Publié dans Créavie, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Je pour Tous

Écrivez votre vie

J’entends souvent des gens dire :

– Oh ! Moi ! Je suis incapable d’écrire ! Je n’ai aucune imagination !

Il n’y a nul besoin d’avoir une imagination débordante et une inventivité merveilleuse pour écrire.

Écrivez votre vie. Écrivez avec le matériau de votre quotidien. Écrivez vos histoires vraies.

Comment ? Racontez vos humeurs, vos joies, vos mésaventures. Posez sur le papier le problème de votre machine à laver qui n’essore plus bien, les miaulements du chat qui vous réveille à l’aube parce qu’il veut sortir, l’avancée de votre projet que vous espériez plus rapide, ce rendez-vous tant attendu et redouté à la fois. Ne méprisez pas l’humilité de ce que vous avez à écrire. Après tout, c’est votre vie ; elle vous appartient. Devenez le biographe de votre présent.

Julia Cameron insiste sur l’importance des pages du matin. Je consacrerai un billet à ce sujet. J’écris moi aussi trois pages quotidiennes, trois pages dans lesquelles je n’ai rien à prouver, où je n’ai pas à faire du style, à créer des effets littéraires. Trois pages où je me sens libérée du jugement d’autrui et du regard social que je pourrais poser sur moi-même.

Écrivez avec ce qui est et non avec ce qui devrait être.

La meilleure façon est de prendre de la distance avec votre vie, de manière à vous séparer du désir de l’embellir, l’enjoliver. Soyez ce témoin qui s’assoit à côté de vous et qui vous parle de vous, comme d’un ami qu’il connaît bien.

Utilisez pour cela la troisième ou la deuxième personne du singulier :

-Elle habite le grand boulevard où défilent dans un flot incessant les voitures. Le soir, le bruit des moteurs s’interrompt. Elle aime alors se servir un cognac qu’elle boit debout, devant sa fenêtre, en regardant les lumières du boulevard. C’est le moment de la journée le plus agréable, cette pure détente. Enfin !

Ou encore :

-Tu es né dans ce petit bourg de quelques habitants. A vrai dire, tu t’y es toujours ennuyé. Souviens-toi comme, enfant, tu t’amusais avec un simple bout de ficelle. Mais ce coin perdu est une chance car il t’a permis d’avoir un jardin…

Relatez votre vie avec objectivité, avec ses côtés positifs et ses côtés négatifs – sa modeste grandeur.

Écrivez que vous vivez, que vous respirez tout simplement. Écrivez qui vous êtes. Aucun détail anodin n’est insignifiant. Qui sait s’il ne fera pas partie de vos souvenirs?

Vous n’avez rien à inventer. Vous êtes l’auteur de vos jours et votre héroïsme peut se mesurer à la seule manière avec laquelle vous réagissez aux circonstances.

Et puis, lorsque vous relirez ces pages plus tard, peut-être aurez-vous envie d’écrire une fiction – un conte ou une nouvelle – sur cette machine à laver qui ne fonctionne plus, ce miaulement qui vous manque dans la nuit.

Parce que vous aurez vécu ce que vous écrivez, vous pourrez le métamorphoser en poésie du récit.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience

La plume délivrée

Voilà.

Vous avez mis tout votre coeur, toute votre âme dans l’écriture de ce roman, de ce recueil de nouvelles ou de poèmes et, ce matin, vous recevez une lettre de refus de l’éditeur sur lequel vous aviez fondé tous vos espoirs. Pire parfois : cet éditeur ne vous répond pas, ne vous répondra jamais, comme si l’enfant auquel vous avez patiemment donné naissance n’avait jamais existé.

Alors, votre blog est immédiatement abandonné. Votre cahier de poésie se referme. Votre plume est emprisonnée dans son étui. Vous vous jurez de ne plus jamais écrire.

Pourtant, ce refus cinglant ou cette indifférence méprisante ont plusieurs raisons.

Votre oeuvre, objectivement, peut très bien – comme il arrive que le notifie honnêtement l’éditeur – « ne pas appartenir à la ligne éditoriale ». Communément, ce n’est pas le genre de la maison.

Ce refus ne représente pas la qualité de votre travail. Celui-ci ne touche pas la subjectivité de ce lecteur si particulier qu’est l’éditeur. Il s’agit donc d’une simple question de goût – très discutable, voire versatile, je vous le concède.

Il est, de plus, des maisons d’édition qui n’ont absolument pas les moyens de vous éditer, même si votre style est brillant. Publier un livre par an requiert déjà, pour elles, une prouesse.

Enfin, il est des maisons complètement fermées et, quoi que vous fassiez, quelle que soit la manière avec laquelle vous affinez votre style, les portes ne s’ouvriront jamais. C’est ainsi. Il vous faut l’accepter sans vivre ce refus comme un rejet.

Ce qui est sûr, c’est qu’un refus n’a souvent rien à voir avec la valeur de votre écrit. Julia Cameron s’est heurtée à l’antipathie de tous les éditeurs lorsqu’elle leur a présenté son futur best-seller Libérez votre créativité 1. Elle n’a, néanmoins, pas perdu confiance en elle et elle a publié son oeuvre de manière totalement indépendante, à compte d’auteur. Le livre s’est vendu et se vend encore à des millions d’exemplaires. Il connaît un immense succès mondial.

Ce qui est certain, c’est qu’un refus n’a rien à voir avec votre valeur intrinsèque liée au seul fait que vous existiez. Et puisque vous existez, vous avez le droit absolu de vous exprimer.

Demandez-vous pourquoi vous écrivez.

On peut écrire d’abord pour soi, pour voir clair, pour mieux mener sa vie, pour se libérer du passé, s’inventer un avenir, tracer son propre chemin… Ces raisons sont tout aussi importantes que la raison qui vous pousse à vous faire connaître en envoyant votre manuscrit à une maison d’édition.

Dans mon cas, l’écriture m’a permis de me détacher du regard de l’autre par le biais de cette mésaventure que je vais vous raconter.

Très jeune femme, j’ai mis tout mon coeur, toute mon âme dans l’écriture d’un conte dit « spirituel ». J’ai envoyé mon travail avec confiance à un éditeur dont je tairai le nom. La foi m’habitait : le directeur de la ligne éditoriale ne pouvait qu’aimer mon histoire d’amitié avec un ange. La réponse m’est arrivée au bout de six mois, si humiliante, si cinglante, si injuste à mes yeux que je me suis condamnée au silence. J’ai complètement arrêté d’écrire pendant deux longues années. C’est durant cette période de jachère que des rêves riches et multicolores ont constellé mes nuits. Au cours d’une discussion avec un ami lors d’un après-midi d’été, il me fut suggéré de noter mes rêves dans un carnet pour m’exercer à m’en souvenir, pouvoir les analyser plus tard et voir comment ils construisaient dans mon sommeil ma réelle identité.

J’ai acheté, après beaucoup d’hésitations et de répétitions de « A quoi bon ? », un carnet neuf, et, au fil de l’encre, j’ai retrouvé le goût du détail, de la description. La couleur d’un jardin contemplé de l’autre côté m’invitait à chercher un adjectif approprié à mon ressenti, la respiration d’une feuille écoutée au coeur de ces nuits me guidait vers la rencontre d’une métaphore. Je me suis abandonnée à l’élan du stylo. Des ailes m’avaient poussé. Mes rêves nocturnes m’avaient fait renouer avec le grand rêve de ma vie : l’écriture.

Depuis, je n’ai plus jamais quitté la page. L’écriture m’accompagne partout. Elle est l’ange fidèle que j’ai reconnu dans mon conte refusé et qui m’a appris à ne plus faire dépendre la perception de ma valeur du regard d’autrui, fût-il celui d’un célèbre éditeur de Paris.

Alors, remettez-vous à écrire.

Entre le silence blessé et l’obtention du prix Goncourt, il y a la voie du juste milieu, du chemin vrai pour vous : écrire aide à vivre.

Sur le rejet de votre enfant, écrivez. N’y ajoutez pas l’abandon. Ecrivez pour aller vers sa guérison.

Remettez-vous à mal écrire, même, puisque c’est ainsi que vous vous jugez. En effet, comme le dit Julia, les mauvais écrits d’aujourd’hui font les oeuvres réussies de demain 2.

Et vous en avez également le droit : n’écrivez pas, si telle est votre envie. N’écrivez pas, mais la raison ne doit pas en être le dépit. N’écrivez pas. Cela ne fait rien. Ce n’est pas parce que la page demeure blanche que rien ne se murmure en vous. Il est temps, tout simplement, pour votre âme de s’exprimer autrement jusqu’à ce que vous vous remettiez à écrire, riche de vos moments vécus.

Remettez-vous à écrire, ne serait-ce que sur la redécouverte de votre blog, la page tournée de votre cahier ou sur le changement de couleur de votre encre signalant votre résilience.

Remettez-vous à écrire cette phrase : « Je ne laisserai plus jamais le jugement d’autrui détourner le cours de ma vie. »

Remettez-vous à écrire, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de vous relire plus tard et de réécrire vos pages, car votre oeuvre évolue comme votre être. Mieux : votre être fait évoluer votre oeuvre et votre oeuvre fait évoluer votre être. Vous êtes comme vous écrivez. Vous écrivez comme vous êtes. C’est bien ainsi. C’est ce qu’on appelle « un style », au naturel.

Vous vous apercevez alors que votre plume délivrée vous fait aller toujours plus loin que les refus et qu’elle n’a même plus besoin d’un quelconque désir d’approbation pour vous emmener vers le mot juste pour vous.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité, Osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 1992
2 Ibid

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Poésie-thérapie

Pour moi, pas de jardin encore.

Pour moi, pas de jardin encore.
Alors, je vais le créer sur mon cahier quotidien
avec mes propres couleurs
et, tout au milieu,
mon secret chemin bleu
qui me traverse
quand je ferme les yeux.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Le poème est une femme, Poésie, Poésie-thérapie

Demain matin

Demain matin
je ferai grandir
la journée


comme une plante
avec ma première
goutte d’encre

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Sans titre

Je ne trouve
ni à la librairie
ni à la bibliothèque
le livre
que j’aimerais tant
lire !
Alors,
je vais l’écrire.

Géraldine

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Écrire lentement

Écrire lentement.
Épouser l’intention de ses pensées
avec le mouvement de sa main.
Se souvenir
que l’on flottait, enfant,
sur l’ondulation tranquille
de l’eau,
comme cela,
visage face
au Très Grand,
et que l’on entendait,
mêlé au tempo
du flot,
le doux battement
de son sang
dans ses tempes.
Retrouver
l’accueil
de la vague
qui avance
parmi les feuilles
placées
en offrande
devant soi.
Voir briller
dans les reflets
bleu marine
le très sûr
sillage
de l’encre.
Écouter
le frottement
de la pointe
de la plume
ou le léger
crépitement
du stylo bille,
quand le mot
exauce
le voeu
de la main
que lui envoie
le coeur.
Écrire
si lentement
qu’il semble
que l’on annonce
sa trace
sur le chemin.
Et puisque l’on a conscience
que l’on passe
sur la page,
inéluctablement,
écrire
sans regret
son propre temps.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie-thérapie

Rituel du début du jour

Je me penche
sur le silence
qui luit
tout entier
contenu

dans l’instant
comme l’eau
du matin
dans sa tasse
blanche

et j’écris

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Créavie

Sortir de sa zone de confort

Beaucoup de coachs en développement personnel et de thérapeutes disent que, pour progresser, il faut sortir de sa zone de confort.

Cette expression engendre automatiquement un sentiment de peur. Qu’y a-t-il de plus angoissant que de se jeter comme cela, dans l’inconnu, sans parachute ?

Et si cette expression était mal comprise ?

Pour progresser, on doit, certes, sortir de sa zone de confort, mais tout en douceur, progressivement justement, sans réveiller les phobies de l’enfant intérieur.

Sortir de sa zone de confort, ce peut être

*Modifier son rituel matinal : au lieu de se lever machinalement pour accomplir ses activités quotidiennes, se réveiller en conscience, écrire « ses pages du matin« 1 pour trouver son chemin d’âme, l’âme de son chemin ; faire quelques exercices d’assouplissement en musique ; méditer ; lire pendant dix minutes un livre de psychologie positive
*Aller au travail à pied plutôt qu’en voiture ou en transport en commun
*Parler à ce nouveau collègue qui vient d’arriver
*Manger son sandwich sous un arbre plutôt que de déjeuner dans une cantine bruyante
*Remplacer ses trois tasses de café par du yoggi tea
*Goûter à seize heures quelques figues ou amandes au lieu des classiques viennoiseries bourratives

Le soir, on se sentira enrichi sans avoir beaucoup dépensé et sans être allé très loin car chaque petite chose a un pouvoir de métamorphose.

Ce peut être aussi

*Déplacer sa chaise pour modifier son regard, son angle de perspective de là où l’on est
*Répondre à cette annonce qui attend sur le bureau
*Renvoyer cet article endommagé alors que l’on préférerait tout bonnement le jeter
*Ébaucher un dessin, un haïku dans son carnet
*Créer un blog qui correspond à nos envies, nos projets
*Préparer, crayon à la main, son prochain voyage

La liste est infinie…

Sortir de sa zone de confort, c’est surtout se lancer des défis mesurés dans un cadre familier ; à petits pas, avancer ; poursuivre son grand projet de changement au quotidien ; avoir foi à chaque seconde en sa transformation ; apprendre à être patient dans ses accomplissements ; découvrir les bienfaits de l’humilité tout en jouissant de ce que nous propose la vie – ici et maintenant.

On peut se préparer chez soi, étape par étape, à un départ qui est d’abord psychologique.

Ne sortons-nous pas de notre zone de confort, actuellement, alors que, paradoxalement, nous devons demeurer à la maison ?

Ce confinement nous invite, dans notre cadre ordinaire, à la créativité, à l’introspection, à la découverte de ressources intérieures insoupçonnées, à la lenteur et au silence, nous qui étions si peu habitués…

Aussi, je vous souhaite beaucoup de douceur et de bienveillance envers vous-même lorsque vous sortez de votre zone de confort !

Et surtout, n’oubliez pas de prendre votre enfant intérieur par la main pour lui montrer qu’à deux, vous pouvez changer… sans danger !

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 2007

La technique des pages du matin, préconisée par Julia Cameron, consiste à écrire trois pleines pages au lever, à noter sans inhibition toutes ses pensées pour commencer sa journée, libéré de ce qui parasite notre entrain. C’est une sorte de méditation active, qui correspond à la culture occidentale.

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Le cahier de mon âme, Poésie

Sans titre

Se pencher devant la page
pour lui confier des peines, des doutes,
des projets, des souhaits,
toutes les interrogations possibles,

puis attendre
une réponse
dans sa blanche lumière.
L’écriture est prière.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Journal d'instants, L'alphabet de l'herbe, Méditations pour un rêve, Poésie

Lecture

Je détaille
tous les points
de la moustache
du chat

Puis je suis
du doigt
sur son visage
chaque phrase

qui y mène
A la fin
le poème
est bien là

contre ma paume

Géraldine Andrée