Comment faire pour voyager dans sa chambre ? C’est facile ! Vous prenez un billet unique, le poème, et vous partez en calèche avec Victor Hugo, pour le jardin des Feuillantines, ou en train avec Arthur Rimbaud, pour la rive qui promet la vie abyssine, ou encore de l’autre côté du temps, avec Robert Desnos qui vous guide vers votre ombre. Et quand le voyage se termine, nul regret, car c’est là que tout recommence. Vous prenez un autre billet avec votre fidèle compagnon de route : le silence.
Le soir, avant de m’endormir, je demande à mon père de me faire signe.
J’attends quelques instants ; je respire.
Puis, j’ouvre mon anthologie de poèmes regroupés par jour, par saison, comme dans un agenda de floraison.
Et un poème vient à ma rencontre. C’est, souvent, un poème qui évoque l’automne, où mon père est né et mort.
J’entre alors, corps et âme, dans « les eaux du temps » de Maurice Carême, « les taffetas morts » et les flammes levées des lampes de Luc Bérimont, « le sourd frémissement des forêts » de Théophile Gautier. Je comprends ce que signifie l’absence, et les frêles lueurs qu’elle laisse dans le temps.
Je lis et relis, par exemple, les Pensées d’automne du 10 novembre, date à laquelle mon père a donné la main à son ombre.
Puis, un autre signe m’est envoyé. Le soir de la journée du 30 mars qui s’achève pour moi, le poème LesHirondelles, extrait du Livre de mon père d’Emile Henriot, rend mon âme légère comme des ailes qui reviennent.
C’est ainsi qu’éclot dans ma solitude une grande certitude :