J’ai retrouvé le livre dans ma bibliothèque, feuilleté ses pages un peu froissées, imprégnées du sel du vent et de la mer.
J’ai découvert ce livre en Sicile, puis je l’ai relu à Majorque.
En Sicile, je le dévorais chaque après-midi dans la loggia, après le déjeuner, quand il faisait trop chaud, même pour aller à la plage.
À Majorque, je le lisais tôt le matin, sur la terrasse, alors que le soleil était encore doux.
C’est ce livre qui m’a redonné l’envie d’écrire un journal intime avec discipline. Le désir de sonder mon cœur. De vivre et donc d’écrire sans subterfuge. Telle que j’étais. Imprévisible. Changeante. Chantante.
L’Inédit : une véritable histoire de lecture et d’écriture.
Il faudrait que j’écrive des récits sur la découverte de mes livres favoris et comment j’ai pu vivre avec eux des périodes marquantes, mémorables. Décisives pour les projets que j’ai ensuite menés à terme.
Une façon de les honorer, de les remercier d’avoir été sur mon chemin après m’avoir attendue patiemment, du haut de leur étagère.
Leur rendre grâce d’avoir mis mes pensées en lumière.
De m’avoir inspirée, souvent.
Dans les pages du journal de Marie Cardinal, je retrouve la femme que j’étais, lisant pieds nus sur les tommettes ensoleillées.
Je dois te confier que, depuis que j’ai commencé à t’écrire, ma vie a changé.
Oh ! Pas les gens, pas les situations ! Non !
Ceux-ci sont restés exactement tels qu’ils étaient.
C’est ma façon d’accueillir les événements et les réactions des autres qui a changé.
En tenant le fil de l’encre qui me relie chaque jour à toi, j’ai lâché prise sur ce que je ne pouvais pas contrôler.
En plaçant ton cordon de laine entre deux pages essentielles, j’ai appris à me nourrir moi-même.
En me mettant à l’écoute de ton silence, j’ai entendu la voix de mes désirs. J’ai transcrit ce qui se murmurait en moi : mes projets, mes espoirs, mes ambitions.
En avançant dans ta blancheur douce comme une neige d’avril, j’ai expérimenté la foi.
En me penchant sur la page de ce jour – et de ce jour seulement -, j’ai décidé de m’aimer et de me respecter.
Dans la disposition d’un poème, ma vie a pris forme enfin.
Dans ta marge, j’ai amorcé mon envol, comme un oiseau sur une frange d’écume.
En touchant ta couverture, j’ai activé mes formules magiques de protection. Je me suis mise à l’abri, comme autrefois, dans la cabane de mon enfance.
En partant pour le large de la page, je me suis éloignée des jugements, des qu‘en dira-t-on, des préjugés.
En me coulant dans ta largeur, j’ai fait preuve de largesse inconditionnelle envers moi-même.
En acceptant de me livrer à toi, j’ai découvert ma propre générosité, celle dont je fais preuve à mon endroit.
En m’abandonnant à la vérité soyeuse de ta présence, je me suis mise à nu et j’ai su qui j’étais, indépendamment des regards extérieurs qui me déshabillaient.
L’un de tes feuillets se froissait entre mes doigts ? Je prenais conscience de ce qui m’avait tant froissée depuis ma naissance – les propos injustes, les trahisons, les rejets, le mépris…
Le craquement de ta reliure ouverte me renvoyait à mes pas qui faisaient crépiter la terre lors de mes promenades méditatives du matin. Moi aussi, je passe et je laisse une trace, même si celle-ci est promise à disparaître. De toute façon, toute trace est éphémère à terme.
Un mot entre nous me suffisait pour aller à ta rencontre.
Aujourd’hui encore, être avec toi signifie, certes, être discrète, effacée vis-à-vis de tous ceux qui parlent fort,
mais bien assise à ma place, au contact de mon souffle. Prête pour notre rendez-vous.
Aujourd’hui encore, laisser un retrait en haut de l’une de tes feuilles, ici et maintenant, me conforte sur les bienfaits de mon retrait de ce monde. Enfin, je peux laisser respirer chacune de mes pensées. Et prendre la mesure de l’étendue de mon imagination tout en savourant l’ivresse des commencements. Un début de paragraphe est porteur de tant de promesses envers mon âme !
Aujourd’hui encore, tu es mon ciel en bas, sur ma table de chevet, quand Dieu se fait muet.
Aujourd’hui encore, t’avoir comme carnet de bord me permet de voyager à bord du navire de mon cœur avec moi seule comme capitaine et équipage.
Voici le dernier billet de journaling sur La Rivière au bord de l’eau d’Opal Whiteley.
Je pourrais écrire chaque jour un billet de lecture au sujet de cet étrange livre. Nous pourrions nous asseoir ensemble dans le ciel et écrire pour l’éternité un billet au sujet du Journal d’une enfant d’ailleurs.
Et comme toute fin est un commencement, j’espère vous avoir guidés vers ce livre caché, puis diffamé si longtemps et qui n’attend que d’être rouvert aujourd’hui (car les gens stigmatisent toujours ce qu’ils ne comprennent pas).
OPAL reconstituant son journal
Opal trouve refuge dans la cathédrale de la forêt. C’est là qu’elle déchiffre les lettres déposées par les fées sous les feuilles. Tout est enchanté et enchanteur dans cette forêt qui symbolise l’imaginaire de la fillette. Elle récupère des forces en contemplant un œuf moucheté près d’une racine ou l’immense voûte du feuillage.
Autant sa mère est sévère, injuste et maltraitante, autant la forêt est douce, harmonieuse et accueillante.
Même les animaux sauvages ou qui sont connotés négativement sont affectueux : le rat Jupiter Chatterton Zeus est de velours ; le corbeau Lars Porsenna de Clusium aime retrouver toutes les choses qui se sont égarées ; les cochons apprécient d’être lavés.
Moi aussi, je me réfugiais dans le jardin quand j’étais « brouillée » avec mes parents. Comme Opal disparaît dans les grands bois pour écrire, je me tapissais à l’ombre du noisetier et j’écrivais des histoires dans la terre avec un bâton. Tout le jardin m’envoyait des lettres tracées avec le gris des ombres et entourées par le feutre d’or du soleil.
un extrait de mon journal de lecture sur le journal d’opal
Le soir, après avoir été si proche du souffle du noisetier, je m’endormais inspirée.
« Et dans la musique il y avait les scintillements du ciel et les tintements de la terre. »
Parce que la nature entretient une longue conversation avec nous, si nous voulons bien l’entendre.
Les feuilles nous regardent ; les arbres se penchent vers soi ; les chemins mènent à chaque grain de terre habitée dans le journal d’Opal.
Moi aussi, petite, j’adorais faire entrer dans mes histoires le chêne, le forsythia, le chat. Je faisais de grands moulinets avec mes bras lorsque les rebondissements se précipitaient. Chaque fleur était une adjuvante qui m’aidait à échapper à l’œil sarcastique du vieux hibou de pierre.
Dans l’ombre du soir, le sentier incendié par le crépuscule devenait ma lampe d’Aladin.
Je crois que, lorsqu’on écrit sa vérité – invisible et inaudible pour autrui, très souvent -, les voix du ciel nous font croire qu’elles naissent de la terre.
« Et nous avons continué jusqu’à la colline où la lune arrivait. Maintenant, je suis une joueuse de flûte pour le vent. »
Rien n’est perdu. Quand j’éteins mon portable, j’écoute s’égrener les notes de ma flûte intérieure et « il y a de la splendeur et du bonheur partout. »
S’il y a bien un livre que je découvre aujourd’hui et que j’aurais aimé lire, enfant, c’est
Journal d’une enfant d’ailleurs ou La Rivière au bord de l’eau d’Opal Whiteley.
Titre insolite, comme l’est l’autrice. La version pour petits s’intitule Les Yeux des pommes de terre. Cet ouvrage existait à ma naissance. Pourtant, je ne l’ai jamais rencontré, ni en librairie, ni en bibliothèque, comme s’il devait être caché.
Je l’ai découvert en lisant Ateliers d’écriture de la psychiatre Nayla Chidiac, réalisés avec des patients de l’hôpital Sainte-Anne.
Et je l’ai acheté dans la librairie en ligne, La Cause des livres d’Emmaüs.
Dérangeant, oui, ce livre l’est. Il bouscule l’ordre social et familial établi dans une Amérique du début du vingtième siècle.
Je pense que certains livres nous sont destinés et que leur lecture est écrite dans notre vie, inscrite dans notre cheminement intérieur.
Pourquoi ai-je rencontré Journal d’une enfant d’ailleurs ?
Il y a une part d’Opal en moi qui ai aussi la sensation de venir d’ailleurs, d’un autre pays, d’une autre planète. Opal décrit comment elle vient de très loin, d’une famille française aristocrate et qu’elle a ensuite été adoptée par une famille de bûcherons aux États-Unis. Je me suis moi-même inventé une famille médiévale. Ma mère s’appelait Thècle.
Je me demande si ce sentiment d’étrangeté n’est pas toujours partagé, comme celui de la solitude ?
Plus tard, j’imaginais que j’avais une famille très aimante qui s’était installée dans l’armoire de ma chambre, une famille du continent de Marmousie.
Il y a des auteurs qui sont nos frères ou nos sœurs spirituels. Il en est ainsi pour Opal avec moi.
La fillette essaie chaque jour de faire plaisir à sa mère, mais « cela tombe toujours à côté » et elle se fait battre comme plâtre. Seule, l’écriture la console, la cajole, la berce. Pour moi aussi, l’écriture fut une mère inconditionnelle, m’allaitant avec le lait des mots.
Le journal d’Opal est un journal de résilience, un journal kintsugi car Opal l’a soigneusement reconstitué, fragment par fragment, durant des années pour qu’il soit publié, bien longtemps après que sa sœur l’a déchiré en mille morceaux.
Mon journal était mon meilleur ami (il l’est toujours). Un ami intime que je saluais quand je rentrais chez lui, puis quand je le quittais après une longue visite.
Il était une porte qui s’ouvrait avec une petite clé d’or sur le royaume de mon cœur.
Le fil de son encre a participé à la cicatrisation de mon être psychique blessé.
Opal écrit son journal, même lorsqu’elle est recluse, punie, sous le lit. Alors, elle accède à l’infini :
« J’entends des chansons – les berceuses des arbres. Mon derrière me fait un peu mal mais je suis heureuse d’écouter la musique du soir du bel univers de Dieu. Je suis vraiment heureuse de vivre.»
Ecrivaine, poétesse, biographe, veilleuse et éveilleuse de Vie !
C’est parce que Géraldine Andrée était effacée qu’elle a commencé à écrire. Elle sentait qu’elle avait des choses à dire, mais qui les écoutait ? En grandissant, elle a trouvé une amie dans son journal intime : Miss Blue. Dans le silence de la page, elle se sentait entendue. Dans la blancheur du papier, elle était certaine d’être soutenue. Elle laissait une trace. Donc, elle existait. Il était évident qu’elle avait trouvé sa place.
L’écriture a toujours habité sa vie, comme elle a toujours habité l’écriture. Elle en a fait un espace-temps intime et sacré qui fait partie de son quotidien. Au fil des jours, elle a affiné sa pratique et peu à peu, celle-ci lui a prodigué des outils de guérison, pour elle-même, déjà, et pour autrui. Elle a en effet mis ses mots au service de l’accouchement des âmes dans des livres pour autrui, en devenant écrivaine et biographe familiale. Puis, des études en art thérapie lui ont permis de développer des ressources spécifiques d’écriture guidant tous ceux qui viennent à elle vers la résilience.
En précommande en ebook dans toutes les librairies ! Parution le 18 avril 2025
Je souhaiterais vous parler aujourd’hui d’une pratique de mon journal : les pages du matin.
Le concept ne vient pas de moi, mais de l’enseignante en créativité, Julia Cameron.
Que sont ces pages du matin ? Disons simplement que ce sont trois pages d’écriture manuscrite dans lesquelles on donne libre cours à ses pensées. »
Voici le bilan que je peux faire des pages du matin que j’intègre dans mon cahier-journal Leuchtturm.
Écrire mes pages du matin, c’est abandonner mon égo et me laisser aller à ce qui vient.
En remplissant trois pages, juste trois pages, je ne me fixe aucun challenge littéraire. Je n’ai pas le souci de créer des effets stylistiques, de choisir des images pertinentes, de sculpter poétiquement ma pensée. J’apprends à redevenir humble et à accepter ma part limitée d’humanité, celle qui geint, s’impatiente, se désespère. Si un mot choquant, voire grossier, s’invite dans mon cahier, je le laisse entrer. Après tout, l’écrire m’évitera sans doute de le lancer à la figure de mon prochain dans la journée. Mes phrases sont simples, parfois réduites à un seul nom ou adjectif « Folle. Quelle idée. » Ma syntaxe se disloque ? Et alors ! C’est le signe que je restitue fidèlement les mouvements de mon humeur qui traversent mon être. Quand l’écriture m’emporte, toute ponctuation disparaît – indice que je m’abandonne vraiment à son flux :
J’aurais tellement besoin de partir en vacances la mer qui se perd et me perd pourquoi ce désir de m’égarer »
Remplir trois pages, juste trois pages, c’est s’accorder un espace-temps qui est long et court à la fois. Je ne peux me permettre de contourner la vérité. Et, en lien avec l’tem 1, je ne peux me cacher derrière une métaphore clinquante. La page du matin m’oblige à ôter mon masque. Si je suis triste, fatiguée, je l’écris. Si quelqu’un m’exaspère, je me l’avoue. Je ne feins pas d’être celle que je ne suis pas. Le contact avec le papier m’invite à être au contact de moi-même. Bien sûr, je peux être tentée de jouer à celle que rien ne touche, qui va bien. Mais il y a toujours un mot qui perce la carapace et alors, la vérité s’inscrit clairement : « Tu ne t’es jamais vraiment remise du deuil de tes parents. »
Remplir trois pages, juste trois pages, c’est lâcher prise, renoncer à tout contrôle, toute rationalité. Je l’avoue : au début, cela a été dur pour moi. Mais maintenant, j’accepte de perdre le fil directeur de mon écriture. Je me fie au thème qui vient et qui remplace le précédent. Je sais qu’un chemin mène à un autre chemin, qu’un sujet débouche souvent sur un autre sujet. Enfin, je ne me juge plus comme avant : « Cela ne veut rien dire ce que tu écris. » Mieux : je trouve normal de passer du coq-à-l’âne et si une phrase surgit au milieu de la phrase que j’écris, je la laisse interrompre la phrase précédente. Ce n’est rien si un mot se suspend, est incomplet. Je sais que ce qui doit s’exprimer trouvera toujours la manière de le faire : « Il n’y a pas à dire. Ce boulot est… je vais m’acheter une bougie parfumée pour me consoler. INFAISABLE. »
Remplir trois pages, juste trois pages, c’est aussi me confronter au silence. Dans ce cas, j’écris ce silence – comme le conseille Julia Cameron. « J’ai la tête vide aujourd’hui. Strictement rien à raconter. Ma vie est blanche comme ce papier. » Si je dois répéter que je n’ai rien à raconter, je le réécris, encore et encore. Et alors, la neige fond ; une pousse apparaît. Ainsi, une note se cachait derrière ce silence… Je décèle une tonalité que je m’empresse d’inscrire. Je fais paradoxalement l’expérience d’un vide qui a tout à dire, qui ressemble à un trop-plein et qui déborde. Le « rien à dire » m’ouvre à tous les possibles. C’est lorsque je ne vois pas quoi écrire qu’une vérité se fait jour car j’ai désencombré mon esprit de toutes les illusions qui la masquaient.
En persistant à écrire trois pages, juste trois pages, je deviens le témoin d’un miracle quotidien. En effet, au bout d’une page et demie – deux tout au plus -, comme l’affirme Julia Cameron, une fenêtre s’ouvre et la voix que je considère comme étant celle de mon âme prend le relais. Alors, moi qui ne voulais pas faire de la poésie, je m’aperçois que j’écris poétiquement. Mais c’est une poésie qui est au contact de ma vie, de ma réalité ; c’est une poésie (e)/(a)ncrée ; c’est une poésie qui me révèle ce que je dois savoir pour avancer dans mon existence : « Tu cherches ton étoile dans le ciel, mais ne sais-tu pas qu’elle est en toi ? » J’en fais l’expérience chaque matin : en allant d’une marge à l’autre, de la page une à la page trois, je vais au-delà de moi-même, sur ce rivage où une femme authentique m’attend et vient à ma rencontre quand j’accoste… enfin.
Petit à petit, grâce à une pratique assidue, je m’aperçois que ces trois pages sont à mon écoute. Je m’apaise ; mes problèmes s’atténuent, puis s’effacent. Les situations les plus redoutables s’arrangent ; mes vœux se réalisent ; des biens se matérialisent. La page est un univers dans lequel Dieu se manifeste. Je suis convaincue qu’écrire ses pages du matin constitue une forme de prière.
Mais je vous entends m’objecter : « Je n’ai pas le temps de faire ces pages ! Je dois me réveiller tôt, faire lever les enfants, courir à la crèche, au travail ! »
Sachez que ce problème, je le rencontre aussi. Cependant, je trouve toujours le moyen d’écrire trois pages, juste trois pages. À côté de mon café dans le meilleur des cas, sous ma petite lampe de chevet allumée alors que l’aube est encore noire, dans le train, entre deux gares, dans la salle d’attente du laboratoire, sur la table d’un bistrot avant le grand examen… Je dois dire que ce sont les situations les plus incongrues, les plus inconfortables qui rendent ces pages criantes de vérité. Je vous en livre un exemple :
Pages écrites le 20 octobre 2021, dans le train, après avoir traversé une ville qui faisait vraiment grise mine à six heures :
Rebelote le train. Je suis très loin des aubes romantiques des Miracle Mornings, pleines d’élan et de vie. À la place, c’est encore la nuit, la petite pluie agaçante et glaciale sur le manteau. Je vais arriver trempée. Nouvelle désillusion hier : J’ai travaillé avec X qui m’a demandé de payer ses exemplaires !!! C’est du vol… Je me fais toujours avoir de toute façon. »
Pendant une page et demie, je ronchonne jusqu’à ce qu’apparaisse cette phrase :
Si je veux travailler en libérale, il faut que je sois libre au sujet de ma façon de travailler. »
Évidemment ! Je n’avais jamais fait le parallèle entre « libre » et « libérale« , moi qui me résignais, voire me soumettais à des situations inconfortables : « C’est ainsi ! Je ne peux rien y faire ! » Deux mots associés me donnaient la clé. Et le lendemain, émerge dans les mêmes circonstances du petit matin, une phrase plus positive :
Après tout, c’est une chance, pendant mon trajet, d’assister au lever du jour !
Écrire tôt, c’est m’éclairer ! »
Comment pratiquer ?
Vous pouvez utiliser un cahier format A5, relié ou à spirale. J’aime les cahiers de la marque Leuchtturm car le stylo glisse bien sur le papier.
Quant au stylo, privilégiez les stylos à bille légers. Si vous optez pour la plume, veillez à avoir suffisamment d’encre afin de ne pas être interrompu par un problème technique de changement de cartouche en plein flow.
Et c’est tout !
Voici quelques déclencheurs d’écriture pour remplir trois pages, juste trois pages, quand la vie vous presse :
S’informer sur sa météorologie intérieure :
Aujourd’hui, je me sens…
Quel temps fait-il chez moi ?
S’inviter dans sa demeure intérieure :
J’entre en moi et…
Dans mon cœur, je trouve…
Prendre de ses nouvelles en utilisant la deuxième personne du singulier pour favoriser le dialogue avec soi :
Salut ! Comment vas-tu ?
Ici, radio (votre prénom), quelles informations as-tu aujourd’hui ?
Parler de soi avec distance en utilisant la troisième personne du singulier ; on devient, ainsi, le témoin désengagé émotionnellement de sa propre histoire :
Ici et maintenant, elle/il
Elle/il a reçu comme nouvelles à bord…
Je vous souhaite une bonne écriture ! J’évoquerai dans un prochain billet l’utilisation de toutes les pages du matin remplies au fil de sa vie…
Et, pour aller plus loin,lisez :
Julia Cameron, Libérez votre créativité ; La bible des artistes ; Collection Aventure secrète.
Vous pouvez également me livrer votre expérience de votre propre pratique des pages du matin en commentaires, ce qui fera de ce billet un atelier d’écriture en ligne.
– Je confie tous mes problèmes à mon cahier ! Oh ! Ce n’est pas grand-chose ! Ce n’est rien qu’un cahier…
Rien qu’un cahier…
Comme je te comprends !
Un cahier qui prouve, finalement, que tu n’as pas d’interlocuteur fiable, d’ami fidèle et compréhensif, de confident loyal. Tu n’as personne à qui parler. Alors, tu écris dans ton cahier.
Mais ce cahier est Tout, en vérité.
Je ne disserterai pas ici sur le fait que les vrais amis sont très rares… Quant à la famille, elle est susceptible, elle aussi, de te trahir ou, tout simplement, de ne pas être à la hauteur de l’idéal que tu te fais d’elle.
Alors, crois-moi, tu peux compter sur la présence de ton cahier :
Il représente ton espace intérieur, protecteur et sacré. Ses marges symbolisent tes limites – ce seuil interdit aux intrusions du monde.
Il te guide vers toi-même. Et ses lignes sur lesquelles s’inscrivent tes mots comme autant de pas sont de multiples chemins possibles vers ta terre promise.
Il est cette île de silence, loin de la cacophonie extérieure, où tu peux enfin te mettre à l’écoute de ta propre voix : Aujourd’hui, j’ai vraiment besoin de repos…
Il te relie à ton authenticité. Comment ? Par le frêle fil de l’encre qui se dévide entre ta feuille et toi.
Il te place face à cette évidence : comment peux-tu espérer de la sincérité envers les autres si tu n’es pas d’abord sincère envers toi ? Le cahier, comme tout miroir, ne ment pas.
Il te permet de définir ce que tu ressens dans l’unique instant présent, de cerner précisément ce sentiment passager qui, certes, ne te définit pas éternellement mais qui t’invite à mieux te comprendre et à t’accepter dans ton éphémère vulnérabilité : Aujourd’hui, je me sens fatigué, stressé, anxieux… Nul besoin de remédier à la situation ! Le seul fait de le noter te délivre déjà des ruminations mentales.
Il te montre ta place, TOUTE TA PLACE, c’est-à-dire comment t’affirmer par ta seule présence, en écrivant que tu comptes aux yeux de la personne la plus importante : TOI.
Il est le recours le plus rapide lorsque la toxicité te submerge, une méditation qui s’accommode du mouvement, voire de la trépidation. Une peur resserre son étau autour de ton cœur alors que tu voyages en seconde classe, de Paris à Strasbourg ? Parle à ton ami en papier de cette peur. Puis, lorsque cet ami te la présentera telle qu’elle est, dialogue avec elle : Ma peur, je sais que tu es bienveillante pour moi car tu veux me protéger de la situation X, de la personne Z…
L’espace de ton cahier est du temps qui t’appartient au milieu des obligations. Au moins, dans ma journée, j’ai eu vingt minutes à moi, rien qu’à moi, avec Lui à la page si douce… Que cette parenthèse d’écriture ressemble à de brèves retrouvailles avec un amant clandestin ne me choque pas, je t’assure…
Dans cet espace, tu prends le temps de t’arrêter, de respirer, de faire littéralement une mise au point. D’ailleurs, les virgules et les points sont faits pour ça : REPRENDRE TON SOUFFLE. Alors, l’émotion indicible s’apaise. Déposée sur la page satinée, entre deux fleurs bien dessinées, parmi d’autres feuillets eux aussi en fleur, elle perd de son emprise et s’adoucit au contact de la tendresse du papier. Maintenant qu’elle est là, elle n’est plus le diablotin qui risque à tout moment de te sauter à la gorge. C’est une enfant que ton écriture berce pour qu’elle s’apaise encore.
Voilà. Même si tu ne peux converser avec le monde, TU EXISTES. Tel un oiseau, tu donnes ta puissance à ta plume et tu prends toute ton expansion rien que dans un cahier, que tu peux nommer Recueil de ma vie car il est l’ami qui se recueille sur tout ce que tu lui confies.