Ne t’acharne pas
à trouver un sens
aux pointillés d’or
que le jour laisse
entre les branches…
Voyage
simplement
avec eux
comme sur une phrase
dans une autre langue…
Géraldine Andrée
Ne t’acharne pas
à trouver un sens
aux pointillés d’or
que le jour laisse
entre les branches…
Voyage
simplement
avec eux
comme sur une phrase
dans une autre langue…
Géraldine Andrée
Toute petite, j’assistais à tes séances de bricolage. Je me souviens comme tu soudais. De crépitantes lueurs jaillissaient de tes doigts. Tu viens du pays des forges, des flammes qui se lèvent haut. J’appartiens, moi aussi, par ton sang, à ce pays de suie et de feu, à cette succession de villages et de villes qui se terminent par -Ange (Algrange, Volmerange, Gandrange, Hayange), à ces paysages constellés d’étoiles noires, tombées sur les toits et les chemins. Maintenant, tu es feu. Mais lorsque je traverse cette région en voiture ou en train et que je vois le soleil briller sur l’acier rouillé, il me semble que ta main invisible soude dans une myriade d’étincelles mes jours reliés à toi depuis le ciel.
Géraldine Andrée
Quand j’écris
de bon matin,
je vois s’étendre
sur l’ancien jardin
la lumière
blanche
comme une nappe
de dimanche,
le forsythia de mon enfance
que je croyais déraciné
refleurir
pour l’éternité,
la flamme rousse
de la chatte décédée
s’élancer d’un taillis
vers mon souvenir,
et si je me laisse guider
par ce rythme régulier,
je retrouve
le petit sentier
qui mène
à l’étoile verte
de la clairière
où Marie la vive
vient de s’asseoir,
jupe retroussée
au-dessus des genoux
pour son amoureux…
Quand j’écris de bon matin,
des soleils s’alternent
devant mes yeux
et ma page est une vitre
où se rapproche
chaque instant
de jadis
qui m’attend…
Quand j’écris
si tôt,
je prends le train
du temps.
Géraldine Andrée
Cahier mauve lilas,
cahier rose forsythia,
cahier vert sauge,
cahier bleu menthe…
J’ai bien assez de feuilles
pour tout un été.
Géraldine Andrée
Écrire,
c’est avancer
penché
parmi les feuilles,
et voir sa main
se frayer
un chemin
vers Demain.
Géraldine Andrée

Offre des poèmes
à la Vie
pour que ta vie
soit Poème
Géraldine Andrée
Mot après mot
je fais plus qu’écrire
je vis
car je sais
que le dernier mot
de chaque jour
annonce
l’aurore
Géraldine Andrée
Il ne me reste
qu’une seule
pensée pour toi
mais c’est une pensée
qui réunit
tous les chemins
de juin,
l’écume de la vague
qui tremble
comme une dentelle
autour des jambes
de la brise,
les corbeilles
de dattes brunes
et de figues séchées
sous le bras,
les roses
du jardin suspendu
devenues mauves
sous le clair
de lune,
les flammes
qui confient
à l’ombre
leurs phrases
rousses,
les encorbellements
des ruelles
espagnoles
d’où vole
un rayon de soleil
jusqu’à ton cou,
les orangers
de Tunisie
bordant
la route
à fleur de désert,
le pont
qui enjambe
l’écrin bleu
de quelques
nénuphars,
l’étoile
d’un ciel d’août
que tu emportes
dans ton regard,
ta peau chaude
et blonde
comme du pain
au matin,
notre terrasse
qui se prolonge
au-dessus du monde,
et notre voyage
dans la nuit
avec les phares
qui nous éclairent
juste pour une seconde
supplémentaire…
Je n’ai pas peur.
Ces lueurs
suffisent
pour continuer
jusqu’à la maison.
Il ne me reste
qu’une pensée
pour toi
mais c’est une pensée
qui rassemble
en un seul poème
tout ce que nous avons vécu
ensemble.
Géraldine Andrée
Ne te laisse pas intimider par la page dont la blancheur te fait douter de ton inspiration.
Ne te laisse pas enfermer par son cadre illusoire. Je sais, on t’a habitué à ne pas franchir les lignes, à ne pas déborder de la marge, à écrire comme on avance, c’est-à-dire droit.
Et pourtant, si je te disais que la page est un vaste endroit où tu peux prendre toute ta place ?
Si je te disais que la page est un océan dont les vagues, en ondulant, en ondoyant te mènent vers toi-même ?
Regarde la page. Elle est ton miroir, non pas un miroir où tu te juges avec sévérité, où tu ne repères que tes défauts, mais un miroir qui te permet de te rapprocher de toi, de te regarder dans les yeux pour y voir se révéler tes rêves.
Considère la page comme la possibilité d’un voyage où il n’existe
nul sens unique.
Commence par un mot – un seul – n’importe où, à droite, à gauche. en bas, en haut.
Réinvente tes points cardinaux. Écris au Sud, écris à l’Est.
Écris avec confiance ce que tu éprouves, ce que tu penses, qui tu es.
Imagine que ta plume signe chaque battement d’ailes d’un oiseau.
Sois, grâce à la page, ce grand espace où tu contemples ton passage.
Géraldine Andrée