Elle fixe
sa lampe
de chevet
pour oublier
les yeux
de son père
incapable
de fermer
les paupières
Géraldine Andrée
Elle fixe
sa lampe
de chevet
pour oublier
les yeux
de son père
incapable
de fermer
les paupières
Géraldine Andrée
Me réveiller dans la paix du matin.
Le soleil traverse la fente des persiennes.
La journée promet d’être belle.
Je pense que le chemin des menthes
tremble déjà dans la lumière.
Mais pour l’instant,
garder mon rêve
à fleur de paupière.
Tenter d’approcher mes lèvres
de ton visage immatériel
et de saisir ta mèche
rousse
qui se dérobe
dès que je crois
que je la touche.
Demeurer ensemble
dans l’ombre
douce
que l’on se partage
comme une danse.
Géraldine Andrée
J’écris chaque jour pour changer.
J’écris chaque jour pour prendre conscience que je ne peux pas indéfiniment noter les mêmes constats, émotions ou pensées sans avoir le courage d’assumer un beau jour une décision.
Bien sûr, j’aime voir, au fil de l’encre, mon cahier se transformer, devenir une constellation de mots.
Mais j’écris surtout pour me voir me métamorphoser dans le miroir de ma page, faire en sorte que ma réalité devienne rêve réalisé.
Géraldine Andrée
Quand le poème que j’écris
est devenu chemin,
je m’efface.
Je laisse la place
à la trace
de l’autre.
Tableau : Samoukan Assaad.
Samoukan Assaad, peintre syrien résidant à Lattaquié, donne formes, couleurs, souffles et visages à l’Invisible que seuls nos yeux intérieurs peuvent voir. Les peintures de Samoukan Assaad nous regardent où que l’on soit. Et elles nous guident vers cette éternité où la terre prend chair.
https://fr.artquid.com/seller/arquid.comsamoukan/about
https://www.maycreations.eu/pages/artistes-en-mouvement/page-3-1-1-1-1.html
Poème : Géraldine Andrée
Où va le jour à l’heure du crépuscule ?
Sautille-t-il de violette en violette au bord du chemin?
Est-il ce souffle bleu qui s’échappe des rives -ces lèvres toujours ouvertes sur l’infini ?
Danse-t-il avec l’ombre de la fenêtre ?
Est-il ce silence qui se penche sur le jardin, une fois que l’on a rentré les chaises ?
Suit-il l’ultime lueur de l’abeille parmi les menthes ?
Traverse-t-il de son aile notre mémoire, comme un défunt auquel on songe,
pour annoncer la première étoile ?
Où va donc le jour quand il s’en va ?
Peut-être en toi. Peut-être en moi.
Mais peut-être aussi qu’il se dépose sagement sur les joues
de l’enfant qui s’endort
et qu’il y demeure
jusqu’à l’aurore…
Géraldine Andrée
Il y a dans mon rêve une nouvelle pièce
jusque là inaperçue,
une pièce dont j’ai obtenu la clé
par je ne sais quel voeu.
Une fois le seuil franchi,
je fais la découverte
du présent du silence
qu’elle a gardé pour moi.
Au fur et à mesure
que j’approche
la lampe,
je lis des titres de livres
qui m’annoncent
un futur
déjà accompli,
des cahiers
qui s’ouvrent
comme des fenêtres
sur les vérités
de ma vie,
des photographies
où je me vois devenue
celle que j’ai toujours
voulu être.
Il me semble même
croiser le regard
de mon âme
dans lequel ma lampe
allume la lueur
d’une flamme.
Et je m’exclame
en mon coeur :
J’ignorais
qu’il y avait une telle pièce
dans ma maison,
un endroit si profond
en moi-même
qui attendait
pendant tout ce temps
que j’entre
pour qu’il me révèle
toutes les richesses
– connaissances, réflexions –
que j’ai depuis toujours !
Maintenant, je fais confiance
à son obscurité.
Je lui apporte
chaque jour
les nouvelles visions
que j’ai récoltées
et que je destine
dans un coin d’ombre
à ma propre rencontre.
Géraldine Andrée
Ta chambre est douce avec ses rideaux tirés, ses ombres mordorées.
J’ai posé sur une serviette en papier la barquette de fraises que je t’ai achetée et il m’a semblé que la couleur des fruits éclairait d’une lueur supplémentaire chaque bobine de fil destinée à coudre quelques robes invisibles…
Les deux fleurs que j’ai disposées dans un petit gobelet en plastique, il y a de cela trois semaines, sont encore bien ouvertes.
J’ai voulu retrouver le poème que j’ai écrit sur elles.
Le voici : https://quevivelavie.wordpress.com/2019/05/31/les-fleurs-de-ta-chambre/
Puis, je suis redescendue dans la salle de séjour.
Ici, tout est possible. On retrouve dans les conversations des maisons depuis longtemps vendues qui ouvrent leur porte, des défunts qui revivent. On peut demander à son voisin la couleur du ciel de Saint-Loup, le prénom du bébé parti.
Les seules nouvelles fraîches sont les fleurs qui apparaissent, les roses bien rouges désormais.
Tu m’as dit :
-Après le dîner, on ira cueillir de la lavande et on en mettra entre les draps.
J’ai opiné. Après tout, peu importe que tu te sois trompée de demeure et d’époque.
Ici, le temps est étranger au temps extérieur.
Il peut se dérouler en arrière, singulière bobine que la mémoire ravive.
Ici, on est ailleurs.
Géraldine Andrée
Un rien
annonce
l’automne :
trois points
roux
sur les prunes,
l’herbe
qui s’incline
et parsème
la ligne
du chemin
de virgules
tremblantes
sous un soupir
qui se brise…
Un rien
annonce
le silence :
des points
de suspension
alors
que la phrase
s’élance
encore,
un espace
minuscule
comme
signe
que la page
se termine…
Et voilà
que malgré
l’attente
d’une suite,
tout
est écrit !
Mais
il suffit
d’un battement
de cil
pour reconnaître
la palpitation
des feuilles
d’une nouvelle
saison…
Un rien
suffit
pour désigner
le point
du jour
à l’horizon…
Un clignement
de l’oeil
qui encourage
ce souffle
en chemin
vers son message…
Géraldine Andrée
Ne pas noter les choses importantes
mais celles que j’aime
aussi minimes soient-elles
comme les lueurs des gouttes matinales
sur la rambarde de ma terrasse
Géraldine Andrée
Journal
Tu me regardes toujours sur la photo,
que je me décale à gauche ou à droite,
que je reste assise ou que je me lève,
que je m’approche ou que je m’éloigne,
que je rêve ou que je sois consciente des épreuves de mes veilles,
tu me regardes.
Et même lorsque je me tourne vers la fenêtre
pour écrire sans te voir,
pour ne faire confiance qu’à ma mémoire,
tu me regardes à travers ces mots
qui brillent dans leur encre noire.
La page est ce cadre
où m’apparaît
à chaque reflet du jour
ton visage.
Je n’ai alors
plus le droit
de te juger sans égard
car il me semble
que je vois les choses
qui nous entourent
avec ton regard.
Géraldine Andrée
