Mot après mot
je fais plus qu’écrire
je vis
car je sais
que le dernier mot
de chaque jour
annonce
l’aurore
Géraldine Andrée
Mot après mot
je fais plus qu’écrire
je vis
car je sais
que le dernier mot
de chaque jour
annonce
l’aurore
Géraldine Andrée
Ne te laisse pas intimider par la page dont la blancheur te fait douter de ton inspiration.
Ne te laisse pas enfermer par son cadre illusoire. Je sais, on t’a habitué à ne pas franchir les lignes, à ne pas déborder de la marge, à écrire comme on avance, c’est-à-dire droit.
Et pourtant, si je te disais que la page est un vaste endroit où tu peux prendre toute ta place ?
Si je te disais que la page est un océan dont les vagues, en ondulant, en ondoyant te mènent vers toi-même ?
Regarde la page. Elle est ton miroir, non pas un miroir où tu te juges avec sévérité, où tu ne repères que tes défauts, mais un miroir qui te permet de te rapprocher de toi, de te regarder dans les yeux pour y voir se révéler tes rêves.
Considère la page comme la possibilité d’un voyage où il n’existe
nul sens unique.
Commence par un mot – un seul – n’importe où, à droite, à gauche. en bas, en haut.
Réinvente tes points cardinaux. Écris au Sud, écris à l’Est.
Écris avec confiance ce que tu éprouves, ce que tu penses, qui tu es.
Imagine que ta plume signe chaque battement d’ailes d’un oiseau.
Sois, grâce à la page, ce grand espace où tu contemples ton passage.
Géraldine Andrée
Mon appareil photo est tombé en panne pour ma promenade.
J’ai alors emporté par dépit un carnet de notes.
Et, en chemin, au lieu d’inscrire en guise de laconique légende
en-dessous du cliché
« Arbre »,
ce que je faisais par confortable
habitude,
donnant plus d’importance
– je l’avoue –
à la photo qu’aux mots,
j’ai écrit au centre
d’un feuillet blanc
« Cathédrale de feuilles ».
Et je suis rentrée à la fin du jour,
riche
de cette image.
Géraldine Andrée

Les mots
te regardent
dans les yeux
pour te dire
de suivre
avec confiance
le fil bleu
de cette phrase
qui se balance
sur le blanc
Géraldine Andrée
Mon livre sur l’écriture de vie,
pour se sentir pleinement vivant :
Il arrive, au cours du travail d’écriture d’une biographie, que la mémoire fasse défaut.
On peine à situer chronologiquement un événement, à le dater. Parfois, c’est un nom qui s’est échappé.
Vous craignez que cette « lacune » ait une incidence sur la biographie, surtout si vous la donnez à lire à votre entourage. Vous redoutez que ce dernier s’écrie :
-Mais voyons ! Tu t’es trompé(e) ! Cet épisode s’est passé avant celui-ci ! Comment, tu ne te souviens plus de Monsieur Delhaye ?
A cela, je répondrais que la mémoire sélectionne ce qui lui est utile et que ce qui vous semble un événement important – selon des critères familiaux, sociaux – ne l’est peut-être pas pour votre mémoire qui vous rapportera fidèlement d’autres détails plus propices à enrichir la biographie.
Vous pourrez, en effet, être surpris(e) de ne pas vous souvenir du nom de votre voisin ou de la date de naissance de votre arrière-petite-fille et d’être capable de vous remémorer, en revanche, la couleur de votre robe de jadis avec laquelle vous alliez danser, la variété des fruits de votre verger, la senteur de la citronnelle les soirs d’été, la goutte de sueur qui perlait sur le décolleté de votre mère…
Tout ce qui vous paraissait anodin, voire insignifiant, surgit avec force pour redonner un autre sens au récit de votre vie.
Vous percevez ainsi votre histoire différemment – de manière plus personnelle, intime :
« J’ai donc gardé comme un trésor en moi pendant toutes ces années le feu rouge des feuilles de l’érable au bord de la fenêtre d’autrefois. »
L’anodin vous permet de porter un regard neuf sur l’événement à l’apparence convenue :
« Je ne me souviens plus du nom du voisin qui a vécu là-bas pendant vingt ans mais je pourrais dessiner très précisément chaque tuile du toit de sa maison. C’étaient des tuiles au reflet anthracite. Leur éclat m’éblouissait quand j’ouvrais mes volets au petit matin. »
Le travail biographique vous invite à ouvrir d’autres coffres que ceux que votre entourage vous a toujours montrés : les coffres de votre inconscient omniscient, de votre intériorité la plus profonde qui vous définissent dans votre complète identité.
Décrire les fleurs qui ornaient cette robe de bal, c’est donner à la biographie une signature authentique, celle de votre être. Tel est le présent que vous offre la Mémoire aux Mille Tours.
C’est pourquoi une maladie cognitive comme celle d’Alzheimer avant l’ultime stade n’entrave pas le projet d’écriture d’une biographie.
J’y reviendrai dans un prochain billet.
Géraldine Andrée
Écrire, c’est se poser à côté de soi, s’observer, puis noter sans aucun jugement tout ce qui traverse le corps, le cœur et l’esprit dans toute la gamme du négatif comme du positif. C’est nommer précisément ce qui nous bouleverse et nous apaise.
En prenant la plume, on se prend par une main amie. On se dit :
“Viens ! Je chemine avec toi et à travers toi !”
Il est important de se laisser porter par la page initialement blanche comme par un océan, faire de la phrase une vague, lâcher prise.
N’ayez pas peur d’écrire. Écrivez ce qui se dit, ce qui se dicte en vous par une voix de confiance, celle de votre subconscient, cette zone dans votre psychisme qui détient une compréhension bien plus large que votre simple conscient.
Écrivez pour le plaisir d’écrire, de griffonner, de raturer, de dessiner ces mots.
Écrivez pour le mouvement de la main sur le papier. Vous ne contrôlez pas la trajectoire d’un train, d’un bateau ou d’un avion qui vous emmène au loin.
Alors, écrivez pour le simple voyage.
Écrivez pour déposer ici et maintenant le murmure et le mouvement de vos pensées.
Écrivez pour écouter ce qui se chuchote en vous, le passage de votre stylo sur le papier avec cette conscience du promeneur qui perçoit le bruit de ses pas sur le chemin.
Écrivez pour laisser la vie accomplir son œuvre en vous.
Et alors, une porte s’ouvrira dans la page, par laquelle un message vous parviendra et dont vous serez à la fois l’expéditeur et le destinataire.
Parfois, votre plume ira vite. Acceptez le fait que ce soit elle qui vous guide alors que vous avez l’impression de la tenir fermement.
Au milieu du fatras de vos pensées, une phrase ou une expression sonnera – claire et juste pour vous. Vous aurez trouvé votre vérité. Puis une autre phrase ou expression succèdera à la phrase initiale et fera encore plus sens pour vous.
Vous serez dès lors surpris par ce qui s’écrit et dont vous êtes le dépositaire. La tonalité et le vocabulaire auront changé. Les plaintes s’atténueront. Les souvenirs auront moins d’emprise. Vous prêterez davantage attention à l’instant de l’écriture.
Ne soyez pas étonné par de nouveaux mots qui apparaîtront – et que vous n’employiez pas auparavant. C’est vous qui les aurez mis au monde !
Parce que vous aurez repris confiance en la page, vous aurez ouvert la porte de vous-m’aime.
Et l’écriture donnera sens (signification et direction) à toute votre vie !
Je vous souhaite une belle découverte de qui vous êtes au fil de l’encre !
Bon voyage !
Géraldine Andrée
Je souhaite écrire aujourd’hui sur cette fenêtre qui s’ouvre dans la page.
Je ne saurais vous dire à quel instant précis cela se produit, à partir de quel mot ou de quelle ligne…
Mais je peux vous montrer comment en reconnaître le signe.
La fenêtre de votre page s’ouvre
quand vous ne craignez pas son silence comme message
mais que vous faites confiance à son blanc initial,
quand vous ne vous cachez pas derrière de bonnes pensées
mais que vous notez tout ce qui vous vient à l’esprit,
quand vous ne vous mentez pas pour bien paraître au monde
mais que vous accueillez votre part d’ombre.
Il est nécessaire de ne pas se préoccuper de l’orthographe,
de l’élégance des phrases,
de la tournure littéraire
de ce que vous écrivez
pour qu’une fenêtre s’ouvre dans votre page.
Laissez tomber votre ego,
le souci du jugement d’un potentiel lecteur
et notez les mots
que vous dicte votre cœur.
Vous me demanderez :
Mais comment reconnaître
cette fenêtre ?
Vous saurez qu’elle est ouverte
quand tout ce qui est possible
sera prêt à apparaître :
une association d’idées,
une métaphore insolite,
une autre perspective,
un souvenir vivace.
une émotion puissante,
une phrase tout simple
qui vous révèle l’essentiel
de vous-même,
les premiers vers d’un poème,
ou encore la solution à un problème…
Cette fenêtre n’est peut-être
pas à comprendre au sens strict du terme.
C’est votre changement de regard
qui vous invite
à vivre autrement
une situation qui est restée, elle, semblable,
simplement parce que vous avez eu le courage
de vous pencher sur votre page
comme à travers une fenêtre.
Ainsi, je vous souhaite
de belles découvertes
de vos paysages
secrets !
Géraldine Andrée
Que sont donc
devenues
nos ombres
sur le sentier ?
Je me le demande !
Alors, je recopie
à l’encre
bleu foncé
une phrase
de Sôseki
pour les retrouver :
« La suite reste enfouie au fond de mon cœur. »
Géraldine Andrée
Écrire
faire un pas
avoir toujours
un mot
devant soi
un mot
qui contient
la brindille
l’étoile
la feuille
de tilleul
et qui fait
que malgré
la longueur
du chemin
qu’il reste
à tracer
le cœur
se sent
moins seul
Géraldine Andrée