres difficultés. Parvenir à toucher une seule personne, c’est immense, c’est Tout.
  • Mieux vivre le présent : ici et maintenant. Comme notre histoire, longtemps restée silencieuse à l’intérieur de soi, a été extériorisée sur le papier, on devient ainsi qui l’on est vraiment. On ne se laisse plus avoir par de fausses images ou de fausses croyances sur notre être. On a accompli une sorte d’exorcisme qui nous a délivrés des sortilèges – c’est-à-dire des schémas qui nous empêchaient d’exister vraiment. J’ai connu cette satisfaction après avoir achevé mon roman Le Grand Retour. Enfin, j’étais sortie de l’emprise d’une histoire d’amour dont je n’avais pas vraiment fait le deuil, même vingt après. J’avais quitté pour toujours la maison blanche.

Tout cela pour vous dire ceci :

Parce que l’on a écrit notre vie, on peut Vivre !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de silence, Récit de Vie

Le cahier neuf

Cette excitation, toujours, quand j’achète un cahier neuf…
Je caresse son papier comme jadis, je prenais plaisir, enfant, à passer ma main sur la neige fraîche.
Et, avant même de me présenter à la caisse,
je joue à deviner les mots qui vont apparaître,
à fleur de page,

ces mots qui percent déjà
le blanc de tout cet espace,
avant qu’ils n’éclatent en phrases,
car ils ont la patience secrète
des perce-neige.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Récit de Vie

Sans titre

Il faudra que j’écrive, un jour, sur tous les actes que j’accomplis alors que j’écris, que j’en fasse la liste :

poser ma plume et aller me préparer un café, vérifier si la brèche dans la toiture ne s’est pas aggravée, décrocher le téléphone qui sonne, ouvrir la porte au chat qui miaule, combler d’autres brèches – psychologiques, émotionnelles – créées par les demandes d’autrui ou les exigences des choses quotidiennes,

puis retourner à la légèreté de ma plume, reprendre la temporalité hors du temps de mon récit, m’envoler même si je suis toujours présente – Oh ! Ne pas partir très loin ! Juste dans le ciel de la page !

Il faudra que je réponde, un jour, à cette question :

L’écriture s’intègre-t-elle à la vie
ou la vie s’intègre-t-elle à l’écriture ?

Peut-être qu’il faut que je vive et que j’écrive encore,
que j’écrive et que je vive encore,
pour noter une réponse dont je sois sûre…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de silence, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies

Retrouvailles

J’ai relu le journal intime que j’ai tenu dans l’ancienne maison.
J’ai été surprise par l’encre toujours bien nette, toujours bien vive
de mes phrases
et j’ai retrouvé comme de vieux amis
des mots comme « véranda », « platane, « chat », « jardin »,
des expressions aussi telles que « l’heure mauve dans ma chambre », « l’aube aux lisières »,
alors que toutes ces choses ont disparu depuis longtemps
et qu’il ne subsiste aucune preuve de leur existence,
sinon la trace de leur passage dans la neige éternelle de la page
et qui me mène à un espace de silence
que je me crée dans le temps d’aujourd’hui
pour mieux me souvenir…

Géraldine Andrée