Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Si je n'avais pas écrit

Si je n’avais pas écrit, que serais-je devenue ?
Je ne sais.
Peut-être quelqu’un d’autre.

Mais en écrivant,
je sais une seule chose :
je suis celle qui écrit

sur la valeur
de ce qui passe,
de ce qui traverse

la page
comme cette fourmi
portant un grain de riz,

et chacun de mes cahiers
criblé de questions
sans réponse,

étoilé de poèmes
sans regard,
est un Journal

de mille grâces
dont je suis l’auteur
car j’ai su

lui transmettre
mon signe
de reconnaissance.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'instants

Les instants émeraude

Tenir un journal
d’instants précieux
Tel est mon désir
en l’an deux-mille-vingt

Me sentir bien
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un bien

Me sentir présente
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un présent

J’aime
les instants simples
Ils sont pour moi
des gemmes dans le jour

Ces instants
ont la valeur
des étincelles
des pierres

le long
de ma promenade
Je les appelle
les instants émeraude

Que dans un instant
tombé
se reflète l’aube
de l’instant suivant

Que chacun
de mes pas
soit
un instant

qui se fait perle
sur mon chemin

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif

La fin de mon journal Mission de Vie

Me voici parvenue à la fin de mon journal Mission de Vie.

J’ai pu formuler ainsi ma mission de Vie que j’avais déjà définie lors d’un stage en 2006, mais qui se nomme ainsi précisément :

Diseuse d’Indicible.

Je vais tracer toujours plus loin mon chemin d’écriture, pour des lecteurs nombreux s’il y en a, quelques lecteurs assidus ou même un seul – très fidèle -, cela ne me dérange pas. L’essentiel est que j’accomplisse ce que je suis venue accomplir.

J’ai fait ces exercices régulièrement. Je ne dis pas que cela a toujours été facile. Il y a des moments où je n’avais pas envie, où je ne comprenais pas la finalité de telle ou telle pratique mais j’ai achevé le cahier, j’ai été sincère, honnête avec moi-même tout au long de ma démarche – c’est ce qui m’importe.

En écrivant régulièrement dans ce grand cahier rouge, ce journal intime original, je me suis concentrée sur chaque mot qui me définissait, sur l’instant présent de chaque goutte d’encre qui m’était destinée.

Je crois aussi que je suis venue choisir ce que j’aime sur cette terre – la lumière du Sud, les chemins dans l’air vibrant de l’été, les nuits étoilées derrière la rambarde qui donne sur la mer…

Je suis venue apprécier chaque instant. Mon devoir est de me sentir bien à chaque seconde en ce monde.

Dire l’indicible, c’est collecter des pépites d’instant – la rencontre d’un chat, un parfum de jasmin qui me surprend, un repas partagé avec une amie, la page du matin, mon pas laissé dans la neige, la lampe allumée à mon retour du travail…

Je suis venue pour vivre.

La vie n’est qu’une succession « d’ici et de maintenant » à vivre pleinement.

Voilà ce que j’ai compris dans ce Journal Mission de Vie.

Je souhaite à tous ceux qui, d’aventure, passeront par là, une excellente année 2020.

Et un immense Merci à la Vie pour Tout.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Les instants intenses

Je rêve que je me réveille tard.
Le soleil est déjà haut.
Mais il n’est pas trop tard. Vite !
Un café chaud

et bientôt la mer
qui fait le gros dos
en bas de l’escalier
de pierre,

puis le pique-nique
sous le parfum
des pins,
juste avant

la sieste
dans les herbes,
à l’écart des sentiers
de la promenade.

Ce soir,
ivre de lumière,
de marche,
de nage,

je noterai
dans mon cahier
les instants intenses
de ma journée,

jusqu’à ce que je m’aperçoive
que tout ce que je vis
m’éloigne de toi
à jamais

et qu’il est donc
de plus en plus tard…

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Je reviens à la page

Lorsque je ne peux tout contrôler,
que le destin a ses échéances,
lorsque je ne peux rien changer au comportement d’autrui,
que la maladie et la mort ont le dernier mot,

je reviens à la page.
J’y crée des chemins, des jardins,
des poèmes qui annoncent l’aurore
dans le mot Demain.

Je redécouvre mon pouvoir,
ma faculté de détachement
pour suivre, telle la feuille,
l’élan du souffle qui la mène un peu plus loin.

Je cesse de dépendre
des circonstances
pour être heureuse
et, dans le blanc de neige

du papier,
je trouve une rose
en sa floraison
qu’aucune bourrasque n’abrège.

Je sais que le temps de l’encre
m’apporte tous les possibles
et que cet espace
me permet de vivre.

Je puise
dans ce face à face
avec moi-même
de la force,

de l’audace
et je me vois mieux
que dans un miroir,
car j’ai enfin la certitude

que mon âme
accompagne
ma solitude
et elles peuvent bien creuser leur trace,

les rides sur mon visage !
Lorsque je reviens à la page,
que je puise
dans son silence

qui m’accueille
un murmure d’eau vive,
je me sens devenir grande
comme la majuscule

d’une phrase qui commence.

Géraldine Andrée

Publié dans Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Le cahier bleu

Je tiens cet été mon journal dans un cahier bleu.
Les pages tournent au vent comme des vagues
pour que le blanc caché sous le bleu m’accueille 
quand je me sens seule.

Dès que je m’abandonne à cette large présence, 
je me sens lavée de tous mes deuils.
Je retrouve alors la joie de m’élancer vers mon propre souffle, 
tel un cheval sauvage

qui court d’un point à l’autre du rivage.
Et il me semble que les gouttes d’encre de mes mots
laissent en séchant sur le papier
leurs lueurs sur ma peau.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif

Je tiens un journal intime

Je me souviens quand, toute jeune fille, j’ai déclaré à mon professeur de français devant la classe :

– Je tiens un journal intime !

C’était comme si j’avais dit que je possédais une grande maison de vacances ou que j’étais entrée dans un cercle d’amis fabuleux.

Moi qui étais si effacée, moi dont on se moquait, moi que l’on ne respectait pas, je m’étais enfin dessiné par cette courte phrase un contour. Je m’étais donné une densité, une profondeur, une vérité. Je devenais consciente de la rencontre entre l’être et le faire, entre la joie et le chemin. Je me tendais un miroir où je me reconnaissais, objectivement, sans que le regard de quiconque m’influençât.

Ainsi, j’étais présente, vivante moi aussi… Et cela, rien qu’en écrivant dans ma chambre. J’existais pour mes pages blanches. Ce cahier à la couverture fleurie était mon île, un lieu sûr dans lequel je pouvais advenir à chaque instant par ma propre présence.

Je tiens un journal intime…

Que de secrets contenait cette simple phrase ! Que d’énigmes la rendaient riche ! Que de mystères dont j’étais l’unique détentrice jouaient seulement à se laisser deviner !

Que pouvais-je bien raconter, si démodée avec mes couettes et si étriquée dans ma jupe plissée ?

Je ne le confierais jamais qu’au papier !

Je n’étais donc pas tout le temps définie par les autres… Je ne leur appartenais pas… Une part de moi, insaisissable, essentielle, leur échappait définitivement.

Quand je songe aujourd’hui à l’image de cette petite clé dorée qui a brillé sous mes yeux au moment où j’ai prononcé cette phrase, je me dis que j’avais compris à mon jeune âge l’importance de l’indépendance.

Je tiens toujours un journal intime

car je suis celle qui me comprend le mieux.

Géraldine Andrée