Publié dans Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Récit de Vie

Le pays

Lorsque je vis si intensément que j’en oublie d’écrire, je sais que l’écriture est là, malgré tout, avec son encre à la source de qui je suis.

Et lorsque viendra le temps de me reposer, je pourrai reprendre mon cahier Blueday afin d’ajouter aux épisodes passés la goutte et la note de l’instant présent, faire paisiblement le point.

J’entrerai dans le silence de la page comme dans une maison qui m’aura attendue depuis longtemps. Chaque carreau de la ligne sera une fenêtre ouverte qui m’offrira le plus juste regard sur le monde.

L’écriture est ce pays où je reviens toujours après avoir vécu.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de silence, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies

Retrouvailles

J’ai relu le journal intime que j’ai tenu dans l’ancienne maison.
J’ai été surprise par l’encre toujours bien nette, toujours bien vive
de mes phrases
et j’ai retrouvé comme de vieux amis
des mots comme « véranda », « platane, « chat », « jardin »,
des expressions aussi telles que « l’heure mauve dans ma chambre », « l’aube aux lisières »,
alors que toutes ces choses ont disparu depuis longtemps
et qu’il ne subsiste aucune preuve de leur existence,
sinon la trace de leur passage dans la neige éternelle de la page
et qui me mène à un espace de silence
que je me crée dans le temps d’aujourd’hui
pour mieux me souvenir…

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal d'instants, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe

Notes de passage

Le plaisir
de traverser la forêt
puis de rentrer,
d’ouvrir son carnet,
et, les doigts encore transis,
de noter
tout ce que l’on a rencontré,
l’animal errant,
la brindille,
la tige dépouillée
et la trace de son pas tranquille
dans la terre mouillée.

Géraldine Andrée

Que chaque page marque ton passage !
Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif, Récit de Vie

Je suis fière de tenir un journal

Je suis fière de tenir un journal depuis mon adolescence, d’écrire tout ce qui m’arrive.
Je me vois offrir par la page un contour, un territoire, une existence comme lorsque, si discrète et effacée à l’âge d’onze ans, j’ai sorti du buisson et pris fermement entre mes mains ce chaton sauvage que toute la famille a ensuite adopté.
J’éprouve le même sentiment de force, d’influence sur les événements car j’ai le pouvoir de saisir et de tenir avec certitude la vie grâce à mes mots, comme le petit chat d’autrefois.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Récit de Vie

Elle a commencé un journal intime

Elle a commencé un journal intime
Et un cahier de poésie à l’adolescence.
Elle se souvient que les crampes des premières menstruations tenaillaient son ventre alors qu’elle écrivait ses poèmes.
Une lunaison pour un cahier plein…
Le soir de la pleine lune blanche,
L’œuvre, aussi maladroite fût-elle, était menée à terme,
Bien qu’il parût évident
Qu’elle demeurait encore un peu une enfant.
C’est ainsi.
Son sang a toujours accompagné son encre
Jusqu’à chaque page ultime,
Jusqu’à la signature un peu timide
De ses recueils disparus aujourd’hui,

Géraldine
Alias Maureen,

Que seule ce soir
La lampe de sa mémoire
Souligne d’or
Et lui destine.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal créatif, Récit de Vie

Que faire de ces quelques feuilles détachées ?

Que faire de ces quelques feuilles détachées
que le vent de la vie peut emporter si loin des yeux ?
Comme je n’ai pas de réponse,
je prends du fil bleu
et je recouds ces feuilles ensemble.

De la cicatrice
de leur déchirure,
je fais une reliure,
une histoire qui commence,
un cahier éclos à fleur de silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Ce rendez-vous avec vous-même pour écrire : l’heure et l’endroit

Écrire, c’est se rencontrer.

Pour devenir l’auteur de votre vie – celle qui correspond à qui vous êtes -, il est important de vous réserver un rendez-vous avec vous-même le plus régulièrement possible, comme vous le feriez avec votre meilleur ami. 

  • Fixez dans votre agenda une heure et un jour qui vous conviennent. Beaucoup de techniques de développement personnel – comme le Miracle Morning de Hal Elrod – prônent le matin, moment idéal pour l’introspection. 
    Le Miracle Morning consiste à se lever tôt pour méditer, lire quelques pages d’un livre, faire du sport, écrire dans son journal intime. Selon Hal Elrod, c’est dans l’action que l’on reprend le contrôle de sa vie. Julia Cameron, elle, enseigne à tous – y compris ceux qui croient qu’ils ne sont ni écrivains ni artistes -, à pratiquer la méthode des pages du matin : écrire au lever trois pages de tout ce qui vous passe par la tête et le cœur, sans vous censurer. Ces techniques ont fait leurs preuves dans le monde entier. Mais il est des personnes pour lesquelles de telles techniques ne conviennent pas – celles qui, par exemple, doivent se lever très tôt, boulangers, chauffeurs de taxi, infirmiers ou celles qui rentrent se coucher au petit matin, tels les urgentistes… Comme l’affirme Hal Elrod lui-même, on n’est pas tenu de pratiquer le Miracle Morning le matin. Par conséquent, vous pouvez faire vos pages, écrire dans votre journal intime l’après-midi ou le soir, quand les enfants sont couchés et que le silence recouvre votre maison. 
     
  • Choisissez l’endroit où vous vous sentez le plus à l’aise afin de prendre toutes vos aises sur la page et toute la place que vous avez dans cet espace. Déployez-vous là où vous êtes. Épanouissez-vous là où vous êtes en sécurité. Ce peut être le calme d’une chambre, une terrasse, dans votre jardin quand vous n’entendez que les bruits de la nature. Pour d’autres, ce peut être un café animé, une salle d’attente, un train… Il est possible d’être emporté par l’élan de l’écriture aussi bien lorsque l’on est assis à sa table que lorsque l’on est dans l’action. Je me souviens de ce moment unique où j’ai écrit mon premier roman sur une plage espagnole. Les premières étoiles, le bercement incessant des vagues, les ombres bleues qui se mêlaient à mon encre sont entrés dans ma page. En me relisant, j’ai revécu ces instants. A ce moment d’écriture est également assimilé le souvenir olfactif du narguilé qu’un groupe de jeunes Iraniens fumait non loin de moi. 
     
  • Plus que le moment et le lieu d’écriture, c’est la sensation de l’instant où vous écrivez qui importe – un parfum, une musique, le contact du tissu ou du bois, le regard du chat… Philippe Lejeune met en évidence, à partir des témoignages sur le journal personnel qu’il a recueillis dans Cher cahier, l’importance de noter dans son journal les caractéristiques sensorielles, voire sensuelles de l’écriture : 

“Depuis peu, ce que j’appelle “mes albums de plaisirs” sont aussi des journaux intimes : recueils de notes écrites et plastiques en rapport avec le plaisir des sens (couleurs, odeurs, toucher…) “ 
Témoignage d’une femme de 42 ans 

  • A la date que vous inscrivez sur votre journal correspond toujours une saison particulière, concentrée en un fragment de journée, la saison de votre âme. Beaucoup associent l’écriture à la saveur du thé qu’ils boivent, à la couleur d’une après-midi, au bruit du café qui coule, à la position du soleil derrière le rideau, aux rumeurs de la rue par la fenêtre ouverte, à l’éclairage du bureau. Votre journal constitue un recueil précieux de tous ces contextes d’écriture, la prise de notes des circonstances de votre vie telle qu’elle est – toute simple. 
  • Pour cela, il me semble important dans ce rendez-vous avec vous-même d’instaurer un rituel. Vous pouvez créer un petit autel à l’écart de votre maison, derrière un rideau ; allumer un bâton d’encens ; tremper quelques roses dans un vase… Faites de ce lieu et de ce moment une exploration intérieure, une méditation. Se juge-t-on quand on médite ? Sans doute dans le tournoiement de nos pensées au départ. Mais, en apprivoisant ce que l’on ressent en soi, on devient de plus en plus libre. L’écriture vous emporte vers votre ici et maintenant. Faites de cette rencontre avec vous-même un temps de qualité, et non un défi. L’écriture doit être un plaisir du quotidien, un moyen de renouer avec votre enfant intérieur trop longtemps oublié. Écrire avec son doudou, en dégustant du chocolat ou des chamallows – pourquoi pas ? Là est votre espace-temps, dans la mise en scène que vous vous créez autour de votre cahier et dans lequel vous allez vous voir vous expanser et réaliser vos rêves à mesure que vous leur donnez forme avec vos mots. 

Comme le déclare Dominique Rolin, 

“J’ai mes rituels, un scénario très méticuleux, mes stylos, un papier spécial, une heure précise de la journée, un arrangement strict des choses autour de moi, mon café à bonne température…” 

Je vous souhaite un délicieux moment avec vous-même ! 

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif

Tenir un journal intime avec les supports numériques

Le support numérique permet d’écrire avec plus d’assurance et de pérenniser le journal.

Vous avez l’option d’utiliser des supports numériques pour écrire. Il existe des tablettes qui peuvent vous servir de journal intime et sur lesquelles il vous est possible aussi de dessiner, croquer ce que vous voyez, illustrer chacun des instants de votre vie. L’ordinateur, comme son nom l’indique, est un excellent moyen pour classer vos textes. Protéger ceux-ci par un mot de passe, c’est comme fermer son cahier intime avec une clé. De tels supports ont l’avantage de conserver intacts vos écrits – ce qui n’est pas le cas du papier dont les lettres s’effacent et jaunissant avec le temps. Mais, dans l’éventualité où votre ordinateur ou tablette tomberait en panne, pensez à faire des copies même si vous pensez toujours que vos textes “n’en valent pas la peine.” Encore une fois, interdisez-vous tout jugement qui définirait la qualité de votre plume et que dément souvent le temps. L’objectif de l’écriture est de vous sentir bien, pleinement vivant. 

Pour celui qui manque de confiance en sa capacité d’écrire, l’outil informatique est un excellent atout car il propose un correcteur orthographique qui permet d’atténuer ce sentiment d’insuffisance linguistique, source de bien des blocages. En outre, il est possible d’effacer, de modifier, de déplacer des paragraphes sans devoir recommencer l’écriture du texte en entier. 

De même, des applications comme Day OneJourneyGrid Diary vous guident dans les différentes options qu’elles vous proposent pour la tenue de votre journal virtuel. Vous pouvez y insérer des photos représentatives de votre humeur. Ce sont des aides précieuses et sécurisantes pour ce Soi qui ne demande qu’à apparaître sur la page afin de guider le Moi dans son évolution. 

L’inconvénient de ces outils est qu’ils n’incarnent pas votre journal dans la réalité – à moins qu’une option spéciale ne vous permette de l’imprimer en le téléchargeant. Or, si vous souhaitez dénouer vos blocages d’écriture et guérir de vos traumatismes relatifs à celle-ci, l’écriture à la main est fortement recommandée. En effet, le mouvement du stylo et le contact du papier permettent d’ancrer vos rêves et vos projets dans la matière. De même, ils vous offrent l’opportunité d’exorciser vos peurs et vos peines par votre corps et pas seulement par le mental – comme un véritable exorcisme. En outre, le déplacement de votre bras sur la page est à l’origine de la naissance de vos mots, de vos phrases. Il vous invite ainsi à débloquer des situations figées, stagnantes. C’est là que la solution peut jaillir, que le regard sur les événements peut changer. Et progressivement, mot après mot, page après page, le problème se métamorphose et trouve sa solution – comme par magie. 

Comme le dit Julia Cameron, 

“La main – engourdie peut-être, mais humble – ment rarement. Une touche est une touche, quelle que soit la tentative pour la déguiser. Et de cette manière, en écrivant à la main, nous parvenons à la vérité. Les choses cèdent.” 1 

Enfin, l’ordinateur et ses applications ne vous proposeront qu’un seul sens d’écriture, de gauche à droite pour notre sens occidental, et vous ne pourrez inverser ou modifier ce sens, écrire par exemple de droite à gauche, de bas en haut, traverser la page en diagonale, faire onduler une phrase, l’enrouler sur elle-même d’un coup de plume. Il vous faudra aussi oublier le plaisir de griffonner, simplement griffonner. Or, la page de papier se présente comme un véritable océan pour que votre main puisse y voguer librement. 

1 Julia Cameron, La Veine d’or, édition Grande Angle, 1997 

Géraldine Andrée