Confinement
Chacun
est devant
sa page
sur laquelle
il est libre
d’écrire
ce qu’il veut
avec la couleur
de l’encre
qu’il se choisit
dans l’instant
Noire orange
mauve ou bleue
Géraldine Andrée
Confinement
Chacun
est devant
sa page
sur laquelle
il est libre
d’écrire
ce qu’il veut
avec la couleur
de l’encre
qu’il se choisit
dans l’instant
Noire orange
mauve ou bleue
Géraldine Andrée
Quand le poème que j’écris
est devenu chemin,
je m’efface.
Je laisse la place
à la trace
de l’autre.
Tableau : Samoukan Assaad.
Samoukan Assaad, peintre syrien résidant à Lattaquié, donne formes, couleurs, souffles et visages à l’Invisible que seuls nos yeux intérieurs peuvent voir. Les peintures de Samoukan Assaad nous regardent où que l’on soit. Et elles nous guident vers cette éternité où la terre prend chair.
https://fr.artquid.com/seller/arquid.comsamoukan/about
https://www.maycreations.eu/pages/artistes-en-mouvement/page-3-1-1-1-1.html
Poème : Géraldine Andrée
Toute petite, j’aimais laisser dans le couloir, à mon retour de promenade,
des feuilles, des pétales, des cailloux, des grains de terre et de sable
qu’avaient recueillis mes pas.
C’étaient les traces
de tous les passages
que j’avais rendus possibles.
Bien sûr, je me faisais gronder,
et je devais promettre de ne plus recommencer,
sous peine d’être privée de promenade.
Alors, j’ai ouvert un cahier pour semer avec mes mots
les feuilles, les pétales, les cailloux, les grains de terre et de sable
de mes promenades.
Ma page est devenue chemin
au rythme de ma main,
et depuis, chaque matin,
j’écris
comme je me promène,
de plus en plus loin.
Géraldine Andrée
Écrire lentement.
Épouser l’intention de ses pensées
avec le mouvement de sa main.
Se souvenir
que l’on flottait, enfant,
sur l’ondulation tranquille
de l’eau,
comme cela,
visage face
au Très Grand,
et que l’on entendait,
mêlé au tempo
du flot,
le doux battement
de son sang
dans ses tempes.
Retrouver
l’accueil
de la vague
qui avance
parmi les feuilles
placées
en offrande
devant soi.
Voir briller
dans les reflets
bleu marine
le très sûr
sillage
de l’encre.
Écouter
le frottement
de la pointe
de la plume
ou le léger
crépitement
du stylo bille,
quand le mot
exauce
le voeu
de la main
que lui envoie
le coeur.
Écrire
si lentement
qu’il semble
que l’on annonce
sa trace
sur le chemin.
Et puisque l’on a conscience
que l’on passe
sur la page,
inéluctablement,
écrire
sans regret
son propre temps.
Géraldine Andrée
En ces temps où tout est enclos,
j’ai une maison
où je peux reposer mon corps
et en son coeur,
une autre maison
où je peux déposer
mes plus tristes et mes plus joyeuses pensées :
mon cahier.
Je redoute l’heure
où il me faudra affronter le dehors,
réadapter mon corps
au rythme des exigences sociales.
Mais qu’importe !
Je sais que quoi qu’il arrive,
j’ai une maison
faite de papier léger
qui résiste
à toutes les tempêtes
que le temps
peut m’envoyer
et qui m’abrite
en pleine nuit
dans sa blanche lumière :
mon cahier.
Géraldine Andrée
Je me penche
sur le silence
qui luit
tout entier
contenu
dans l’instant
comme l’eau
du matin
dans sa tasse
blanche
et j’écris
Géraldine Andrée
Mon seul voeu
Être éclairée
jusqu’à l’aurore
par un poème
Géraldine Andrée

Je suis riche
de chaque poème
unique
Géraldine Andrée
J’ai rêvé d’un savon rond de Méditerranée,
un savon qui fleure bon le laurier-rose et la rose-thé,
un savon doux pour le retour des après-midi de plage.
C’est à cela que sert chaque page
de mon carnet de chevet :
noter tout ce qui est,
comme le sillage
qu’a laissé il y a bien longtemps sur la peau
une mousse de lumière et d’eau.
Géraldine Andrée
Avec trois gouttes d’encre
sur fond blanc
je trace le chemin
du silence
Géraldine Andrée