Avant
d’accomplir
de grandes
choses,
j’essuie
cette goutte
qui perle
sur mes cils.
Géraldine Andrée
Avant
d’accomplir
de grandes
choses,
j’essuie
cette goutte
qui perle
sur mes cils.
Géraldine Andrée
L’essentiel est que tu Sois
dans chaque chose que tu Fais.
Avec toute ma joie,
Géraldine Andrée
Tu les trouves tôt le matin, après l’éloignement de la marée, déposées ça et là par les vagues sur la vaste marge du sable.
Vois comme elles ondulent, comme elles ondoient. Le souffle du vent allume de nouveaux reflets sur leur corps frémissant.
Elles tombent dans un bruit mou.
Tu portes leur poids léger et il te semble alors que ce sont elles, si frêles, qui te bercent au rythme de tes pas.
Le soir, sous la lampe, elles prennent une forme étrange.
Elles font la pirouette, se déhanchent, enjambent les espaces blancs, se donnent la main lorsque tu les disposes côte à côte.
Si dociles, elles obéissent à ton rêve de ballet, adoptent les postures, les courbes et les contours que tu veux bien dessiner.
Quelques gouttes d’eau suffisent pour rallumer dans leurs mouvements les couleurs de l’océan.
Les voici prêtes.
Tu les places près d’une fenêtre. Et c’est toute une chorégraphie silencieuse qui se déroule là, le lendemain, devant tes yeux ; qui se répète autant que tu le souhaites.
Algues de Bretagne, immobiles danseuses, destinées à la blanche scène rectangulaire d’une carte de vœux et qui brillaient de tous leurs bleus, de tous leurs verts à la pâle lumière d’une lampe de chevet…
Bien des années ont passé depuis ces promenades le long de la plage de Douarnenez.
Aujourd’hui, les sylphides font leurs entrechats sur la neige jaunie d’un vieux papier, chez des amis que tu ne vois plus depuis longtemps.
Mais toi, souviens-toi, elles t’attendaient tôt pour danser éternellement sous la grâce de tes mains, les algues, fidèles à ce rendez-vous du matin après avoir roulé toute la nuit dans la houle.
Comme ces marées, désormais, sont loin !
Géraldine Andrée
Je me souviens
de la grâce
de tes mains :
lorsqu’elles passent
le chiffon
sur la glace
de la grande
armoire,
elles déposent
un voile
de noces
sur toute chose
dont on voit
battre
le coeur
en transparence
et elles déroulent
autour
des ailes
de leurs gestes
un tissu
de silence
aussi subtil
que la brume
des aurores
qui révèle
l’or
des collines.
Je me souviens
de tes mains
pleines
de grâce
et je voudrais
trouver
un mot
qui leur redonnerait,
tel un miroir,
fidèlement
vie
dans ma mémoire,
mais c’est la tige
vibrante
d’un chant
qui monte
de mon cœur
à ma gorge,
comme si tes mains
la faisaient éclore
à chaque instant
qui compose
ton immense
silence.
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2017
Ce cahier d’écolier
si sage
en apparence
avec ses lignes
qui vont droit
au bout
de la page
à partir
de la marge
contient
tant de détours
de méandres
de boucles
d’arabesques
de volutes
et d’envols
futurs
que tu te perds
parmi les dessins
à venir
Ce cahier d’écolier
est réservé
aujourd’hui
à un seul dessein
franchir
toutes
les lignes
disciplinées
auxquelles
tu te destines
depuis
ta naissance
en toute
Liberté
Géraldine Andrée
Je suis riche. J’ai une page.
Une page dont la blancheur m’est réservée pour que j’y note mes rêves, mes désirs, mes espoirs, ma foi.
Une page dont l’océan m’attend pour y voguer et voler à la fois.
Une page dont le silence accueille l’écho de ma voix comme la profonde demeure de mon enfance.
Une page dont les mots m’apparaissent telles les primevères sous la neige.
Une page dont l’espace m’apprend à grandir, à prendre ma place, à me mettre à la hauteur de mon âme qui danse sur sa tige invisible.
Une page dont la présence inconditionnelle dans le matin me conseille, me réconforte, m’apaise.
Une page aussi fidèle qu’un miroir qui me permet d’aller à ma propre rencontre.
Une page à laquelle ma naissance m’a destinée – parmi tant d’autres pages.
Une page pour me guider sur ma propre trace.
Une page qui, tranquillement posée au centre de ma table, a la patience de l’éternité.
Une page qui survivra à ma mort ; qui demeurera après mon départ.
Une page qui me prouve que ma vie, bien qu’elle soit éphémère, n’est pas illusoire.
Une page qui me montre que je suis cette étincelle supplémentaire renforçant le dessein de la haute lumière.
Une page qui est le témoin absolu de mon passage.
Une page que je destine à chaque jour.
Une page qui se fait carte céleste quand chaque lueur de l’encre brille.
Une page sur laquelle j’écris cette phrase unique comme un chemin à emprunter, une chance à saisir :
J’écrirai demain ce que je vis aujourd’hui.
J’ai une page. Je suis riche.
Géraldine Andrée
J’écris
J’incarne
mon désir
dans l’encre
bleue
qui brille
à chacun
de mes mots
sur chaque grain
de la page
J’écris
pour bien vivre
pour dire
un matin
comme celui-ci
après avoir vécu
tout le beau
tout le bleu
de mon désir
C’était écrit
Géraldine Andrée
Ils étaient rudes, les hivers de jadis, bien plus rudes que ceux d’aujourd’hui.
Mon Grand-Père, instituteur à l’école communale, se levait trois heures avant le début des cours pour réchauffer la salle de classe.
Une par une, il posait les branchettes dans le ventre du poêle.
Puis il approchait l’étincelle. Les flammes montaient haut mais la chaleur demeurait circonscrite autour de l’appareil.
Il faudrait beaucoup de temps pour qu’elle enveloppât toute la salle. Les vitres étaient étoilées de givre.
Mon Grand-Père notait à la craie en haut du tableau noir :
Aujourd’hui, jeudi 14 décembre 1939.
Tout était blanc : la date, les fenêtres, les chemins et les prés aux alentours noyés dans la brume.
A huit heures moins cinq, une cavalcade retentissait dans les couloirs.
Les écoliers rentraient avec leurs bonnets, leurs manteaux et leurs souliers mouillés. Certains venaient de loin et avaient marché longtemps.
Leurs haleines, mêlées à l’humidité de leurs vêtements, embuaient les vitres.
Ils ne se dévêtaient pas tout de suite car la température ne s’élevait guère.
Les encriers restaient gelés.
Grand-Père consacrait ce temps où il était impossible d’écrire au cours de morale et à la récitation des leçons.
Quand j’ai lu Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier pendant mon adolescence, j’ai retrouvé sans y avoir jamais été assise la salle de classe de mon Grand-Père éclairée au coeur de l’hiver. Le silence était tel qu’hormis la voix de l’écolier qui restituait sa leçon devant le maître, on entendait craquer le poêle à bois.
Vers dix heures enfin, l’encre avait des reflets scintillants.
On pouvait commencer la leçon du jour.
On enlevait ses gants.
Chacun trempait sa plume.
Il y avait beaucoup de ratures car le contact de la feuille avec la main réveillait la douleur des engelures.
Puis la guerre éclata. L’école de Grand-Père ferma pendant toutes les années d’Occupation où le froid fut si mordant.
Ma mère a eu mon Grand-Père comme instituteur.
Elle m’a montré un soir son cahier du Cours Moyen.
Le papier a bien pâli. Les mots cheminent sur une ligne invisible. A certains bouts de phrases, les lettres s’effacent dans la neige de la page.
Mais si j’approche cette dernière de mes yeux, je peux voir en transparence le feu qui tremble dans le poêle, l’encre qui luit, la blancheur triste du jour et le noir pétale d’une tache d’encre sur les doigts encore gourds.
Géraldine Andrée
Toutes ces fleurs qui offrent leur âme au vent,
les herbes dont le parfum s’exhale dans chaque goutte d’arrosage,
les tomates rouges au matin comme les joues de la bonne santé,
les arbres qui se penchent pour répandre les nouvelles du ciel,
les fruits tombés la nuit et dont le vermeil perle sur la peau fendue,
le bleu du persil que l’on essaime sur les assiettes à midi,
le cerfeuil dont le vert tendre chante quand on le cueille et qui éclate en mille étoiles d’anis,
la corolle de l’ombre sur la page du cahier,
la note d’or d’un insecte qui traverse la sieste,
le chat sauvage qui accourt à pattes de silence, surgi du soleil…
Toutes ces joies encloses
dans le jardin que tu as perdu en sortant de l’enfance
et où le temps t’interdit de retourner,
tu peux les retrouver, tu sais,
dans un seul poème.
Géraldine Andrée
Pour oublier
mes deuils
je disparais
dans le vert
frais
des feuilles
je m’éteins
en cette
lumière
et quand
je reviens
j’apporte
un bouquet
de souffles
que je dépose
un à un
sur mes lèvres
en murmurant
le nom
de chacun
de Vous
Géraldine Andrée
Tous droits réservés
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