Il y aura toujours
une place
sur la fenêtre
de la page
pour une paillette
une étoile
la note
d’une cloche
une touche
de couleur
une goutte
de gouache
que je dédie
au rire
de la fillette
intérieure
ANdrée GEraldine
Il y aura toujours
une place
sur la fenêtre
de la page
pour une paillette
une étoile
la note
d’une cloche
une touche
de couleur
une goutte
de gouache
que je dédie
au rire
de la fillette
intérieure
ANdrée GEraldine
Tu te penches
sur le berceau
de feuilles
Patience
Le poème
naîtra
bientôt
Géraldine Andrée
Ce poème existe
Même allant à cloche-pied
il veut être aimé
Géraldine Andrée
Le vrai luxe, c’est de “créer” sans se soucier de “produire”, de “montrer”. Écrire, dessiner, peindre, chanter gratuitement, sans intention autre que celle d’écrire, de dessiner, de peindre, de chanter. Faire de la création un processus, un chemin le long duquel la destination n’importe pas.
Pour moi, c’est
pour le plaisir, juste pour le plaisir d’”être” en “créant”. Je crois qu’à ce moment-là, c’est moi qui deviens l’œuvre accomplie et que tout ce que je crée me regarde exister.
Géraldine

L’encrier est sec
Elle puise dans son cœur
un peu de couleur
et fait vite éclore
une goutte qui subsiste
en son souvenir
pour que le dessin
existe dans son regard
Puis elle se dit
La fleur du silence
me regarde sur la page
Me voilà parfaite
©Géraldine
Tu as les doigts tachés d’encre
Preuve que tu as écrit
ta vie
jusqu’au point
initial
de ta naissance
Mais as-tu souvenance
de cette enfant qui joue
avec tous les tubes
de gouache
un après-midi
de dimanche
puis qui se frotte
la joue
comme si c’était une page
blanche
à colorier
beaucoup ?
Géraldine
Mon mot à moi c’est
Grain
J’ai un grain qui roule dans la tête et qui me presse de commencer mon œuvre
la foi grosse comme un grain de moutarde quand j’écris le matin pour personne pour rien
Je me souviens du grain de beauté sur le cou de mon premier amour sur lequel j’ai déposé un baiser juste avant son départ pour l’Angleterre
Dans ma mémoire les rires de l’enfant qui aurait pu naître courent encore tout derniers grains d’or
Pourtant le grain est toujours promis à la fleur
Un grain suffit pour annoncer une bonne récolte
Tels sont les grains que je sème sur le chemin de ma phrase Petite Poucette qui ne veut pas se perdre trop loin
Je continue ainsi mes prières j’égrène les mots de ce chapelet secret qu’est mon poème afin qu’un sourire revienne
ou qu’une lueur aussi frêle qu’un grain de riz apparaisse dans les yeux des passants que je croise
Il y aura jusqu’à mon souffle ultime la souvenance des innombrables grains des secondes de mon enfance qui tintent dans le soleil de la maison disparue
Et je lève la tête pour remercier mon étoile ce grain éternel au milieu du champ de la nuit J’ai le don de retenir ce qui s’enfuit
L’écrivain croit en l’espérance du grain qui meurt
S’il meurt c’est pour laisser la place à ce qui se cueille se recueille
Ce grain égaré sur la terre ce fut moi Mais je me suis élevée dans la lumière
Je vous rejoins sur ce point Monsieur André Gide Un grain ne meurt pour grandir seul car c’est dans la solitude que l’on grandit et bien plus encore que l’on mûrit
Voici donc le fruit de moi-même
J’en veux pour preuve le grain de ma peau qui a rendez-vous avec le grain de la page Qui touche ainsi l’autre au point du jour
Maintenant je prends le temps de contempler un grain après l’autre dans le sablier renversé
Je ne fais plus d’un grain de sable une montagne parce que tout s’évanouit la montagne elle aussi s’érode
Les grains de la terre se dispersent Il faut accepter d’être le souffle et le grain c’est-à-dire l’auteur et le témoin de son effacement admettre que des grains de poussière recouvrent notre trace inexorablement
Il y a aussi un mot que j’aime
Silence
Il me permet d’entendre
le si petit crépitement
des grains qui tombent
de la paume
de ma main
dans la profondeur
infinie
d’un panier
singulier
C’est cela
écrire
c’est tresser
le panier
du silence
pour tous ces grains
oubliés
que je rassemble
et que je verse
en son cœur
d’osier
car je sais
qu’ils n’ont pas pu germer
faute de chance
Mais ils sont là
pour donner
à mes rêves
d’écriture
future
de la présence
qui les pousse
vers le jour
à point nommé
Géraldine

L’encre transparaît
sur la page retournée
Écrire toujours
au-delà
Géraldine
Écrire sur l’épaule de l’ami
dans le sable à fleur d’écume
dans la terre d’automne
dans le limon que la rivière charrie
sur la toile d’araignée étoilée de rosée
au cœur de la mousse qui recouvre les racines
au milieu des cendres de l’encens consumé il y a un instant
entre les plis du drap que la main du plaisir a froissé
dans la neige que balaie le vent
dans la poussière du chemin après la course des enfants
sur les feuilles qu’un souffle disperse aussitôt
sur ce halo de buée au centre du carreau
dans l’argile que pétrissent ensuite les doigts rapides de l’artiste
Écrire pour être le témoin de son propre effacement
Écrire pour dire la disparition de cette trace
puisque personne ne s’en souviendra
Éprouver ce qui se murmure
dans le cœur des moines tibétains
qui éparpillent au loin
d’une simple foulée
leurs mandalas
qu’ils ont constellés
heure
après heure
de coquillages
de perles
de pétales
et de couleurs
Écrire pour redonner
tout le silence
à l’univers
tout l’univers
au silence
qui a toujours été là
bien avant
le mouvement
de nos lèvres
Géraldine
Pourquoi mettre un titre à un poème
Pourquoi des rimes
Pourquoi un rythme défini
Moi je souhaite
que mon poème soit léger
tel l’oiseau qui vient se poser
sur le rebord de ma fenêtre
puis qui repart
Qu’il roule comme une feuille
sur le chemin du retour
puis qu’il s’évanouisse
aussi vite qu’il m’a frôlée
Pourquoi ponctuer un poème
Pourquoi des strophes
Quand le vent joue
par intermittence
il fléchit les herbes
qui ne deviennent
qu’une succession
de virgules
qui tremblent
juste avant qu’elles ne se redressent
et qu’elles ne ploient
dans l’autre sens
virgules à l’envers
virgules si souples
qu’elles s’enlacent à son souffle
C’est ce que je veux pour mon poème
un frémissement
un simple soupir
entre deux instants
Le laisser palpiter
et quitter
le cadre de la feuille
pour qu’il ne reste que le blanc
vierge de l’espace
qui accueille
son point de fuite
minuscule
libellule
Géraldine Andrée