Confinement
Chacun
est devant
sa page
sur laquelle
il est libre
d’écrire
ce qu’il veut
avec la couleur
de l’encre
qu’il se choisit
dans l’instant
Noire orange
mauve ou bleue
Géraldine Andrée
Confinement
Chacun
est devant
sa page
sur laquelle
il est libre
d’écrire
ce qu’il veut
avec la couleur
de l’encre
qu’il se choisit
dans l’instant
Noire orange
mauve ou bleue
Géraldine Andrée
Toute petite, j’aimais laisser dans le couloir, à mon retour de promenade,
des feuilles, des pétales, des cailloux, des grains de terre et de sable
qu’avaient recueillis mes pas.
C’étaient les traces
de tous les passages
que j’avais rendus possibles.
Bien sûr, je me faisais gronder,
et je devais promettre de ne plus recommencer,
sous peine d’être privée de promenade.
Alors, j’ai ouvert un cahier pour semer avec mes mots
les feuilles, les pétales, les cailloux, les grains de terre et de sable
de mes promenades.
Ma page est devenue chemin
au rythme de ma main,
et depuis, chaque matin,
j’écris
comme je me promène,
de plus en plus loin.
Géraldine Andrée
Écrire lentement.
Épouser l’intention de ses pensées
avec le mouvement de sa main.
Se souvenir
que l’on flottait, enfant,
sur l’ondulation tranquille
de l’eau,
comme cela,
visage face
au Très Grand,
et que l’on entendait,
mêlé au tempo
du flot,
le doux battement
de son sang
dans ses tempes.
Retrouver
l’accueil
de la vague
qui avance
parmi les feuilles
placées
en offrande
devant soi.
Voir briller
dans les reflets
bleu marine
le très sûr
sillage
de l’encre.
Écouter
le frottement
de la pointe
de la plume
ou le léger
crépitement
du stylo bille,
quand le mot
exauce
le voeu
de la main
que lui envoie
le coeur.
Écrire
si lentement
qu’il semble
que l’on annonce
sa trace
sur le chemin.
Et puisque l’on a conscience
que l’on passe
sur la page,
inéluctablement,
écrire
sans regret
son propre temps.
Géraldine Andrée
En ces temps où tout est enclos,
j’ai une maison
où je peux reposer mon corps
et en son coeur,
une autre maison
où je peux déposer
mes plus tristes et mes plus joyeuses pensées :
mon cahier.
Je redoute l’heure
où il me faudra affronter le dehors,
réadapter mon corps
au rythme des exigences sociales.
Mais qu’importe !
Je sais que quoi qu’il arrive,
j’ai une maison
faite de papier léger
qui résiste
à toutes les tempêtes
que le temps
peut m’envoyer
et qui m’abrite
en pleine nuit
dans sa blanche lumière :
mon cahier.
Géraldine Andrée
Je me penche
sur le silence
qui luit
tout entier
contenu
dans l’instant
comme l’eau
du matin
dans sa tasse
blanche
et j’écris
Géraldine Andrée
J’ai rêvé d’un savon rond de Méditerranée,
un savon qui fleure bon le laurier-rose et la rose-thé,
un savon doux pour le retour des après-midi de plage.
C’est à cela que sert chaque page
de mon carnet de chevet :
noter tout ce qui est,
comme le sillage
qu’a laissé il y a bien longtemps sur la peau
une mousse de lumière et d’eau.
Géraldine Andrée
Avec trois gouttes d’encre
sur fond blanc
je trace le chemin
du silence
Géraldine Andrée
Rature
Tu surviens
et pourtant
rien ne s’arrête
Je vais vers
un nouvel espace
Un autre mot
s’apprête
à me faire présent
de sa naissance
et je te vois
autrement
vague fleur
lune noire
et cependant
incandescente
pelote de laine
chaton qui dort
poussière d’astre
grain de temps
Tu as toute
ta place
dans l’importance
de mon message
car tu m’enseignes
par ta présence
la tolérance
avec moi-même
Géraldine Andrée
Chaque jour
je pose
l’aile
d’une intention
dans un mot
Aujourd’hui
c’est
Gratitude
Géraldine Andrée
Un certain nombre de personnes perdent, en ce moment, leurs proches sans avoir pu leur parler, les embrasser.
Le deuil est d’autant plus difficile à vivre. Il arrive, lors de cette traversée de la douleur, que des hallucinations nous assaillent – qu’elles soient visuelles, auditives, olfactives, tactiles.
Ce peut être un foulard que l’être aimé portait autour de son cou et qui nous revient, avec ses couleurs vives, son morceau de musique préféré qui tourne comme s’il était joué près de nous, son parfum fétiche, un geste propre à sa personnalité, son grain de beauté qui s’agrandit sous la loupe de notre mémoire, l’inflexion particulière de sa voix.
Quand j’ai perdu mon père, je l’ai entendu tousser un matin, dans la pièce d’à côté.
Ecrivez ou dessinez ces hallucinations. Faites de la place sur la page pour la couleur du foulard, l’émotion de la musique, les senteurs de ce parfum proche de votre peau, l’ombre de son geste dans la lumière du jour d’aujourd’hui, les contours du grain de beauté, la présence des mots à l’invisible sillage. Coloriez, tracez, gribouillez dans tout l’espace que laisse le manque. Mettez des pointillés, accrochez des étoiles à l’absence. Découpez un carré du tissu que vous aimez et placez-le à côté du souvenir du vêtement qu’il/elle portait.
Ecrivez un poème sur ce qui vous obsède.
Quand j’ai entendu la toux de mon père, j’ai écrit ceci dans mon Cahier blanc pour mon deuil :
« Je t’entends tousser à l’aube dans la pièce d’à côté. Je me lève. Je consens à sortir de mes rêves qui me font oublier ton départ. J’ouvre la porte. Je franchis le seuil qui me sépare de toi. Tu n’es pas là. Mais il y a ce rayon de soleil qui touche mes épaules et dont la chaleur ressentie me prouve que je suis bel et bien là. Peut-être m’as-tu guidée vers ma propre présence sans laquelle tu n’existerais pas. »
Une fois que vous avez extériorisé ces hallucinations, vous avez déposé votre douleur et l’être perdu peut vraiment vivre en vous car vous êtes plus disponible, plus vivant, vous aussi.
Comme Elisabeth Kübler-Ross l’écrit :
« Il est courant, et normal, d’avoir des hallucinations de l’être cher disparu. Souvent, elles sont porteuses d’un message en provenance de notre psychisme endeuillé. Bien que parfois effrayantes, elles sont généralement inoffensives, et recèlent de précieux indices, des fils à remonter jusqu’à leur origine. Dans certains cas, elles nous pointent une affaire inachevée ; dans d’autres, elles nous apportent un grand réconfort. »1
Au lieu de penser que vous êtes malade ou que vous avez peur, rendez grâce à ces hallucinations : le temps d’un parfum, d’un mot, d’une couleur, vous retrouvez celui qui demande à exister là où vous êtes : votre coeur.
Géraldine Andrée
1 Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler ; Sur le chagrin et le deuil ; Pocket Spiritualité