Je n’ai pas d’autre prétention
pour cette année deux-mille-vingt-cinq
que d’être fidèle à ma résolution
de faire refleurir l’ancien jardin
avec les mots de chaque matin.
Géraldine
Je n’ai pas d’autre prétention
pour cette année deux-mille-vingt-cinq
que d’être fidèle à ma résolution
de faire refleurir l’ancien jardin
avec les mots de chaque matin.
Géraldine

L’écriture me permet de contenir mes émotions.
Elle est ce vase de quartz blanc où je dépose
les roses épineuses de mes épreuves,
les corolles écloses de mes pensées,
les œillets des mots essentiels,
mes larmes secrètes
à fleur de pétales…
Et d’autres fleurs sans nom
s’apprêtent à apparaître.
L’écriture accueille
dans sa profondeur
le bouquet
de mon cœur
pour qu’il
ne se flétrisse
pas encore
aujourd’hui.
Géraldine Andrée
Quand tu n’as rien à dire dans ton journal intime,
écris sur l’écriture.
Écris comment l’écriture s’avance vers toi – vague, houle de sable ou alezan.
Écris comment elle te traverse avec sa brise ou sa tempête.
Écris comment elle t’enveloppe ou te tenaille,
te berce ou te maintient en alerte…
Écris comment elle aiguise tes sens comme un couteau.
Écris comment son encre coule ou coagule au bout de ton stylo.
Écris comment elle geint, rit, murmure, tonne, soupire.
Écris comment sa pointe racle le papier ou glisse tel un bateau toutes voiles dehors ;
écris aussi sur l’écriture-oiseau, ivre de s’être délivrée de la cage de la marge.
Écris sur ses pas qui s’apparentent parfois à la danse d’une jeune fille entre les lignes, et dont l’entrechat saute tous les carreaux.
Écris sur l’éclat qu’elle laisse quand elle sèche.
Écris sur son odeur de forêt d’automne et sur le bleu de cette feuille qu’elle déplie par sa seule présence.
Écris sur le temps de son souffle et sur son chemin qui se suspend un instant, entre deux fleurs de songe.
Écris sur ses rives qui s’élargissent sous la magie de ta main.
Écris sur son eau, son sang, son sanglot.
Écris sur la lampe de chacun de ses mots qui t’éclaire dans ton voyage quand la clarté du jour baisse.
Écris sur ses hoquets, ses hésitations, ses silences qui donnent de l’ampleur à ton souffle.
Écris comment elle te rend corolle, comment elle remue tes étoiles dans la nuit de ton ventre.
Écris aussi sur sa course à travers ton enfance.
Écris comment elle te sort ensuite de toi-même, te guidant au-delà de la fenêtre, plus loin, vers l’église, la place et les gens.
Écris comment elle te rend amante déhanchée dans son frémissement de taffetas.
Écris comment elle fait de toi une baie qui ondule à la lisière de l’infini.
Puis, écris quand elle se retire,
laissant derrière toi la trace d’une patte d’oiseau ou de renard,
dans la blancheur de l’aube.
Écris comment elle t’a métamorphosée en écriture,
c’est-à-dire cette fillette de sept ans qui est pour toute sa vie durant
l’héroïne de ses aventures.
Écris sur l’écriture
Si tu veux te laisser porter par une lecture orale de ce poème, c’est ici !
©Géraldine Andrée
Géraldine Andrée
J’écris ma vie
https://www.fnac.com/livre-numerique/a20511891/Geraldine-Andree-J-ecris-ma-vie
Elle a fini d’écrire
pour aujourd’hui
Elle pose donc
ses mains
sur ses genoux
et regarde
la lumière
rousse
qui trace
une phrase
fugitive
sur les murs
de sa chambre
qui deviennent
pour quelques
instants
les pages
blondes
d’un livre
dont l’incipit
s’efface
déjà
C’est ainsi
Aucune maille
de mots
aucun fil
d’encre
ne peut retenir
le temps
ce poisson
qui glisse
vers un point
si profond
si lointain
qu’elle sait
qu’un matin
elle renoncera
à le suivre
même
si elle se dit
avec confiance
que pour l’attraper
il lui faut continuer
à écrire
à tisser
le filet
de ses textes
chaque jour
de sa vie
que Dieu fait
et accepter
de mourir
intérieurement
en plongeant
la tête
la première
dans tout
ce blanc
©Géraldine Andrée

Qui donc
le ciel
veut-il
que je devienne
lorsque j’écris
des poèmes ?
La meilleure
plume
du monde ?
Non !
Une aile…
Géraldine Andrée
L’écriture est inconditionnelle. Une feuille de papier avec un stylo suffit.
Il arrive qu’elle me console de la Vie.
Qu’importe où je suis : dans un immense désert ou dans une grande métropole. L’écriture est un lieu que j’habite instantanément.
Qu’importe que je me sente exilée au milieu des autres : j’ai ma place au bord de la marge et je me reconnais immédiatement dans le premier mot.
Même si, parfois, j’ai l’impression d’être étrangère en ce monde, l’écriture m’intègre à l’espace devant moi. Elle me relie à l’Univers, car elle est tous les univers possibles réunis, toutes les pensées, toutes les émotions d’un héros ou d’une héroïne qui vit très loin de moi, mais qui me ressemble et que j’appelle mon prochain.
Quand j’écris, les contraires se rejoignent. La joie est la face cachée de la tristesse, et la tristesse est la face cachée de la joie. La gratitude découle de mes épreuves. Tous les sentiments antagonistes sont acceptables et acceptés.
L’écriture ne me juge pas. Quelles que soient mes actions, quelles que soient mes opinions limitantes et la manière avec laquelle je me considère et je me présente devant la page, les mots apparaissent, me saluent et me regardent avec complicité.
Je peux écrire n’importe comment : à genoux, assise, couchée. Dans un train, dans ma chambre, dans un café bruyant. L’écriture m’enveloppe dans la soie de son silence. Je disparais en elle. Plus personne ne me voit. Je m’efface pour la laisser exister. Et c’est alors que je suis placée devant cette évidence : je suis vivante, ranimée par cette voix omnisciente qui murmure en moi.
Je peux écrire bien apprêtée, parfaitement maquillée, ou en pyjama, cheveux hirsutes. Pour un poème, l’apparence ne compte pas. Il est le chemin qui me mène à l’intérieur de moi. Une histoire ne se sauvera jamais parce que j’ai les mains tachées de chocolat. Le papier est capable de tout supporter, y compris quelques taches, parce que seul prime ce contact avec ma main. Telle est l’intimité de l’écriture.
Par conséquent, je me libère tellement que je franchis toutes les lignes. Les frontières me laissent passer. Je me fais le témoin de l’irrévocable qui est rappelé, de l’irréversible qui revient. Un ami perdu s’assoit au petit matin dans le bar californien de mon histoire et nous conversons comme si nous ne nous étions jamais quittés. Les anciens printemps font refleurir le parterre de pervenches saccagé. La maison détruite m’ouvre sa porte. Je trouve auprès d’une majuscule la trace de la promenade du chat de mon enfance. Je saisis l’inaccessible, tandis que mes soucis se retirent au large de la page qui se prolonge, s’expanse selon mes confidences. Je découvre que je détiens le pouvoir sur cet océan.
Puis, bien plus tard, je touche le rivage de la mort. Et là, je vois tous mes défunts assis autour d’un feu. Mon encre circule en eux. Je reviens de cette vision de résurrection avec, dans mes mots, leurs yeux.
Dans l’espace-temps inconditionnel de l’écriture, l’hippopotame et la brindille échangent, depuis la préhistoire, sur leur condition d’être vivant. Et c’est ainsi que je prends conscience de la perpétuelle correspondance dans la nuit entre le mot et l’étoile.
Je doute alors d’être une écrivaine.
Ne serais-je pas, en effet, celle qui tend simplement le fil de son encre entre toutes les fenêtres du monde, à partir de la fenêtre de mon cahier solitaire, sans attendre aucun signe de réponse ?
Géraldine
L’écriture d’une biographie possède un puissant pouvoir de métamorphose. En effet, vous ne serez plus le même, une fois le livre de votre vie achevé. Le Moi d’après votre projet biographique sera bien différent du Moi qui a initié le projet. Je vais vous montrer en sept points pourquoi l’écriture biographique déclenche la magie d’une transformation psychique.
La réalisation d’un livre de vie est un pont entre le passé et l’avenir, votre ancien Moi et votre Moi futur. Le présent correspond à son écriture, à notre présence – ensemble. Je peux vous aider à franchir ce pont, d’une page à l’autre, d’une rive à l’autre, de vous à Vous.
Géraldine Andrée
Je me souviens
de l’ultime grain
de raisin
de la saison :
le minuscule point
roux,
premier signe
de décomposition,
à la période
où la pluie
fouette
la vitre…
Vite !
Qu’il crépite
sur la langue,
avant qu’il ne soit trop tard !
Et je me souviens
de la larme versée
par sa peau
ouverte,
de cet éclat
de sanglot
qui rejoint
ma gorge.
Il y aura, certes,
d’autres vendanges…
Mais à chaque morte-
saison,
je note
sur mon journal intime
la toute petite
récolte
de grains
ultimes,
détachés
de ces grappes
d’instants
que la vigne
de mes souvenirs
destine
à mon sourire.
Géraldine
Je me souviens. J’avais commencé un cahier de Toi à Moi, de Moi à Toi, dédié à notre relation par-delà le temps et l’espace, cahier que j’ai transformé ensuite en pages du matin, comme autant de lettres que je t’envoie.
J’ai cherché pendant longtemps le murmure d’une voix, un souffle peut-être. Mais je n’entendais que le sang du silence qui circulait dans l’appartement vide. Rien d’autre.
Il n’y avait rien à attendre de l’ombre. Rien à espérer. Rien à découvrir. Alors, j’ai ouvert les volets et j’ai laissé le soleil baigner toutes les pièces de ma solitude.
Dans la salle à manger, une pile de cartons. Premier bûcher funéraire dressé. Les larmes dans les yeux, je me suis retrouvée dans les vieilles photos de ma jeunesse. Moi, dessinant à l’âge de cinq ans, vêtue de ma robe fleurie, et souriant, surprise devant l’éclair blanc du flash. Puis moi, à l’âge de seize ans, souriant de profil, avec mes boucles d’oreille roses et ma mèche blonde sur le front. Ai-je été Moi à ce moment-là, cette Autre, cette jeune fille qui ignorait la douleur qu’elle allait vivre ?
Sont venus dans ma main des carnets d’adolescence, des cahiers griffonnés qui s’effeuillent, car leur vieille reliure se détache à la lecture, des poèmes tapés à la machine à écrire – mon style n’était pas si différent de celui d’aujourd’hui – et surtout le cahier orange de mes sept ans, ce cahier de poèmes et de dessins entremêlés.
Je m’attendais à retrouver un foulard fleuri d’où s’échappait jadis le rire de ma mère, un foulard qui ne remplacerait pas sa peau mais qui en était le souvenir.
Et c’était moi que je retrouvais, l’adolescente triste et discrète qui écrivait pour lutter contre l’effacement dans sa famille, qui vivait pour écrire mais qui, surtout, écrivait pour vivre.
Je me sentais si petite face à ce vide qu’était devenu l’appartement familial. Aussi suis-je passée à la pièce de gauche, celle du cœur finalement, l’ancien salon de mes parents.
Il y avait là un deuxième bûcher funéraire composé de choses et d’autres – cadres brisés, portraits fracturés, vieux papiers d’héritage pour une maison depuis longtemps vendue, photos de la fille que je voulais oublier.
Et, alors que j’étais si désespérée, je t’ai rencontrée dans tes livres, toi l’aïeule, dans ta maison de Montmorency, écrivant sous les feuillages, le visage tourné vers mon regard, comme si tu savais que j’allais naître et que tu allais me reconnaître… plus tard, bien plus tard…
J’ai feuilleté tes cahiers de cuir brun, tes carnets à la couverture rousse comme les fleurs rouies de ton jardin. J’ai suivi le chemin de ton écriture fine, alerte, légèrement déhanchée… Un sentier frêle pour mes yeux voilés à travers lequel mon index m’a guidée.
J’ai traversé nos paysages communs d’écriture : un verger, une forêt, une maison-refuge pendant l’Occupation, le retour à la terre natale, le visage de ton père, un repas de Noël où il était encore là… Tous ces thèmes que j’explorais dans mes poèmes figuraient déjà dans ces pages que tu avais écrites avant ma naissance. C’est comme si tu m’avais transfusé le sang de ta poésie.
Je suis revenue à la salle à manger, au bûcher funéraire de tous les anciens Moi que je fus. Et elle était là, Géraldine, dans la lumière d’une terrasse matinale, point de départ pour l’inspiration d’une nouvelle décrivant la relation tragique entre deux amants.
Je suis ensuite revenue à tes textes dans le salon, à l’adolescente que tu avais été, toi aussi, et qui pouvait mourir pour un chagrin d’amour. Nos cahiers se faisaient l’écho l’un de l’autre dans le silence de la maison abandonnée. Ma trace continuait ta trace ; ta trace rendait visible la mienne ; nos deux chemins se superposaient ; nos mots se mêlaient, se répondaient par-delà la rive qui nous sépare – toi la défunte, moi la vivante. Pour nous deux, la page est cette neige un peu jaunie à travers laquelle nous nous promenons, où nous conversons en sourdine.
Aujourd’hui, je comprends mieux le titre de mon journal intime de 2017 : de Toi à Moi ; de Moi à Toi.
Les deux pièces de la maison vide – l’une contenant tes manuscrits ; l’autre contenant mes manuscrits – se font face comme les deux pages d’un recueil de souvenirs à remplir.
J’ai emporté tes cahiers avec les miens. Toi et moi, nous avons pris ensemble le train du retour vers ma maison.
Peut-être n’ai-je pas vécu toute cette souffrance en vain. Moi qui venais en quête d’un souvenir de mes parents dont ma sœur m’avait définitivement spoliée, c’est ton souvenir que j’ai recueilli ; ce sont toutes ces feuilles de toi que j’ai rassemblées. Le fil de l’encre nous relie à jamais. L’écriture m’a aidée à franchir l’espace-temps qui nous sépare.
Grâce à tes cahiers, je peux affirmer maintenant que j’écris. Je m’en sens légitime, car j’ai tes journaux intimes pour héritage.
Grâce à ta vie, je peux affirmer maintenant que ma vie a un sens. Je peux poursuivre la phrase interrompue de ton existence. De gauche à droite, du cœur à l’esprit, puisque tel est le sens de l’écriture.
Et c’est promis : de ta vie, de tes témoignages, de tes récits, de nos expériences semblables, des événements karmiques qui nous réunissent, je ferai un livre.
Notre double biographie. Deux fenêtres côte à côte ouvertes.
Géraldine avec Berthe