Écrire
Espérer
que le frêle bruit
de la feuille tournée
peut suffire
à te réveiller
Géraldine Andrée
Écrire
Espérer
que le frêle bruit
de la feuille tournée
peut suffire
à te réveiller
Géraldine Andrée
La lumière
de cette fin
de journée
éclaire
le miroir
de ta chambre
Et il me semble
que c’est ta lampe
qui s’est allumée
pour annoncer
ton visage
à mon regard
Telle
est ton absence
traversée
par un rayon
de soleil
qui danse
pour moi seule
dans le reflet
du soir
Géraldine Andrée
J’avance,
je laisse mes traces
dans le silence.
Sont-ce
des empreintes
de pattes de chat ou d’oiseau ?
Je ne sais…
Je m’enfonce
dans cet espace de neige
pour voir éclore
la première primevère,
la lueur d’une brindille,
apparaître le miracle
d’une tige
qui percerait
toute cette blancheur
muette
et tandis que je me penche
sur un frêle
point d’espoir
à naître,
deux mots
mêlent
leur pétales,
Vie,
Étoile.
J’écris
jusqu’à Toi.
Géraldine Andrée
Je t’ai cherché entre les nuages
Au détour d’un chemin qui m’offre son lilas
Dans la danse des feuilles à contre-jour
Le long des traits de lumière que le crayon d’or du soleil
trace sur les persiennes
Au cœur de chaque goutte qui perle sur la rambarde
À fleur de feuillage qui s’incline vers l’instant prochain
J’ai même tenté de déchiffrer l’un de tes signes
dans l’enchevêtrement des racines
du sous-bois
Et je t’ai poursuivi
mon rêve-feu follet
entre les lignes
d’un poème
Mais à chaque fois
qu’il me semblait te reconnaître
ton pas se faisait silence
et ta voix pensée muette
Je le sais aujourd’hui
Ton absence est une fenêtre ouverte
qui me regarde jusqu’au soir
car tu te trouves
en moi
Géraldine Andrée

C’était le dernier été.
Mais je ne le savais pas encore.
J’ai voulu acheter des cartouches d’encre.
Tu as souhaité m’accompagner.
J’entends dans mon souvenir
l’écho de tes pas
accompagnant les miens
jusqu’à la papeterie.
J’ai acheté une dizaine de cartouches.
La lumière douce
d’une fin d’après-midi d’août
se posait sur ta nuque.
Quelques semaines après,
sans que tes pas
ne fassent
le moindre bruit,
tu es parti
par une nuit de novembre.
Pendant longtemps,
j’ai hésité à écrire
avec les cartouches d’encre
du dernier été
où tu étais présent.
C’est comme si
de phrase en phrase,
je te laissais t’en aller
au large
de ma page.
Ce n’est qu’en janvier,
au temps du givre,
que j’ai commencé à écrire
Un cahier blanc pour mon deuil
avec l’encre
de cet été deux mille dix-huit.
J’ai découvert, alors,
au fil de mes jours
que tu ne t’éloignais pas
mais que l’écho
de tes pas
devenait des poèmes
et que chaque mot
tracé avec cette encre
achetée en ta compagnie
se faisait le témoin
du fait que tu étais toujours
en chemin
avec moi,
jusqu’à l’éclat
du prochain point.
Géraldine Andrée
Au nom de la jeune fille qui cherche son père,
au nom du défunt dont on ne parle plus parce que l’on n’a pas compris sa vie,
au nom du bébé parti trop tôt,
au nom du chat qu’il a fallu endormir,
au nom du téléphone raccroché et de la conversation à jamais interrompue,
au nom du dernier mot avant le départ – mais tout le monde l’ignorait encore -,
au nom du jardin détruit pour un parking et qui brille pour lui seul sur des photos enfuies dans une malle,
au nom de la maison dont la vente fut un arrache-cœur,
au nom des étés perdus dont on tait le douloureux bonheur,
au nom des ombres qui reviennent dans la chambre et se rassemblent autour de la lampe pour murmurer le prénom de l’ami d’enfance avec lequel on refuse de se réconcilier,
au nom des pas qui résonnent dans le couloir vide,
au nom de la lettre jamais envoyée à l’amant,
au nom de la trahison qui valait bien plusieurs bouquets de fleurs et la perspective d’infinis printemps,
au nom de tous les non-dits,
j’écris
Géraldine Andrée
Il ne me reste
qu’une seule
pensée pour toi
mais c’est une pensée
qui réunit
tous les chemins
de juin,
l’écume de la vague
qui tremble
comme une dentelle
autour des jambes
de la brise,
les corbeilles
de dattes brunes
et de figues séchées
sous le bras,
les roses
du jardin suspendu
devenues mauves
sous le clair
de lune,
les flammes
qui confient
à l’ombre
leurs phrases
rousses,
les encorbellements
des ruelles
espagnoles
d’où vole
un rayon de soleil
jusqu’à ton cou,
les orangers
de Tunisie
bordant
la route
à fleur de désert,
le pont
qui enjambe
l’écrin bleu
de quelques
nénuphars,
l’étoile
d’un ciel d’août
que tu emportes
dans ton regard,
ta peau chaude
et blonde
comme du pain
au matin,
notre terrasse
qui se prolonge
au-dessus du monde,
et notre voyage
dans la nuit
avec les phares
qui nous éclairent
juste pour une seconde
supplémentaire…
Je n’ai pas peur.
Ces lueurs
suffisent
pour continuer
jusqu’à la maison.
Il ne me reste
qu’une pensée
pour toi
mais c’est une pensée
qui rassemble
en un seul poème
tout ce que nous avons vécu
ensemble.
Géraldine Andrée
Alors que tu as quitté ton corps
depuis longtemps,
je vois encore
palpiter la veine
de ton cou
comme autrefois
quand assis
au soleil,
tu lisais
ton journal.
C’est une pulsation
si lente
et si régulière
qu’il me semble
qu’elle fait battre
la lumière
dans le jour
et je trouve
si étrange
cette force
de la présence
qui continue
à prendre
chair
dans l’absence
que je me demande
si ce n’est pas la raison
pour laquelle
j’écris
ce poème :
accorder
dans le mouvement
du sang
bleu
de mon encre
le rythme
patient
de ma plume
avec le pouls
fidèle
de ton cou
qui, peut-être, se penche
sur ce blanc
silence
que tu m’as laissé…
Géraldine Andrée
Quand je veux
faire le deuil
de ce que je n’ai pas vécu,
je m’endors
avec un recueil
de poèmes
sur mon cœur
et dont les mots
sont des yeux
d’or
qui me veillent
jusqu’à ce que je devienne
moi-même
Aurore.
Géraldine Andrée