Que dans l’encre bleutée
de ton nom
qui achève
ta longue lettre
soit gardé
tout le ciel d’été
qui apparaissait
à ta fenêtre
Géraldine Andrée
Que dans l’encre bleutée
de ton nom
qui achève
ta longue lettre
soit gardé
tout le ciel d’été
qui apparaissait
à ta fenêtre
Géraldine Andrée
Du frêle
souffle
se détache
le mot
Feuille
que je destine
au ciel
Géraldine Andrée
Il y a des moments
où vous perdez le livre de votre vie,
où celui-ci vous échappe,
emporté par le vent des épreuves
qui vous l’arrache
et il s’envole très loin
sur un chemin
qui n’est pas le vôtre.
Alors, il vous faut désespérément
tout réécrire,
réinventer votre histoire
ou prier
pour retrouver
le livre de votre vie.
pour en reprendre le fil,
le souffle interrompu.
À force de chercher,
d’espérer,
de vous appuyer
sur cette foi
qui ne ressemble pas
à celle d’un autre,
il arrive
que le livre de votre vie
vous réapparaisse
au hasard,
au cours d’une promenade
à l’aube,
entre deux feuilles
tombées
que constelle
la rosée.
Vous vous penchez
pour le recueillir
et la page
sur laquelle il a demeuré
ouvert
pendant ces jours de silence
et ces nuits d’égarement
est votre page du jour.
Il vous suffit
de continuer
votre récit
en laissant un espace
infime,
juste un peu de blanc
entre hier
et aujourd’hui,
signe
que le temps a passé
et qu’une autre phrase
peut commencer
sans que rien
de ce qui précède
ne soit effacé
ou renié.
Alors, vous refaites
un pas sur la route
en tenant bien,
cette fois,
votre livre de vie
dans vos mains
et vous avancez,
un rêve plus loin.
Géraldine Andrée
Un chat
gris sombre
aux yeux qui brillent
dans la nuit
tel est mon poème
dont l’encre noire
révèle
mille regards
Géraldine Andrée
Je suis née ici pour écrire
la couleur de la terre quand les brumes se lèvent
le frêle bruit des feuilles foulées
les noisettes dans les tabliers des écoliers
le givre au bord des fenêtres
les étincelles bleues de la neige sous le pas
le craquement du bois
la flamme qui traverse un murmure d’ami
la nouvelle constellation de bourgeons
la seconde qui ajoute son éclat à la seconde précédente
un souffle si large qu’il rassemble toutes les fleurs
pendant que le petit nuage blanc prend tout son temps
l’explosion silencieuse du foin dans l’air
la porte du jardin ouverte jusque tard dans la nuit
les mirabelles fendues
d’où sourdent quelques gouttes de sucre
Je suis née ici pour écrire
la ronde des visages mêlée à celle des saisons
la perpétuelle enfance qui recommence
dans la mémoire
Je suis née ici pour relire
le journal de ma grand-mère
en faire un livre d’heures
où sonne le temps du retour
de ce que l’on croyait à jamais perdu
une joie un espoir
une étoile vibrante
que découvre soudain la nue
Je suis née ici pour écrire
dans les traces de ma grand-mère
en allée là-bas
faire de chaque souvenir un présent
qui dure
Géraldine Andrée
Cela fait si longtemps que j’écris.
Et soudain, à un instant
que le temps
a choisi,
une réponse
apparaît
dans la neige
de la page,
comme
une première
fleur
qui a persévéré
avec patience
cachée sous
le silence
et voici
que je suis fière
d’intituler
ma feuille
d’aujourd’hui
Perce-silence.
Géraldine Andrée
Juste revenir
sur les mots anciens
et retrouver
tout le sens
qu’ils avaient alors
comme on se replace
en suivant ses propres traces
sur la beauté du chemin
Géraldine Andrée
Il se fait tard
Alors sur ma page
où se dessine
un chemin à l’encre fine
un rayon de lune
m’accompagne
Géraldine Andrée
Que chaque
mot
prononcé
en hommage
soit
la fenêtre
ouverte
de la maison
disparue
Géraldine Andrée
04 Août 2020
Écrire
Ranimer l’éclat
de chaque
chose
avec un mot
malgré la poussière
du temps
qui tombe
inéluctablement
Et si le lendemain
un autre
voile
se dépose
sur ce que l’on a fait
apparaître
dans la patience
de son rêve
recommencer
l’ouvrage
avec le mot
prochain
Géraldine Andrée