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Le temple est mort !

– Le temple est mort !

– Que dis-tu donc ?
Les vieilles pierres
sont éternelles !
Les vieilles pierres
sont immortelles !
Depuis toujours,
elles étincellent
dans le jour !

– Le temple est mort !
Vois comme
les pierres,
jadis sculptées
par les mains
des hommes
sont poussières
devenues.

Et les statues !
Celles qui
de leur regard
et de leur doigt levé
invitaient
nos yeux
à aller plus loin
que notre hauteur !

Les statues ne sont plus.
Brisées, elles jonchent
le sol
et on retrouve parfois
parmi les cailloux
leurs éclats
comme des étoiles
déchues de l’univers.

– C’est à nous
de nous souvenir
du Souvenir,
de faire
de notre mémoire,
un temple du Temps,
un temple de l’Histoire,
un temple de ce Temple,

replacer en nous
chaque dieu disparu
et donner à notre âme
l’élan de ces colonnes
dans le soleil ;
que nos yeux n’oublient pas
l’Essentiel ;
notre ciel intérieur.

– Vois comme
cette porte
qui te menait autrefois
jusqu’au choeur
demeure béante,
debout et seule,
sans mur
ni seuil.

Son chambranle
tremble
au passage
du souffle du vent.
Elle bat tel un coeur
privé de sang.
Là où l’on déposait des fleurs,
s’étend le désert.

– Ce temple
est peut-être
mort ;
le temps
des temples
sûrement n’est plus.
Mais cette porte
est ouverte !

Vois comme,
debout
par elle-même,
elle te laisse voir
pour toujours
l’espace
immense
que touche l’azur

et ce ciel d’or
qui nous restera
fidèle
au début
de chaque jour,
quoi qu’il arrive,
quoi qu’il nous faille
vivre.

Ce temple
où tant d’hommes
se recueillaient
il y a deux mille ans
nous demande
de recueillir
chaque parcelle
de lui

et de l’accrocher,
étoile nouvelle,
à notre nuit
afin qu’à notre manière,
il survive
et prolonge
notre souvenir
dans le Jour

à venir.

 

Géraldine Andrée

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À l’abri dans un poème

C’est un lointain soir d’hiver.

J’ai pris mon bain et revêtu mon pyjama chaud.

Je me sens bien.

Ma mère m’a couchée puis elle a allumé la lampe de chevet. Elle est douce et sereine, pour une fois. Plus de ménage à faire, plus de corvée. Les sermons et les reproches ont cessé. La journée est accomplie.

C’est l’heure de réciter la poésie que je dois savoir par coeur pour le lendemain.

D’ici, j’entends encore le silence de la chambre close – et le frêle frottement des branches du platane contre le volet.

Ma mère a ouvert le cahier à la page du poème, dont le chemin d’encre bleue est jalonné de barres discrètes signalant les pauses obligatoires, les silences incontournables, et de petites boucles préservant la grâce des liaisons.

J’ai des hésitations. Je ne connais pas vraiment mon poème.

Mais maman ne me gronde pas. Elle le redit lentement, à voix basse, comme si elle voulait me confier un secret.

C’est un poème de Maurice Carême, décédé depuis peu.

Le poète parle de sa chère campagne du Brabant au printemps, de sentier enjoué, de vent chantant, de tartine mangée au bord d‘une source argentine dont le rire se faufile entre les aubépines.

Couchée au coeur de l’hiver où j’apprends ce poème de Maurice Carême juste avant de disparaître dans la profondeur du sommeil de l’enfance, je me sens privilégiée tandis que les rimes en « ine » sonnent clair à mon oreille.

J’ai parfaitement noté le chant de la source dans mon cahier. Il faut dire que j’ai regardé avec une telle application le tableau noir où cheminait le poème écrit à la craie!

J’entends encore, trente ans après, ces fins de vers qui sautillent dans ma mémoire comme s’il s’était agi de la blanche marelle des dimanches. Je revois aussi le jeune visage apaisé de ma mère penchée sur mon cahier d’écolière.

Le lendemain, j’obtiens un bon point pour cette poésie que je récite, bras croisés, près de la fenêtre qui donne sur les toits enneigés.

Sans douter du moindre mot, je me suis levée pour faire naître dans ma voix les fleurs d’aubépine sur lesquelles brillent les gouttes de la source argentine pendant que craque entre les dents la blonde croûte d’une tartine.

Bel âge en vérité,

que celui où l’on apprend les poètes par coeur

et où rien de grave ne peut arriver

– aucun drame, aucun échec, aucune fureur –

si l’on est bien à l’abri dans un poème…

Géraldine Andrée

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Silence et souffle

Je sais

pourquoi

il est

ce profond

silence,

 

certains

soirs :

c’est

pour mieux

entendre

 

ton souffle,

aile

frêle

qui passe

de tes lèvres

 

à ma conscience,

preuve

que la vie

existe

dans la mort.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Le poème est une femme, Poésie

Pour écrire un poème

Pour écrire

un poème,

je prends comme

références

 

les méandres

que trace

le chant

de l’eau,

 

le souffle

du vent

qui rassemble

les murmures

 

des feuilles

pour en faire

une frémissante

reliure,

 

le ciel

qui donne

forme

au nuage

 

dont le regard

ignorait

encore

l’existence

 

un instant

auparavant,

et qui semble

 

d’un rêve

de passage

dans l’âme

d’un enfant,

 

la vague

laissant

sur le sable

son alphabet

 

lisible

seulement

pour le promeneur

qui se penche,

 

la couleur

de l’azur

destinée

à s’étendre

 

sur tout ce qui

respire

et tremble,

jusqu’à la moindre

 

corolle

cachée

dans le pli

de la longue

 

robe

de l’ombre,

et quand

le jour

 

se termine,

je signe

mon poème

d’ici-bas

 

avec cette goutte

d’encre

ultime

qu’un autre Poète

 

ajoute

aux lisières

et qui enlumine

le silence…

 

Géraldine Andrée

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Poésie

J’écris des poèmes

J’écris

des poèmes

pour porter

leur flamme

jusqu’au silence

où se réfugient

les âmes

en peine

Géraldine Andrée

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Pour oublier mes deuils

Pour oublier

mes deuils

je disparais

 

dans le vert

frais

des feuilles

 

je m’éteins

en cette

lumière

 

et quand

je reviens

j’apporte

 

un bouquet

de souffles

que je dépose

 

un à un

sur mes lèvres

en murmurant

 

le nom

de chacun

de Vous

 

Géraldine Andrée

Tous droits réservés

Copyright interdit

 

 

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La neige de Géorgie

Quelques jours avant l’orée du printemps, en Géorgie, les gens préparent une fête en l’honneur de leurs morts.

Ils disposent dans des assiettes les mets les plus fins, versent dans les verres les vins les plus doux, pétrissent et cuisent le pain dont le coeur de mie sera si tendre au palais de leurs aimés.

Ils prévoient des bougies et des flambeaux pour les danses de la nuit.

Dans l’après-midi, le chef de famille se rend au cimetière.

Et, avec ses gants, il ôte la neige des tombes.

Celle-ci se disperse dans le soleil en mille paillettes.

C’est un bonheur de voir le regard des défunts que l’hiver, de son voile de tristes noces, a caché.

C’est un miracle de contempler les fossettes de l’enfant trop tôt feu, les cheveux longs de l’aïeule, la moustache de l’oncle, l’air mutin de la cadette, les lèvres entrouvertes de la fille éternellement jeune – quelles paroles silencieuses cette dernière murmure-t-elle à vous seul ?

En enlevant à coups patients la neige, ce deuxième suaire qui, pendant les grands froids, a scellé tous ces yeux et condamné tous ces visages à l’oubli, les Géorgiens retrouvent leurs absents.

Les noms et prénoms réapparaissent, les souvenirs aussi.

Quelques jours avant l’orée du printemps, la mort se révèle bien éphémère.

A ma manière, je suis moi aussi Géorgienne quand j’écris des poèmes.

Ma main, à chacun de ses passages, fait fondre avec foi la neige de la page.

Des mots, alors, naissent,

derrière lesquels je m’aperçois que tu me regardes depuis toujours.

Et quand je signe, je reconnais ton nom

dont chaque lettre comme un oeil espiègle

cligne dans le soleil.

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Les fleurs de Grand-Mère

Pour consoler
son coeur,
ma grand-mère
soignait ses fleurs.

Géraniums,
hortensias,
roses trémières,
oeillets, lilas,

ma grand-mère
avait l’oeil
pour s’enquérir
en silence

de la santé
des corolles,
de la vivacité
des tiges.

Les fleurs
lui répondaient
par des lueurs
d’abeilles

et des senteurs
qui montaient
dans l’air
vermeil.

Et quand
ma grand-mère
rentrait
chez elle,

elle avait oublié
le chagrin
qui l’avait fait descendre
dans le jardin.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Cahier du matin

Le chemin inconnu

Je ne sais pas
ce que je vais écrire
en ce jour
d’Aujourd’hui.

Sait-on
ce que l’on rencontre
au cours
d’une promenade ?

On peut y croiser
un enfant,
un animal,
une pierre de couleur,

un jouet oublié,
la lueur d’un insecte,
une nouvelle espèce
de fleur,

un oiseau blessé
à recueillir
dans la paume
de ses mains…

J’ignore
ce que je vais écrire.
Le poème
est un chemin

qui mène
à tous les instants
avec lesquels
je n’ai jamais rendez-vous,

mais dont je reconnais
toujours
l’importance
et la première note

que je prends
sur mon carnet blanc
est vive
comme le météore

d’une surprise

J’ignore
chaque jour
ce que je vais écrire.

Voici
le seul titre
certain
par lequel

je commence,
ce matin,
mon voyage
à travers la page :

Aujourd’hui.

Géraldine Andrée