À la fin de ma vie,
je veux me dire :
« J’ai passé ma vie
à écrire des vies,
à faire de chaque
passage
d’un homme
dans le temps
une trace
qui chemine
dans le silence
laissé après lui. »
Géraldine Andrée
À la fin de ma vie,
je veux me dire :
« J’ai passé ma vie
à écrire des vies,
à faire de chaque
passage
d’un homme
dans le temps
une trace
qui chemine
dans le silence
laissé après lui. »
Géraldine Andrée
C’est par les mots
que j’entre désormais
dans la chambre
de l’enfance
Je pense
que la littérature existe
car elle est la seule certitude
de retrouver ce qui a disparu
Géraldine Andrée
La nouvelle année commence ! C’est le moment d’écrire des résolutions pour accomplir ce que l’on n’a pu accomplir l’année précédente, parce que l’on est insatisfait des résultats, parce qu’il faut toujours se lancer dans de nouveaux challenges, se défier, être en compétition avec soi-même.
Ces résolutions, souvent notées dans un calepin tout neuf, seront certainement vite abandonnées par lassitude, manque de temps, d’investissement sur la durée ou de conviction…
Et si l’on ne notait qu’une seule résolution cette année,
Être ?
À partir de ce seul verbe, faire une petite liste – sous forme de bullet-journal, pourquoi pas… – des activités qui nous invitent à Être.
Comment les reconnaître ?
Ce sont les activités où vous oubliez votre mental, où vous cessez de planifier, de contrôler, où vous abandonnez toute obligation de performance.
Pour moi, c’est
Et vous ? Promettez-vous, ou plutôt, permettez-vous de choisir un item de votre liste et d’y être fidèle une fois par jour.
Décidez d’être qui vous êtes quelques instants, chaque jour, loin des conventions, des obligations que vous imposent les autres et des masques sociaux (sans mauvais jeu de mot).
C’est largement suffisant pour tout un an !
Géraldine Andrée
Laissez une trace de chaque jour qui passe.
Sur votre carnet de bord, collectez tous les menus détails, y compris ceux que vous jugez les plus anodins car c’est souvent l’insignifiant qui fait signe plus tard. On associe toujours à une époque ou à un événement une musique, un parfum, une lumière qui prennent parfois plus de place dans la mémoire que l’événement lui-même.
Notez sans vous soucier de votre syntaxe, sous forme de phrases concises, fulgurantes, incandescentes ce qui vous a marqué aujourd’hui (et n’oubliez pas : on est toujours aujourd’hui).
Jane Birkin, dans son journal adressé à sa peluche Munkey, écrit tout ce qu’elle a vécu sans se soucier de savoir si c’est important ou pas. De sa promenade à la plage, elle raconte qu’elle a trouvé une grosse balle de plastique jaune sous le sable et qu’au retour sa montre n’était pas à l’heure, reprenant ainsi les paroles de sa sœur Linda :
« Ce n’est pas moins vingt-cinq ! »1
Autant de menus clichés que permettent les mots et qui donnent à chaque jour sa singularité avec une touche humoristique, par exemple.
Faites, comme Dominique Loreau le conseille, des listes de vos accomplissements ou de vos projets immédiats ; des listes de saveurs, de couleurs, de musiques, d’odeurs et de textures quotidiennes. Qu’à chaque journée corresponde sa notation sensorielle. 2
Vous trouverez pour vous aider des cahiers présentés sous le principe du bullet-journal qu’il vous est possible de confectionner vous-même. Une notation ou une action correspondent à une pastille de couleur.
Vous pouvez tenir aussi une forme de journal de bord avec le carnet de croquis : dessinez le hall de gare, la salle d’attente, le café et sa banquette. Vous serez à la fois l’auteur et le spectateur de votre existence. Composez un air de musique quotidien si le cœur vous en dit.
Laissez votre trace en hommage à la Vie qui passe.
L’Encre au fil des jours prend quelques jours de pause. Mais je reviendrai pour l’année nouvelle, riche d’autres articles, d’autres vidéos et d’autres expériences d’écriture.
Je vous souhaite une belle fin d’année à écrire et…
À bientôt !
Géraldine Andrée
1 Jane Birkin, Munkey Diaries, collection Le Livre de poche, p58
2 Dominique Loreau, L’Art des listes : Simplifier, organiser, enrichir sa vie, éditions Marabout
Dans cette vie, j’écris.
J’avance au fil de l’encre.
Dans une autre vie,
je confectionnerai des cahiers.
Je coudrai des pages
toutes ensemble
avec des fils
presque invisibles
pour que les autres
retrouvent
en ces feuilles reliées
le fil de leur vie.
Géraldine Andrée
tu réunis
toutes
les feuilles
de ma vie
comme
le blanc
printemps.
Géraldine Andrée
J’écris comme je prends un train dans la nuit.
Je m’avance quand une lueur éclaire la ligne…
Puis, je m’assois au plus près
de la page bientôt couverte d’encre noire,
fenêtre à travers laquelle je vois défiler des noms
qui sont chacun une destination
que je dépasse…
Je franchis des frontières invisibles,
des limites que j’ignore,
des terres obscures,
des constellations de lumières
éphémères…
Je me penche sur des bords inconnus
qui défilent
à une vitesse
qu’une autre force
plus puissante
que mon désir
décide.
C’est souvent au petit matin
que j’arrive à ce point ultime
qui me fait signe,
telle une étoile,
et qui m’incite
dans son pâle espace
à ne pas aller plus loin.
Alors, je me résous
à vivre
là où je suis,
à m’arrêter
pour un temps
là où j’en suis,
à poser mon regard
sans jugement
sur le jour blanc
qui m’invite
à percevoir
une autre vérité
dont le mystère
s’atténue.
Mais je ne renonce pas
car je sais
que plus tard,
quand l’heure
sera venue,
j’écrirai
comme je prends
un train dans la nuit.
Géraldine Andrée
J’ai souvenance
du bleu
que la neige
me révélait
lorsque mon pas
posait son empreinte
sur le chemin noir
du soir
Aujourd’hui
mon encre
a le même reflet
que la neige
de jadis
quand
j’écris
dans la nuit
Géraldine Andrée
Le plaisir
de traverser la forêt
puis de rentrer,
d’ouvrir son carnet,
et, les doigts encore transis,
de noter
tout ce que l’on a rencontré,
l’animal errant,
la brindille,
la tige dépouillée
et la trace de son pas tranquille
dans la terre mouillée.
Géraldine Andrée

Je suis fière de tenir un journal depuis mon adolescence, d’écrire tout ce qui m’arrive.
Je me vois offrir par la page un contour, un territoire, une existence comme lorsque, si discrète et effacée à l’âge d’onze ans, j’ai sorti du buisson et pris fermement entre mes mains ce chaton sauvage que toute la famille a ensuite adopté.
J’éprouve le même sentiment de force, d’influence sur les événements car j’ai le pouvoir de saisir et de tenir avec certitude la vie grâce à mes mots, comme le petit chat d’autrefois.
Géraldine Andrée