Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif

Je tiens un journal intime

Je me souviens quand, toute jeune fille, j’ai déclaré à mon professeur de français devant la classe :

– Je tiens un journal intime !

C’était comme si j’avais dit que je possédais une grande maison de vacances ou que j’étais entrée dans un cercle d’amis fabuleux.

Moi qui étais si effacée, moi dont on se moquait, moi que l’on ne respectait pas, je m’étais enfin dessiné par cette courte phrase un contour. Je m’étais donné une densité, une profondeur, une vérité. Je devenais consciente de la rencontre entre l’être et le faire, entre la joie et le chemin. Je me tendais un miroir où je me reconnaissais, objectivement, sans que le regard de quiconque m’influençât.

Ainsi, j’étais présente, vivante moi aussi… Et cela, rien qu’en écrivant dans ma chambre. J’existais pour mes pages blanches. Ce cahier à la couverture fleurie était mon île, un lieu sûr dans lequel je pouvais advenir à chaque instant par ma propre présence.

Je tiens un journal intime…

Que de secrets contenait cette simple phrase ! Que d’énigmes la rendaient riche ! Que de mystères dont j’étais l’unique détentrice jouaient seulement à se laisser deviner !

Que pouvais-je bien raconter, si démodée avec mes couettes et si étriquée dans ma jupe plissée ?

Je ne le confierais jamais qu’au papier !

Je n’étais donc pas tout le temps définie par les autres… Je ne leur appartenais pas… Une part de moi, insaisissable, essentielle, leur échappait définitivement.

Quand je songe aujourd’hui à l’image de cette petite clé dorée qui a brillé sous mes yeux au moment où j’ai prononcé cette phrase, je me dis que j’avais compris à mon jeune âge l’importance de l’indépendance.

Je tiens toujours un journal intime

car je suis celle qui me comprend le mieux.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Sur cette feuille

Sur cette feuille,
deux points
font un pont.
Un peu d’encre
suffit
pour qu’une rivière
coule,
emportée
par son souffle.
Quelques mots
disent
l’essentiel,
la profondeur.
Et quand 
votre regard
est arrivé
en bas
de la feuille,
au plus près
de l’endroit
où bat 
votre coeur,
une seule 
goutte
de silence
contient
votre présence.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience

L’odeur du papier frais

J’ai souvenance… 

L’odeur du papier frais qui m’accueille quand j’ouvre mon cahier d’adolescente que je viens à peine d’acheter

– une odeur printanière comme celle d’une robe si bien lavée et repassée qu’elle me semble être nouvelle…

Je ressens, alors, que malgré toutes mes peines répétées,

une seule goutte d’encre m’est suffisante

pour entrer dans une autre vie qui commence… 

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Le cahier de mon âme

Un extrait de mon journal

Le 29 juin 2019

Dix jours que je ne suis pas revenue à ce journal…
Dix jours que je ne suis pas rentrée chez moi, que je ne me suis pas posée sur le papier…
Dix jours que je n’ai pas ouvert ce cahier comme une porte secrète qui donne sur la mer…

Mais me voici.

J’écris entre ombre et soleil sur ma terrasse, assise à ma petite table ronde.
Je viens d’étendre ma lessive.
Le temps fleure bon le savon, le café, le vent dans les fleurs…
Je suis bien ici.

Tout s’organise autour de mon cahier :
le silence du matin étoilé de bourdonnements, le craquement des herbes qu’un pas dérange, le cliquetis de mon store qui s’agite légèrement sous un souffle de passage, une porte qui bat quelque part…

Je l’ai déjà écrit dans un autre cahier mais je le réécris

https://lencreaufildesjours.com/2019/04/05/noter-chaque-jour-le-moment-et-lendroit/


Je me fais le serment de toujours noter l’heure et l’endroit où j’écris.

Que la couleur de l’instant présent se reflète dans l’encre qui sèche doucement.

Noter la lueur qui est là encore, au bord du mot…

Connaître, en suivant le chemin d’une phrase nouvellement tracé, la géographie de mon âme…

Lorsque je suis de retour et que je vois à mon réveil le soleil filtrer dans la fente des volets, je sais que je vais renaître pour un jour sur la page qui commence.

Et c’est Tout ce qui m’importe.

J’oublie mon voyage comme si c’était une autre vie.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Revenir à ce journal,

Revenir à ce journal,
c’est comme revenir à la source après une longue période de soif,
c’est me remettre à l’écoute de mon écriture au murmure de sang,
c’est me laisser porter par le courant de l’encre,
c’est ranimer la lumière du présent dans mes mots qui sèchent,
c’est me rendre à l’évidence :

l’éclat de mes larmes et de mes rires
a pour soeurs ces étoiles
qu’une nuit d’été
dévoile.

Géraldine Andrée