Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Écrire lentement

Écrire lentement.
Épouser l’intention de ses pensées
avec le mouvement de sa main.
Se souvenir
que l’on flottait, enfant,
sur l’ondulation tranquille
de l’eau,
comme cela,
visage face
au Très Grand,
et que l’on entendait,
mêlé au tempo
du flot,
le doux battement
de son sang
dans ses tempes.
Retrouver
l’accueil
de la vague
qui avance
parmi les feuilles
placées
en offrande
devant soi.
Voir briller
dans les reflets
bleu marine
le très sûr
sillage
de l’encre.
Écouter
le frottement
de la pointe
de la plume
ou le léger
crépitement
du stylo bille,
quand le mot
exauce
le voeu
de la main
que lui envoie
le coeur.
Écrire
si lentement
qu’il semble
que l’on annonce
sa trace
sur le chemin.
Et puisque l’on a conscience
que l’on passe
sur la page,
inéluctablement,
écrire
sans regret
son propre temps.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie-thérapie

Rituel du début du jour

Je me penche
sur le silence
qui luit
tout entier
contenu

dans l’instant
comme l’eau
du matin
dans sa tasse
blanche

et j’écris

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Créavie

Sortir de sa zone de confort

Beaucoup de coachs en développement personnel et de thérapeutes disent que, pour progresser, il faut sortir de sa zone de confort.

Cette expression engendre automatiquement un sentiment de peur. Qu’y a-t-il de plus angoissant que de se jeter comme cela, dans l’inconnu, sans parachute ?

Et si cette expression était mal comprise ?

Pour progresser, on doit, certes, sortir de sa zone de confort, mais tout en douceur, progressivement justement, sans réveiller les phobies de l’enfant intérieur.

Sortir de sa zone de confort, ce peut être

*Modifier son rituel matinal : au lieu de se lever machinalement pour accomplir ses activités quotidiennes, se réveiller en conscience, écrire « ses pages du matin« 1 pour trouver son chemin d’âme, l’âme de son chemin ; faire quelques exercices d’assouplissement en musique ; méditer ; lire pendant dix minutes un livre de psychologie positive
*Aller au travail à pied plutôt qu’en voiture ou en transport en commun
*Parler à ce nouveau collègue qui vient d’arriver
*Manger son sandwich sous un arbre plutôt que de déjeuner dans une cantine bruyante
*Remplacer ses trois tasses de café par du yoggi tea
*Goûter à seize heures quelques figues ou amandes au lieu des classiques viennoiseries bourratives

Le soir, on se sentira enrichi sans avoir beaucoup dépensé et sans être allé très loin car chaque petite chose a un pouvoir de métamorphose.

Ce peut être aussi

*Déplacer sa chaise pour modifier son regard, son angle de perspective de là où l’on est
*Répondre à cette annonce qui attend sur le bureau
*Renvoyer cet article endommagé alors que l’on préférerait tout bonnement le jeter
*Ébaucher un dessin, un haïku dans son carnet
*Créer un blog qui correspond à nos envies, nos projets
*Préparer, crayon à la main, son prochain voyage

La liste est infinie…

Sortir de sa zone de confort, c’est surtout se lancer des défis mesurés dans un cadre familier ; à petits pas, avancer ; poursuivre son grand projet de changement au quotidien ; avoir foi à chaque seconde en sa transformation ; apprendre à être patient dans ses accomplissements ; découvrir les bienfaits de l’humilité tout en jouissant de ce que nous propose la vie – ici et maintenant.

On peut se préparer chez soi, étape par étape, à un départ qui est d’abord psychologique.

Ne sortons-nous pas de notre zone de confort, actuellement, alors que, paradoxalement, nous devons demeurer à la maison ?

Ce confinement nous invite, dans notre cadre ordinaire, à la créativité, à l’introspection, à la découverte de ressources intérieures insoupçonnées, à la lenteur et au silence, nous qui étions si peu habitués…

Aussi, je vous souhaite beaucoup de douceur et de bienveillance envers vous-même lorsque vous sortez de votre zone de confort !

Et surtout, n’oubliez pas de prendre votre enfant intérieur par la main pour lui montrer qu’à deux, vous pouvez changer… sans danger !

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 2007

La technique des pages du matin, préconisée par Julia Cameron, consiste à écrire trois pleines pages au lever, à noter sans inhibition toutes ses pensées pour commencer sa journée, libéré de ce qui parasite notre entrain. C’est une sorte de méditation active, qui correspond à la culture occidentale.

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Le cahier de mon âme, Poésie

Sans titre

Se pencher devant la page
pour lui confier des peines, des doutes,
des projets, des souhaits,
toutes les interrogations possibles,

puis attendre
une réponse
dans sa blanche lumière.
L’écriture est prière.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Journal d'instants, L'alphabet de l'herbe, Méditations pour un rêve, Poésie

Lecture

Je détaille
tous les points
de la moustache
du chat

Puis je suis
du doigt
sur son visage
chaque phrase

qui y mène
A la fin
le poème
est bien là

contre ma paume

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Je barre
Je rature
J’entoure
J’ajoute
Je juxtapose

Je raccommode
mes fragments
Je métamorphose
qui je suis
à chaque instant

Puis je fais du texte
un corps
en joyeux
mouvement
qui me fait aller de l’avant

Dans l’écriture
chaque mot
est pour moi
un point
de suture

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le journal des confins

L’oiseau bleu

Le moment que je préfère, pendant ce confinement, est lorsque je retrouve mon ami tout en blanc : mon journal intime.

L’heure de notre rendez-vous n’est pas 14 h ou 15 h, mais l’instant où le soleil touche ma main. Je sais alors qu’il est temps d’écrire.

Je suis surprise par le style qui me vient désormais, cet autre Moi-Même, et je sais que ce style est le vrai – le mien, même si, jusqu’à maintenant, je le méconnaissais.

Mon cahier est un regard qui me révèle mes craintes et mes espoirs. Il me montre les sombres recoins du passé qu’il me faut éclairer pour pouvoir recevoir tous les lumineux présents de cette journée. Le mouvement de mon stylo me mène vers mes blessures anciennes que je dois toucher si je veux guérir, c’est-à-dire continuer à écrire.

Je commence à raconter mes souvenirs d’enfance, ma vérité dont je ne me soucie plus de savoir si elle est la Vérité car je sais que chacun pose son regard sur le monde et qu’il y a, par conséquent, de multiples vérités. Aussi, j’honore la vérité qui m’appartient.

Mon ami tout en blanc me permet de renouer avec mes émotions, mes sensations, mes sentiments. Il nomme sans aucune censure douleur le souvenir du noisetier perdu et joie le vieux livre retrouvé. Dans la trace de ma voix importent les pointillés, ces silences qui ont tant de choses à me dire ! Pourquoi donc ai-je de la peine à écrire ce prénom ? Pourquoi la ville de ma naissance ne porte-t-elle qu’une initiale au détour d’un paragraphe ? Parfois, en seul point, je congédie l’amant qui m’a fait mal.

Mon ami est étonnant car il m’invite à dessiner au moment où je ne m’y attends pas. Et sa paume bienveillante qu’est la page accueille sans jugement un motif un peu maladroit. Dessiner… Peindre… Cela a toujours été mon désir mais, depuis cette classe de 4ème où l’enseignante m’avait dit que j’avais le coup de crayon d’une gamine de cinq ans, je m’étais interdit, par honte, d’explorer toutes les couleurs et tous les traits possibles. J’ai appris ensuite que l’art naïf avait le droit d’exister.

Aujourd’hui, je renoue avec l’enfance !

Hier, par la fenêtre d’un mot a surgi un oiseau bleu pour illustrer un poème de Sabine Sicaud, cette jeune poétesse de quinze ans morte prématurément et qui a écrit dans l’un de ses recueils disparu de toutes les librairies les vers suivants :

« Si quelque oiseau bleu me fait signe, rien, sachez-le, ne me retient. » 1

Et tant pis si les ailes ne sont pas égales ! C’est cet oiseau qui m’est envoyé, celui-là qui vient à moi, et qui se pose innocemment sur l’une des feuilles. Je m’autorise à songer que, peut-être, est-ce le souffle en allé de Sabine qui me fait signe…

Au coeur de ce confinement, mes rêves ont enfin de l’espace !

Je sème sur ce nouvel ami que m’a présenté mon ami le cahier des confettis, des paillettes, des coeurs, des mots-mantras.

J’ai l’audace de mes cinq ans que je fête.

Entre mes mots, brillent des lueurs qui ne s’éteignent pas.

Géraldine Andrée

1 Les Carnets de Sabine Sicaud in A.-M Gossez, Sabine Sicaud, 1913-1928, Bulletin mensuel de la Poésie en France et à l’Etranger, n°12, 25 mars 1938

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Voyage

Qu’importe
que je sois seule
dans cette chambre
close

J’écris
J’avance
un mot
après l’autre

en emportant
le murmure
de chaque feuille
avec moi

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Poésie

Sans titre

J’écris
pour trouver
le mot
qui contient
toute
la Vie

Géraldine Andrée

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Métamorphose

Comment métamorphoser une feuille administrative
toute triste ?
Faire en sorte qu’une limite
devienne l’infini ?

Et voici que sur l’attestation dérogatoire
périmée
vogue
l’aile d’un voilier

comme sur la mer de Majorque
lorsque
je poussais la petite porte
du rivage

dans la tiédeur
d’or
du soir
Avec

quelques
couleurs
je vole
j’explore

d’autres
passages
Je suis
AILLEURS

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Géraldine Andrée