
Laura m’a dit que l’écriture venait de la rosée.
Mais lorsque les premiers mots brillent à l’aube
Sur la feuille devant moi,
Je crois
Que la rosée
Vient de l’écriture.
Géraldine Andrée

Laura m’a dit que l’écriture venait de la rosée.
Mais lorsque les premiers mots brillent à l’aube
Sur la feuille devant moi,
Je crois
Que la rosée
Vient de l’écriture.
Géraldine Andrée

Je me souviens
De cet oiseau
Qui s’était fracassé
En plein vol
Contre la fenêtre
De la véranda
De mon enfance
Et qui était retombé
La nuque raide
Sur la pierre
Avec mon cahier
J’entrouvre ses ailes
Avec mon encre
J’efface le sang
De sa gorge
Avec ma feuille
A4
Je lui redonne
Une place
Sur l’arbre
Avec ma phrase
Je fais couler
Son chant
Vers l’infini
Depuis l’embouchure
De son bec
Avec ma plume
Je lui offre
Le ciel
L’oiseau n’est pas mort
Il s’est envolé
Dans les mots
Géraldine Andrée
La nuit, tu peux partir loin,
loin des régiments, des règlements, des jugements.
La nuit est en elle-même
un voyage.
Souviens-toi.
Oui.
La route dans la nuit.
De part et d’autre,
le sable brillant
comme du mica sous la lune,
des points d’herbe jaunie
que désignent
les yeux des étoiles.
Visions fugaces,
si vite évanouies
mais que tu gardes sur la rétine,
tel un signe
qui te guide.
Et dans tout l’habitacle,
la playlist d’Enya
– Celts, Aniron, Paint the sky with stars -,
infinie.
Combien de temps durera le voyage ?
Comment savoir ?
Le temps ne signifie rien,
car seul importe ce fragment de route
qu’éclairent les phares,
pour cette seconde,
cet instant
seulement.
Tu ne vois la route qu’en la traçant.
La destination ?
On verra plus tard.
Voici le ruban du voyage,
déroulé d’une lueur
à un accord,
d’une note
à un silence,
avant que le morceau
ne reprenne
sur la plage trois.
La nuit est un temps
dans l’espace,
un espace
dans le temps.
Nous arrivons à la baie
quand
l’aurore se répand
dans le ciel
comme un encrier
d’enfant.
Perclus de fatigue,
ivres de route,
d’inconnu,
de musique.
Étourdis par le ronronnement
du moteur
qui s’arrête soudain.
Perdus,
un peu étonnés
d’être au bon endroit.
Figés
dans un vertige
qui continue
à nous faire
tanguer
à travers
sa spirale.
Chancelants
comme si nous nous trouvions
au bord du vide.
Devant nous,
la marina,
immense
corolle blanche
épanouie
sur la taie
de l’azur.
La visière
de nos mains
sur nos paupières,
éblouis
par le dard du soleil
déjà vif,
nous croyons rêver
ce paysage.
Mais la mer est bel
et bien là,
bordée
de part et d’autre
de terrasses blanches,
dans le silence
translucide
du ciel.
Et notre voyage de nuit ?
Il n’est plus qu’une ligne temporelle
qui tremble
et qui s’efface
au loin.
Peut-être est-ce depuis
ce long voyage
que j’ai pris l’habitude
d’écrire de nuit.
Parce que je sais,
seule, à bord
de mon cahier d’or
qu’un mot,
parfois,
me sépare
de l’infini.
Géraldine Andrée
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Et te dire
Le souffle de l’encre
La respiration de toutes
ses touches
Le bleu halète
en touchant la page
Le rouge puise
dans ses profondeurs
un cri d’enfant
Le jaune geint
sur ton lit de feuilles
Le vert égrène
ses soupirs
dans la marge
que tu nous laisses
Le mauve se pose
sur ta langue
pour inspirer encore
un mot
avant de faire silence
Le brun hoquette
car il sait combien
un simple poème
te bouleverse
Le noir expire
des étoiles
puis les disperse
de son haleine
sur la terre
entière
et le blanc
le blanc se suspend
dans ta bouche ouverte
pour accueillir
le souffle d’une encre
à inventer
et que ton regard
espère
attend
depuis si longtemps
de reconnaître
Géraldine Andrée
J’ai souvent écrit :
« J’écris pour laisser une trace. »
Aujourd’hui,
je crois qu’après avoir été témoin
du reflet
de la flamme
évanescente
de ma bougie
dans chaque mot
qui sèche,
j’écris pour laisser briller,
après m’être endormie
loin, très loin,
au large du silence,
le souvenir
de cette lueur
évanouie
dans un point
voguant
sur l’encre
de la nuit.
Géraldine Andrée

Où s’en est allée la rosée
sur les feuilles de menthe
Je cherche ses points
depuis ce matin
et je me demande
si je ne l’ai pas rêvée
comme autrefois
quand j’emportais
des étoiles
en me rendormant
Reviens
reviens vers ton regard
derrière la taie
de tes paupières
retrouve le premier
émerveillement
de l’enfant
qui rentre à la maison
avec sa corbeille de prunes
cueillies
en catimini
quand tout le monde
sommeille
encore
Reviens à cette solitude
qui te murmure
Souviens-toi
Tu écris de la poésie
parce que tu n’es pas de ce monde
Reviens vers les voix
qui s’entrelacent
tissent leurs nids
pour que tu puisses
y trouver
refuge
dans l’exil
Reviens au premier mot
du jour
ce nombril
relié
au cordon de
l’encre
dans lequel
tu entends
la pulsation
du temps
Reviens
à la veine
du poème
qu’irrigue
ton sang
Reviens
à ce bourgeon
qui vibre
palpite
annonce
la fleur
sans qu’aucune
prophétie
soit nécessaire
La rosée
effacée
est toujours
présente
dans la lumière
qui déploie
sa voilure
sur la terre
Fais crépiter
le papier
comme ces branches
que le bras du promeneur
écarte
Humecte ta bouche
La rosée point
dans la salive
d’un mot
d’encouragement
que tu prononces
en traçant un sentier
pour ce vers
qui traverse
seul
pieds nus
la page
déserte
Remonte
à la source
qui est partout
y compris
chez toi
dans le cri
de ta gorge
qui jaillit
sur le blanc
et qui multiplie
ses gouttes
de silence
en silence
La source est surtout
en toi
Écris
écris encore
comme on frappe
des pierres
entre elles
jusqu’à l’étincelle
qui t’arrachera
des larmes
de joie
Récite
alors
à voix haute
l’histoire que tu avais confiée
à la nuit
jusqu’à ce que la sève
remonte
dans ton corps
explose
sur ta bouche
Sens-toi devenir
tige
vertige
déplie-toi
dans l’attente
du jour
Il y aura toujours
un poème
une constellation
dans le jardin
de tes mains
si tu le veux bien
Tu es toi-même
ce point de rosée
sur lequel se penche
l’enfant
qui n’aura pas oublié
son rêve
tant que tu écriras
à l’aube
Géraldine Andrée
Toute petite, je me demandais souvent :
D’où vient la lumière ?
Une voix secrète me formulait une réponse dont je n’étais jamais vraiment certaine :
De l’œil du chat ?
D’une bulle de savon ?
Du mariage entre la feuille et le vent ?
Du crissement du sachet de friandises ?
D’une rédaction bien écrite ?
Plus tard, j’appris que la lumière était une vibration, une énergie démultipliée, émise par le soleil et que, même si elle descendait dans l’eau, elle ne se dissolvait pas, elle s’élargissait en une corolle qui enveloppait tous les joncs, les nénuphars, les saules, mon visage penché sous l’ondulation de mes cheveux.
Elle créait un reflet complet des êtres et des choses qu’aucun remous n’effaçait tant que la lumière durait.
Réflexion… Vision… Miroitement…
Je me délectais de ces mots. Mais, comment la lumière qui venait de si loin, des confins du ciel, pouvait-elle me trouver, moi, ce tout petit point presque invisible sur la page du monde ?
Comment repérait-elle ma main, mes cheveux, mes prunelles à travers lesquelles elle se contemplait pour illuminer ensuite mon sourire ?
Comment la lumière savait-elle que j’existais, moi qui me croyais aussi insignifiante qu’une frêle sauterelle qui disparaît dans la nuit verte de l’herbe ?
Et lorsque je n’y voyais plus, que ma lampe de chevet s’éteignait à fleur de mon sommeil, que je fermais les yeux,
cela signifiait-il
que la lumière ne me regardait plus, qu’elle m’avait quittée des yeux,
oubliée, perdue ?
Pourtant, je gardais longtemps derrière mes paupières l’éclat des lampions de la soirée, les lueurs des perles des colliers,
une fois les tables et les chaises rangées, l’estrade démontée, les amis séparés…
Suffisamment longtemps pour que je croie encore en la joie
et que cette foi me donne la force de faire à nouveau éclore, le lendemain, l’aurore d’un poème un peu maladroit…
Ce n’est que bien plus tard que je compris que peu importait la durée de l’obscurité,
un matin m’était toujours promis…
Pourquoi ?
Parce que la lumière était déjà en moi,
dès le premier instant de mes yeux ouverts…
Oui : cette énergie,
cette vibration
dont je croyais
qu’elle traversait l’univers en un millième de seconde
ne me repérait ici-bas que si je lui prêtais attention, que si je lui offrais la corbeille de mes doigts.
Dès lors, je n’avais plus de doute :
La lumière ponctuait ma paume de pointillés d’or pour que je poursuive jusqu’à la fin de mon souffle
sa longue phrase qui s’apprêtait peut-être à toucher
au-delà de la nue
le regard de quelqu’un,
encore persuadé d’être invisible,
et trop loin pour être reconnu.
La lumière se préparait,
malgré l’immense
ignorance
du monde
à l’égard
de son inconditionnelle présence,
à être reçue.
Géraldine Andrée
J’écris des poèmes
non pour me mettre en lumière
mais pour apporter une lampe
au cœur
des chambres
sombres
celles des enfants oubliés
Que les monstres
intérieurs
s’éloignent
sur la pointe
des pieds
Géraldine
J’aime l’été pour ses lessives.
En hiver, je roule deux fois par semaine le linge en boule dans le tambour de la machine à laver et j’allume sur le bouton rouge On qui clignote avant que le programme ne démarre.
En été, il y a beaucoup moins de linge à laver.
Et pourtant, en été, je fais la lessive tous les jours. Non par corvée, mais par plaisir. Pour laisser libre cours aux souvenirs.
Descendre dans l’ombre de la buanderie.
Le délice de tremper mes mains dans l’eau fraîche de la vasque de pierre, en y plongeant ma robe imprégnée de la sueur de la veille.
Le frottement du savon de lavande sur les manches, autour de l’échancrure. Le crépitement des bulles entre mes doigts. Le bruissement du rinçage.
Secouer la robe qui étoile mon visage de gouttes. Celles-ci, j’en suis sûre, luisent dans ma chevelure.
Chaque pli exhale la senteur de la lavande, comme si l’on avait délié un bouquet dans mon cou.
Puis, la bassine sur le cœur, emprunter le sentier scintillant de chaleur qui va jusqu’au fond du jardin. La chatte qui faisait la sieste sur la pierre ouvre son œil d’émeraude et me suit.
Accrocher les bretelles avec deux pinces à linge en bois sur le fil de chanvre. Dans le chuchotement de la brise, l’étoffe suspendue se plie et se déplie en de brefs froissements. Les rayons du soleil de midi traversent ses motifs fleuris.
Dans deux heures, la robe sera sèche.
M’en retourner vers la maison pour lire un peu, en attendant.
La terre sous mes sandales craque comme un sablé à peine sorti du four.
Cette fois-ci, la chatte me précède.
Je sais aujourd’hui pourquoi je décore la page de chaque jour avec des touches rose groseille, vert menthe,
et avec le jaune tendre
du jasmin étoilé
qui bordait
l’ancien sentier :
c’est parce que la moire bleutée
d’une robe d’adolescente
encore accrochée
au fond du jardin
ondoie
dans ma mémoire.
Géraldine
Un voyage donne toujours sur un autre voyage, comme ce cahier qui s’ouvre sur le souvenir de mes premières vacances dans le sud.
J’avais alors cinq ans dans ma robe à volants.
Géraldine