Tu n’as pas disparu
cachée que tu es
entre deux mots
d’un poème
serpolet
et verveine
là juste
sous la virgule
qui luit
telle une aile
minuscule
au soleil
Géraldine Andrée
Tu n’as pas disparu
cachée que tu es
entre deux mots
d’un poème
serpolet
et verveine
là juste
sous la virgule
qui luit
telle une aile
minuscule
au soleil
Géraldine Andrée
Je sais
l’embouchure bleue
de l’encre
qui se jette
dans l’océan
blanc
de la page
où se déploient
à fleur
de silence
les vagues
de ces phrases
que l’on reçoit
sans chercher
à les saisir
vraiment
Géraldine Andrée
Le plus beau poème
est celui qui me comprend
à travers le temps
Géraldine Andrée
Je rêve d’un pays où je pourrais déposer mes bagages et me dire :
Je suis.
Un pays de vérité où mon reflet dans l’eau serait fidèle à moi-même ;
Un pays où seul le silence me ferait exister ;
Un pays où j’aurais conscience que le moindre brin d’herbe, le moindre fétu bougent sous mon souffle ;
Un pays où la terre accueillerait mes pas après la pluie.
Il me semble retrouver ce pays quand j’écris.
Le temps d’une phrase, d’une page,
le temps m’oublie.
Je vis sur une rive loin du monde.
Mais l’autre vie m’appelle.
Il me faut effectuer la traversée à l’envers,
sortir de ma maison, de moi-même,
quitter du regard ma lueur de plus en plus lointaine
pour marcher dans les lumières de la ville.
Et de ce pays quitté
je garde le souvenir d’un sentier
que je fais poème
afin d’y revenir
quand je me sens étrangère
là où je suis.
Géraldine Andrée
Le feu palpite
en chaque mot
de poésie
que certains tentent
de cacher
dans la nuit
Mais le feu couve
le feu persiste
frêle lueur d’or
qui nous fait signe
pour que chacun existe
jusqu’à l’aurore
Géraldine Andrée
Mon seul vœu
Que mon souffle
envoie une feuille
au poème suivant
Géraldine Andrée
Dans le silence
d’un soir de novembre,
je trace
avec un poème lentement
recopié à l’encre
l’ancien sentier de lavande.
Géraldine Andrée
Le beau rivage de l’été
est parcouru d’un vent glacé
Je crois que je peux descendre
jusqu’à la vague
pour retrouver ce souffle
qui s’enroulait autour de mes hanches
et me faisait dériver doucement
vers la lumière
Mais le vent m’avertit
que si je vais plus loin
la vague fouettera mon visage
de sa haute main
et que le voyage
vers l’azur brun
sera inexorable
C’en est fini de l’été
de l’abandon
à la confiance
immense
de l’océan
Alors je rebrousse chemin
Je remonte la pente
de la plage
et je m’en retourne
vers une autre rive
celle de la page
que mon souffle
élargit
jusqu’à cette lueur bleue
là-bas
ce point ultime
qui me fait signe
aussi loin
que me porte
la foi
de mes yeux
Géraldine Andrée
La phrase de ta lettre
Entre nous le printemps est revenu
m’emmène sur sa crête
jusqu’à l’infini
Géraldine Andrée
J’ai retrouvé le savon d’Alep
-depuis le temps que je le cherchais
dans toute sa rondeur
sa vérité
et son parfum de laurier
Celui-ci est traversé
par de légères
cordelettes
pour que je puisse l’accrocher
au mur de faïence
Et je prends conscience
après tant d’années
que je demeure
reliée
à ce beau soir étoilé
où nous sommes sorties
en clandestines
au hammam
Christiane
et moi
Est-ce que le miroir
au-dessus de la fontaine
-s’il existe encore –
reconnaîtrait
notre ancienne jeunesse ?
Je ne sais
Mais le savon d’Alep
laisse
la même trace
sur ma peau
que jadis
et je me surprends à penser
que je suis
pour ce temps
qui ne peut revenir
une page
sur laquelle
le savon
fait apparaître
en guise
de mots
des bulles de mousse
qui crépitent
en leur lueur
dorée
Géraldine Andrée