Publié dans Au fil de ma vie, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture, Poésie-thérapie

Sans titre

J’écris parce que je suis attendue quelque part
au bord d’un quai noir qui longe le paysage de neige
au détour d’un chemin qu’enjambent des broussailles
dans un jardin de roses en Chine
dans le dédale de ruelles provençales qui s’entrelacent comme des danseuses devant la fontaine de marbre
à fleur de mer cette corolle ouverte sur le soleil
à l’hôtel de la Plage pour une nuit ardente chambre 44
à travers le reflet tremblant d’un lac de Norvège
sur un tapis de mousses si rousses sous l’averse
au coin du feu bien à l’abri des autres
dans un regard qui s’attarde sur mon épaule dénudée

J’écris parce que je suis attendue quelque part

à un certain épisode de mon histoire quand je laisse le temps courir
dans la rencontre entre deux étoiles prévue par l’univers depuis des millénaires
le plus près possible du point scintillant de l’azur à l’approche de midi
au lever de la lune sur la page
lors d’une chaude après-midi d’été que constellent les gouttes de l’arrosoir
dans les zébrures du soleil que dessinent les fentes des persiennes et c’est toute une savane de lumière qui m’est offerte
à l’aube quand l’ombre flâne au creux d’une hanche
sous le souffle suspendu de l’amant
lorsque le crépuscule de cinq heures dore les franges de l’abat-jour
de virgule en virgule pour atteindre la crête de la phrase qui s’élance plus loin

Qui peut donc bien m’attendre dans cet espace-temps débordant de toute marge surlignée

Un ami de toujours
Un aimé durant tant de vies passées
Une mère de cœur
Une sœur d’âme
Un frère mon flambeau jumeau
Une tige d’allégresse
Le visage d’un aïeul qui s’anime au rythme du battement de ma bougie
Le rire d’une jeune nièce
Un pas derrière la cloison
Les mots devenus paupières entrouvertes sur l’infini

Une voix qui me dit

Te voilà Je n’y croyais plus Je t’ai attendue si longtemps en quête d’un signe que je confondais avec la lueur d’un phare ou un clignotement de guirlande
J’ignorais que tu représentais autant pour moi
Quelle majuscule tu es

Je le sais maintenant

La vie est une phrase qui se poursuit de l’autre côté

J’écris pour que quelqu’un m’espère quelque part
lorsqu’il n’y a plus personne
ou plus rien à attendre
ici

Géraldine Andrée

Publié dans Bullet journal, Collections de l'esprit, Créavie, Poésie-thérapie

Dix petits luxes

  • Rentrer dans une librairie pour se protéger de la pluie et acheter un recueil de poèmes qui était bien caché au coin d’une étagère
  • Trouver la feuille du dernier été sur la marche de l’escalier, encore verte comme si elle était vive
  • Laisser infuser lentement le thé et y voir descendre le rayon de la lampe
  • Allumer de l’encens à la sauge pendant la lecture
  • Visiter un ami et repartir avec une belle courge rousse et ronde « qui vient de son jardin »
  • Écrire ses pages du matin dans le calme pour y mirer ses pensées
  • Prêter attention au reflet du ciel dans la flaque de la dernière averse
  • Déboucher une bouteille d’eau de rose, l’approcher de son visage et se croire à nouveau en vacances, de retour de la plage
  • Se dire « Pourquoi pas ? » quand on ose rêver grand
  • Observer sa main posée sur le cahier encore fermé, détailler les stries de ses ongles, les plis de ses phalanges et se dire qu’avec ses os et sa peau, l’on vient de la vaste matière stellaire qui compose l’univers ; griffonner quelques vers sur cette méditation tout en sachant qu’on ne les publiera pas, parce qu’il est bon parfois de ne faire les choses que pour soi

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Histoire d'écriture, Je pour Tous, Récit de Vie

L’événement intérieur dans une autobiographie

Comment prendre conscience de l’histoire qui se raconte en nous ?

Publié dans Au fil de ma vie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Je pour Tous, Récit de Vie

Avoir son année

Le succès de la Vie consiste à prendre du plaisir !

Je me souviens de cette difficile année 89. Malgré un travail acharné, je ne récoltais que des notes médiocres.

Je ne savais pas pourquoi j’entreprenais des études si difficiles, pourquoi je me maltraitais tant à vouloir prouver à ma famille que j’étais la meilleure, pourquoi je m’efforçais à être excellente pour ma mère.

Incertaine « d’avoir mon année » comme on dit en langue estudiantine, je me suis dit, un soir d’hiver, en allumant la lampe de ma minuscule chambre sur l’un de mes cahiers noircis :

– Faute d’avoir une réponse à mes problèmes, je vais prendre du plaisir, profiter de chaque instant de mon existence et tant pis pour mes échecs !

Je ne me dépêchais plus autant pour rentrer après les cours. Je me donnais le temps de flâner devant les vitrines éclairées de Noël ; j’appréciais le halo blanc du froid que mon souffle déployait comme une corolle autour de mes lèvres, la douce laine de mes gants et de mon écharpe, mon parfum de pêche Eau Jeune offert par mon oncle et dont je déposais du bout de mon index trois gouttes sur mon col chaque matin avant de fermer mon cartable, le croissant chaud aux amandes que je m’achetais en sortant de mon module de dix heures et dont les miettes dorées tombaient sur mon manteau…

En prenant simplement du plaisir, j’ai lâché prise sur l’envie féroce de réussir ; j’ai goûté le chemin en abandonnant toute velléité de contrôle ; j’ai étudié avec plus de légèreté, de détachement et – vous savez quoi ? –

J’ai eu mon année !

C’est ce que je vous souhaite, ce que je me souhaite aujourd’hui alors que toutes nos certitudes s’effondrent et que le monde semble se dérober sous nos pieds, nous plaçant devant des challenges de plus en plus complexes pour notre avancement :

Avoir toutes nos années de vie parce que l’on aura profité de chaque instant où l’on est vivant !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, Poésie

Le poème n’est pas fini

Le poème n’est pas fini :
il manque encore
les points de suspension
au feutre d’or,

ces trois frêles
poussières
d’étoiles,
pour qu’il devienne

un météore
qui traverse
le silence
– ce ciel immense…

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie-thérapie

Sans titre

Retrouver ma place
sur la page
Me transfuser avec le sang
bleu de l’encre

Reprendre corps
dans un poème
qui se déhanche
vers la lumière

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La couturière du Temps

Elles vont vite,
les mains de ma mère…
Elles suivent
un chemin de velours clair.

Voici, sous l’aiguille frêle,
une layette
ourlée de fils blancs :
j’ai deux ans.

Puis une robe de laine
bleue avec des rubans
rouges comme mes joues :
j’ai sept ans.

Les années me font grandir.
Ma mère ajuste
ma robe fleurie :
j’ai dix-sept ans.

Pour les lampes
des soirées,
ma mère coud
une robe qui scintille.

Le temps d’aimer,
de parcourir le monde,
avec une jupe qui danse
au-dessus des genoux

file tel
du vif-argent
sous les doigts de Maman.
J’ai vingt-cinq ans.

Et la pédale
de la machine à coudre
Singer,
noire de jais,

scande
les secondes.
Qu’importe
que l’ultime point

se soit enroulé
autour de lui-même
et que les doigts aient perdu
la trop fine aiguille

dans la nuit
parce que les yeux
n’y voyaient plus.
Ma mère

par la fenêtre
de ma mémoire
garde le talent
de coudre le Temps

éternellement.

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Récit de Vie

Liberté

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Une bouchée

Une bouchée pour les étoiles ces aiguilles renversées sur le tapis du ciel
Une bouchée pour le tissu de la nuit
Une bouchée pour l’ultime fleur de la saison accrochée à tes mèches
Une bouchée pour le souvenir des algues que tu cueillais à fleur de vague
Une bouchée pour le miroir de ta jeunesse
Une bouchée pour la lumière du jardin par la fenêtre de ma mémoire ouverte sur ton regard
Une bouchée pour ce fil invisible que tu tiens encore entre tes doigts au repos
Une bouchée pour ton dé en argent qui luit quelque part dans l’ombre d’une armoire
Une bouchée pour la mie de tous les gâteaux d’enfance qui ont doré dans ton four
Une bouchée pour l’encre qui t’est consacrée ce jour

Que chacun de mes mots
soit la bouchée
qui te donne l’envie
de revenir
juste
pour l’instant
où je les écris
à la vie

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Le poème est une femme, Méditations pour un rêve, Poésie, Poésie-thérapie, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Je me détache comme une feuille