Publié dans Cahier du matin, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Un troublant été

La passante

J’ai rêvé que tu marchais, libre et légère, dans la lumière. Tu portais des sandales brillantes et la robe de tes dix-sept ans.
Et tes pas sonnaient sur les pierres. C’était comme si l’écho de ton passage m’accompagnait dans ce songe qui m’emportait.
Je t’ai demandé, de ma voix redevenue claire :
« Où vas-tu ainsi ? Vers quelle invitation ? Vas-tu vers la chambre d’un amant ? À un concert ? »
Tu m’as répondu en riant :
« Je vais vers la Vie ! »
Et tandis que les notes de ta voix tressautaient vers l’instant suivant, tels les grelots du jouet de la joie,
tu souriais encore
en regardant le ciel de mon rêve
blanc comme une page qui attend
l’histoire à venir.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Récit de Vie, Un troublant été

À pas de mots et d’étoiles

Au cœur de la nuit, la fête nous a soudain lassés :
trop de musiques, de visages, de lumières.
Tu m’as demandé :
-Et si on sortait prendre l’air ?

Dehors, le feuillage doucement bruissait.
Et sur nos pas, le sentier exhalait une odeur d’herbe mouillée.
Nous étions déjà au bout du jardin quand j’ai appris
que tu étais marié et que tu habitais assez près d’ici.

Et toi, comment va ta vie ?
Nous ne nous sommes pas aperçu que nous franchissions le seuil de la grille.
Au fil du récit de nos épreuves et de nos prises de conscience,
nous nous étions éloignés du domaine d’Amance.

Les lampes se faisaient rares.
Bientôt, le chemin devint obscur
et le silence, absolu,
nous enveloppait comme du tissu

que piquetait de temps en temps
le frétillement
de quelques fétus
transportés par la brise.

C’est lorsque nous avons atteint
la Pierre de la Source
que je t’ai entendu dire :
-Maintenant, je suis paisible.

Tout autour de nous
– les arbres, les haies, les buissons –
était si noir
que nous ne pouvions plus voir nos yeux.

Mais nous nous regardions
par l’intermédiaire des mots
et au-dessus de nos cils,
tremblaient les lueurs d’Orion.

Je me souviens que nous n’avions, alors,
pour nous guider,
que le pas de l’autre
et ce mot qui s’ajoutait

par intermittence
en guise de réponse
à une phrase
qui demeurait en attente.

Géraldine Andrée

In memoriam G**

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de la vie, Récit de Vie

J’écris chaque jour pour changer

J’écris chaque jour pour changer.
J’écris chaque jour pour prendre conscience que je ne peux pas indéfiniment noter les mêmes constats, émotions ou pensées sans avoir le courage d’assumer un beau jour une décision.
Bien sûr, j’aime voir, au fil de l’encre, mon cahier se transformer, devenir une constellation de mots.
Mais j’écris surtout pour me voir me métamorphoser dans le miroir de ma page, faire en sorte que ma réalité devienne rêve réalisé.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, histoire, Poésie

Votre livre de vie

Il y a des moments
où vous perdez le livre de votre vie,
où celui-ci vous échappe,
emporté par le vent des épreuves

qui vous l’arrache
et il s’envole très loin
sur un chemin
qui n’est pas le vôtre.

Alors, il vous faut désespérément
tout réécrire,
réinventer votre histoire
ou prier

pour retrouver
le livre de votre vie.
pour en reprendre le fil,
le souffle interrompu.

À force de chercher,
d’espérer,
de vous appuyer
sur cette foi

qui ne ressemble pas
à celle d’un autre,
il arrive
que le livre de votre vie

vous réapparaisse
au hasard,
au cours d’une promenade
à l’aube,

entre deux feuilles
tombées
que constelle
la rosée.

Vous vous penchez
pour le recueillir
et la page
sur laquelle il a demeuré

ouvert
pendant ces jours de silence
et ces nuits d’égarement
est votre page du jour.

Il vous suffit
de continuer
votre récit
en laissant un espace

infime,
juste un peu de blanc
entre hier
et aujourd’hui,

signe
que le temps a passé
et qu’une autre phrase
peut commencer

sans que rien
de ce qui précède
ne soit effacé
ou renié.

Alors, vous refaites
un pas sur la route
en tenant bien,
cette fois,

votre livre de vie
dans vos mains
et vous avancez,
un rêve plus loin.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Je pour Tous, Le cahier de la vie

Le grand cahier de la vie

Je veux célébrer le grand cahier de la vie.
A chaque âge un chapitre.
Aussitôt que la page d’un instant se tourne, une autre s’ajoute.
Peu importe que l’on soit héroïque.
On y laisse son histoire.
Et lorsque l’on quitte le cahier,
il importe de garder une dernière page blanche
pour qu’une autre vie commence.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Journal de ma résilience, Méditations pour un rêve, Poésie

Ton pays

Ton pays ne figure sur aucune carte d’état-major
Aucune pancarte ne l’indique quelle que soit la route
On ne trouve pas de photo de lui sur Google Earth

Et pourtant je sais
son murmure de feuilles vives
le rire de ses cascades qui courent avec la brise

la couleur de sa terre dans la paume
la lumière que des oiseaux aux étranges plumages
annoncent très tôt

C’est comme si j’avais goûté ses fruits
croisé ses animaux sauvages
caressé son rayon de lune sur mon épaule

Pour ton pays nul besoin
d’un ticket de train
ou d’un numéro de porte d’aéroport au petit matin

Ton pays n’a ni tracé ni nom
mais sa langue déborde du silence
de ma chambre

pour me parler de la joie
de m’y rendre
Ton pays est en moi

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie

Mon chemin de vie

Mon chemin de vie :

noter tout ce qui passe, les instants présents comme les souvenirs

(ma mère, par exemple, qui parle de sa bicyclette d’adolescente qu’elle jure posséder toujours, de l’enfant qui aurait pu naître et qu’elle voit grandir, de sa malle égarée, des visages et des noms qu’elle sait ressusciter en oubliant qu’ils désignent des défunts)…

La vie n’est qu’une paupière qui s’ouvre puis se ferme.

Rien ne dure et pourtant, l’on retrouve si nettement le quartier de son enfance, l’éclat des après-midi passés dans le jardin et la course de la route !

C’est tout cela que je veux écrire et, comme je ne l’attraperai jamais tout à fait, en garder l’éclat dans la goutte d’encre qui précède le mot, comme la mémoire attrape la lueur de ce papillon qui s’échappe encore

alors que l’on croit l’avoir saisi en plein vol…

Géraldine Andrée